‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 55 sur 267 · AR SES · texte numérisé non relu

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MISSILIMAKINAK ET PAYS SITUIS AU DELA, 107

fait à son beau-père préten.":, ou, s’il est mort ou absent, au plus proche de la parenté.![i faut néantmoins qu'auparavant il ait le consentement de sa maistresse, Il faut sçavoir que les amans galantisent là comme ailleurs, débitent la fleurette, ct se donnent réciproquement des marques de respect et de tendresse. Les filles ont cet avantage, qu’il leur est permis de se divertir et de faire le noviciat du mariage, autant de temps qu'il leur plaist et avec autant de garçons que bon leur semble, sans qu’on y trouve à redire, et sans que cela les empesche de trouver un mary, lorsque la fantaisie leur en prend.

Voicy comment ils se conduisent en leurs amours. Les jeunes gens ont des escorces, qui se roulent en forme de flambeau; ils les allument la nuit par un bout et courent ainsi toutes les cabanes, si tel est leur plaisir. Les filles sont couchées sur le bord de l'allée, et, lorsque leur bien-aimé passe, elles l'arrestent par un coin de sa robe. En mesme temps que le galant sent ce signal, il se baisse et pour lors sa maistresse prend son escorce ct l’esteint ct fait coucher auprès d'elle le jeune homme, qui lui conte sa passion. Au milieu de cette privauté et liberté entière, il ne se passe souvent rien que de fort honneste et fort respectueux, tant il est vray qu'on fait moins de cas de ce qui est permis que de ce qui est deffendu, car c'est constant que dans cette occasion, il ne dépend que des deux amoureux de se satisfaire; néantmoins la plus grande partie n'en font rien, surtout s'ils ont dessein de se marier ensemble. Enfin, quand la belle s'ennuye et veut dormir, elle advertit son amant, qui se retire aussitost qu'elle le luy ordonne. Cela s'appelle parmy eux courir l'allumette. Quant aux femmes mariées, elles sont obligées de prendre d’autres mesures, car elles sont rudement chastiées parmy quelques nations et non

en toutes, si elles sont convainzues de libertinage, ainsi que je le marqueray dans un autre endroit.

Toutes les nations ont leurs médecins, chirurgiens et apothicaires, qui sont appelez jongleurs. Lorsqu'il y a donc quelque malade, on les fait venir tous les trois, le médecin examine l’estat de la maladie. Après avoir longtemps jonglé, c'est-à-dire resvé, ils ordonnent ordinairement de tuer plusieurs chiens, parce que c’est pour eux la viande la plus exquise, et pour mieux couvrir la charlatanerie, il faut qu'il y en ait deux blancs, deux noirs et deux d’une autre couleur; ils en font offrir un ou deux en sacrifice au soleil et à la lune, afin qu'ils prennent pitié du malade. Cette ordonnance ne se fait qu'après une pénible contemplation, parce que les jongleurs ou charlatans n'attribuent jamais la cause du mal aux infirmitez ou accidens qui arrivent au corps humain, mais ils prétendent que c’est un sort qui a esté jeté sur le malade par la malice et la meschanceté de quelque ennemy. Or ils font entendre que c’est un esprit protecteur, c'est-à-dire le Dieu qu'ils se sont forgé dans leur imagination, qui leur révèle et leur fait connoistre comment et de quelle manière le poison et le sort a esté jeté sur celuy qui est infirme. C’est pourquoy le médecin achève son ordonnance, indiquant à l'apothicaire les simples et racines ou animaux qu'il faut avoir pour composer et faire des contre-poisons ou breuvages pour expulser et faire vomir ceux qui travaillent le corps et l'esprit du malade. L’aporhicaire exécute l'ordonnance du médecin, cherche les simples ou animaux spécifiez, mais tous les deux jouent fort bien leur rôle, car tout cela ne se trouve jamais, à leur dire, qu’avec beaucoup de peine. Le chirurgien est le plus grand charlatan de tous et le plus insigne jongleur. Le

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