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personnage qu'il fait est asseurément humble à voir, et ceux qui le regardent faire ne peuvent s'imaginer autre chose, si ce n'est qu'il est possédé du démon pendant qu'il fait sa jonglerie. Ceux qui sont autour battent des tambours, frappent avec des buschettes sur des chaudières et des escorces, ce qui continue pendant le cours de la maladie pour donner ce bal au malade. Il n'est pas concevable comment un si grand bruit ne fait pas tourner la teste à ces pauvres gens. Cependant, dans ces intervalles, le chirurgien danse, chante, fait des contorsions effroyables, tourne et renverse ses yeux, se rebiffe le nez, enfonce ses maschoires, se disioque le menton; son col tantost s’allonge et tantost se raccourcit; ses poulmons se gonflent, et son estomac s'enfle; ses doigts, ses mains, ses bras s’estendent et se retirent; il crache le sang par la bouche, il en fait sortir par le nez et par les oreilles, ct se déchire et incise la peau, et, comme j'ay déjà dit, tout cecy et plusieurs autres choses se font en chantant et dansant; enfin, après toutes ces menées, celui-cy descouvre l'endroit où le sortilège est placé, en telle sorte que, s’il voit que le malade a de la peine à cracher ou à respirer, il luy fait croire que le sort qu'on luy a jeté est un os qui s'est mis en travers du gosier. Il s'approche du malade en faisant des grimaces ; il luy prend le gosier avec ses dents, mais tout bellement, faisant semblant de chercher cet os, qu'il trouve tousjours parce qu’il l'a dans sa bouche. Ainsi, après avoir bien fait des façons en cette recherche, il se lève en sursaut et fait un grand cri de joye pour marquer que le sort est levé et crache cet os sur quelque chose. Pour lors tous les assistans admirent son art et sa capacité, et le malade commence à se croire guéry. En un
mot toute la science consiste à sçavoir la partie malade qui
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luy est déclarée par celuy qui souffre, et pour lors il dit qu'il y a dans la partie affligée ou un os, ou une vis de fusil, une espine, ou une areste, ou du poil, ou autre chose semblable. Mais, si le malade ne guérit point et que son mal continue à augmenter, le chirurgien continue aussi de jongler, il luy arrache tousjours quelque pièce ensorcelée, et l’apothicaire, de son costé, opère avec ses médicamens. Lorsque le malade meurt, ils font comme nos médecins, ils se retirent en disant qu'il n’en pouvoit pas eschapper. Cependant, de quelque manière qu'il en soit, ces charlatans-là ruinent et appauvrissent la cabane ou la famille du malade, car, s’il guérit, il leur donne tout ce qu'il possède, et toute la famille en fait de mesme, et, s’il meurt, on ne laisse pas que de leur faire un présent trèscousidérable. Ces sortes de gens sont respectez et estimez parmy toutes les nations. Ils ont l'adresse mesme de se distinguer des autres en leurs manières et en leurs actions, qui sont extérieurement mieux réglées et plus modérées; leur démarche est aussy plus grave et plus composée que celle des autres. Lorsqu'ils vont quelque part, ou qu'ils sortent de leurs cabanes, ils portent autour de leur cou, sur l’espaule ou sur le bras, une peau de loutre ou de quelque autre beste bien enjolivée, et c'est par cette marque qu’on connoist ces docteurs-là, comme on remarque les chanoines par l’aumuce, Cela fait voir que par tout le monde, les uns abusent les autres, et qu’il y a des trompeurs et des charlatans surtout dans l’école de Galien et d'Hippocrate.
Une chose est néantmoins très-certaine, c’est que tous les Sauvages sont très-habiles et très-experts pour guérir toutes
sortes de playes et blessures, de quelque nature qu'elles puissent estre, et cela par la vertu des simples, dont ils ont une
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meilleure connoissance. Ils ont aussy pour la bruslure, la ge-
leure, pour les piqueures et les morsures des serpens et autres | animaux venimeux, mais le bon de l'affaire, c’est qu'ils en- | ; voyent et repoussent par ce moyen le mal aussy promptement | qu'il est venu. Ils sont très-bons anatomistes, c'est pourquoy, fl { lorsqu'ils ont des os rompus et bras cassez, ils y procèdent avec | ; ’ beaucoup de sagesse, de dextérité et d’habileté, et l'expérience il è fait voir qu'ils guérissent plustost un blessé en huit jours que à | É nos chirurgiens en trente, soit parce que ces premiers ont des | : É meilleurs remèdes et sont de meilleure foy, et que les autres LÉ à ont plus de malice pour faire valoir leur talent. A l’esgard des k : maux vénériens, ils s’en moquent, car ceux qui en sont atta- ” quez se guérissent dans dix ou douze jours, au plus tard, en - prenant de certaines poudres qui n’ont nul goust, qu'ils avalent fl
; avec de l’eau chaude, et c’est pour cette raison qu'on ne voit point de vérolée parmy eux, mais ils ont la malice de ne vouloir point enseigner leurs secrets aux François, quoyqu'ils ne leur en refusent point au besoin.