‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 267 · DER · texte numérisé non relu

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et de Manate l'emporte sur tout intérest public, car s'ils ne vouloient pas leur vendre de la poudre, on réduiroit cette nation plus aisément qu'aucune. Elle consiste en cinq principaux villages qui, chacun d’eux, en ont d’autres petits dépendans. Le premier se nomme Anié, qui peut mettre deux cents hommes sur pied en estat de servir et qui sont à dix lieues d'Orange. Le deuxiesme est Onneioust, qui peut mettre cent cinquante hommes sur pied, à quinze ou vingt lieues d'Anié. Le troisiesme est Onnontagué, qui peut faire trois cents hommes, à cent lieues de Montréal. Le quatriesme est Goyogouin, qui peut mettre deux cents hommes sur pied, à douze lieues du lac Ontario. Et les Sonnontouans, le cinquiesme, sont, à ce que l'on dit, douze cents hommes portant les armes, à cinq lieues du lac du costé du Sud.

Les Sonnontouans, comme les plus forts, sont les plus insolents. Il ne faut pas croire que jamais on puisse mettre des vivres pour les troupes qui les iront chercher. Et c'est en cela qué consiste tout le soin et toute la peine de le faire assez à propos, sans que l’ennemy s'en aperçoive, tant à cause de la navigation de la rivière, qui est remplie de rapides et cascades qui ne se passent que par portages, outre l’esloignement.

Le poste de Catarakouy me paroist le plus avantageux, en le mettant mieux en estat de deffense qu'il n’est : c’est l'entrée du lac Ontario, de l'extrémité duquel les Sonnontouans ne sont esloignez que de cinq à six lieues en beau pays, du costé du Midy.

La situation de ce fort est assez avantageuse pour y tenir des barques en seureté des vents et des insultes des Sauvages, moyennant quelque dépense qu'il y faudra faire pour cela. Le trajet de ce lac est de quarante à cinquante lieues à faire

pour débarquer au plus près des Sonnontouans. Les trois barques qui sont à Catarakouy seront d'une extrême utilité pour cette entreprise, en les mettant en estat de servir, car elles sont fort négligées.

On peut voir par le plan de ce fort qu'il auroit peu estre mieux placé dans la pointe de la langue de terre, qu’on auroit peu isoler, en faisant un fossé du costé de la terre ferme. Je crois qu'une muraille de vingt-cinq pieds de hault, flanquée de demy-tours, auroit peu suflire pour des Sauvages qui n'ont point l'usage du canon.

Il me paroist d’une conséquence extrême que le Roy se rende le maistre absolu de ce lac, qui est de plus de trois cents lieues de tour. Je suis persuadé que les Anglois voudroient fort y avoir un poste, ce qui seroit d’un préjudice extrême à la colonie et à la puissance du Roy en ce continent, dont Sa Majesté aisément se peut rendre maistre sans aucune opposition, par l’establissement solide d'un poste avec des barques sur ce lac et par un autre fort et des barques sur le lac Erié, qui, par la rivière de Niagara, n’est esloigné de ce lac Ontario que de deux lieues. Mais comme ce poste ne se peut prendre qu'après avoir vaincu les Iroquois, avant que d'entrer dans le détail des moyens de se rendre maistre de cette nation, je diray encor sur la conséquence d'occuper ces postes, que les Anglois ont une facilité si grande pour s’y establir, qu’il n'y a que la seule puissance des [roquois qui les a empeschés d'y avoir des postes; puis de Manatte et d'Orange on va très aisément à cheval au lac Ontario, n’y ayant que cent lieues de distance par un beau pays.

La conséquence du poste à occuper sur le lac Erié est aisée à juger, puisque de ce lac, avec des barques, on peut très

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aisément aller à Missilimakinak, ce qui feroit une facilité très grande pour le commerce du pays et pour tenir les Outaouas en respect ct les tenir dans l’obéissance du Roy; outre que par ce lac on seroit en estat de prester la main aux Illinois, et que cette communication avec barques osteroit bien des difficultés, qui se trouvent par la quantité de portages qu’il y a dans les rivières, Estant maistre de ces deux lacs en les croisant avec nos barques, les Anglois perdroient tout le commerce des castors de ce costé-là, dont ils ont abondance.

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