AINSI QUE DES TERRES DU LAC HURON ET DU SAGUINAN
Extrait d'une lettre de Denonville au Ministre.
Villemarie, 12 juin 1686.
Vous devez estre seur, Monseigneur, que les Anglois ont la plus grande part à l’insolence et arrogance des Iroquois, se servant d'eux adroitement pour estendre leur seigneurie, s'estant liez et associez avec eux comme une mesme nation, de manière que les Anglois ne prétendent pas moins avoir à eux que le lac Ontario, celui d'Ertié, toutes les terres du Saguinan, celles des Hurons, s'ils s’allient à eux et à toutes les terres du costé du Mississipi.
Nom
Je ne vois de remède pour finir ces prétentions que d'estre les plus forts et d'humilier l'Iroquois et prendre de bons postes sur les lacs Ontario et Erié, quand il en sera temps.
De cette guerre commencée, nous avons à appréhender l'inquiétude de nostre peuple, qui a un penchant extrême de se tourner du costé de l’Anglois, qui l'attire tout autant qu'il peut.
Je ne puis me taire encore sur l'avarice de ceux qui ont entraisné la meilleure partie de nos Canadiens dans les bois, sans nulle précaution de la part de ceux qui avoient l'autorité du Roy en main pour retenir les libertins, qui, par la licence qu'ils ont prise contre les ordonnances du Roy de porter en une année seule cent barques d'eau-de-vie à Michilimakinak, se sont plongés dans les désordres et libertinages, qui ont esté à une telle extrémité que c'est merveille que les Sauvages ne les ayent pas tous assommés pour se garantir des violences qu'ils ont receu des François et juqu'’à leur oster leurs filles et leurs femmes. Tout cela, Monseigneur, et la dernière guerre, nous ont attiré un si grand mépris chez toutes les nations que nous ne devons songer à nous relever que par nous-mesmes, et à mortifier les Iroquois, sans le secours des Sauvages ; après quoy, ils songeront à nous pour les détruire. Car, sans eux, je ne voy pas que nous les puissions suivre dans les bois; alors, ils songeront à s'unir à nous pour les détruire dans les nouveaux pays qu’ils peuvent songer à habiter du costé de la
rivière Ohio vers les Andastes, qu'ils ont détruit en veuc d’y avoir une retraite. Les Iroquois ont fait depuis peu de ce costé-là une alliance avec la nation des Loups, qui s'est obligée de donner douze cents hommes à l’Iroquois pour
nous faire la guerre.
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PREMIER PROJET D'UNE CHAINE Dit
: POSTES. 13 La seule chose que je croy pouvoir faire à présent est de chercher à temporiser et tirer en longueur tant du mieux qu'il se pourra, cherchant à nérocier jusques à l'an prochain, dans l'espérance que peut-estre les Flinois que j'ay envoyé avertir voudront bien s'assembler et s'approcher de l’ennemy par derricre le lac Erié, Mais il auroit fallu avoir des armes à leur envoyer dès cette année, en cette saison...
Vous verrés, Monscigneur, si vous voulez bien vous en donner la peine, les mesures que je prens là dessus par la lettre que j'adresse aux sieurs de La Forest et de Tonty.
Vous verrez encore, Monseigneur, par la lettre que j'escris au sieur de La Durantaye que j'ay nommé pour commander à tous nos François aux Outaouas, la mesure que j'ay prise pour occuper des postes dans le Saguinan, tant pour rasseurer nos Sauvages que pour inquiéter les Iroquois qui pourront s'y jeter cet hyver , et pour ameuter les Sauvages que l'on pourra rassembler des lieux les plus esloignez, et marcher à leur teste, car, pour nos Outaouas, je n’y compte rien, ne devant pas leur demander autre chose que de nous venir voir faire.
Je n'ay pas creu devoir arrester nos vingt et cinq congés de cette année, pensant qu'il est de très grande conséquence d'avoir un nombre de François aux Outaouas pour contenir les Sauvages en respect et les garantir des nouvelles entreprises de la part des Iroquois, outre que je prétends que tous ces gens-là me joindront dans un rendez vous que je leur donneray, lorsque je marcheray.