‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 66 sur 267 · PAR · texte numérisé non relu

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bien plus aisément leur castor avec les Anglois, qui feront tous les efforts imaginables pour les gagner, en leur donnant leurs marchandises à bon marché et en faisant bien valoir leurs peaux de castor, et il est constant que le commerce des Anglois avec nos Sauvages seroit un grand attrait pour eux, en sorte que nous pourrions les perdre par ce moyen.

Je conviens que, si les Iroquois et les Anglois laissoient establir ce poste sans s'y opposer, on pourroit en tirer par les suites de grands avantages, en se conformant aux vues du projet

Mais il me semble qu'il seroit plus à propos de remettre les garnisons dans les endroits, où elles estoient auparavant, avec les vingt-cinq congés, empeschant néantmoins les voyagcurs de sortir des postes, où il y auroit des commandans, pour aller faire leur traite dans la profondeur des bois; mais d'ailleurs seulement que les Sauvages vinssent faire leur commerce dans les lieux establis, afin d'éviter le libertinage et les contestations que les coureurs de bois ont ordinairement avec les Sauvages.

L'affaire des pays esloignés est assez importante pour exciter le Roy à y faire toute l'attention possible. Personne ne peut disconvenir que tost ou tard nos Sauvages tomberont sous la domination de Sa Majesté ou bien sous celle du Roy d'Angleterre. Ce seroit, à mon avis, une mauvaise politique d'abandonner ce qui est en nostre possession, je veux dire un si grand nombre de nations avec leur commerce, ce qui seroit unc perte qu'on ne pourroit jamais recouvrer. Ce qu'on évitera en restablissant les congés ct les garnisons dans les postes qui estoient desjà estublis, ct c'est par ce moyen qu’on re-

tiendra un nombre de gens de ce pays, qui n’ont point

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d'autre mestier et qui ne sçauroient subsister que par leurs leurs courses; car il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de les empescher de suivre leur fureur. Ce qui vient d'arriver mesme depuis peu des deux canots qui ont passé, quelque précaution qu'on ait prise pour les empescher, il est est à craindre que ceux-ci n’en induisent d’autres à faire la mesme route. S'ils ont attendu jusqu’à ce moment à se desbander, cela n'a esté certainement que dans l'espérance que les vingt-cinq congés supprimés seroient restablis. Ce sera un moyen aussi de faire revenir ceux qui sont résolus de vivre parmi les Sauvages, parce qu'ils espéreront de remonter à leur tour, et les officiers qui se trouveront dans les postes, où ils estoient auparavant, trouveront des expédiens de les faire piller, s'ils vouloient résister, par les mesmes qui exploiteront les vingt-cinq congés.

Si vous entrez, Monseigneur, dans mes sentimens qui, selon ma pensée, sont d’une très grande utilité au service du Roy et pour le bien de la colonie, je puis bien vous asseurer que les ordres seront exécutés avec tant d'exactitude de ma part, qu’il n’y aura jamais sujet de s’en plaindre, car il n'en montera, sous quelque prétexte que ce soit, que le nombre que le Roy ordonnera,

Signé : Le Chevalier ne CALLIÈRES.

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