IL COMBAT LES OBJECTIONS
Vous m'avez si fort grondé qu'il est de mon devoir de justifier ma conduite; il vous sera aisé de l’examiner à fond par le détail que je vais vous faire de tout ce qui s’est passé en Canada sur le projet que j'eus l'honneur de vous présenter l'année dernière. Vous n'y trouverez point l'indolence en face ; elle n’a jamais esté placée au nombre de mes défauts; c'est un vice dont ma vivacité pour l'exécution de vos ordres prendra soin de me garantir très-religieusement.
Voicy, Monseigneur, le fait mot pour mot :
Les principaux habitans du Canada estant assemblés au chasteau de Québec, par ordre de MM. de Callières et de Champigny, le sieur Daubenton leur fit ses propositions pour les différens prix du castor. Cette matière estant fort débattue,
et les esprits estant un peu eschauflés, M. de Champigny se
servit de ce temps-là, et, en imposant silence, il sortit de sa poche le projet que vous luy aviez adressé. Il en fit la lecture, à quoy Lamothe ne s’attendoit point, n'en ayant eu aucun advis en France ny en Canada.
L'assemblée gardant le silence, Lamothe l’interrompit en prenant toute la substance de son projet.
Première objection de M. de Champigny. — L'expérience fait voir que les Sauvagesses qu’on instruit chez les Ursulines et qui apprennent la langue françoise sont les plus grandes p....., parce qu'elles ne se desbauchent pas seulement avec les Sauvages, mais mesme avec les François, ct c'est la mesme chose des garçons, qu’on instruit au séminaire de Québec.
Réponse de Lamothe rendue sur le-champ. — M. de Champigny fait beaucoup d'honneur aux Ursulines et au séminaire de Québec ; il ne les récompense pas mal de leurs soins. Il semble s'estre un peu négligé de n'en avoir pas donné advis à la cour, pour empescher cette despense et empescher en mesme temps le mauvais usage qu’on fait des gratifications du Roy.
Il est vray qu’il y a quelques Sauvagesses francisées, qui se desbauchent pour être trop gesnées et parce qu’on souhaite qu'elles soient religieuses. En mesme temps qu'elles sont capables de religion, on doit les regarder comme des oiseaux sauvages qui n'aiment point la cage, et qui, se sentant encore de l’inclination libertine de leurs parens, se font une idée affreuse d’estre renfermées entre quatre murailles pour n’en sortir de leur vie. Cette objection ne destruit en rien ce projet, puisqu'on convient que les Sauvagesses apprennent aisément la langue françoise et que les Sauvages vont pius loin, puisqu'ils apprennent la latine. C’est sans raison qu'on les sollicite trop fortement d’embrasser l’état ecclésiastique; il vaut mieux les marier pour rendre les instructions qu’on leur donne plus
heureuses et plus consolantes, et il est très-aisé de remédier