LE CHEVALIER DE CALLIÈRES EN DÉMONTRE L'INCONVÉNIENT
Québec, 9 novembre 1700.
J’av eu lhonneur de vous marquer par ma lettre du 3 de ce mois que les Directeurs de la Compagnie, qui s’est formée en ce pays, m ont tesmoigné le désir de vous demander que le commerce du fort Frontenac, du Détroit et de tous les autres postes luy fust accordé à l'exclusion du reste de la Colonie; mais, après avoir bien examiné cette affaire et n'ayant
pas trouvé de justice dans ces prétentions ni dans cette de-
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mande, je leur dis qu'ils pouvoient faire seulement celle d'em-
pescher les ofliciers de commercer dans ces postes sous les
peines portées par les ordres du Roy, sans songer à la réunion de tous ces lieux, pour en avoir seuls le commerce.
C'est ce qui fut mis dans un des articles du reglement qu'ils ont fait, dont ils doivent demander la confirmation à la cour.
Cependant, au lieu d'en demeurer là, j'ay esté averty, un jour avant le départ des vaisseaux, que dans les instructions données aux députés qui passent en France, il leur est très expressément recommandé de solliciter fortement les mesmes choses que je leur avois fait rayer à cause des conséquences fascheuses au reste de la colonie, ne croyant point que cette compagnie doive avoir tout le commerce du pays, à l'exclusion de tous les autres habitans qui n’y sont point entrés, croyant qu'il faut de l'argent, au lieu qu'il ne s’agit que de donner des signatures pour toute monnoyc.
Je n’ay pas trouvé non plus qu'il fust à propos qu'elle demandast le commerce du Détroit, parce que je le regarde comme vostre ouvrage et que je suis bien aise avant toutes choses de sçavoir quelles sont vos intentions touchant cette entreprise,
Je ne sçaurois me dispenser de vous faire connoistre que, si cette compagnie obtenoit la réunion de tous les postes à son seul commerce, la Colonie ne pourroit plus augmenter, parce que les pauvres gens, aussy bien que la noblesse, qui ont bien de la peine à subsister, se trouvant exclus de ce commerce, scront contraints de tout abandonner.
Il n'est pas moins important d'observer que, si, dans les six mois expirés, on n'est point reçu à s'intéresser dans la Coin-
pagnie, il ne viendra après ce terme personne de France pour
s’y establir, puisqu'ils ne seroient que des esclaves, des travaux desquels elle auroit tout le profit.
Ses veues ont Été aussy de chasser par exclusion tous les marchands forains, qui sont icy d’un très grand secours par le bon marché, qu'ils font de leurs marchandises tant en gros qu'en détail, et comme elle n’est composée quasi que des mar. chands de ce pays, ils seroient si bien d'intelligence, dans les suites, qu'ils vendroient leurs marchandises au prix qu'il leur plairoit d’y mettre, et, après s'estre enrichis, ils passeroient en France, comme il se pratique tous les ans; c’est ce qui fait que la Colonie est tousjours pauvre.
Je ne sçay quel a été le dessein de M. l’Intendant d’appuyer la demande que cette compagnie veut vous faire de la
réunion du commerce de tous ces postes, ny celuy qu'il a eu
de vous en escrire, sans m'en parler que hier au soir après
mes paquets cachetés, estant persuadé que j’aurois pu le faire convenir du contraire, s’il s’estoit conformé à ce que vous nous avez prescrit, Monseigneur, de vous informer en commun de toutes les choses, qui concernent le bien du service du Roy et l’intérest de la colonie.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur,
Vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,