‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 71 sur 267 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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à cette Compagnie le poste du Détroit, et celuy du fort Frontenac, mais nous supplions très humblement Vostre Grandeur de nous permettre de luy représenter que, si les charges en sont trop fortes, comme celles nous le paroissent, la Compagnie ne pourra qu'avec beaucoup de peine les acquitter.

Ce que l’on a voulu faire entendre à Vostre Grandeur des avantages du poste du Détroit nous a fait appréhender qu’elle ne croye que nous traväillions à luy cacher la vérité; mais, si elle a la bonté de considérer que les particuliers, qui désireroient ce poste, ne sont poussés que du dessein d'y faire traiter et chez les nations voisines le plus de castor qu'il leur seroit possible dans l'assurance d'obliger ensuite la Compagnie de le prendre et de leur en donner des lettres de change sur la France, nous espérons qu'elle sera persuadée de la vérité de ce que nous avons l’honneur de luy escrire, puisque, pour le bien de nostre compagnie, nous sommes obligés de retrancher de cette traite du castor ou de la diminuer le plus qu’! nous sera possible, en mesnageant pourtant l'amitié des Sauvages.

Ainsy, si les profits, qu'on peut espérer de ce poste, se renferment à la seule traite des mesmes pelleteries, ils ne peuvent pas estre considérables, puisque ces sortes de bestes se destruisent facilement ct ne se repeuplent pas sy aisément que le castor, outre que le prix en change tous les ans en France et devient quelquefois très peu considérable.

Vostre Grandeur verra, par les estats qui luy serontenvoyés, que la despense, faite par M. l'Intendant pour l'establissement de ce poste, se monte à 80,000 livres argent de France, que la Compagnie a esté obligée de promettre de payer l’année prochaine. Elle s'engage encore de payer annuellement,

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sur les ordres de M. le Gouverneur général, visés de M. l'Intendant, la somme de six mille livres ordonnées par Sa Majesté, pour le soulagement des pauvres familles de ce pays. Il y a, outre cela, la nourriture de deux officiers qui ont avec eux leurs enfants et domestiques, pour lesquels on désire encore des gratifications, sans y comprendre 28,000 livres, à quoy montera le transport des vivres, rafraischissemens et hardes pour la garnison, au delà des quinze livres par quintal que M. l'Intendant a promis de donner.

Nous vous supplions très humblement de considérer, Monseigneur, que l'obligation qui nous est imposée de faire le transport des vivres, des rafraischissemens, des hardes et des munitions de guerre pour la garnison, est d’une despense excessive à nostre Compagnie, puisqu'il luy faut quarante canots pour cela seulement, et que, comme le nombre des soldats de cette garnison n’est pas limité, et qu'il dépendra de MM. les Gouverneurs généraux d'y en mettre tel nombre qu'il leur plaira, il at civeroit que, dans certaines années, la Compagnie n'auroit pas assez de monde pour porter ce qui seroit nécessaire à cette garnison, ce qui la ruineroit, elle et son commerce.

Si Vostre Grandeur avoit la bonté de régler que la Compagnie donnast quelque modique somme pour toutes ces charges, cela éviteroit bien des diflicultés et cousteroit très peu au Roy, parce que si on relève tous les ans cette garnison, les soldats, qui iront prendre la place des autres, pourroient porter, en y allant, tous leurs besoins, et ainsy successivement.

Nous sommes encore obligés de vous représenter, Monseigneur, que nous ne croyons pas praticable la pensée, qu'a

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nous aurons dans ce poste et dans celuy du fort Frontenac pour nostre commerce soient tenus de faire et traisner le bois nécessaire à ces garnisons pendant l'hiver, puisqu'il ne leur seroit pas possible de le faire, et que nous ne trouverions pas un seul homme qui voulust entrer à nostre service pour ces lieux-là à cette condition ; mais ils pourront tous en amasser chacun pour soy, comme il se pratique ordinairement.

Et comme il nous a paru, Monseigneur, que, quoyque Vostre Grandeur ait eu la bonté de nous accorder pour nostre Compagnie le privilège du commerce exclusif aux postes du Détroit et du fort Frontenac, on pourroit prétendre que ce privilège seroit seulement pour le contour desdits forts, nous vous supplions tres humblement que nous puissions faire, pour le bien de nostre commerce, tout ce qui sera jugé convenable aux environs desdits forts; autrement ce privilège de traite seroit absolument imaginaire, et il deviendroit inutile.

Nostre Direction ayant esté informée, dans le mois de Juillet dernier, que les Coureurs de bois désobéissans et mesme les Sauvages, attirés ies uns par le libertinage et les autres par la nouveauté, avoient entrepris d'ouvrir un commerce chez les Anglois de la Caroline et au bas du Mississipi, pour y porter toutes leurs pelleteries, nous députasmes MM. d'Auteuil et Péré à Montréal, près M. le Gouverneur général et M. l’Intendant, pour leur représenter les intérests de la Compagnie, et leur proposer les remèdes que nous jugions les plus convenables.

Ces remèdes sont, Monseigneur, d’establir queiques postes sur les passages, comme aux Miamis, à la rivière Ouabache, dans le lieu où elle se descharge dans le Mississipi; ce qui serviroit de borne entre cette colonie et celle qu'on establit

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au Mississipi, parce que c'est par là qu’on va à la Caroline, er que les Anglois peuvent venir réciproquement sur nos terres. Il faudroit, outre cela, un poste à Ouisconsing et un autre aux Sioux, le commerce de ces nations ayant tousjours esté fait par le Canada, afin que ces Sauvages, trouvant dans ces lieux-là leurs besoins ct des François qu’ils aiment, ils abandonnent la pensée d'aller chercher les estrangers.

Ces postes serviroient encore à empescher que le sieur Lesueur ne continue de traiter du castor chez les Sioux, ainsi que les autres auxquels il est défendu. Nous avons, sur cela, présenté des mémoires à M. le Gouverneur général et à l'Intendant, sur lesquels nous espérons qu’ils diront à Vostre Grandeur le bien qu'il en reviendroit à la Compagnie de la Colonie, surquoy nous attendons l'explication de vos volontés.

Comme le fort du Détroit pourroit servir d’entrepost pour tous les effets, aussy les François, qui seroient dans les postes des Miamis et des autres nations nos alliées, pourroient inspirer aux Sauvages esloignés, quine viennent pas à Montréal, d'aller porter leurs pelleteries aud. lieu du Détroit; ce qu'ils feroient d'autant plus volontiers que le voyage est aussy facile et plus court qu’à la Caroline et au bas du Mississipi, tellement que, par ce moyen, on rassembleroit tout le commerce des pelleteries qui appartient à ce pays ; ce qui ne se fera pas, s’il n'y a pas des François bien intentionnés avec eux, qui les puissent engager à faire ce voyage.

La veue que nous avons, Monseigneur, n'est pas de multiplier le castor ; car il n’y en a que trop et nous sommes surchargés, non seulement par la quantité, mais encore plus par les mauvaises qualités ; c’est plustost afin queles commis dela

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Compagnie, qui serviroient dans tous ces postes, peussent inspirer aux Sauvages l'espèce de pelleterie qui seroit la meilleure et de quelle manière il faudroit la préparer ; et comme il est indifférent aux Sauvages de quelle pelleterie ils se servent, pourveu qu’ils ayent leurs nécessités, on interromproit, pour quelque temps, cette grande quantité de castors qui est à charge. On en aboniroit les qualités et faciliteroit le moyen de débiter l'amas, qu’il y a présentement en France et dans

nos magasins en CC pays,

LES HABITANTS DE MONTRÉAL SE RÉCRIENT CONTRE L'ÉTABLISSEMENT DU DÉTROIT,

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