‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 72 sur 267 · JALOUSIE DE LEBER · texte numérisé non relu

JALOUSIE DE LEBER

Extrait d'un mémoire sur le Canada adressé au comte de Pontchartrain par le Roy de la Potherie.

Je touche icy une corde bien délicate, mais un homme qui a été controleur en Canada, ne doit point garder de mesure avec qui que ce soit, puis qu'il doit estre entièrement attache à son ministre.

On disoit à Québec, l'année passée, que quoyque vous eussiés donné des ordres à M. De Lamothe, pour faire l’establissement du Détroit vous en aviés cependant laissé le résultat à MM. de Callières et de Champigny, selon l'occurrence des affaires de ce pays. L’on tient, Monseigneur, que M. de Cal-

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lières fit naistre à M. De Lamothe des difficultés pour cette entreprise, afin qu’il lui deman:'ast M. de Tonty. Mais le plus probable est que M. De Lamothe le prévint sur cet article.

Tous les apprests du voyage se firent à Montréal. Vous en avés vu les estats de despense, sans d'autres qui ont esté faits à ce sujet que j'ay signé et que l'on n'a pas voulu vous faire connaistre, de peur que la despense ne parust trop grande, ce que je n'ay sçu qu’à la suite du temps, après plusieurs retlexions.

I y eut à Montréal du trouble parmi les marchands, qui estoient au désespoir de cet establissement. Mantet, officier, frère de Courtemanche, capitaine des gardes de M. De Callières, M. Le Ber, le plus riche négociant du pays, et la demoiselle Paquot crièrent contre ce départ. — On fit des requestes. C’estoit à qui leur donneroit le contour. L’Atalante arriva dans ce tems à Québec, qui donna avis que le Neptune devoit arriver dans peu. Comme l’on n'avoit reçu aucune nouvelle particulière par ce premier vaisseau touchant le résultat de la nouvelle ferme du castor, MM. De Callières ct De Champigny, appréhendèrent que ce dernier vaisseau n’apportast quelques lettres de vostre part. Ils firent partir M. De Lamothe en diligence. — Toutes ces personnes qui avoient donc eu à cœur ce départ, voulurent le faire surseoir. — En un mot, quand il fallut présenter cette belle requeste à M. De Callières qui avoit donné la permission à quiconque voudroit la lui donner, chacun saigna du nez. — Je ne sçay par quel hazard, il m'en est tombé une copie. — Mais la voicy :

A Monseigneur le Gouverneur Général.

Supplient humblement les intéressés dans les fermes royales de la Nouvelle France, soubsignés, après votre permission verbale, Monseigneur, lesquels vous remontrent que Messieurs les anciens intéressés dans les mesmes fermes, voyant les surcharges de castors qui provenoient de ce pays, desquels ils ne pouvoient avoir le débit, auroient représenté à Sa Majesté qu’ils se sentoient obligés d'abandonner le parti, s’il ne luy plaisoit empescher les grands et fréquens équipemens, qui se faisoient pour le commerce des castors chez les nacions esloignées par le nombre de Francois qui obtenoient des permissions pour cet effet. À quoy Sa Majesté auroit eu esgard, ayant pourveu par un édit, qui faisoit inhibition et deffense à feu Monseigneur de Frontenac de délivrer plus de vingt-cinq congés au pays, ordonnant que les dits congés seroient visés de Monseigneur l’Intendant, et enregistrés sur les registres du controlleur, qui seroit estably par la Compagnie, afin que la Cour custadvis du nombre d'hommes et de la quantité de marchandises qui seroient transportés pour les pays esloignés — lequel édit n'ayant esté exécuté, les dits sieurs intéressés auroient de nouveau présenté leurs plaintes à la Cour, ce qui auroit fait supprimer les congés par un autre édit de l'année 1007, avec deffense à mon dit Seigneur de Frontenac, d'en accorder aucun, sous prétexte qui se pust présenter, en conséquence duquel arrest nos ditsseigneurs de Frontenac, gouverneur,et Champigny, intendant, estant informés des desscins de l’Anglois et de l'Iroquois, qui se vouloient unir aux nations

alliées à la Colonie, pour ravir le commerce par une paix que

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ces derniers recherchoient avec tant d'aflectation, auroient représenté en Cour qu'il estoit de la dernière importance d'establir et entretenir des garnisons françoises, à Michilimakinak, à la rivière Saint-Joseph et Catarakouy, afin d’arrester et anéantir les propositions, qui se pourroient faire entre nos alliés et les ennemis au préjudice de la Colonie, ce qui auroit esté octroyé de Sa Majesté, avec deflense néantmoins aux commandans des dits Postes de commercer directement ny indirectement sous les peines d'estre dégradés, et aux soldats, de la galère, avec exclusion aux habitans du trafic dans la profondeur des terres. Ce qui fait voir que Sa Majesté n'a voulu ny entendu que le commerce des castors fust fait dans les pays esloignés, prévoyant que la trop grande quantité de castors ne pourroit avoir son débit et qu'il seroit à un si bas prix que les dits sieurs intéressés ne pourroient subvenir au party et payer ce qu'ils l’auroient achepté, ne prétendant pour donner le cours au commerce du castor en France, qu’exclure entièrement les magasins qui se pourroient establir dans les pays Outaouas. Les quels dits sieurs intéressés, avec toute leur précaution, se scroicnt trouvés surchargés et sentis obligés de demander à la Cour que le castor fust mis à un plus bas prix ce qui auroit enticrement osté la subsistance au Canada, qui, pour se maintenir, a esté contraint d'accepter le parti sur les conventions du traité qui a esté signé des supplians. —Et, comme le sieur De Lamothe Cadillac, sur les nécessités supposées sauf respect, Monseigneur, a exposé en Cour que l’establissement du Détroit fairoit la barrière pour éteindre entièrement le reste de vengeance que pourroient se proposer les Iroquois el nos alliés, qui ne peuvent de si tost perdre le souvenir de

leurs morts, que cet establissement empescherott les pour-

parlers de l'Anglois avec nos dits alliés, le dit sieur De Lamothe n'ayant eu autre dessein que d'y faire un commerce notable au préjudice de la Compagnie et de toute la Colonie, les suppliants, prévoyant qu’ils ne peuvent se maintenir dans le parti qu'ils ont embrassé sur l'assurance de la Cour, que tout ce qui se fairoit dans le pays, seroit réuni et demeureroit en propre à la Compagnie et à la Colonie, à la quelle Sa Majesté a accordé le commerce pendant le temps qu’elle règneroit et ce à quoy aucun édit n’a dérogé du depuis. — C'est ce qui a obligé les suppliants d’avoir recours à vostre justice, sur la quelle ils s'appuyent puisque vous avez esté choisi de Sa Majesté pour rendre justice dans ce pays et protéger ses sujets qui seront contraints de se démettre du parti et de retirer leurs seings et leurs mises, s'il n'y est par vous pourveu. :

Ce considéré, Monseigneur, sur les humbles remontrances que vous font les dits intéressés, qui se reposent entièrement sur votre protection, il vous plaise pour le soutien de leurs intérests, que vous avez toujours pris à cœur, surscoir les dits équipemens du sieur de Lamothe, attendu qu'ils sont contraires aux édits de Sa Majesté, puisqu'il va pour commercer, et à la bonne foy des suppliants, qui ont engagé tout leur bien dans le parti pour le maintien du Canada, jusques à ce qu'il vous ayt plu Monseigneur, représenter à la Cour le tort que l’establissement du Détroit fait à tout le pays, après qu'il vous aura plu ordonner une assemblée générale pour entendre les remontrances d’un chacun.

La requeste demeura au croc. La demoiselle Paquot fournit de sa part pour 10,000 francs de marchandises. — Le sieur Leber ne souflla plus — on ne sait d'où vient — mais celuy qui profita le plus fut un marchand qui vendit, lui seul, pour

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plus de 36,000 livres d'effets. — MM. De Lamothe et Tonty partirent après en bref. Comme l’on sçait que le premier n'est pas tout à fait en odeur de sainteté, et que l'on sçait qu'il a gagné beaucoup de bien, lorsqu'il estoit commandant à Missilimakinak, par une traite d'eau-de-vie, que les missionnaires luy ont reprochée, on a jugé que ce voyage là ne luy vaudroitrien.

Je n'oscrois pas tout à fait vous dire mon sentiment sur ce que l'on pense de cet establissement. — Il faudroit que vous me donnassiez un ordre positif pour vous dire ce qui en est, afin que vous ne fussiez pas fasché contre moi. Je sçay que tout le monde crie contre M. de Lamothe, quoique vous ayés depuis accordé la traite de ce fort à la nouvelle Compagnie.

Il est bien doux à tous les sauvages de Missilimakinak, du Lac Supérieur, des lacs Huron et Islinois d'y aller commercer doresnavant, car ils espargnent des 3 à 400 lieues qu'ils seroient obligés de faire pour descendre à Montréal , au lieu qu'ils n'en fairont que 100. Ils y porteront à profusion la pelleterie. Il y a peu de Sauvages qui ne doivent aux marchands françois qui sont obligés de leur faire des avances, et il n'y a pas de ces débiteurs, qui n’aillent au Détroit pour éviter de les venir payer.

Quand tous les Sauvages viennent en traite à Montréal, il y a plus de quatre cents familles des pays qui en profitent. La foire se tient le long des palissades, hordées des cabanes des Sauvages, et de l’autre costé sont quantité de petits marchands qui n’attendent que ce moment favorable pour estaler leurs marchandises. Il n'y a point de marchands dans la ville, qui n’ayent pour lors des interprètes, dont les uns ont le quart, la moitié des profits ou une bonne somme pour leurs peines, car ces marchands auroient pour 100,000 escus de marchan-

dises, qu'ils ne pourroient vendre une livre de tabac sans le secours de leurs interprètes. — C'est dans ce temps que tous ces gens là comptent profiter de quelques douceurs pour faire subsister leurs familles le reste de l'année.

M. de Callières manda, l’année passée, à Teganissorens, le grand chef des Iroquois, qu'il avoit quelque chose à luy communiquer. Îl luy parla du projet qu'il avoit eu de faire un establissement au Détroit pour l'avantage de la nation, qui, au milieu de la chasse, trouveroit un asyle à y commercer. Ce chef, qui est plus ami des Anglois, dissimula ce qu'il en pensoit, mais il ne fut pas plus tost hors de Montréal, qu'il dit que sa nation avoit empesché les Anglois de s'y establir.

M. Dulhut, capitaine en Canada, commandoit pendant les dernières guerres un fort au bout de ce Détroit, vers le lac Huron. Il tenoit en bride les Anglois, qui auroient voulu commercer avec les Outaouas.

Le castor va devenir fort rare. Nos alliés ont dit, l’année passée, dans les Conseils généraux tenus à Montréal, qu'ils avoient mangé la terre, voulant dire qu'il y avoit présentement très peu de castors. Ils demandèrent s'ils pourroient dans la suite traiter des chats sauvages et des loups. — On leur dit qu'ils pourroient s'attacher doresnavant à la mesme pelleterie. — C’est ce commerce qui roule beaucoup plus avec les petits marchands, qui ne le sont que pendant la traite. Les Sauvages, qui auront peu de castors, en fairont le plus qu'ils pourront et aimeront mieux le porter au Détroit.

LA COMPAGNIE DE LA COLONIE EST MISE EN POSSESSION DU DÉTROIT A CERTAINES CONDITIONS. CADILLAC Y ARRIVE ET S'Y ÉTABLIT.

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