ET D'OCCUPER CATARACOUY ET CHAMBLY
Extrait d'une lettre du marquis de Denonville au Ministre.
Québec, 8 may 1686.
J'apprends que la nouvelle que j'ay eu l'honneur de vous mander des canots anglois accompagnez des François déserteurs qui ont paru sur les lacs Ontario et Erié, allant aux Outaouas, est véritable. Il y en a dix, chargez de marchandises. Sur cela, Monseigneur, j'ay envoyé des ordres, à Missilimakinak, à Cataracouy et autres lieux, où nous avons des Francois, de courir sus et de s’en saisir, et je suis résolu d'envoyer encore un officier avec douze bons hommes joindre à Cataracouy le sieur d'Orvilliers, qui avec la barque du sieur de La Salle doit aller à Niagara pour y traiter avec les Sauvages Iroquois, au retour de leur chasse. Cet officier, avec vingt bons hommes, à la faveur de cette barque et de quelques canots que l’on luy donnera, s'ira poster à la rivière qui communique du lac Erié à celuy d'Ontario vers Niagara, par où il faut de nécessité que les Anglois, qui ont monté dans le lac Erié, repassent avec leurs pelleteries pour s'en retourner chez eux.
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PREMIER PROJET D'UNE CHAINE DE POSTES. l
Je regarde, Monseigneur, comme une chose importante d'empescher ce commerce aux Anglois, qui sans doute ruineront entièrement le nostre, tant par le meilleur marché qu'ils peuvent faire aux Sauvages que pour les François de nostre colonie accoustumez à aller dans les bois, qu’ils attireroient à eux... Ce qu'il y aura bien à prendre garde est qu'ils ne fassent aucun tort aux Sauvages [roquois, afin de nc pas nous attirer la guerre avant le temps, et contre les intérests de la Colonie, qui demandent de n’estre pas primez : car, de vérité, elle pourroit en souffrir beaucoup, estant si dispersée et séparée que, sans un miracle de Dieu, on ne la scauroit garantir des insultes d’un ennemy. J'ay eu l'honneur, Monseigneur, de vous en entretenir par ma lettre du 14 novembre dernier et de la nécessité qu’il y a d’avoir des réduits et quelques lieux fermés. Si la guerre se faisoit, il faudroit bien travailler à en faire à chaque seigneurie, pour y mettre en seureté le peuple, ses grains et ses bestiaux.
J’adjouteray encor, Monseigneur, à cette lettre qu'il seroit bien de voir Villemarie fermée de murailles, à la teste de tout, en estat de tenir des magasins en seureté et de réfugier toute l'isle pour tenir teste aux ennemis.
Vous me permettrez, Monseigneur, encore une fois de vous supplier très humblement de faire réflexion que les lieux fermez de murailles sont le seul salut d’un pays qui sera tousjours en estat de périr, tant qu'il n’y en aura pas.
Il est, Monseigneur, très important que vous ayez la bonté de réfléchir sur l’estat présent des affaires dans la conjoncture où nous sommes, tant avec les Anglois qu'avec les Sauvages Iroquois.
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Les premiers nous coupent le commerce par le Nord:
cela je croy avoir donné tout l’ordre possible pour les terres, selon le pouvoir et au delà mesme de la puissance du pays.
Ils nous coupent aussy le costé du Sud par Niagara, d'où ils vont à l’ouest aux Outaouas. Je croy qu'il n’y a rien de plus à faire pour moy que d'envoyer les chercher pour les enlever, si on les peut joindre et les attendre au passage de Niagara. Si la bonne fortune veut que l’on réussisse à l’une et à l’autre entreprise, nous voylà les Anglois à dos. Par mer, ils sont plus puissans que nous. Ils nous fatigueront sur nos costes de l’Acadie, où ils ont desjà fait beaucoup de violences aux habitans et à nos pesches, avec leurs forbans qui courent fort. Ils chercheront encore à faire la guerre à la Compagnie de la baye du Nord.
Du costé de Niagara, si ils veulent continuer de commercer avec les Outaouas, ce passage est bien esloigné de nous pour y avoir tousjours l'œil afin de les y surprendre; cependant, on s’y appliquera.
A l’esgard des Sauvages [roquois, ils travaillent tousjours bien puissamment à s’allier des Outaouas pour se les acquérir. Îls nous craignent et nous haïssent encore plus. Il n'y a pas à douter un moment que tost ou tard ils nous feront la guerre, et l’auroient desjà déclarée, si Onontagué, l’un de leurs cinq villages, ne s’y estoit ouvertement opposé. Sur cela, Monseigneur, permettez-moy de prendre la liberté de vous faire remarquer que leur esloignement de la colonie est grand, aussy bien que la difficulté des rapides pour les approcher diligemment avec ce qu’il faut de vivres. Outre cela , il n'est pas
encore seur de les joindre en allant à eux : car, se sentant moins forts que nous, ils se retireront dans les bois. J'espère que ce ne sera pas une affaire de brusler leurs villages et des-
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truire leurs champs, mais ce n'est pas une chose asseurée qu’ils périssent pour cela. La guerre peut aisément durer plusieurs années, tenant les bois comme ils font. Il ne tiendra qu’à eux de brusler tant qu'ils voudront de nos habitations, si Dieu ne les aveugle dans leur pouvoir. Voilà, Monseigneur, les inconvéniens qu'il peut y avoir à leur faire la guerre, et quand mesme nous aurions ruiné le village des Sonnontouans, ce qui est le seul ouvrage d’une campagne, parce que les autres en sont si esloignez qu'il est impossible d'aller au plus voisin, la mesme année; et ainsi ce village pourroit se soustenir et relever la mesme année, par le secours des autres, qui se joindront à eux pour nous faire la guerre.
Je suis persuadé que les [roquois veulent bien la paix, à présent qu'ils voyent des troupes, mais je ne croy pas du tout qu'ils se soumettent à ne plus la faire aux autres nations, nos alliées. Ainsi il n’y a pas de doute qu'il se faut mettre en estat de les humilier.
Ce que je croirois de plus utile pour en venir à bout, ce seroit d’establir un bon poste à Niagara.
La manière dont les Anglois se sont gouvernez jusqu’à présent avec les Iroquois, a esté, lorsqu'ils ont voulu s’establir dans leur voisinage, de leur faire des présents pour acheter le fonds et la propriété de la terre qu'ils vouloient occuper. Ce que je voy de plus seur est que, soit que nous leur en fassions ou que nous ayons guerre ou paix avec eux, ils ne souffriront que fort impatiemment de voir bastir un fort à Niagara qui nous asseureroit la communication des deux lacs, nous rendroït maïstres du passage des Sonnontouans, pour aller à leur chasse des pelleteries, dont ils n'ont au-
cunes sur leurs terres ; c’est aussy leur rendez-vous pour la
chasse de leurs viandes, dont ce pays-là abonde, aussy bien que de toute sorte de pesche.
Ce poste seroit très advantageux pour le refuge des autres nations, qui sont en guerre avec eux et ne les osent approcher pour avoir trop de chemin à faire pour leur retraite.
Ce poste les tiendroit dans l’obéissance et dans la crainte, en faisant le fort assez grand pour y contenir un corps de quatre à cinq cents hommes pour leur faire la guerre, ce qui ne scauroit se faire sans dépense, parce qu'il le faudroit fermer de murailles de simple closturc ordinaire pour citre hors de toute insulte, ne pouvant estre secouru de nous.
Pour en asseurer la construction, il ne faut pas douter un moment que, quand mesme nous aurions la paix avec eux, il faudroit y mener un corps pour la seureté des travailleurs. Le transport des vivres, tant pour la garnison que pour le corps qui s’y tiendra, est très cher, puisque le millier pesant, qui est la charge d’un canot, couste cent dix francs à porter de Villemarie en l’isle de Montréal à Cataracouy. Outre les simples vivres, combien faut-il d’autres ustensiles et de munitions ?
Ce poste, Monseigneur, fermeroit absolument tout le passage aux Outaouas, et nous mettroit en estat d’empescher que les Iroquois ne leur portassent des pelleteries : car, avec le réduit de Cataracouy, qui serviroit d'entrepost pour y tenir nos barques à couvert des vents en hyver, ayant des postes des deux costez du lac, nous pourrions nous rendre maistres des chasses de cette nation, qui ne peut s’entretenir que par ce secours et qui ne tireroit que peu de chose des Anglois, si ils n’avoient plus de pelleteries à leur donner. Ce qu'il y a de seur est qu’ils leur en porteroient beaucoup moins que par le
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J'ai dessein d’envoyer à Niagara, cette année, le sieur d’Orvilliers avec le sieu: de Villeneuve, dessineur que vous m'avez donné afin d'en lever le plan, et, après que j’auray veu les [roquois à Villemarie en l'isle de Montréal et que nous sçaurons à quoy nous en tenir avec eux, je voiray si je ne pourray point moy-mesme y aller faire un tour pour pouvoir vous en rendre compte plus seurement: car, pour s’en fier au sieur de Villeneuve seul, il est très bon, très seur et très fidele dessineur; mais, pour le reste, il n’a pas l'esprit assez arrangé et l’a trop court pour pouvoir donner aucunes veues pour l’establissement d’un poste et pour en avoir la conduite de son chef.
On m'asseure que les terres aux environs sont très bonnes et d’un très bon rapport, aisées à cultiver. Sa situation est environ le quarante-quatriesme degré. Tout ce que j'en apprends me confirme dans l'opinion que j'ay que, dans trois années au plus, ce poste se soustiendroit de luy-mesme. Il y a à craindre qu’en le faisant fortifier cela ne nous attire la guerre, si vous souhaitez qu'on l’évite; mais aussi croisje que, si les Sonnontouans nous voyoient bien establis, ils seroicnt bien plus souples.
Sile dessein vous convient, Monseigneur, envoyez, s’il vous plaist, des maçons et force outils à remuer la terre et tirer des pierres.
Il est seur que nos marchands feront au Roy un profit, qui pourra diminuer la dépense que le Roy y feroit, et je croy
que les affaires estant pacifiées avec les Iroquois nos associez pourront faire trente mille francs de ferme au Roy avec le présent au Gouverneur que vous jugeriez à propos, pour le quart du castor et pour le privilège de commercer avec les Iroquois et non avec les autres nations, ce qui
seroit aisé à régler. Et je croy pouvoir vous advancer qu'après le premier bail d'un pareil establissement la recepte de cette ferme pourroit bien approcher de celle d'icy, surtout empeschant le commerce des Iroquois avec les Anglois. J'en escriray un mot à M. Morel, qui pourra vous en entretenir.
Je croy encor, Monseigneur, que l’establissement seur de ce poste seroit un grand advantage pour l’augmentation de la Religion par les facilitez que nous aurions dans la suite de mettre des barques sur le lac Erié, avec lesquelles on iroit aisément jusqu’à Missilimakinak, comme j’ay eu l'honneur de vous mander cet authomne.
Je croy qu’il seroit à propos de composer la garnison de Cataracouy de gens détachez, au lieu d'y tenir une compagnie entière. Je voiray sur les lieux ce qui conviendra mieux pour le service, et feray relever la compagnie, si besoin est.
Le voisinage des Anglois est très dangereux pour la colonie. Je voudrois bien que les affaires du Roy d'Angleterre demandassent qu'il s'en accommodast avec le Roy. Cela advanceroit bien les affaires de la colonie et apporteroit à l'Estat bien des commoditez, outre que les Iroquois seroient à nostre mercy, ne se maintenant que par eux.
J'ay envoyé un lieutenant avec dix-huit hommes au poste, où estoit le fort de Chambly, qui est un des passages pour aller aux Anglois par la rivière de Richelieu. J’ay donné ordre d'y arrester tous ceux qui y voudroient passer. Deux sergents de Macary ont déserté par cet endroit.
Je recois tout présentement des lettres du sieur d'Orvilliers,
qui commande à Cataracouy, par lesquelles il me mande que les Iroquois du village d'Onnontagué ont arresté les cinq déserteurs de sa garnison, qui passoient chez eux pour aller
rès , : À : Lg aux Anglois, parce qu'ils n’avoient point de passeport de de cette
moy.
es- : : i sh L … Ce village, Monseigneur, est celuy de tous le plus porté en escri- : FR , oi à la paix, et qui, par les intrigues d’un nommé Otrehouaty, ir, ; fait toutes les démarches auprès des Sonnontouans pour les t seur de É
à engager à entretenir la paix avec nous.
n de de he ji … M. d'Orvilliers me mande que quantité de Sauvages de \ suite de à s
A ce village ont passé par le fort pour aller à leurs chasses, et on iroit ue PE À qu’ils y ont fort traité avec les gens de M. de La Salle.
r de 6 ; :
sen Si vous approuvez, Monseigneur, que je continue de gar-
der ce poste, il seroit bien à propos qu'il n’y eust point d'autre
rnison de que le Roy qui en eust la propriété. En ce cas, vous mandee compa-
rez, s’il vous plaist, au profit de qui S. M. veut que la traite
ieux Ë : 3 Hi Le se fasse. On ne croit pas qu’elle puisse aller plus loin que
in est. . Net j Lie quatre mille francs du pays, tous frais faits, non compris les
OURS GE droits du Roy. M. de La Salle l’a cédée à plusieurs mar- D chands d’icy, qui, du consentement du sieur de La Forest,vont commencer, cette année, à l'exercer, en déduction de ce que le sieur de La Salle leur doit. Il seroit bien à souhaiter qu'il les peust payer touts : car, de vérité, cela les incommoderoit fort, s'ils ne l’estoient pas.
On m'escrit de Cataracouy qu’on ne sçauroit mettre à l’eau
ges pour , + ‘ pcs P les barques eschouées que vers le 15 juin, qui est le temps a nné Lt ,
A des grandes eaux. Il y aura bien à y travailler pour les mettre er. Deux
en estat de s’en servir dans le lac.
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