EST DEVENU ODIEUX A SA COMPAGNIE
Lettre du Père Enjalran à Lamothe Cadillac.
Aux Trois-Rivières, ce 30 aoust 1701.
Monsieur ,
Je rencontre Mme de Lamothe bien résolue de vous aller
voir au Détroit, J'aurois esté fort content, si le dessein, qui
devoit me faire monter vers vos quartiers, m’eust permis de l'accompagner. On ne pouvoit déterminer ce qui regarde la mission du poste que vous devez establir, comme un des plus importans, qu'on ne prist des mesures pour les autres missions, car tout ce Pays d'En Haut a besoin de réforme. Monsieur nostre Gouverneur, après m'avoir entendu sur ce chapitre, jugea que je serois le plus propre à rendre service en ce qui est de mon ministère, lorsque nous aurions sçu toutes les intentions de la Cour. Si nous les apprenions assez à bonne heure, je pourrois bien vous aller voir avant l'hiver, et je me ferois un plaisir singulier de vous seconder dans vos glorieuses entreprises, et de vous marquer le sentiment d’estime avec lequel je suis, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : P. ENsALRAN.
Note de Lamothe Cadillac. — Cette cinquième lettre est du P. Enjalran. Il persiste toujours dans son sentiment, asseurant que le Détroit est le poste le plus important. Ce Père venoit de passer par toutes les missions généralement, et il convient que tout ce Pays d'en Haut a besoin de réforme ; il a effectivement raison. Sa droiture l'a rendu odieux à ses associés qui s'en sont défaits contre toute justice. Cette lettre prouve encore que M. de Callières avoit jeté les yeux sur ce Père pour conduire toutes les missions ; mais, sans doute, il a esté de la politique de Monsieur le Gouverneur général de céder au torrent et de sacrifier ce bon ouvrier nécessaire à la vigne du Scigneur à l'envie de ses associés.
Personne n'a jamais mieux connu le génie des Sauvages que ce Père, ni a eu tant d’ascendant sur leur esprit, mais son crime a esté d’avoir convenu que le projet de M. de Lamothe estoit merveilleux, et pour cela il luy escrit qu’il se fera un plaisir de le seconder dans ses glorieuses entreprises.
Sa lettre se rapporte aux paroles de M. de Callières, dites dans l'assemblée générale qui fut faite à Montréal le 6 d'août 1701, au troisième article en ces termes : Le R. P. Enjalran est tousjours prest à partir pour « aller demeurer chez vous (comme vous l'avez
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