LAMOTHE CADILLAC D'ÈTRE CAUSE DE TOUTES LES ACCUSATIONS DIRI
GÉES CONTRE EUX.
Leltre du Père de Carheil à Alphonse de Tonty.
A Missilimakinak, le 17 juin 1702.
Monsieur,
Le bon tesmoignage, que vous avez bien voulu me rendre de l'assiduité de Monique à s'acquitter constamment tous les dimanches et tous les jours de feste des obligations du Christianisme, n’a pu m’estre que fort agréable, non-seulement parce qu'il m’asseure que de son costé elle souhaite son véritable bien, mais encorc parce qu'il m'asseure conséquemment de votre costé que ce que vous estimez le plus en elle est aussi ce que vous estimez le plus en vous. Il scroit à souhaiter que tous ceux du Détroit ne regardassent les choses que par
cet endroit là. On n’y auroit pas tant crié contre moy que yq
l'on y a fait, mais j’ay entendu autrefois icy tant de semblables cris de la part des François, et je m’y suis tellement accoustumé, que je ne sçaurois m'estonner de ceux que j'entends aujourd’huy de la part des Sauvages. Le mesme principe, demeurant le mesme, ne produit jamais partout où il est que les mesmes effets. Les cris des François se sont dissipés sans
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nuire qu’à ceux qui les avoient faits contre la vérité. J'espère que les cris des Sauvages se dissiperont avec le temps de la mesme manière. Il ne faut pour cela que distinguer les volontés du Roy que l’on veut confondre. Cette distinction, qui nous est marquée dans toutes les lettres que nous avons recues soit de M. le gouverneur général, soit de M. l’intendant, soit de nos supérieurs, raccommodera tout en ostant la confusion qui a causé le bruit.
Mon impuissance d’estre à Missilimakinak avec ceux qui y sont restés et au Détroit avec ceux qu’on y a attirés, n'est pas un sujet qui doive faire crier contre moy, à moins que de vouloir m'obliger à l'impossible d’estre dans deux lieux tout à la fois. Pourquoy y a-t-on réduit le P. Vaillant (qu'on avoit envoyé pour nous aider), sans avoir rien pu nous v préparer, que pour nous réduire nous-mesmes à n’y pouvoir aller dans le mesme temps qu'il s’en retiroit, et que l'on a commencé à y faire crier contre nous. Cependant, nous n'avons rien fait que pour le mieux. Un peu de retardement pour prendre des mesures est toujours nécessaire à la prudence dans les entreprises, et principalement dans celles qui tendent à quelque chose de fixe et de permanent, tel qu'est un nouvel establissement. Au reste, nous sommes surpris qu'aucune des lettres qui nous sont venues du Détroit, ne nous marque rien d'une nouvelle fort importante que nos pères des Miamis nous mandent qu'ils ont fait sçavoir à M. de Lamothe par un exprès envoyé pour ce sujet.
Comme nous n’en avons point icy d’autre connoissance, que celle qu'ils nous en donnent, nous ne pouvons y rien adjouster de nostre part, et quand nous le pourrions et que nous eussions appris quelque nouvelle particulière, qui d'elle
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Note Carhei
mesme nous doit obliger d’en donner avis; toutefois, voyant ce qui se passe à nostre esgard, nous ne sçavons s’il ne vaudroit pas mieux, pour nostre propre seurcté, garder le silence que de nous exposer au danger d'estre encore accusés là dessus auprès des Sauvages ; car, enfin, on tourne tout en accusation et en procès verbal contre nos fonctions, auxquelles on en veut; mais on aura beau leur en vouloir, nous ne manquerons jamais de nous en acquitter fidèlement, quoy qu'il en arrive.
Pour vous, Monsieur, je ne doute point que vous ne condamniez toutes ces...., si opposées à la raison, à la justice et à la vérité. Vous n'avez pas oublié ce que nous disions autrefois ici dans quelqu'un de nos entretiens, que tous nos devoirs se pouvoient réduire à ces cinq articles :
« Serviteur de Dieu pour luy-mesme;
Serviteur de tout le monde pour Dieu;
Serviteur de personne contre Dieu;
Serviteur de Dieu contre tout le monde;
Serviteur de Dieu contre soy-mesme. »
Personne ne sçauroit s’escarter de son devoir, en suivant ces cinq règles, que je souhaite avec vous qu'on suive au Détroit.
Je suis avec respect, et de vous et de Madame, que vous me permettrez de saluer, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Signé : ÉTIENNE DE CARHEIL.
Le Père Marest vous présente ses respects, et vous price
d'agréer qu'il salue Madame.
Note de Lamothe Cadillac. — Cette douzième lettre du P. de Carheil a esté écrite au sieur de Tonty qui est au Détroit capitaine.
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Il l'a remise à M. de Lamothe pour la porter à M. de Callières, luy en ayant fait un sacrifice, en reconnoissance de ce que M.de Lamothe luy avoit passé une faute considérable. On peut voir par cette lettre la conduite du Ciel.
Il est certain que M. de Lamothe avoit une confiance particulière dans M. de Tonty, qui en profita, en bon élève de Naples, pour le trahir en travaillant, de concert avec les missionnaires, pour renverser l'establissement du Détroit.
Il pratiquoit cette affaire avec tant d'artifice qu'elle demeura pendant un assez long temps impénétrable à M. de Lamothe.
On voit par cette lettre comment cet Italien et ce missionnaire se chatouillent sur le fait de la dévotion. Ne dirait-on pas que la Monique en question est au moins une demi sainte ?
Ce Père ne s’embarrasse de rien, ct il fait entendre que M. de Lamothe est ce principe qui fait former toutes les accusations qu’on luy fait tant par les François que par les Sauvages. Il dit qu'elles se dissiperont parce qu’elles sont faites contre la vérité, et il les soutient telles par deux raisons. La première est qu'il faut distinguer les volontés du Roi; la deuxième cst sans doute que M. de Lamothe le veut confondre, ct pour bien encourager le sieur de Tonty, il l'assure que cette distinction des volontés du Roi leur est marquée par toutes les lettres qu’ils ont reçues de Monsieur le Gouverneur général, de M. de Champigny, intendant,'et de ses supérieurs, et que c'est ce qui raccommodera tout en ostant la confusion, qui a causé le bruit, c’est-à-dire, en faisant rappeler M. de Lamothe de son poste et conséquemment en y faisant substituer M. de Tonty.
De tout cecy, il en faut bien tirer une conséquence sans réplique; ou ce quele Pèrea cscrit est vrai, ouilest faux. S'il est vray, Monsieur le Gouverneur général, Monsieur l'Intendant et les supérieurs des Jésuites ont travaillé de concert pour perdre M. de Lamothe et destruire l'établissement du Détroit, S'il est faux, c'est une imposture du P. de Carheil et une calomnie qu'il impose à ces Messieurs et mesme à ses supérieurs.
Tout ceci s’est découvert par une voie du ciel, qui a renversé par terre le sicur de Tonty ct son cheval, et par une lumière qui luy a crevé les yeux sur le chemin de Damas.
On voit encore l’emportement de ce Père, lorsqu'il affirme hardiment que M. de Lamothe a réduit le P. Vaillant à la nécessité de se retirer du Détroit, pour le réduire luy-mesme, dit-il, à n’y pouvoir venir,
Cependant le contraire paroist par les lettres du mesme P. Vaillant, du P. Bonnart, son supérieur, du P. Germain et du P. Marest. Ces deux premiers remercient M. de Lamothe des bons traitemens
J Gou men vagc des ture susd ils m adjo quer Is t nom quoy bon !
et des honnestetés qu'il lui a faites, et ces deux derniers l’assurent qu’on attend à Québec le retour de ce Père.
Au surplus, on diroit que ce Père souffre une fièvre chaude, surtout lorsqu'il dit qu'on tourne tout en accusation et en procès-verbal contre leurs fonctions auxquelles on en veut. Où sont donc ces
procès-verbaux qu'on a faits? Il faut assurément qu’ils soient dans son coin spéculatif,
LE PÈRE AVENEAU