MISSIONNAIRE DES MIAMIS LES DÉTOURNE D'ALLER AU DÉTROIT
Lettre du Père Areneau à Lamothe Cadillac.
De la rivière Saint-Joseph, ce 4 juin 1702.
Je ne recus pas si tost, l'année passée, la lettre que M. le Gouverneur me fit l'honneur de m'escrire sur l'establissement des François au Détroit, par laquelle il invite les Sauvages, y comprenant les Miamis, à venir s’establir auprès des François, au poste du Détroit, que je leur en fis la lecture en leur langue, sans leur rien cacher du contenu de la susdite lettre, et maintenant que je leur en ay fait ressouvenir, ils me disent qu’il est vray que je la leur ay lue et que je leur adjoustay que, s'ils alloient s’establir au Détroit, je ne manquerois pas aussi d’y aller, ne voulant pas les abandonner, Ils me respondirent qu'ils craignoient, parmi un si grand nombre de monde, d’estre réduits en peu de temps à la faim, quoyque les marchandises, qu'on leur fait là espérer avoir à bon marché, ne laissent pas de les ébranler beaucoup:
La nouvelle de cent ou deux cents Iroquois, qui doivent venir ici cet été leur parler, que Saint-Michel m'a dit de leur dire de votre part, les a estrangement surpris et leur a donné occasion de douter de la vérité de la paix, s'imaginant n'y pas estre compris, surtout quand on leur a dit encore de vostre part qu'ils se tinssent sur leurs gardes. Ce qui n’a pas empesché néantmoins que quelques jeunes gens ne soient partis depuis peu de jours en guerre contre les Sious, malgré tout ce que les vieillards et moy avons pu leur dire pour les obliger du moins à suspendre leur marche pour quelque temps, qu'ils apprendroient des nouvelles d'Onontio. Vous connoissez encore mieux que moy le génie des Sauvages, je veux dire leur manière d'agir. Ils poussent tousjours leur pointe, de sorte que s'ils ont véritablement envie d'aller au Détroit, infailliblement ils iront; sinon ils demeureront là où ils sont, ou au moins ils ne feront pas grand mouvement pour changer de demeure. Je prie Dieu qu'il nous fasse et à eux la grâce de faire en tout et tousjours sa sainte volonté. Je salue derechef Madame votre espouse et luy demande quelque part en ses prières, qui suis avec respect, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : P. B. AVENEAU.
Sitost que le Père sera icy mesme deretour, je luy mettray en main vostre lettre et une autre du Détroit, que Saint-Mi-
chel a apportée. Il arriva hier, et je luy mis entre les mains
vostre lettre avec celle de M. de Tonty,que vous me permettrez de saluer.
Note de Lamothe Cadillac. — Cette treizième lettreest du P. Ave-
neau, missionnaire des Miamis ; il accuse en avoir reçu une de M. de Callières et l'avoir lue aux Miamis, les ayant invités de s’aller
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LE DÉTROIT PONTCHARTRAIN. 241 establir au Détroit. M. de Lamothe sait le contraire, par des François qui y estoient présens, ayant dit aux Sauvages de demeurer fermes dans leur village, ce qui se rapporte à ce qu’un des chefs des Miamis a dit à M. de Lamothe, dans le conseil du 27 Juin 1702, au dernier article. Ce Père se fondoit sur la parole que M. de Callières avoit dite aux Miamis en l'assemblée qui se fit à Montréal, le 6 d'Aoust 1701, où il commence en ces termes dans l'article G :
« Pour ce qui est de ce que vous me demandez, Chichikatelo, que les autres villages des Miamis n'en fassent qu'un avec nous à la rivière Saint-Joseph, vous pouvez asseurer tous ceux de vostre nation qu'ils me feront plaisir de vous y joindre, puisque je suis persuadé, présentement que la paix est faite, qu'ils y vivront beaucoup mieux que dans tous les autres lieux où ils sont, »
: On convient que cette parole estoit une raison pour détourner Îles : Sauvages Miamis de venir s'établir au Détroit, si la lettre que Monsieur le Gouverneur luy a escrite pour les inviter d'y venir n'eust
: esté postérieure.
# XVI dé QUAND ON NE VOUDRA QUE SERVIR LE ROI, le LA DISPUTE SERA BIENTOT FINIE, e ef LR] ds Lettre du Père Marest à Lamothe Cadillac.
A Missilimakinak, ce 23 Juillet 1702.
Monsieur,
ÿ Les premières paroles de votre lettre me font connoistre i- ;
que vous souhaitez que j'y responde article par article. Je le
feray pour vous contenter.
Elle se réduit à cinq ou six articles. Le premier regarde nostre correspondant prétendu, le deuxième vostre jugement conditionnel, le troisième la personne de Quarante-Sous, le
quatrième le lieu de vostre établissement, sa cause, sa fin, sa
Ce
manière, le cinquième le dessein de Mikinak, et le sixième enfin des promesses.
Au premier article, qui regarde nostre correspondant prétendu, je responds que ce fidèle correspondant mais mal informé, dites-vous, sur les mémoires duquel nous vous avons escrit, c'est vous mesme. Ces mémoires, ce sont les lettres que vous avez escrites à nos Pères des Miamis ct celle que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire. Il ne nous a pas esté besoin d'en chercher d'autre. Pouvons-nous estre mieux informés de vos sentiments que par vous-mesme, que par vostre propre tesmoignage ?
Pour le deuxième article, où vous dites qu'il n’y a nulle occasion de vostre part, mais un jugement conditionnel, je responds que la condition manque.
A l'esgard du troisième où il s'agit de Quarante-Sous, je sçais qu'il n'a pu m’accuser, puisqu'il ne me connoist ny ne m'entend, mais je sçais aussi que, s’il n’a pas esté au Détroit, il a crié bien haut aux Miamis contre le R. P. de Carheil, attribuant à ce Père ce qu'il devroit s’attribuer à luymesme ; je veuxdire la séparation de sa nation. Il se plaignoit hautement que le P. de Carheil avoit empesché son monde de le suivre, mais il ne doit pas appeler son monde, ceux dont il s'estoit séparé pour s’aller joindre à l'ennemy et auxquels il devoit venir se joindre, comme ils en estoient convenus, l’automne passé, avant leur descente à Montréal, dans un conseil tenu pour cela en présence de M. Courtemanche, qui le mit par escrit pour faire rapport à M. de Callières. C'est dans ce conseil que Quarante-Sous s’obligea solennellement de venir icy pour terminer l'affaire de leur establissement,
son manque de parole a esté cause que toute sa nation ne
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pas establie au Détroit, Cependant, quoyqu'il eust crié bien haut, aux Miamis, contre le P. de Carheil, on nous mandoit encore qu'il descendoit balle en bouche contre ce Père. Ne devions-nous pas croire que ce qu'il disoit aux Miamis, ce qu'il alloit déclamer dans la descente à Montréal, n'estoit qu'une expression de ce qu’il avoit dit au Détroit ?
Pour l'accusation qu'on a faite contre luy, si elle est fausse, ce n'est pas nous qui l'avons accusé ; ce n’est pas à nous qu'il faut s'en prendre, mais aux Sauvages qui en ont fait le rapport aux Pères des Miamis. Nous vous avons dit expressément que nous n’en avions aucune connoissance que celle qu'on nous a donnée des Miamis, où les François ne purent s'empescher de luy en faire des reproches publiquement, et c'est apparemment ce qui a fait eschouer son dessein, parce qu'il s’est veu descouvert,
Dans vostre quatrième article, vous dites qu’on a toujours regardé la terre du Détroit comme une terre de promission. Si cela est et que les Sauvages prétextent faussement la qualité de la terre du Détroit pour ne pas vouloir s’y establir, cela vous doit faire voir leur mauvaise disposition pour ce lieu là. Cette fausse raison, qu'ils apportent, en suppose de vraies qu'ils ne disent pas, ou du moins unegrande opposition d’iclination.
Vous appuyez sur la volonté du Roy. Vous dites que le Roy le veut, que vous n'avez en vue que son service ?
Nous sçavons quelle est la véritable volonté du Roy, nous
ous opposons à rien de ce qu’il veut. Quand on ne servira que luy, il n’y aura point de dispute. Ne croyez pas au. que nous nous fatiguions en vain à examiner l'utile ou
le nuisible de vostre establissement. Ce sont les Sauvages
qui l’examinent. Nous ne faisons que les escouter, sans prendre party sur une chose dont nous n’avons aucune connoissance que par leur rapport.
Je souhaite que vous disiez vray dans vostre cinquieme article et que Mikinak veuille devenir, en effet, mon héros; il faudra qu’il devienne parfaitement chrestien. Il ne peut l’estre que de cette manière.
Enfin, après nous avoir fait tout le mal que vous pouvez faire dans l’occasion présente, après avoir tiré contre nous tous les coups que vous avez pu, et au Détroit, et aux Miamis, et à Montréal, en y envoyant et vos lettres et vos accusateurs, vous nous faites de belles promesses et vous dites que vous enterrez tous vos justes ressentimens. Est-ce là enterrer les ressentimens que de les avoir publiés partout où vous pouviez, et en des termes aussi outrés que vous avez fait ?
Mais sur quoi fondez-vous la justice de vos ressentimens ?
La fondez-vous sur l'accusation des Sauvages contre nous ?
Cela n’est pas un juste fondement, il faudroit avoir entendu la défense et l’avoir convaincue de fausseté.
Ce seroit bien à nous de dire avec beaucoup plus de raison que nous mettons en terre, ou, pour parler plus chrestiennement, que nous mettons aux pieds du Crucifix, comme nous
faisons, en effet, tous nos justes ressentimens. Car je puis vous asseurer que je suis avec toute la sincerité possible et un profond respect, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, Signé : J.-J. MaresT.
Vous voulez bien me permettre de présenter mes hom-
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mages à M"° de Lamothe. Je sçais qu’en qualité de Jésuite je ne lui seray pas inconnu, ni indifférent.
Note de Lamothe Cadillac. — Cette quatorzième lettre est du P. Marest, on voit qu'elle est en response d’une que M. de Lamothe lui a escrite en date du 2 May 1702, dont ilenvoic copie à la Cour, qui se rapporte aux conseils tenus au Détroit par les Sauvages, du 30 Octobre et 4 Décembre 1701.
ILest bon'de sçavoir que tout ce que ce Père escrit ne vient point de son sac, que ces lettres sont du style du P. de Carheil, qui a beaucoup d'esprit à la vérité et qui est mesme fort savant, mais qui s'égarc, et il paroist en toute sa conduite qu’il luy seroit bon que sa science ct son esprit eussent un assaisonnement de bon sens et d'un peu plus de jugement.
Il n’y a qu’à lire la lettre de M. de Lamothe du 2 Mai 1701, sur laquelle ce Père est revenu à la charge par cette quatorzième, où il dit que la condition manque, et il n’en prouve rien, qu’on y fasse attention, M. de Lamothe s’en rapporte.
Le contenu de sa lettre est sur un si, — donc son jugement a esté conditionnel et n’est point décisif.
Ce Père se jette encore dans les broussailles dans le cinquième article de sa lettre, où il dit qu’il sait bien que Quarante-Sols n’a pu l'accuser, puisqu'il ne le connoist ni ne l'entend; mais qu’il sçait bien, s’il n’a pas crié au Détroit, qu'il a crié bien haut aux Miamis.
Voylà desjà un aveu. Comment, Quarante-Sols n’a crié qu'aux Miamis ? Pourquoi donc ce Père accuse-t-il M. de Lamothe, dans Île deuxième article de sa onzième lettre, d’escouter les cris de celuy qui cric si haut, c’est-à-dire, du mesme Quarante-Sols, puisqu'il convient qu’il sçait que ce chef n’a pas crié au Détroit contre eux?
M. de Lamothe a expliqué qu’on a confondu, qu’on a pris Quarante-Sols pour un autre du mesme nom. Il en a fait apercevoir ces Pères, mais comme ils en avoient fait la première démarche et qu'ils prétendent estre infaillibles en toutes choses, comme le Pape dans un concile, ils ont drapé ce pauvre homme à bride abattue et on lui impute également, sans aucune réflexion, de s’estre séparé de son monde pour s’aller joindre à l'ennemi. Où estoit sa résidence ? Il faut dormi: ou resver pour ne pas sçavoir qu’elle étoit dans le village des Miamis. Cette nation nous est-elle ennemie? On l’accuse d'aller, balle en bouche, à Montréal déclamer contre tous les missionnaires, et M. de Callières sait qu’il a gardé un grand silence et qu’il n'a pas seulement ouvert la bouche contre eux, ayant esté si satisfait de sa conduite qu'il le déclara le chef de toute sa nation, qui