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s'engager aux propositions suivantes, et d’en venir à bout, pourveu que la Cour luy accorde l'honneur de sa protection. Il sçait bien qu’il a des ennemis, maïs il fait à leur esgard comme un bon voyageur, qui poursuit sa route sans se destourner ct sans s’arrester au bruit des jappereaux qui crient après luy. Il n’a pas entrepris de contenter tout le monde; pourveu que ses supérieurs soient satisfaits de sa conduite, cela luy suffit
Premièremen, u s'engage d'empescher qu’il ne descende du castor des O'itaouas, à commencer depuis 1700 jusqu'à la fin de 1702, qui sont trois années.
Deuxiesmement, que les trois quarts du castor, qui descendra, seront gras ou demi-gras, pourveu qu'on fasse valoir l'un et l’autre, 6 francs la livre.
Troisiesmement, que les habitans du Canada trouveront du profit dans ce commerce et seront ou devront estre contens.
Quatriesnement, qu'il donnera les moyens à Messieurs les Fermiers de faire des profits considérables par la voye de ce commerce.
Cinquiesmement, il ramassera en un seul poste toutes les nations qui sont dispersées; ce qui formera une ville considérable qui mettra à l'avenir l’Anglois et l'Iroquois à la raison et qui se trouvera assez puissante pour destruire l’un et l’autre avec le secours de Montréal.
Sixiesmement, il fera civiliser et humaniser les Sauvages, en sorte que la pluspart ne parleront que la langue françoise en dix ans, que, par ce moyen, de païens ils deviendront enfans de l'Eglise et par conséquent bons sujets du Roy.
Pour la preuve des première, deuxiesme et troisiesme pro-
positions, il faut commencer de remettre et restablir les vingtcinq congés, c'est-à-dire permettre à vingt-cinq canots, de trois hommes chacun, de porter des marchandises dans le poste qui sera establi, qui doit estre au Destroit du lac Huron. Ce moyen amusera et calmera la fougue des coureurs de bois.
Il faut que ceux qui monteront audit poste donnent chacun un respondant solvable, qui s'oblige de payer la somme de 1,000 ou 1,500 livres pour celuy qui contreviendra et qui entreprendra d’aller en traite au delà du poste estably.
Il s'ensuivra de là que ceux à qui les congés seront accordés par le Gouverneur général, les feront valoir eux-mesmes ou bien par d’autres. Si c’est par eux-mesmes, ils n'auront garde de contrevenir et de laisser leur respondant en peine; si c'est par d’autres, ils choisiront des voyageurs en qui ils suront de la confiance et ne prendront que ceux qui donneront de bons correspondans. Voilà la première chaisne qui les tiendra par un pied.
Et il est évident que tous les Sauvages estant ramassés en un poste, les voyageurs ne songeront point d’aller plus loin, parce qu'ils n'y trouveroient rien moins que ce qu’ils chercheroient, qui est du castor. Ainsi cette réunion des nations en un mesme lieu sera la deuxiesme chaisne qui tiendra les coureurs de bois par l’autre pied, puisque ny le libertinage ny la traite du castor ne les invitera plus à s’esloigner.
Il est nécessaire d’ériger en gouvernement ce poste estably et d’y mettre une forte garnison : ce sera la troisiesme chaisne qui tiendra les coureurs des bois par le milieu du corps, parce qu’il faut obliger tous les Canadiens et soldats de se loger dans l'enceinte du fort, dont on fermera les portes pendant la nuit, et où l’on fera bonne garde. Ainsi rien n’en
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pourra sortir qu'on n’en soit averty, et pendant le jour il y aura assez d’espions, et au bout du compte où iront-ils ? Pour empescher qu'on ne descende point de castor, il faut que les congés ou permissions qu’on donnera soient pour deux années entières, si bien que le convoy ne montant qu'au mois de May de l’année 1700, il n’arrivera au poste que l’on veut establir qu'à la fin de Juin, et on sera contraint d’employer le reste du temps à se loger et à se fortifier, outre qu'on ne pourra rien traiter aux Sauvages, qui ne seront pas encore en ce lieu là qu’au mois de May suivant, où ils seront invités de se rendre, ce qui fera que les voyageurs ne pourront traiter qu’une partie de leurs marchandises en 17017, et ils achèveront de trafiquer le restant en 1702, en sorte que le convoy pourra partir pour descendre vers le 15 Juillet de cette troisiesme année.
Dans le remuement, qu'on fera faire aux Sauvages pour venir s’establir audit poste, au lieu de s'occuper à la chasse du castor, ils seront contraints de faire leurs cabanes et leur fort et de défricher les terres pour faire du bled Inde, dont ils ne sçauroient se passer. Ils se contenteront de chasser aux environs du village, où les bestes et le gibier sont en abondance, et tout le castor qu'ils tueront ils le traiteront aux François, qui à la vérité ne manqueront pas de leur costé de les faire mettre en robe er de les faire engraisser par les Sauvages, à cause du gain qu'ils y trouveront, par le bon prix qu'on en aura establi, et par le loisir qu'ils en auront par la permission de rester deux années dans ledit poste.
Pour achever la preuve de ces quatre propositions, il faut que Messieurs les Fermiers achètent des marchandises de la
première main, ou pour mieux dire qu'ils establissent une
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manufacture; il leur faut la première année pour 200,000 livres de différentes sortes, suivant un mémoire qu’on leur en remettra. Il faut qu'ils se contentent d’abord d’un gain raisonnable tant sur les François que sur les Sauvages; si bien que par ce moyen ils auront très-peu de lettres de change à payer et ils retireront de bons intérests de leurs avances, ou, pour mieux dire, ils feront de La terre le fossé; car, outre le gain qu'ils feront sur leurs marchandises, ils gagneront encore sur la fabrique des chapeaux. Pour une explication plus intelligible, il faut supposer que, si Messieurs les Fermiers envoyent 200,000 livres C2 marchandises, ils doivent se contenter de 50,000 livres de profit sur ce capital, ce qui fera au magasin de leur recette à Québec 250,000 livres. Il faut supposer, et il sera vray que les voyageurs ne gagneront que 50,000 livres, ce qui fera en tout la somme de 100,000 escus, à ce non compris les peaux d'orignal, de cerfs, de biches, de chevreuils, de cariboux, de martres, de loutres, pecquans, renards, et autres menues pelleteries, qui pourront monter à 50,000 livres plus ou moins. S'ils ne veulent pas faire ce commerce, les marchands du Canada le continueront.
A l’esgard de la cinquiesme proposition, Lamothe asseure qu'il en viendra à bout, pourveu qu'on lui fournisse ce qui luy sera nécessaire pour les présens qu’il conviendra de faire aux nations pour les faire rassembler en un seul lieu et au poste proposé, suivant un mémoire qu’il en fera, et qui pourra estre ensuite examiné par le Gouverneur général et l’Intendant du Canada, pour y ajouter ou diminuer ce que bon leur semblera. Cette entreprise sera d'autant plus aisée à exécuter, que le lieu où les Sauvages seront réunis sera leur ancienne demeure, principalement des Outaouas, Sakis cet
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LE DÉTROIT PONTCHARTRAIN. 143 Hurons, dont les Iroquois les ont chassés. On peut dire que c'est la plus belle situation du monde, que ce sont les meilleures terres et les plus fertiles en toutes choses.
Pour ce qui concerne la sixiesme proposition, il est évident que les Sauvages s'humaniseront, lorsque leurs maisons ou cabanes seront voisines de celles des François, surtout lorsque leur demeure et la nostre seront permanentes. Cet establissement leur paroistra solide et leur ostera la mesfiance qu'ils ont qu’on les veut abandonner, et que, si on va chez eux, ce n'est que pour avoir du castor. Ce lieu, estant érigé en gouvernement, les accoustumera insensiblement à la subordination et à l’honnesteté, parce que le gouverneur fera la distinction de ceux qui se comporteront bien, en leur faisant de temps en temps quelque petite gratification de la part du Roy, et aussy en les faisant manger à la table, 1ls seront bientost instruits. On voit cela à Québec par ceux qui. mangent, par intervalle, à la table de M. de Frontenac. Les officiers de la garnison en useront de mesme, car il leur sera impossible
de s’en dispenser.
Il faut choisir les soldats qu'on veut destiner pour cette garnison. Il n'en faut point de malingres ny malfaits. Ce seroit donner une meschante idée de nostre nation. Je crois qu'il seroit bon d'en prendre en France des mieux tournés, dont la pluspart fussent maçons, charpentiers, menuisiers, armuriers, tailleurs de pierres et autres mestiers, pour les in« corporer dans les compagnies qu’on voudra y envoyer, et en congédier les plus malfaits qui pourront servir à autre chose en Canada.
Comme il y a desjà divers missionnaires sur les lieux, il leur
faut faire une maison dans l'enceinte du fort, pour y prescher
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et enseigner la foy, pour y instruire principalement la jeunesse et leur enseigner la langue françoise, à quoy tous les Sauvages, surtout les enfans, ont une très-grande aptitude. L'expérience le fait voir, car nous en avons beaucoup, hommes et femmes, qui parlent françois aussi juste et plus délicatement que les François mesmes. Il faut qu'il y ait de la droiture de la part des missionnaires sur ce chapitre de la langue, et que Sa Majesté ait la bonté de le leur ordonner de la manière la plus forte et pour plusieurs raisons. La première et la plus puissante, c'est que lorsque des Religieux ou autres ecclésiastiques ont entrepris quelque chose, ils n'en démordent pas. La deuxiesme, c’est que par ce moyen ils se rendent toujours nécessaires au Roy et aux Gouverneurs des lieux, qui ont besoin d'eux pour faire expliquer leurs intentions aux Sauvages, comme aussi pour sçavoir les sentimens de ces peuples dans certaines conjonctures. La troisiesme, c'est que, si tous les Sauvages parloient la lengue françoise, toutes sortes d’ecclésiastiques seroient reçus à les instruire, ce qui pourroit leur faire perdre les gratifications qu'ils en reçoivent : car, en un mot, quoyque ces Révérends Pères ne se transportent dans ces lieux que pour la gloire de Dieu, l'un n'empesche pas l'autre. Tous les ecclésiastiques qui sont en Canada n’y sont que pour un mesme motif. Cependant l’ur
n’empesche pas l’autre. Il faut demeurer d'accord qu'ils sont :
seigneurs des trois quarts du Canada. La carte de ce pays-là doit estre sans doute en France. Il n’y a qu’à l’examiner et conclure que tous les noms qu'on y verra de Jésus, de Marie ou de quelque Saint ou chose sainte, que tout cela leur appartient. Pour le voir par un petit détail, il faut scavoir que la première habitation que l’on rencontre sur le fleuve Saint-
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