‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 105 sur 304 · UP · texte numérisé non relu

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Laurent, c'est la Malbaye, qui appartient à un marchand de Québec. Vient ensuite la Baye Saint-Paul; voilà un saint qui a une très-belle seigneurie. Et depuis là jusqu'à Québec il n’y a que Beauport qui soit à un particulier. Tout le reste, qui est le plus beau et le meilleur, appartient aux ecclésiastiques, soit Jésuites ou autres. La haute ville de Québec est composée de :’. ou sept superbes palais : l’un est l’Hostel Dieu, l’autre les Jésuites, ensuite les Ursulines, les Récollects, le Grand Séminaire et l'Evesché. — Il y a peut-estre quarante maisons de divers particuliers, qui leur payent mesme la rente de leurs emplacemens et bien chèrement. Cela fait voir que l’un n'empesche pas l’autre ; mais il faut espérer que cela ne sera pas de mesme au pays des Outaouas, et qu’on suivra sur cet article plus particulièrement les desseins de la Cour.

Pour revenir au fait, il sera bon que le Gouverneur, avec quelques officiers, aile de temps en temps dans les classes pour donner des prix aux enfans, qui se rendront ambitieux par ce moyen, et cela fera grand plaisir à leurs parens.

Il seroit expédient que le Roy fist un fonds pour les pensionnaires Sauvages que les missionnaires prendront chez eux, et que cela se fist de concert avec le Gouverneur. Cela tiendroit mesme en bride les Sauvages, parce qu’ils n’oseroient rien remuer, pendant que leurs enfans seroient renfermés dans le fort françois, et si on voyoic qu'ils voulussent les en retirer, cela donneroit lieu de se mesfier. Ils ne sçauroient pourtant faire aucune conspiration, parce que, lorsqu’ils veulent faire quelque entreprise, c'est par un conseil

général, et il y en a tousjours quelqu'un qui descouvre le

secret. Cependant ces pensionnaires seront autant d’ostages pour les François.

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Il seroit aussi nécessaire d'y establir une maison de religieuses Ursulines ou des Sœurs, pour enscigner la langue françoise aux filles Sauvages et les instruire en nostre religion. Il ne faut pas craindre qu’elles ne parlent bientost et plus qu'on ne voudra; les perroquets et les pies parlent bien, pourquoy trouver de la difficulté aux créatures raisonnables ?

De cette manière-là, les enfans des Sauvages, se meslant avec ceux des Francois, entreront en conversation, ct il arrivera ce qui arrive partout, c’est que les Sauvages parleront françois, et les François, sauvage, car, s’il y avoit dix enfans qui fussent souvent ensemble et qui parlassent chacun une langue différente, il n’y en auroit point qui n’apprist les dix langues.

Et lorsqu'il y aura des Sauvagesses qui parleront bon françois, et qui seront instruites de nostre foy, s’il y a des soldats ou d’autres François qui veuillent les espouser, il y faut denner les mains, et si le Roy vouloit faire quelque gratification en faveur de ces mariages, ce scroit encore mieux et cela engageroit ces pauvres filles à £2 convertir plus facilement. Il est certain qu'il n'y a point de Sauvagesse, je ne sçais par quelle inclination, qui n’aime mieux se marier à un médiocre François qu’au plus considérable de sa nation, et tous les Sauvages se font honneur de ces sor‘es d’alliances, si bien que les enfans, qui en proviendroient, ne parleroient plus que françois, et auroient de l’aversion pour la langue sasvage, comme l'expérience le fait voir tous les jours dans le Canada. Telle a esté la politique des Anglois, qui n'ont réduit sous leur domination ce grand nombre de Sauvages, qui est aujourd’huy le plus fort pilier de leur colonie, qu'après leur avoir enseigné leur langue et avec cela leur hérésie, ce qui est

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bien plus déplorable, car ces pauvres gens sont bien plus pieux et dévots que les Anglois mesmes.

Lamothe prévoit bien que Messieurs les Fermiers combattront la deuxiesme propositinn concernant l'égalité du prix du castor gras et demi-gras. Leur objection roulera, sans doute, sur ce qui suit : [ls diront qu’il n'y a point de justice de payer, par exemple, un chapon demi-gras comme un chapon tout à fait engraissé, et que chaque marchandise doit avoir son prix, selon sa qualité, et que, par conséquent, il faut donner un prix convenable à la qualité du castor gras et un prix proportionné à la qualité du castor demi-gras.

Leur deuxiesme objection sera que, puisqu'ils augmentent le prix du castor gras, il est juste qu’ils diminuent le prix du Moscovie et du castor sec d’hyver, autrement bardeau.

Leur troisiesme objection sera encore que, dans la remise du castor qu’on leur fait, il s’y en trouve une très grande quantité qui vient du pays des Illinois, et que ce castor, venant d'un pays plus sud et plus chaud, doit estre d’un plus mauvais poil que celuy qui est tué dans un pays plus nord et plus froid, et que, par conséquent, estant d’une mauvaise qualité, il faut luy donner un plus bas prix. Ces trois objections paroissent naturelles et sont mesme pénétrantes.

Mais, avant d’y répliquer, il faut expliquer pour quelle raison il est descendu des Outaouas pendant quelques années une si grande quantité de castors secs d’hyver, autrement bardeau, et une moindre quantité de castors gras,

Il faut sçavoir que le prix du castor gras a tousjours esté plus fort que celuy du sec et que, par conséquent, il semble que les habitans du Canada auroient intérest d’en avoir une plus grande quantité de cette qualité-là. Cela est très-véri-

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si les commis de Messieurs les

table, et cela seroit arrivé aussi, Fermiers, qui peut-estre suivoient leur sent été si difficiles à la recette de ce castol, du castor gras, OÙ mesme plus gras, t que pour castor veule. Il estoit inutile à lhaet d'affirmer que $0 on juge et sa partie, q avec des injures. À qui se us respondra qu’il ne se ac le doit mieux

s instructions, n'eusçar lorsqu'on leur apportoit les receveurs ne le prenoien bitant de contester puisqu'il plaidoit contre 8 le marché, l'envoyoit se promener plaindre ? Sera-ce à l’Intendant ? Ino connoist point en © que personne 1 que les receveurs de

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Montréal une livre de poudre à 40 sols, our une livre de castof gras, qui valoit 4 livres il déduisoit ses frais et il voyoit à plus près son profit; venant au bureau de la recette, au lieu que Sa jivre de castor jui valust 4 francs, 2 sous, 6 deniers, elle ne valoit plus que 3 Jivres, 7 sous €t G deniers, çu que sur le pied de castor veule, de

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sorte que tout IE profit habitant, au lieu d'avoir du gain, S€ trouvoit en perte par la

diminution du prix. Ce qui se dit d'une livre de poudre sc doit entendre de toutes les ndises ; aussi bien

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que, lorstoient des Sortimens ;

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liqueurs, et le tout estoit payable sur les lieux, tellement que les créanciers estoient obligés de recevoir le castor, qu'il plaisoit à leurs débiteurs de leur donner en payement, sur le pied qui estoit réglé au bureau de Québec, si bien que ceux qui estoient payés en castors gras estoient tousjours en perte par les difficultés qu’on faisoit à la recette.

De sorte que cela a donné lieu aux habitans du Canada de ne plus engager les Sauvages à engraisser leurs castors, rirce que le commerce du castor sec s’est trouvé plus solide, mieux réglé et plus certain. Par exemple, un voyageur qui avoit acheté une livre de poudre à 40 sols, s’il la vendoit aux Sauvages pour un castor sec, il voyoit à plus près que, s'il pesoit deux livres ; il lui valoit, à raison de 52 sous G deniers, 150 sous, et s’il pesoit moins, il ne lui valoit pas tant, mais il trafiquoit tousjours seurement et c’estoit comme une monnoye, qui avoit sor cours réglé et certain, au lieu que le castor gras estoit comme une autre espèce de monnoye décriée, dont le prix estoit tousjours incertain, puisqu'il rouloit sur le caprice des Receveurs. |

Il y avoit lieu de croire que Messieurs les Fermiers s’estoient fatigués de toutes ces diflicultés à cause de l’arrest qu’ils avoient obtenu en 1695, par lequel le castor veule estoit reçeu au mesme prix que le castor gras, quoyque ce règlement fust onéreux aux habitans du Canada et lucratif pour Messieurs les Fermiers. Ils y ont néanmoins donné les mains volontiers, afin d'éviter toutes les contestations qui se faisoient à la recette touchant le gras et le veule. Pour preuve de cette proposition, il est certain que six castors secs d’hyver pesant neuf livres, suivant le règlement de l'arrest de 1695, valoient à l'habitant du Caïada ile quart déduit pour le Fermier) vingt-

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