FAIRE DE MOT. MENT AVANT LE PRINTEMPS
Lettre du Père Marest à Lamothe Cadillac.
A Missilimakinak, ce 8 octobre 1701.
Monsieur,
Je vous suis fort obligé de l'honneur de vostre souvenir. Je vous prie de vouloir bien me le continuer tousjours. Je tascherai de m'en revancher auprès du Seigneur, qui est la manière la plus efficace pour tesmoigner ma reconnoissance, Pour ce qui est du retour du P. Vaillant, il n’a pas dû vous surprendre, puisque l’on m'a assuré que cela estoït en effet conclu dès là-bas, et que M. de Callières l’attendoit, et qu’il l’attendoit par la route de Cataracouy. 1l est pourtant bien vray que ce Père a esté mortifié, et nous aussi, de ce qu'il n’a pas pu passer par icy, ni allant, ni retournant du Détroit. Il est vray que les Outaouas nous ont apporté d’en bas des nouvelles venues d'Europe, dont il y en a de fort consolantes. M. de La Forest ne fait que partir. Le P. Chardon s'est embarqué avec les derniers, pour aller aussi à la Baye au secours du P. Nouvel, chargé de près de quatre-vingts ans, et de plusicurs incommodités.
Ce Père nous apporte d’en bas des lettres pour vous. Il y en a deux paquets et une lettre simple que j'ai chargé Mikinak
(qui ne vous est pas inconnu) de vous mettre entre les mains. Il se comporte tousjours bien à l'esgard des François. Vos lettres vous apprendront sans doute qu’on attend de plus importantes nouvelles par les derniers vaisssaux. Je ne sçais si nous les apprendrons ici cette année.
Je ne scaurois vous dire quelle est la pensée de nos Outaouas sur l'establissement du Détroit, et je crois qu'ils seront assez embarrassés à vous la dire eux-mesmes, car ils ne s'accordent pas; plusieurs craignent que l’Iroquois, ne leur ayant pas rendu leurs esclaves, ce qui estoit l’article le plus essenti:l de la paix, ne veuille les tromper, mais si on les leur amène cet automne, comme on leur a fait espérer, cela mettra un peu leur esprit en repos. Pour moy, j'attends tous les jours les ordres de nostre KR. P. Supérieur, et je ne crois pas pouvoir faire aucun mouvement d'icy au printemps, aussi bien ne pourrois-je estre utile aux Sauvages, qui sont bien résolus de se disperser, chacun de son costé, dans les bois, et cela le plus loin qu’ils pourront. Je vous recommande ceux quiiront vous visiter, et je suis avec beaucoup de respect, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, Signé: Josepu J. Maresr.
Note de Lamothe Cadillac, — Cette septième lettre est du P. Marest, missionnaire des Outaouas de Missilimakinak, Elle prouve évidemment qu'on avoit conclu dès Québec le retour du P. Vaillant qu'on avoit donné à M. de Laiothe pour commencer sa mission au Détroit. Elle se rapporte à la quatrième sur la fin. Elle découvre quelque chose de plus; car il semble que cette résolution a été prise de concert avec M. de Callières, ce qui n'est pas croyable. Ce Père a raison d’escrire que les Sauvages ne s'accordent pas sur l'establissement du Détroit. Les paroles qu'ils ont dites en plein conseil font voir que ce sont les missionnaires qui les ont divisés par les
mauvaises impressions qu’ils leur ont données, et par les menaces qu'ils leur ont faites, s'ils venoient s’establir dans ce poste.