‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 143 sur 304 · ET MESSIEURS DES MISSIONS ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

ET MESSIEURS DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

Conseil des Hurons tenu dans le fort du Détroit, le 4 Décembre 1701.

Saint-Choïan parle pour toute la nation. — Lorsque nous estions à Montréal assemblés pour la paix générale, Onontio nous a dit de partir promptement, de regommer nos canots, d'abord que nous serions arrivés à Missilimakinak, et de nous embarquer pour venir vous trouver icy !.

Dans le temps que nous estions prests à partir, il a tombé au milieu de nous une mauvaise parole qui nous a brouillé l'esprit 2. C’est le P. Carheil qui a parlé et qui nous a dit: « Que vois-je aujourd’hui? pourquoy coupez-vous vos peaux ? pourquoy les jetez-vous dans le feu? Apparemment que vous voulez faire vostre fort et vos champs autre part ; je n’aurois point le cœur malade, si je voyois tourner la pointe de vos canots vers les Miamis; peut-estre aussi que vous allez au Détroit. Si vous avez cette pensée, ie vous avertis que vous

1. Ceci se rapporte aux paroles que M, de Callières a dit aux Sauvages dans l'assemblée générale qui s'est faite à Montréal et à la réponse d'Otontagen parlant pour toutes les nations dans le troisième article des répliques du 6 Avril i7o1.(L. Ci

2. Ce deuxième article se rapporte au complot qui fut fait à Missilimakinak par

les Jésuites, les sieurs de La Forest et de Tonty pour faire establir la rivière des Miamis et faire, par ce moyen, manquer ie Détroin [L, C.)

4 Er À estes des gens morts ; les Iroquois vous y tueront (c’est-à-dire Si À que les Iroquois les y doivent tuer, les François les livrant | qu ; par trahison). Vous devez m'en croire, parce que nous, les dit À Robes Noires, nous sçavons les nouvelles véritables. Il peut dE k se faire que vous y serez en paix une année ou deux; après | ms Ï cela vous vous trouverez là seuls '. Comment l'homme qui à est là pourra-t-il vous garantir contre les Iroquois, puisque de : | Onontio luy-mesme n’a pu le faire ? M. de Lamothe ne com- De À mande point au Détroit; c'est un marchand qui traite làles | Se marchandises ; lorsqu'il les aura vendues, il descendra à Mont- noue réal, et il vous laissera à la merci de vos ennemis. » der Nous avons esté, pendant &ix jours, en conseil sur cette Lois mauvaise parole, parce que nostre esprit en a esté troublé, et os c'est ce qui fait qu'une partie de nostre nation s’est divisée. M Cela ne nous a pourtant point empeschés de venir pour mettre dit la nostre village proche du vostre, parce que nous espérons que dons vous ne nous abandonnerez point en cas de guerre. die: Donnez-nous de bonnes terres proches de vous; nous vous Das ie prions de vouloir venir vous-mesme nous montrer le lieu que he | vous avez destiné pour faire nostre fort. " : Paroles de M. de Lamothe Cadillac aux Hurons, du dos

mesme jour 4 Décembre 1701.—J’aurois différé'de vous res- bien 2: À en ai

pondre sur ce que vous venez de me dire; mais comme je vill , : , à . INage vois que la säison est avancée et que vos affaires pressent, je ” ous € E vous diray ma pensée en peu de mots : + Ë s . . La € « Je loue vostre conduite d’avoir obéy au Gouverneur :. À HS Ê €nsembl È 1. Cette manière de parler est contre l'Estat, parce qu'elle avilit la nation françoise Le 6 dans l'esprit des Sauvages et fait voir l'impuissance du Roi, selon le Père. (L. C.) L ‘ 2. Cet article fait voir que M, de Lamothe a suspendu son jugement, comme il 1. Cette °# l'a fait dans sa lettre, escrivant à ces missionnaires, au Supérieur de Missilima- cent rien cd

kinak, (L. C.)

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En venant me trouver icy, vous n'y risquez pas plus que moy. Si le Père de Carheil vous a tenu le langage et le discours que vous venez de me raconter, il a mal parlé, et il n’a pas dit la vérité, et, s'il estoit icy, je luy ferois bien voir que j'y commande, parce que je l’enverrois au Gouverneur, et je suis assuré qu'il n’y reviendroit pas davantage. S'il ne vient point ce printemps, je l’enverray peut-estre chercher pour l’oster de là, et le faire descendre à Montréal, afin qu'il ne vous trouble point l’esprit dans les suites. »

Saint-Choian. — Siun, deux ou trois vous disoient ce que nous vous avons raconté, vous en pourriez douter; mais ce que nous venons de vous dire nous a esté dit aussi dans le Conseil, où toute la nation estoit assemblée. Nous ne pouvons point mentir tous ensemble 1.

M. de Lamothe. — Cela estant, ce Père ne vous a point dit la vérité, parce que je ne prétends point vous abandonner sitost. Asseurez-vous que je n’ay point de marchandises à vendre. Ce qui fait que les Robes Noires ne parlent pas bien aujourd’huy, c’est qu'ils ont du chagrin de ce que j'ay amené une Robe Grise, et qu'il y doit venir des prestres, qui ont des collets blancs. Cela les fasche parce qu'ils voudroient estre seuls. Il ne me reste qu’à vous dire que je suis bien aise que vous avez cu la pensée d'approcher vostre village du fort que j'ay fait faire. Par ce moyen, je pourray vous embrasser et vous renfermer entre mes bras, en sorte que ne faisant qu'un mesme corps, nous mourrons ensemble.

Le 6 Décembre, M. de Lamothe marqua les terres, qu’il

1, Cette réponse fait voir que cette nation a de l'esprit et prouve qu’ils n'avancent rien contre la vérité et que la chose est publique. (L. C.)

donna aux Hurons, et le terrain où il vouloit qu'ils fissent leur fort ; après quoy Saint-Choïüan et quatre autres des plus considérables crièrent avec M. de Lamothe par trois fois: Vivele Roy ! Ils ie remercièrent de leur avoir donnéces terres,

ce qu’il fit sous le bon plaisir de Sa Majesté.

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