ARRIVÉE DES APALACHES A LA MOBILE
Au commencement de cette année, une nation de Sauvages nommés les Toüachas, vint trouver M. de Bienville à la Mobile pour luy demander une place pour s’y establir; il leur marqua un terrain à une lieue et demy du fort en descendant, où ils restèrent tant que nous fusmes establis à la Mobile. Ces Sauvages sont bons chasseurs, et ils nous apportèrent tous les jours beaucoup de gibier de toutes sortes. Ils avoient apporté, outre leurs meubles, beaucoup de bled pour ensemencer les terres que M. de Bienville leur fit donner. Ils avoient quitté les Espagnols pour venir demeurer sur le terrain des François, parce qu'ils estoient tous les jours exposez aux incursions des Alibamons, et qu'ils n’estoient pas soustenus par les Espagnols.
Quelque temps après arrivèrent à la Mobile trois personnes
ARR R EE anna non mm. »
que M. Davion, prestre, demeurant aux Yasous, envoyoit
avec une lettre qui marquoit la mort de M. Foucaut, prestre,
et de deux François nommés MM. Dambouret et de Saint-
Laurent. Ils estoient descendus du Canada pour voir M. Da-
vion, grand vicaire de Monseigneur l'Évesque de Kébecq.
Comme ce prestre estoit tombé malade en chemin, ils prirent au village des Coroas quatre Sauvages, en payant, pour conduire leur canot jusqu'aux Yasous. Ce prestre ayant ouvert son coffre pour payer d'avance les quatre Sauvages de ce qu'ils estoient convenus avec luy pour le conduire, ces Sauvages ayant remarqué qu'il y avoit dans ce coffre plusieurs marchandises qui les tentèrent, cela leur fit prendre la résolution de les assassiner; et le mesme soir, pendant que ce prestre dormoit avec les deux Francois, les Sauvages leur cassèrent la teste et les jetèrent dans la rivière; ensuite ils emmenèrent le canot et les marchandises à leur village, qui n’est pas loin des Yasous.
Ces Sauvages, qu’on nomme Coroas, sont les plus cruels de tous ceux de la Louisiane. Ils sont presque tousjours à la chasse ou à la guerre, et quand ils ont pris en vie un de leurs ennemis, ils l’attachent à un quadre, qui est composé de deux poteaux de huit pieds de hauteur, esloignés de cinq pieds l'un de l’autre, les deux mains en haut, bien liées, et les deux pieds en bas, en forme de croix de Saint-André. Ce pauvre malheureux attaché ainsi tout nud, tout le village s'assemble à l’entour. [ls ont, en cet endroit, un feu allumé, où ils ont mis rougir des morceaux de fer, comme de vieux canons de fusil, des pelles, ou les fers des haches et autres semblables, ils luy en frottent, lorsqu'ils sont tout rouges, le dos, les bras, les
cuisses et les jambes; ils luy descouvrent ensuite la peau tout
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RELATION DE PÉNICAUT. 459
à l’entour de la teste jusqu'aux oreilles, la luy arrachant de force. Ils emplissent cette peau de cendre bruslante, qu'il luy remettent sur la teste; ils luy mettent les bouts des doigts dans leurs pipes allumées, qu'ils fument, et luy arrachent les ongles, le tourmentant ainsy jusqu’à ce qu'il soit mort. C : Sauvages demeurent sur le bord du Mississipy, à quatre lie des Yasous.
Dans ce mesme temps, les Colapissas, qui habitoient le bord de Talcatcha, petite rivière à quatre lieues du bord du lac de Pontchartrain, allèrent demeurer sur ses bords à l'endroit nommé Castembayouque.
Six mois après, les Nassitoches, qui avoient abandonné leur habitation dans la Rivière-Rouge, vinrent trouver M. de Saint-Denis, à son fort, pour luy demander un endroit pour s'establir et du secours pour vivre. parce que la plage et le desbordement des eaux avoient pourri tous les grains. J’estois alors au fort de M. de Saint-Denis, où M. de Bienville m'avoit envoyé. C’est pourquoy, après qu'il eut reçu le mieux qu'il put ces pauvres Sauvages ruinez, 1l me chargea de Îles conduire chez les Colapissas, m’enjoignant de les recommander de sa part à leur chef. Les Colapissas les receurent avec plaisir et les firent placer à costé de leur village, où ils firent leurs cabanes sur le bord du lac de Pontchartrain. Ils ont tousjours depuis esté bien unis ensemble jusqu'à leur séparation, que je rapporteray par la suite, en son temps. Quand je fus de retour à l’establissement de M. de Saint-Denis, je luy rendis response de la commission dont il m'avoit chargé et dont il fut très content.
Quelques jours après, M. de Bienville escrivit une lettre à
M. de Saint-Denis, par laquelle il luy mandoit de faire char-
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4bo LES PREMIERS POSTES DE LA LOUISIANE.
ger toutes les munitions de guerre et toutes les marchandises qui estoient dans son establissement sur des canots, pour les envoyer à la Mobile. Il y montoit tous les jours des chaloupes à cet effet, et quand le fort fut entièrement vuidé on l’abandonna pour venir dans la Mobile.
Quelques jours après, M. de Saint-Denis, qui s'ennuyoit d’estre enfermé et de ne rien faire à la Mobile, fit un détachement, avec le consentement de M. de Bienville, pour aller en guerre sur les Chétimachas. Il prit seulement avec luy quinze François et les provisions nécessaires dans trois canots. Nous allasmes, en sortant de la Mobile, chez les Colapissas et les Nassitoches, qui demeuroient ensemble, où nous prismes quatre-vingts de ces Sauvages pour venir avec nous. De là nous montasmes la Rivière de Chétimachas pour aller tomber sur leurs villages, mais nous rencontrasmes en chemin une vingtaine de ces Chétimachas, avec leurs femmes et leurs enfans, qui alloient à la pesche, qui s’enfuirent dès qu'ils nous virent. Il y en eut quelques-uns de tués ; les autres se sauvèrent à leur village où ils portèrent l'alarme, ce qui obligea M. de Saint-Denis de redescendre. Nous prismes une vingtaine de leurs femmes et enfans que nous emmenasmes esclaves à la Mobile.
Quelque temps après, M. de Saint-Denis, soit qu'il ayt reçeu quelque mescontentcment, soit parce qu’il n’aimo: pas à estre renfermé, s’en alla avec douze François demeuer au Biloxy.
Sur là fin de cette année, une nation de Sauvages, nommez les Apalaches, vint à la Mobile demander à M. de Bienville un endroit pour s’y establir. Ils avoient quitté l'habitation qu'ils avoient sur les terres des Espagnols, quatre-vingt-dix
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RELATION DE PÉNICAUT.
lieues à l’est de la Mobile, proche la Rivière de Tolacatchina ; andises mais, comme ils avoient esté souvent pillés parles Alibamons, POUF Les sans jamais avoir esté secourus par les Espagnols, ils avoient haloupes : esté obligez de l'abandonner pour venir se mettre sous la proa l'aban- tection des François. Ils estoient excellens catholiques. C’est S pourquoy M. de Bienville leur fit donner, en arrivant, des qui Sen” vivres pour subsister, et ensuite il leur fit distribuer des terres ile, fit un proche les Mobiliens et les Tomez, avec du bled pour enseville, pour mencer la première année leur terre. M. Huet, un de nos ment prestres, en a tousjours eu beaucoup de soin, allant les presdans es cher fort souvent et leur administrer les sacremens. hez les LO-
semble, ou D r venir avec
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DON GUZMAN, GOUVERNEUR DE PENSACOLA, an autres es , les ©
Jarme, ce qui (1706) ls prismes une
DESCRIPTION DES SAUVAGES COLAPISSAS ET NASSITOCHES,
emmenasmes
… Au commencement de cette année, Don Guzman, Espait qu'il ayt re”
4 pas à gnol et gouverneur du fort de Pensacola pour le Roy d'Espa- | ie à . . .
d Tr au gne, arriva à nostre fort de la Mobile pour voir M. de Biens demeu © | ville, qui le reçut au bruit du canon et des descharges de la iyages, noMMCEZ M. de Bienville
1itté j'habitation
garnison qui estoit sous les armes. Il y demeura quatre jours, où il fut régalé par M. de Bienville et par tous les oficiers. Pendant qu'il estoit à nostre fort, un Canadien François,
quatre-vingt-dix nommé Boutin, le pria de luy faire l'honneur de vouloir bien Q
tenir son enfant avec la fille de M. Lesueur, cousine de M. de Bienville, ce que le señor Don Guzman accepta. On célébra ce baptesme avec toute la pompe désirable. La garnison, estant sous les armes, fit trois descharges de coups de fusil; Don Guzman fit jeter, à la sortie de la chapelle, par son valet de chambre, qui marchoit devant, plus de mille piastres à tous les soldats de la garnison du fort, et il demanda à M. de Bienville la liberté des prisonniers françois, que celuy-cy luy accorda. Il demanda, avant son départ, à M. de Bienville, deux charpentiers, qu'il emmena avec luy, pour luy bastir deux maisons dans son fort de Pensacola. Son départ fut également salué par Partillerie et la mousqueterie, ct au bruit du tambour.
Quelques jours après le départ du señor Don Guzman, M. de Bienville, voyant que les vivres commençoient à diminuer ivrtement et qu'il n'arrivoit point de vaisseaux pour en apporter, donna permission à plusieurs personnes d'aller à la chasse ou d'aller vivre, comme ils pourroient, chez les nations des Sauvages, amis des François. Ayant entendu déclarer qu'on nous donnoit cette liberté, je proposay à plusieurs de mes camarades, non pas d'aller une seconde fois aux Natchès, mais d'aller chez les Colapissas, que je connoissois, et où j'avois conduit ies Nassitoches l’année dernière, pour demeurer avec eux sur le bord du lac Pontchartrain. J'entendois et je parlois bien leur langage, et j'estois mesme ami des chefs de ces deux nations. C’est pourquoy, après avoir pris des provisions de vivres pour seulement trois jours, qu'on nous distribua, nous partismes douze ensemble, avec deux canots et une chaudière, que nous eusmes soin de mettre
dans un de nos canots. Nous estions fournis d’une bonne
e M. de
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de fusil;
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Jesme ami des
près avoir pri s jours, qu on
soin de metire js d’une bonne
RELATION DE PÉNICAUT.
provision de poudre et de plomb (c’est ce qui est le plus nécessaire dans ce pais). Le plus âgé d’entre nous n'avoit pas plus de trente ans et le plus jeune vingt-quatre. Nous estions au commencement de May, avec le plus beau temps qu'on puisse souhaiter. C'est pourquoy nous ne voyagions qu'à petites journées, mettant de temps en temps pied à terre pour chasser. Dès les premières journées, nous tuasmes deux chevreüils, que nous portarmes à nostre canot. Nous en fismes rostir une partie au bord de l’eau, où nous dressasmes des cabanes de verdure, sous lesquelles nous couchasmes la nuit, après avoir soupé. Un de nos camarades faisoit bouillir la marmite, que nous avions emplie de cette viande, en nous gardant. Quand le jour estoit venu, nous recommencions à voguer après avoir déjeuné. Nous arrivasmes au bout de huit jours chez les Colapissas et les Nassitoches. Nous apportions ce jour-là dans nos canots quantité de gibier, que nous avions tué le mesme jour, proche l'endroit où nous nous estions arrestés. Comme nous n'avions plus que deux lieues à faire de nostre dernière couchée pour arriver aux Colapissas, nous avions chassé depuis le matin jusqu’à quatre heures après-midy, dans l'intention de porter du gibier à nos hostes pour leur en faire présent en y arrivant. Aussi y avoit-il dans nos deux canots six chevreüils, huit poulets d'Inde et autant d'outardes tuez du mesme jour. Estant arrivez ainsy à leur village, ils nous vinrent embrasser, tant les hommes que les femmes et les filles; tous estoient ravis de nous voir venir demeurer chez eux. Ils se mirent ensuite à faire cuire les viandes que nous avions apportées, et, après le souper, tout le village se mit à danser jusques bien avant
dans la nuit. Nous avions dans nostre bande un de nos ca-
marades, il jouoit assCZ
ces Sauvages ; CEUX ass
rté un violon dont
qui avoit appo s en cadence à
e faire des figure ous faire mourir embler tout le village à l'entour de luy.
us amusant du monde que de les
de temps en TEMPS » faire mais ce
nommé Picard, bien pour fair ci pensèrent 1
de rire, car
cet instrument fit C'estoit le spectacle le pl grands yeux et, us plaisantes q and ils nous vire uroient volontie dre jouer du V craignant que no oit des logemens avoir chez eux:
voir ouvrir de Les cabrioles les pl fut bien autre chose qu deux garçons ensemble. Ils a
r et à nous enten
à nous regarde
testé que le chef des Colapissas; nous vint dire qu'il y av oulant nous tolon chez luy POUF hez les plus consi-
$ Nassitoches,
u’on puisse voir; nt danser le menuets rs passé la nuit jolon, si CE us ne
n'eus fussions fatiguez, distribuez pour NOUS: Chacun v je chef des Colapissas retint le joueur dev Le loger ; les autres eurent leur logement € ur moy, je fus logé chez le chef de e venir loger chez luy en arrivant , €t qui
qui l'avois conduit, l'année précé-
art de M. de Saint-Denis, chez les Colapissas; opnnoissois pour un des plus pais. Il m'a eu depuis ans la suite.
dérables. Po qui m'avoit prié d m'emmenà. C'estoit moy dente, de la P pour y demeurer avec EUX: Jelec $ des Sauvages du me je le feray voir d loger chez luy, car j'y 2Y les plus
honnestes homme obligation de la vie, com
Je ne fus pas fasché d'avoir esté agrément possible. {1 avoit deux filles, uvagesses de ce canton. L'aisnée avoit ulchogonime, c'est-à-dire, en leur de n’avoit que dix-huit ans, aisnée. On la nommoit
e levay le Jendemain
trouvé tout l belles de toutes les Sa elle s'appeloit O jangue, la bonne fille; la secon quoyqu'elle fust plus grande que son Oulchil, en françois la belle fileuse. Je m eu tard, parce que nous avions Î
vingt ans;
atigué à danser
matin un P
on dont adence à e rire, Car ar de luy.
que de les nps » faire r;, mais Ce Je menuet, assé la nuit iolon, Si CE que nous ne Les logemens oir chez EUX:
-hez luy pour es plus consi- , Nassitoches, rivant, et qui l'année précé- Les Colapissas»
ur un des plus m'a eu depuis r- dans la suite.
y luy, car jy a x filles, les plus n. L'aisnée avoit st-à-dire, en leur que dix-huit ans, On la nommoit evay le jendemain
° LA « , t fatigué à danse
RELATION DE PÉNICAUT. 465
une bonne partie de la nuit. À mon lever, je fus estonné que mon hoste apportast un grand plat de poisson fricassé avec de la graisse d'ours, qui estoit fort bien accommodé. Il y avoit aussy du sagamité, qui est une espèce de pain qu'ils font avec de la farine de bled de Turquie et de la farine de petites fèves meslées. Ces petites fèves sont semblables à nos haricots de France. Nous estions seuls à manger tous deux, et j'estois surpris de ne point voir sa femme ny ses filles, lorsqu'au bout d’une demi-heure elles revinrent ensemble, apportant un grand plat de fraises, car il y en a, dans le commencement de May, en quantité dans les bois. Elles avoient mis ce jour-là leurs beaux bragucts de toile d'ortie très blanche. Je leur fis à chacune présent d’une demi-aulne de bracart à fond blanc, meslé de petites fleurs de couleurs rose et verte, pour leur faire à chacune un braguet, mais leur père ne le vouloit pas, me priant de garder cette estoffe pour la fille du Grand Chef des Colapissas, parce que ce chef estoit le premier de leur habitation. Il vouloit absolument que la cadette me rendist son morceau; mais, luy en ayant montré un autre que je destinois pour cela, il me remercia fort. Il ne scavoit quelle honnesteté me faire, et la mère aussy.
Dans ce mesme temps, deux de mes camarades entrèrent pour me venir voir; il y avoit Picard, le joueur de violon. Sitost que la fille aisnée de mon hoste le vit, elle alla l'embrasser; je n'en fus pas fasché, comme j'aurois esté pour la cadette, si elle eust agi ainsi. Il mangea un morceau de poisson avec nous, et, mes autres camarades estant survenus, nous allasmes tous ensemble chez le Grand Chef des Colapissas. J'embrassay sa fille en y arrivant, et je luy fis présent aussy d'une demi-aulne de la mesme estofle que j’avois donnée aux filles du chef des
Nassitoches, chez qui je demeurois. Je crois que le père et la mère m'auroient donné volontiers tous leurs biens, tant ils estoient ravis du présent que j'avois fait à leur fille. Nous allasmes ensuite dans toutes les cabanes des Sauvages, les unes après les autres : c’estoit à qui nous traiteroit le micux.
Nous fusmes ensuite, l’après-disnée, voir leurs pesches. Ils tirèrent du lac leurs filets, qui estoient remplis de poissons de toutes les grandeurs. Ces filets ne sont proprement que des lignes d'environ six brasses de longueur. Il y a à ces lignes d’autres petites lignes, attachées en quantité tout du long à un pied les unes des autres. Il y a au bout de chaque ligne un hamecon, où ils mettent un petit morceau de la paste de leur sagamité, ou un petit morceau de viande. Ils ne laissent pas de prendre avec cela des poissons pesant plus de quinze à vingt livres. Le bout de la ligne est attaché à leurs canots. Ils les tirent deux ou trois fois par jour, et il y a tousjours beaucoup de poissons pris, quand ils les tirent. Cette pesche ne les empesche pas de travailler à leur terre, car cela est accommodé en moins d’une demi-heure. Lorsqu'ils eurent tiré tous leurs poissons, chacun en emporta chez soy, et, après qu'il fut cuit et accommodé, comme je l’ay desjà dit, avec de la graisse d'ours, on se mit à en manger, chacun devant sa porte, sous des arbres de peschers, à l'ombre. Quand le soleil fut baissé, et que chacun eut soupé, on dansa, comme la veille, jusques bien avant dans la nuit. Leurs danses se font, comme celles dont j'ay parlé dans l’article des Natchès, au son d’un petit tambourin. Nostre joueur de violon tascha de s’accorder avec le son du tambour et les voix des chanteuses. Ce ne fut pas sans beaucoup de peine et nous faire bien rire
qu'il y exerça toute son industrie, encore n'y put-il jamais
père et tant ils jous alges ; les e micuXches. Ils issons de t que des ces lignes du long à aque ligne la paste de pe laissent s de quinze >urs canots.
a tousjours Lette pesche r cela est ac- Is eurent tiré by, €ts après \ dit, avec de un devant Sa e, Quand le ansa, comme anses se fonts $ Natchès, au bon tascha de es chanteuses:
faire bien rire
put-il jamais
RELATION DE PIÉNICAUT. 467
parvenir; et, en effet, leur chant est plus sauvage que les Sauvages mesmes. Quoyque ce soit une répétition continuelle, on ne peut réussir à tomber dans leur ton; mais, en récompense, il apprit à beaucoup de filles du village à danser le menuet et la bourrée. Nous nous rassemblions tous les jours après le disner, qui se fait ordinairement parmy ces Sauvages à huit heures du matin. Ensuite nous allions à la chasse, d'où nous rapportions tous les jours quelque gibier au village, de sorte qu’ils estoient ravis de nous voir avec eux. Les Nassitoches sont plus beaux et mieux faits que les Colupissas, parce que ceux-cy, tant les hommes que les femmes, ont le corps tout piqué. Ils se piquent presque tout le corps avec des aiguilles et frotient ces piqueures avec du charbon de saulx concassé très fin, qui n’envenime point la piqueure. Les femmes et les filles des Colapissas se font ainsy piquer les bras et le visage, ce qui les défigure vilainement; mais les Nassitoches, tagtes hommes que les femmes et les filles, ne se servent point de ces piqueures qu’ils hayssent ; c'est pourquoy les femmes sont bien plus belles, outre qu’elles sont naturellement plus blanches. | A l’esgard de leur religion, ils ont un temple rond, devant lequel ils se présentent soir et matin, en se frottant le corps avec de la terre blanche et en levant les bras en haut; ils niarmottent quelques paroles tout bas, pendant un quart d'heure. Il y a au portail du temple des figures d'oyseaux de bois; il y a dans le temple quantité de petites idoles, tant de bois que de pierre, qui représentent des dragons, des serpens et des façons de crapauds, qu'ils tiennent enfermez dans trois coffres qui sont dans le temple, et dont le Grand Chef a la clef. Quand il meurt un Sauvage, on dresse une espèce de tom-
beau, ou plustost un eschaffaud à deux pieds.élevé de terre, où l’on met le mort dessus. On le couvre bien de terre grasse et l’on met par-dessus des escorces d'arbres, crainte des animaux et des oyseaux de proye; puis, par-dessous, on met une petite cruche remplie d'eau, avec un plat plein de farine. Tous les soirs et matins, ils y ellument du feu à costé ct y vont pleurer. Les plus riches louent des femmes pour remplir ce dernier office Au bout de six lunes, ils développent le corps du mort; s’il est consommé, ils mettent les os dans un panier et les portent à leur temple; s'il n'est pas consommé, ils le désossent et ils enterrent la chair.
Ils sont assez propres dans leur manger : ils ont des pots particuliers pour chaque chose qu'ils font cuire, c’est-à-dire que le pot qui est pour la viande re sert point pour le poisson; ils accommodent tout leur manger avec de la graisse d'ours qui est blanche l'hyver, quand elle est figée, comme du saindoux, et l’esté elle est comme de l'huile d'olive. Elle n'a aucun mauvais goust; ils en mangent avec de la salade, en font de la pastisserie, de la friture, et tout ce qu'ils accommodent généralement.
A l’esgard des fruits, il s’en trouve peu. Ils ont cependant des pesches, dans la saison, qui sont mesme plus grosses qu'en France et plus sucrées; des fraises, des prunes et du raisin, qui est un peu maigre et qui n'est point si gros que celuy de France. Il y a aussy des noix qu'ils pilent, dont ils font de la farine pour faire de la bouillie à leurs enfa :s avec de l'eau ; ils en font aussy du sagamité ou pain, en le meslant avec de la farine de bled de Turquie.
Ces Sauvages n'ont pas du tout d’autres poils que leurs cheveux. Ils se les arrachent tant au visage qu'ailleurs; ils se
D D jet Lo
de terre, rre grasse e des anis, on met de farine.
costé et y ur remplir eloppent Île os dans un
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ont des pots : c'est-à-dire ar le poisson; raisse d'ours nme du sain- . Elle n'a aualade, en font
accommodent
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RELATION DE PÉNICAUT. 469
pèlent avec de la cendre de coquilles et de l'eau chaude, comme on fercit un cochon de lait, tant les hommes que les femmes et les filles.
Ils ont une manière extraordinaire pour allumer du feu : ils prennent un petit morceau de bois de cèdre, gros comme le doigt, et un petit morceau de bois de muret qui est très dur; ils mettent l’un à costé de l’autre entre leurs mains, et à force de les tourner ensemble, comme si l'on vouloit mouvoir du chocolat, il sort de dans le morceau de bois de cèdre ur petit morceau de mousse qui prend feu. Cela est fait en un instant.
Quand ils vont à la chasse, ils sont habillés de peaux de chevreüil avec son bois, et lorsqu'ils voient un de ces animaux de loin dans le bois, ils font les mesmes gestes que luy, qui, dès qu’il les aperçoit, accourt dessus, et, lorsqu'il est à bonne pertée de fusil, ils luy laschent leur coup et le tuent. Ils en tuent beaucoup de cette manière, et il faut avouer qu'ils sont plus habiles que les François, tant à la chasse du bœuf sauvage qu’à celle de l'ours et du chevreüil.
Quand l'hyver fut venu, nous allions sur le canal et dans les bois tuer des outardes, des canards et des oyes sauvages, qui sont beaucoup plus gros qu'en France. Il y en a, dans ce temps-là, des quantités prodigieuses qu'attire le lac de Pontchartrain, sur le bord duquel ils demeurent. Nous en apportions tous les jours rostir dans les cabanes, où les Sauvages faisoient bon feu à cause du froid, qui n'est pas cependant ni si long ni si rude que dans le haut du Mississipy.
C'est ainsy que nous passasmes la meilleure partie de l'hyver. Pour mon particulier, je ne m'y plaisois pas moins dans l'hyver que dans l’esté; car, pour m'occuper, quand j'estois revenu de la chasse, j'apprenois, proche le feu, aux filles de
mon hoste à parler françois. Elles me faisoient pasmer de rire avec leur prononciation sauvage qui ne vient que du gosier ; au lieu que le françois se parle simplement de la langue,
sans estre guttural.