PERS
RELATION DE PÉNICAUT. 445
nence- toutes sortes ; il y a des carpes pesant plus de vingt livres, qui, ription. sont d’un goust exquis. A l’esgard des fruits, il y en a plus à nous qu’en aucun endroit de la Louisiane. Ils ont beaucoup de par les cerises, qui y croissent en grappes, comme nos raisins en
France. Elles sont noires et ont une petite pointe d'amer- 1 puisse tume, mais elles sont excellentes à l’eau-de-vie. Il y a partout bord du dans leurs bois beaucoup de peschers, de pruniers, de meu-
ades, que prairies A
riers et de noyers. Ils ont de trois sortes de noyers : il yen a
dont les noix sont grosses comme le poing, ct qui servent à
costeaux; faire du pain pour leur soupe, mais les meilleures ne sont “bres odo- guères plus grosses que le poulce; ils les appellent pacanes. claire sor- Dès le commencement de May leurs prairies sont esmaillées ues de ces de toutes sortes de fleurs et d'herbes odoriférantes. Il y vient eues
roits. ils SC - du village:
d'une petite
ar trois vil-
une infinité de fraises, qui sont grosses comme le poulce et d'un goust exquis. Ils ont du raisin dans leurs bois, qui
vient en treille ; la tige s’attache aux arbres, qui croist en tour-
nant tout à l’entour. Ce raisin est petit et un peu aigre; on et ensuite il L'eau en est oide comme
en fait du vin qui ne se garde que huit ou dix jours.
Cette nation possède neuf habitations ou villages ; mais village, où nous estions, est le premier de tous et le plus con sidérable, parce que c'est la demeure du Grand Chef; on le mmé M. de nomme Soleil, c'est-à-dire noble. Ils sont logés beaucoup anada. Mais e aucun pro”
e village tout
plus proprement que toutes les autres nations des Sauvages. Ils ont vis-à-vis leurs maisons des peschers en plein vent, dont les fruits sont excellens, qui font un ombrage agréable nation qui n'a à leurs maisons.
Les hommes et les femmes de Natchez sont très bien faits et assez proprement vestus. Les femmes y sont couvertes
uvages. On Y omme bœufs, lets d'Inde, et abondance de
d'une robe de toile blanche, qui leur traisne depuis le col jus-
qu'aux pieds, à peu près faite comme nos Andriennes des
446 LBS dames de France:
d'escorce de meurier. Elle ont mis tremper €cS escorces dans l'eau pendant huit jours,
elles les font sécher fort Jong-temps au soleil, et quand ces escorces sont bien sèches , elles les battent jusqu'à temps lasse. Elles les la lessive
qu'elles soyent en er les lavent trois ou quaire fois, jusqu” planches. Elles les filent ensuite et en font d
elles se servent pour Les hommes sont h
omme nos vestes,
<. Ils ont un braguet et des mytes is les pieds jusqu'aux hanches. Ils rs femmes auss}". Jis ont le du gosier Si fortement
Îles est différent
Je de l'escorce d'ortie ct
Elles font cette toi and elles
s les préparent ainsy : qu
mettent ensuite à à ce qu'elles soient e la toile, dont
Jeur usage:
abillez avec des pe et leur descendent jusqu’à en des-
aux de chevreuils,
qui sont faites € ja moitié des cuisse es couvrent depu x de visage €t leu e, ne parlent pas “habillement des fi
sous qui | sont assez beau parler assez agréabl autres Sauvages: L elles ne portent que je braguet, qui est que Îles demoiselles
que les de celuy des femmes; fait comme Ces petits tabliers de taffetas ance au-dessus d aits d'un vaisse
e ieurs JUPES+ Les braguets des qu de fil blanc et ne depuis la ceinture ar derrière
nd un
portent en Fr filles sont ordinaire tque le devant jambes. E
nent Î de teurs nuditéss Iles l'attachent P un desquels il pe devant des franges à la cheville
couvreil à la moitié des au bout de chac rrière. EL y a par pendent jusqu’ à ce qu'elles soient
mmes. Elles sont
jusqu avec deux cordons, gland qui leur tombe par de as du braguct; qui ent ce braguet jusqu’ ent la robe de fe
cousues au b du pied. Les filles port
L , car alors clles prenn
réglées, aiment fort les Fr estoit pour nous
ançois. C rs fes-
fort gracieusces ct rme de Îles voir d
$ mettent leurs pl
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anser pendant s, et les femmes
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chevreuils, ent jusqu’à vtes en deshanches. fs sv. fs ont le : fortement { différent qui est
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Elles sont ur nous
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nps de jeurs fes-
ets, et Les femmes ,
RELATION DE PÉNICAUT. 447 leurs belles robes blanches, toutes nu-teste, avec de grands cheveux noirs qui leur pendent jusqu’à la moitié des jambes, et à beaucoup jusqu'aux talons.
Leurs danses se font ainsy : les femmes dansent avec les hommes et les garcons avec les filles. Ces danses se font tousjours de vingt ou trente ensemble, tant garçons que filles. Il n'est pas permis à un homme marié de danser avec les filles, ny aux garçons de danser avec les femmes. Après qu'ils ont allumé un grand flambeau, qui est ordinairement le tronc sec d’un vieux pin, qui brusle pour éclairer la grande place du village, et un autre vis-à-vis la cabane du Grand Chef, le maistre à danser, à la teste d'une centaine d’hommes ct femmes, au son d'un petit tambour et des voix des spectateurs, commence la danse au soleil couché, et chacun danse à son tour jusqu’à minuit. Après quoy les hommes se retirent chez eux avec leurs femmes et cèdent la place aux garçons et aux filles, qui dansent depuis minuit jusqu'au matin au grand jour. [ls se iivrent à ce plaisir à plusieurs reprises, chacun à son tour. Leur danse est à peu près semblable au nouveau Cotillon de France, avec cette différence que, quand un garçon a dansé dans ce pais-là avec la title qui se rencontre à costé de luy ou devant, il luy est permis de la conduire au bout du village, dans un des bosquets de la prairie, où il danse avec elle un autre cotillon à la Mississipienne, puis ils reviennent dans la place du village danser à leur tour comme auparavant, Is continüent ainsy leurs danses jusqu'au grand jour, de sorte
que le matin, les garçons surtout sont comme des déterrez,
tant pour avoir perdu le sommeil que pour s'estre fatiguez avec les filles à danser.
Je nesuis point estonné si ces filles sont lubriques et qu'elles
en rite Mia
n'ayent aucune retenue, puisque leurs père et mère et leur religion leur enseignent qu'au sortir de ce monde il y a une planche très estroite et difficile à passer pour entrer dans les grands villages, où ils prétendent qu'ils vont après leur mort, et il n'y aura que celles qui se seront bien diverties avec les garçons qui passeront facilement ceste planche. On voit la suite de ces détestables leçons, qu'on leur inspire dès leur bas âge, appuyées de Ja liberté et de loysiveté où elles sont entretenues; puisqu'une fille, jusqu'à l'âge de vingt où vingtcinq ans, ñ€ fait rien autre chose; les père et mère estant obligez de leur tenir leur manger tout prest, et encore selon Jeur goust et CE qu'elles demandent, jusqu’à ce qu'elles soient mariées.
Si par ces infâmes prostitutions elles deviennent grosses, et qu’elles accouchent d'un enfant, leurs père et mère leur de-
mandent si elles veulent avoir leurs enfans; si elles respon*
dent que non ét qu'elles ne peuvent pas Jes nourrir, ON ES” trangle hors la cabane aussitost CE pauvre petit malheureux nouveau-né et on l'enterre, sans que cela fasse la moindre impression ; mais si la fille veut avoir son enfant, ON le luy donne, et elle le nourrit.
Quand un garçon est convenu de se marier avec une fille, ils vont dans les bois ensemble, et pendant que le garçon Cst à la chasse, la fille fait une cabane de feuillage dans les bois
et elle allume du feu proche la cabane. Quand le garçon est
revenu de la chasse, qu'il a tué un bœuf ou un chevreuil, il en porte un quartier à la cabane, et ensuite ils vont chercher le reste. Quand ils sont revenus à la cabane, ils en font rostir un morceau qu'ils mangent à leur souper, et le lendemain ils
portent ensemble cette chasse à leur village, dans la maison
re et leur
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7 dans les leur mort, es avec les On voit la re dès leur ù elles sont gt ou vingtmère estant encore selon u'elles soient
ent grosses, et mère leur desi elles respon* nourrir, ON ES” tit malheureux sse la moindre nfant, on le luy
r avec une fille, ue le garçon est ge dans jes bois nd le garçon Est uun chevreuil, il ils vont chercher e,ils en font rostir et le jendemair ils e, dans |a maison
RELATION DE PÉNICAUT. 449
du père et de la mère de la fille. Ils avertissent les parens, à chacun desquels on donne un morceau de la chasse, qu'ils emportent chez eux. Le garçon et la fille disnent avec le père et la mère de cette dernière, et ensuite le garçon l’emmène, comme sa femme, chez luy, où elle reste. Alors il ne luy est plus permis d’aller aux danses des garçons et filles, ny d’avoir commerce avec aucun autre homme qu’avec son mary. Elle est obligée au travail du dedans de la maison. Il est permis au mary de la répudier, s’il s'aperçoit qu’elle luy fasse une infidélité, jusqu’à ce qu’elle ayt eu un enfant de luy.
C'est ordinairement le Grand Chef qui ordonne la feste des danses, qui dure huit ou dix jours de suite plus ou moins pour tous les villages de sa domination. Ces festes se font ordinairement, lorsque le Grand Cheï a besoin de quelques denrées, comme des farines, fèves et autres semblables, qu’ils mettent à l’entrée de sa cabane, en un tas, le dernier jour de la feste. Ce Grand Chef commande à tous les autres chefs des huit autres villages. Il leur envoye ses ordres par deux de ses laquais, car il en a jusqu’à trente, qu'on appelle des loüés, en leur langue, Tichon. Il a aussi plusieurs servantes, qu’ils appellent Oulchil Tichon, qui luy servent à plusieurs fins. Les chefs des autres villages luy envoyent ce qui est parvenu des danses de leurs villages. Sa maison est très grande, on y peut tenir jusqu'à quatre mille personnes. Ce Grand Chef est aussy absolu qu’un roy. Ses gens n’approchent pas de luy, par respect; lorsqu'ils luy parlent, ils en sont esloignés de quatre pas. Son lit est à droite en entrant dans la cabane; ce sont quatre piliers de bois de deux pieds de haut, à dix pieds de distance sur la longueur et à huit sur la largeur. Il y a des
barres qui vont d’un pilier à l’autre, sur quoy ils mettent
ea annee.
des planches, qui forment comme une espèce de table bien unie, de la mesme longueur et largeur que le quarré du lit qui est rougi partout. Sur cette espèce de table il y a une natte faite de cannes fines et un grand traversin de plumes d'oyes, et pour couverture ce sont de peaux de chevreüils pour l’esté et des peaux de bœufs sauvages ou d'ours pour l'hyver. Il n’y a que sa femme qui ait le droit d’y coucher avec luy. Il n’y a qu’elle aussy qui puisse manger à sa table. Quand il donne ses restes à ses frères ou à quelques-uns de ses parens, il leur pousse les plats avec les pieds. A son lever, tous ses parens ou quelques vieillards de considération s'approchent de son lit, et, levant les bras en haut, ils font des hurlemens affreux. C'est ainsy cu'ils le saluent, sans qu’il daigne les regarder.
1! faut remarquer qu’un Grand Chef noble ne peut espouser qu’une roturière, mais que les garçons qui en sortent, soit garçons ou filles, sont nobles; que, s’il vient à mourir avant sa femme, il faut que sa femme soit estranglée, pour l'accompagner dans l'autre monde. De mesme une fille noble, c'est-à-dire fille d’une femme de chef noble, quand elle veut se marier ne peut espouser qu’un roturier, et si elle meurt après qu’elle est mariée, avant le mary, il faut que celui-ci soit fait mourir aussy pour l'accompagner en l'autre monde. Les enfans qui proviennent de ces mariages sont réputés nobles ou Soleils. |
Leur noblesse est bien différente de celle de nos Européens, puisque, en France, plus elle est ancienne, plus elle est estimée. Leur extraction, au contraire, n’est plus estimée noble à la septiesme génération; de plus, ils tirent leur noblesse de la femme et non pas de l’homme. Je leur en ay demandé la raison ; ils mont respondu que la noblesse ne pouvoit venir
e bien
lit qui
te faite
et pour
. et des
y a que
a qu'elle
es restes
r pousse ou quelon lit, et, ux. C'est n
t cspouser t, soit garurir avant pour l'acfille noble, elle veut se neurt après -c soit fait onde. Les
butés nobles
| Européens, elle est estitimée noble noblesse de : demandé la
pouvoit venir
RELATION DE PÉNICAUT. 451
que de la femme, parce que la femme estoit plus certaine que l’homme à qui les enfans appartenoient.
I y a dans ce village un temple fort estimé parmi les Sauvages pour sa grandeur. Il peut avoir trente pieds de haut et vingt toises en quarré par dedans. Il est en rond en dehors; les murailles ont bien trois toises d’espaisseur ; il est basty avec des arbres de noyers, gros comme la cuisse par en bas, tous d'une mesme hauteur. On les plie en haut comme un demy-cercle, en joignant les bouts ensemble; puis ils attachent des cannes, faites et taillées comme nos lattes, de demi-pied en demi-pied depuis le bas jusqu'en haut. Ils maçonnent et remplissent les vuides entre les lattes avec de la terre grasse et la couvrent de paille; puis ils mettent encore d’autres lattes qu'ils lient ensemble comme les premières par les bouts d’en haut en cercle pour tenir en estat la paille qui est dessous; ensuite ils couvrent le tout avec des nattes de canne fendues en quatre. Ces nattes sont longues de dix pieds et de six de large; elles sont à peu près comme des clayes, dont ils couvrent le temple; tous les ans, ils en renouvellent la couverture. Dans ce temple, ils ont un feu continuellement entretenu; c’est le soleil qu'ils disent que ce feu représente et qu'ils adorent. C’est pourquoy tous les matins, au lever du soleil, ils font un feu devant la porte du temple, et le soir au soleil couchant. Le bois pour entretenir le feu continuel du dedans du temple doit estre de chesne ou de noyer, dont on a osté l’escorce; les busches ne doivent pas estre moins longues que de huit pieds, coupées au commencement de chaque lune. Il y a quatre gardes du temple, qui y couchent chacun par quartier et qui entretiennent le feu continuel. Si, par malheur, ils le laissoient esteindre, on leur casseroit la teste avec des mail-
MR rs RONA QLE SG araaaen és a rooms mom.»
lets de bois, qui restent tousjours dans le temple pour cette
belle expédition. Toutes les nouve:les lunes, ils font au temple des présens de pain et de farine, qui sont le profit de ses gardes. C’est dans ce temple que l’on enterre les trois premières races des nobles. Il y a dans le temple la figure d'un serpent qu'ils nomment le serpent à sonnettes. On en voit de pareils dans le pays, qui portent des espèces de sonnettes vers la queue et dont la piqueure est mortelle. Ils ont aussy dans ce temple quantité de petites figures de pierre, qui sont enfermées dans un coffre. Ils ont parcillement un collier de perles fines qu'ils tiennent de leurs ancestres: * 1is elles sont toutes gastées, parce qu'ils les ont percées a,” an fer chaud. Ils en mettent deux ou trois au col des enfans nobles, quand ils viennent au monde; ils les portent jusqu’à l’âge de dix ans et ensuite on les remet au temple. A toutes les réceptions des femmes chefs on leur met au col ce collier, jusqu’à ce que la cérémonie soit faite, pais on le reporte au temple. On le garde dans un coffre comme une très précicuse relique. Soir et matin le Grand Chef et sa femme, qui seuls ont le droit d'entrer dans le temple, y viennent pour ‘rendre leur culte à leurs idoles, et, lorsqu'ils en sortent, ils racontent au peuple, qui les attend devant la porte, mille mensonges comme il leur vient en pensée.
Il arriva de nostre temps que, la Grande Cheffe (sic) noble estant morte, nous vismes la cérémonie des obsèques, qui est bien la plus horrible tragédie qu’or. puisse voir, Cela nous fit frémir d'horreur, moy et tous mes camarades. Elle estoit femme chefle noble par elle-mesme. Son mari, qui n’estoit point noble, fut aussitost estranglé par le premier garçon qu’elle avoit :u de luy, pour accompagner sa femme dans le
r cette temple
ses garemières serpent
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ffe (sic) noble èques, qui est Cela nous fit s. Elle estoit i, qui n’estoit remier garçon emme dans le
RELATION DE PÉNICAUT. 453
grand Village, où ils croyent aller. Après un si beau commencement, l’on mit dehors la cabane du Grand Chef tout ce qui y estoit. Comme c’est l'ordinaire, on fit une espèce de char de triomphe dans la cabane, où l'on mit la morte et son mari estranglé. Un moment après, l’on apporta douze petits enfans morts, que l'on avoit estranglés, et que l’on mit à l’entour de la morte. Ce furent les pères et les mères qui les y apportèrent, par ordre de l'aisné des enfans de la femme cheffe morte, et qui alors, comme Grand Chef, commande autant de personnes qu'il veut faire mourir pour honorer les funérailles de sa mère. On fit dresser dans la place publique quatorze eschaflauds, qu’ils ornèrent de branches d'arbres et de toiles remplies de peintures. Il se plaça sur chaque eschaffaud un homme qui devoit accompagner la deffuncte en l’autre monde. Ils sont sur ces eschaffauds, entourez de leurs parens les plus proches; ils sont prévenus quelquefois plus de dix ans avant leur mort. C’est un honneur pour leurs parens. Ils ont ordinairement offert leur mort du vivant de la défuncte, pour la bonne amitié qu'ils luy portoient, et ce sont cux-mesmes qui ont filé la corde avec laquelle on les estrangle. Ils sont habillez de leurs plus beaux habits, avec une grande coquille à la main droite, et le plus proche parent, par exemple, si c'est un père de famille qui meurt, son fils aisné marche après luy, portant la corde sous son bras et un casse-teste dans sa main droite. Il fait un cri affreux qu'ils appellent le cry de mort. Alors toutes ces malheureuses victimes, de quart d'heure en quart d’heure, descendent de dessus leurs eschaffauds et se joignent au milieu de la place, où ils dansent tous ensemble devant le temple et devant la mai-
son de la femme Cheffe morte, puis ils remontent sur leurs
DE D D A 66 ma ET
454 LES PREMIERS pOSTES DE LA LOUISIANE.
eschaffauds se remettre à leur place. Ils sont fort respectez CE jour-là, et ont chacun cinq domestiques. Leur visage est tout rouge de vermillon. Pour moY, j'ay cru que c'estoit afin de ne pas laisser paroistre la peur qu’ils pourroient avoir de leur
prochaine mort.
Au bout de quatre jours, ils commencèrent la cérémonie
dela Marche des Cadarres.
Les pères etles mères, qui avoient apportéleurs enfans morts, les prirent et les tinrent sur leurs mains; le plus âgé de ces enfans ne paroissoit pas avoir plus de trois ans. [lsse placèrent à droite et à gauche dela porte de la cabane de 1a femme Chefle morte. Les quatorze victimes, destinées à estre estranglées, s'y rendirent dans le mesme ordre; Jes chefs et les parens de Ja morte y parurent de mesme en deüil, c'est-à-dire les cheveux coupez. Ils firent alors des hurlemens si effroyables que nous CrusmMes que les diables estoient sortis des Enfers, pour venir hurler dans cet endroit. Les malheureux destinez à la mort dansèrent, et les parens de la morte chantèrent. Quand on commença Ja marche de deux à deux de ce beau convoy, l'on sortit la morte de sa cabane, que quatre Sauvages portoient dessus leurs espaules, comme sur un brancard. D'abord qu'elle fut sortie, l'on mit le feu à la cabane (c'est la grande mode des nobles). Les pères, qui portoient Jeurs enfans morts sur leurs mains, marchoient devant, à quatre pas,de distance les uns des autres, et au bout de dix pas de marche, ils les Jaissèrent tomber par terre: Ceux qui portoient la morte passoient par-dessus et faisoient trois fois le tour de ces enfans. Les pères ensuite les ramassoient, et S€ remettoient en marche en leur rang, et de dix pas en dix pas
ils recommencèrent cette affreuse cérémonie, jusqu'à ce qu'on
ectez CE
est tout afin de
r de leur
érémonie
ans morts,
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e placèrent
nme Chefle
estranglées,
s parens de
dire les cheeffroyables
des Enfers, eux destinez
e chantérent.
x de ce beau
e quatre Sa sur un branu à la cabane qui portoient ent devant: à au bout de dix erre. Ceux qui soient trois fois
t se
massoient, €
x pas en dix Pas :
usqu'à ce qu On
RELATION DE PÉNICAUT. 455
fust au temple, de sorte que ces enfans estoient par morceaux, quand ce beau convoy y arriva. Pendant qu'on enterroit la femme noble dans le temple, les victimes furent déshabillées devant la porte, et, après qu'on les eut fait asscoir par terre, un Sauvage s’assit sur les genoux de chacune d’elles, pendant qu’un autre par derrière luy tenoit les bras. On luy passa alors une corde au col, et on luy mit une peau de chevreüil sur la teste; on fit avaler trois pilules de tabac à chacun de ces pauvres malheureux, et on leur donna un coup d’eau à boire, afin que les pilules se détrempassent dans leur estomac, ce qui leur fit perdre connaissance ; puis les parens de la défuncte se rangèrent à costé d’eux, à droite et à gauche, et tirèrent, en chantant, chacun un bout &e corde, qui estoit passé à l’entour du col avec un nœud coulant jusqu'à ce qu'ils fussent morts, après quoy on les enterra.
Si un chef meurt et qu’il ayt encore sa nourrice, il faut qu'elle meure avec luy.
Cette nation suit encore aujourd’huy cette exécrable méthode, malgré tout ce qu'on a pu faire pour les en destourner. Nos missionnaires n’ont jamais pu y réussir : tout ce qu'ils pouvoient faire, c'estoit d'obtenir quelquefois de baptiser ces pauvres petits enfans, avant que leurs pères les estranglassent. Au reste, cette nation est trop entestée de sa religion, qui flatte les mauvais perchans de leur nature corrompue, pour qu'on y ait jamais pu faire aucun progrès de conversion et y establir le Christianisme.
Nous avion: demeuré assez longtemps dans ce village et nous estions pour ainsy dire saisis de tristesse et d’horreur d'avoir veu un spectacle si affreux. C’est pourquoy nous résolusmes de partir deux jours après pour retourner au fort de
A RL RER ANIME RE EEE Dan
la Mobile, après les avoi ils nous avoient régalez pen ils nous reconduisirent jus roit des vivres, nous P ons. Nous partismes e l'eau, et nous vinsm eaucoup de chemin par jour y sont très rapides en
raitemens dont us y avons
r remerciez des bons t dant le temps que no qu'à nos canots. C’e riant de revenir le plus après les avoir emes coucher au
esté; stoit à qui nous fourni tost que nous pourri sés encore au bord d ouge; nous faisions b s courans du Mississip
bras Baston-R parce que le descendant.
Nous arrivasmes au f ouvasmes un vaisse s vivres; ce vaissea Ducoudray. Il avoit
ort de la Mobile en quatorze jours, où
au, arrivé de France, qui nous avoit
nous tr an, com-
u se nommoit le Pélic amené de Paris vingt-six mières qui sont arrivées à la Louisiane.
aussy n’eurent-elles pas de peine à
oient sous la conduite d’un presrl'in-
apporté de mandé par M.
filles ; ce sont les Pre Elles estoient fort Sages»
à se marier; elles est M. Huet, qui resta à la ançois que pOur la c emps après deux c a d'autres sold rent, qui estoient déjà a
trouver tre appelé struction des Fr
On releva peu de t net l'on nous laiss pas ceux qui s’en allè
Louisiane, tant pou onversion des Sauvages:
ompagnies de la garniso ats à la place qui ne valoient u fait de
connoistre le pays:
Les R. P. Dongé et de Limoges S dans le Pélican. M. de Bienville chargea
Je capitaine du vaisseau, de plusieurs paquet
pour la Cour
tournèrent en France M. du Coudray, s de lettres
’en re
ns dont y avons ’estoit à r le plus voir emucher au par jour apides en
e jours, où nous avoit ican. cOM-
is vingt-six Louisiane.
s de peine à e d'un prest pour l'ines Sauvages:
ss de la garplace qui ne
déjà au fait de
ent en France . du Coudray; ets de lettres
RELATION DE PÉNICAUT. 457
ARRIVÉE DE LA NATION DES SAUVAGES TOUACHAS A LA MOBILE, MORT DE M, FOUCAUT ET DE DEUX FRANCAIS TUÉS PAR LES COROAS. CRUAUTÉ INOUIE DES COROA® ENVERS LEURS ENNEMIS.
ARRIVÉE DES NASSITOCHES AU FORT DE M. DE SAINT-DENIS. ABANDON DU FORT DE M. DE SAINT-DENIS AU BORD DU MISSISSIPI. PARTY DE GUERRE CONTRE LES CHÉTIMACHAS COMMANDÉ PAR M. DE SAINT DENIS.