‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 23 sur 304 · SAS MOST HAT · texte numérisé non relu

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XCVI INTRODUCTION

soit à des Récollets, soit à des Sulpiciens, eût diminué le pouvoir qu'ils tenaient déjà par l'éducation des enfans. Donc Cadillac, au tribunal de pénitence, avait trouvé de la part du Père Nouvel de grandes difficultés pour obtenir l’absoiution. — Le confesseur prétendait, d’après certains avis, que Lamothe-Cadillac avait ajouté et changé certains mots du prédicateur; mais, le Commandant de Missilimakinak lui ayant réparti qu’il n'avait rien altéré dans la déposition des témoins, le Père Nouvel lui avait demandé de brûler le procès-verbal, ce que celui-ci n’avait pas voulu faire. Le Père Nouvel avait alors persisté dans ses refus pour l’absolution, ce que voyant, Lamothe-Cadillac, qui ne se sentait, disait-il, rien sur la conscience qui lui reprochät, s'était levé du confessionnal. Il avait ensuite envoyé par écrit ses raisons au Père, qui n'avait pas répondu. — Ainsi, le missionnaire se trouvant à la fois juge et partie, le Commandant devait lui céder ou renoncer à accomplir ses devoirs religieux.

Mais céder contre sa conscience n'était pas dans le caractère de M. :amothe-Cadillac, homme très strict sur ce qu’il jugeait être son droit. — Il crut d'ailleurs, en cette occasion, comme officier du Roi, devoir faire respecter sa position et jusqu'à un certain point peut-être jugeait-il aussi nécessaire, sur ces terres éloignées, d’enrayer, dans la mesure de ses moyens, les habitudes tyranniques, dont il avait souffert en Acadie et qu’il avait rencontrées, l’année précédente, dans les villes de Québec et de Montréal, encore tout émues des scandales, auxquels avait donné lieu le parti extrême qui menait l’'Evêque, homme doué de grandes qualités, mais passionné et trop prompt à croire ce qu’on lui disait.

Les choses étaient allées si loin avec lui, par suite de ces défauts, que l’on avait fait appel de ses actes comme d'abus et que dans le Conseil d'État, composé pourtant d'hommes modérés, le regret avait été exprimé qu'il ne pût pas se démettre de son évéché, où son zèle imprudent, disait-on, pouvait amener de nouvelles affaires. On avait même parlé de réparations publiques, auxquelles il eût dû être condamné, si l’on n'eût eu égard à la dignité de son sacerdoce, déjà compromise par les insultes et les colères de ceux qu’il avait attaqués injustement ou persétutés, —

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INTRODUCTION. XCVII

La Colonie avait à se plaindre, tous les jours, de l’ingérence des prêtres et des missionnaires dans le temporel, et les Conseillers d'Etat étaient étonnés de leurs prétentions à vouloir mener la ustice à leur guise, par des excommunications lancées, la plupart “lu temps, sur des dénonciations reconnues plus tard comme fausses, et sans les formalités exigées par les lois pour protéger l'honneur et le repos des citoyens. — L’Evêque, heureusement pour le pays, avait rencontré devant lui le Comte de Frontenac pour défendre les habitans accusés injustementou poursuivis avec haine. Le Comte avait eu alors, en se bornant à montrer la vérité au Roi, le mérite de réduire au silence, momentanément, un parti qui jusque-là n'avait pas permis lui-même qu'on élevât la voix. Le Roi enfin, dans ces cir-onstances, avait pu voir la liaison du Conseil Supérieur et de l'Intendant abandonnant le Gouverneur, pour ne pas dire pis. — Aussi le Comte de Pont- Chartrain avait-il écrit à M. de Champigny, le 4 Juin 1695, que le Roï avait bien reconnu qu'il était opposé en tout au Comte de Frontenac, presque en tout sur les faits particuliers et même dans les faits généraux, « comme en ce qui s’en est ensuivi, disait-il, de divers mandemens de l'Evêque, avec lequel vous aviez paru peu en intelligence, avant qu’il eût été brouillé avec M. de Frontenac et en ce qui s’est passé au Conseil Souverain, où, au lieu d’être réuni à luy pour procurer justice à ceux qui y ont appelé comme d'abus des entreprises de M. l'Evêque, au lieu de concourir en cela tous deux au maintien de l'autorité du Roy, votre silence, pour ne pas dire autre chose, a donné occasion à ceux qui vouloient éluder ses remontrances et ses poursuites de le contrarier en tout. S'il étoit demeuré dans le même silence et qu'il eût aussi adhéré à l'oppression des plaignans, Sa Majesté auroit pu luy reprocher d'avoir abandonné l'autorité qu'il vous a confiée. »

Une partie de cette autorité confiée par le Roi au Comte de Frontenac était entre les mains de Cadillac, et le commandant de Missilimikinak pouvait avoir à cœur de la rendre entière, par ela seul qu’on tendait à la diminuer partout.

M En s'établissant en Canada, le Pouvoir Royal s'était appliqué à

ettre l’ordre dans tous les éléments qui constituaient déjà une

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