‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 232 sur 304 · SA · texte numérisé non relu

SA

tousjours bon appétit, il en mangea beaucoup et s'endormit ensuite profondément. M. de Saint-Denis estoit trop inquiet pour pouvoir en faire autant; il esveilloit à tout moment Jalot, luy disant qu'il estoit temps de partir Entin celui-cy, estant sorti du bois et voyant aux estoiles qu'il estoit presque minuit, revint dire à M. de Saint-Denis de l’attendre et qu'il seroit bientost de retour. Il s'en alla fort viste au village de don Pedro pour examiner s’il ne verroit personne, après quoy il revint tousjours courant. M. de Saint-Denis, pendant ce tems-là, estoit dans une impatience extresme. Il ne pouvoit comprendre pourquoy Jalot ne revenoit pas et pestoit bien fort contre luy, quand, au bout de deux bonnes heures, Jalot arriva, ne disant rien autre chose à son maistre, si non de le suivre. Il le conduisit alors pendant une lieue, en marchant fort viste, par un chemin creux entre deux bords un peu élevez, où 1l y avoit une double rangée d'arbres qui aboutissoit à une maison de campagne, à costé de laquelle ils passèrent, et allèrent encore une demi-lieue dans la campagne, où tendoit le derrière du jardin de la maison de don Pedro. Jalot descendit dans un petit fossé sec et monta de l’autre costé au coin de la have du jardin, où il y avoit un fagot d'espines qu’il renversa, puis, estant monté sur la terrasse au bord du jardin, il donna la main à M. de Saint-Denis et le fit entrer avec luy. Pendant que Jalot relevoit le fagot, M. de Saint-Denis avancçoit

tout doucement dans le jardin; il y aperceut sa femme à la

lueur d’un petit clair de lune qu'il faisoit; elle s'y promenoit seule, I alla à elle pour l'embrasser, mais elle fit un cri, de la frayeur qu'elle eut, dont elle tomba esvanouie. M. de Saint-

Denis, ayant heureusement sur luy une bouteille d'eau de là

Reine d'Hongrie, luy en mit sous le nez, ce qui la fit revenir

à elle, et, l'ayant reconnus elle se jeta à son col. Après s'estre embrassez souvent, il la conduisit par-dessous Je bras jusqu’à un petit salon qui regardoit ce jardin, au - dessous de la chambre où elle couchoit l'esté, et, après y avoir parlé un peu de tems avec M. de Saint-Denis, elle alla à la chambre de son père et de son oncle, qui vinrent embrasser M. de Saint- Denis. Ils montèrent ensemble à la chambre de dona Maria, où ils luy firent apporter à souper, dont il mangea fort peu avec son beau-père ct SO oncle, qui n'y restèrent pas longtems, voyant qu’il estoit fatigué. ls s'en retournèrent à leurs chambres pour Île laisser reposer, Ct où nous les laisserons aussy jusques à l'annce 1715, que M. de Saint-Denis revint pour la deuxième fois du village de la Rivière du Nord à la

Louisiane.

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RELATION DE PÉNICAUT. 545

ARRIVÉE DE M. DE L'ESPINAY, DE M. HUBERT ET DE PLUSIEURS AUTRES OFFICIERS A LA LOUISIANE. DESCENTE DE M. DE BIENVILLE A L'ISLE DAUPHINE.

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