‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 244 sur 304 · DU FORT DES NASSITOCHES · texte numérisé non relu

DU FORT DES NASSITOCHES

Au commencement de cette année, M. Hubert, commissaire ordonnateur, partit de la Nouvelle-Orléans, où il demeuroit, pour monter aux Natchez; il y fit conduire en mesme tems huit bateaux chargez de marchandises et de ses eflets. Il y avoit avec luy toute sa famille avec soixante domestiques qu'il avoit emmenez de France: M. de Montplaisir, chef des Cleracs', qui avoit ordre de la Compagnie d’establir une manufacture de tabac dans la Louisiane, y monta parcillement par la mesme commodité avec trente ouvriers en tabac. Hs rencontrèrent en montant M. de la Harpw, Malouin, qui descendoit des Cadodaquioux, d'où il revenoit d'estäblir sa con

cession pour aller au Biloxy et de là en France. M. Hubert

1. Ouvriers de Ia manutacture du tabac, (Charente-[nférieure),

établie

4 via *

RS

en revenant aux Natchez, alla loger avec toute sa famille chez M. de la Loire, directeur des magazins, et le lendemain il y fit transporter toutes les marchandises de la Compagnie ct ses effets; il fit réserver deux des plus grands bateaux, chargez de marchandises et de munitions de guerre, qu'il fit partir le lendemain pour les envoyer à M. de Boisbriand aux Illinois.

Quelques jours après que M. le commissaire Hubert se fut reposé aux Natchez, chez le chevalier de la Loire, il fut visiter le terrain des environs. Il trouva un endroit proche la petite rivière des Natchez, à une demy-lieue du grand viilage, qu'il choisit pour s'y faire bastir une fort grande maison par des charpentiers qu’il avoit emmenez de France, outre plus de vingt ouvriers de diflérens métiers. Il establit les terres qu'il

choisit‘ pour sa concession autour de sa maison. Ces terres

aboutissoient d’un bout jusqu'à une licue de là où estoit le fort de Rosalie, que M. de Bienville avoit fait bastir et où nous tenions garnison françoise, ct, à l’autre bout, tant qu'il voulut s'étendre dans les prairies. I fit labourer ses terres de la mesme manière avec des charrues qu'il avoit eu soin de faire apporter de France, et y fit semer du bled françois qui y vint aussy beau que le plus beau bled de France. Cette concession est une des plus agréables des bords du Mississipy, car M. Hubert l’augmenta d'un moulin à eau pour y inoudre du grain. Il s'estoit précautionné À cet eflet de faire apporter de France plusieurs meules de moulin; de plus, il avoit parmi | ses ouvriers Un garcon meunier fort entendu. Ce moulin fut employé dés cette année pour les troupes et pour les Sauvages, qui ÿ apportoient en foule leurs grains, ce qui ren-

doit cette concession très-riche. Il fit aussy bastir sur cette

rivière un moulin à forge, pour y faire travailler un armurier

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ute sa famille t le lendemain à Compagnie ct ateaux, chargez vil fit partir le nd aux Hlinois.

e Hubert se fut ire, il fut visiter proche la petite ind viilage, qu'il maison par des e, outre plus de it les terres qu'il son. Ces terres le la où estoit le fait bastir et où e bout, tant qu’il urer ses terres de l'avoit eu soin de bled françois qui de France. Cette rds du Mississipy; au pour | moudre t de faire apporter plus, ilavoit parmi du, Ce moulin fut jupes ct pour les grains, Ce qui rensy bastir sur Cette

vailler un armurier

RELATION DE PIÉNICAUT. 5

et un taillandier qu’il avoit emmenez et qui servirent beau-

coup dans le païs, tant pour les armes que pour faire des

SOCS de charrue et autres ouvrages de fer,

M. le commissaire Hubert donna en mesme tems, une

licue plus loin, à M. de Montplaisir une habitatios fort belle ct fort commode, pour y faire travailler ses trente ouvriers en tabac. Cette manufacture réussit très-bien, car ils en firent dès la seconde année plus de cent mille livres.

Les chefs nobles des Natchez, voyant M. le commissaire Hubert establi proche leur village, vinrent tous ensemble luy chanter le calumet de paix en orande cérémonie. Ils le prièrent ensuite d'obtenir de M. de Bienville la gräce du chef de la Terre Blanche à qui ce gouverneur avoit fait défendre de paroistre dans leur village, sous peine d'avoir la teste cassée, si on l'y arrestoit, pour avoir trempé dans le meurtre des quatre François qui furent assassinez par les Natchez en 1713. M. lecommissaire Hubert en escrivitàa M. de Bienville, qui luy envoya, au bout de quelque tems, la grâce qu'il avoit demandé qu'on accordast au chef de la Terre Blanche. Les Natchez en furent si réjouis que le grand chef noble ordonna une grande teste de danse dans les neuf villages; cette feste dura huit JOUTrS,

Dans ce

mesme tems, les Yasoux, les Chacxoumas, les Arkansas,

es Chactas, les Chicachas, tous Sauvages du haut Mississipy, descendirent aux Natchez, où ils chantèrent à leur tour leur calumet de paix à M. le commissaire Hubert,

qui leur fit à tous des présens considérables avant de les rene voyer.

I estoit arrivé au commencement de cette année à la rade

le l'isle aux Vaisseaux, vis-à-vis le Nouveau Biloxi, sept

vaisseaux de France nomimez la Gironde, l'Éléphant, la Loire, la Seine, le Dromadaire, le Traversier et la Vénus. Ces vaisseaux avoient amené sur leurs bords plus de quatre mille personnes, tant François qu’Allemands et Juifs. Il y avoit aussy soixante filles de l'hôpital général de Paris pour estre mariées dans le pays, et parmy toutes ces personnes il y en avoit grand nombre pour des concessions qui furent establies dès cette année. Voicy les noms et les lieux où ils furent establis.

Premièrement, celle de M. Kolly, dirigée par MM. Dumanoir et Scieur, qui restèrent au Biloxi pendant toute cette année avec soixante et dix hommes qu'ils avoient emmenez de France.

Celle de M. Law, assez connu en France, dirigée oar M. Elias avec cent hommes sous luy. Elle est establie sur la Rivière des Arkansas, cent quatre-vingt-douze lieues plus haut

q que la Nouvelle-Orléans, à la droite en montant. Ils avoient un si grand nombre de marchandises et d’autres eflets qu'ils en chargerent trente bateaux pour monter à leur concession.

Celle de M. Le Blanc, ministre d'Estat en France, dirisée par M. Ge la Tour, ingénieur, qui estoit avec soixante personnes, fut placée dans la rivière des Yasoux, à deux cent vingt licucs par delà la Nouvelle-Orléans, quatre licues avant dans la rivière des Yasoux, à la droite, dans le mesme endroit où estoit le fort de M. de la Boulaye, à qui l'on envoya ordre d'aller faire faire un fort dans la rivière des Arkansas et s’y establir.

Celle de M. le comte d’Artagnan, dirigée par M. d'Arti-

| guière avec quatre-vingts hommes et beaucoup d'effets, fut

RELATION DE PÉNICAUT, 5/7

: placée à six lieues plus haut que la Nouvelle-Orléans, dans

Ar: t, la R ; : , ; Eléphant, 7 un endroit, appelé les Cannes-Bruslées, du mesme costé.

et la Vénus.

lus de quatre et Juifs. il y de Paris pour

personnes il y

Celle de M. le duc de Charost et de M. le marquis d’Anceny, son fils, dirigée par M. de l'Épinay, qui avoit cent personnes avec luy et beaucoup d’eflets, fut placée à seize lieues de la Nouvelle-Orléans, à la droite en montant, trois licues au-dessus du village des Sauvages des Colapissas, du mesme ui furent esta- COstE eux où ils {u- ns , ee : * .

ù Celle de M. d’Artaguictte, qui envoya pour la cultiver qua-

rante-cinq personnes à M, Diron, son frère, inspecteur général

par MM. Du-

des troupes de la Louisiane. Elle fut placée à costé de M. le ant toute cette

comte d’Artagnan, cinq lieues plus haut que la Nouvellcroient emmener Orléans, à la droite en montant, dans l'endroit nommé les Cannes-Bruslées.

ce, dirigée Jar Celle de M. de Mézières, dirigée par M. Marié dans la fourche des Oüachitas, aupres de celle de M. de Cantillon, à

soixante ct quatorze lieues de la Nouvelle-Orléans, à la gau-

+ establie sur la e lieues plus haut atant. ls avoient utres cflets qu'ils

r à leur conces-

che en montant le fleuve et à huit lieues avant dans la rivière Rouge, depuis son embouchure.

Celle de M. de Villemont, qui y vint luy-mesme avec toute

sa famille et quinze personnes, fut placée au mesme endroit, à France, dirigée ; , .

PLANS ENS costé de celle de M. Marié.

ne soixante per- : Le D ;

vec soixante F Celle de Mr de Chaumont F. A., dirigée par M. de Ré-

soux, à deux cent . cha ALTO due trente cf ie st

soux; villon qui estoit arrivé avec trente hommes, fut placée dans la

ro lieues avant ne à : .

quatre lieues 44€ rivière des Pascagoulas, à quarante lieues de la Nouvelle-Or-

. Je mesme En- ; , Ha

ans Îe mesme léans, douze lieues avant dans cette rivière, depuis son embou-

| à qui l'on envoÿi

chure. Cette concession a esté en estat dès cette année de revière des Arkansas

cueillir des grains

Celle de MM. Chauvin, trois frères qui ont plus de cent

à Arti- ’ S . « . : « .

géc par M. d: : nègres à travailler à leur concession; elle est establie à trois aucoup d'effets, fut | |

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lieues de la Nour :lle-Orléans. en montant à droite, ser le bord du Mississipy, dans un endroit appelé Chapitoulas. C’est la plus belle et la mieux cultivée des concessions du pays, où il y a moulin et forges.

Celle de M. du Breüil, avec sa famille et dix personnes, fut placée à costé de celle de MM. de Chauvin, en decà et en descendant le fleuve du Mississipy, sur le bord.

Celle de MM. Guenate et Préfontaine, deux frères associez, avec M. Macy et soixante personnes, au-dessus de M. de Chauvin. Ces trois concessions, qui sont à costé les unes des autres, sont cultivées depuis le lic de Pontchartrain jusqu'au bord du Mississipy et labourées avec la caarrue, qui n'est en usage dans le bas du Mississipy que depuis deux ans, ainsi que les forges.

Entin M. ac Bienville fit distribuer cette année des concessions à plus de trois mille personnes, dont il seroit trop long et trop ennuyeux de rapporter ici le détail; j’ay cru qu’il sufhisoit d'en rapporter seulement quelques-unes de celles qui appartiennent aux personnes les plus qualifiées, qui seront peutestre bien aises de connoistre, dans cette nouvelle relation, l'endroit où est establie leur concession et à quelle distance elle peut estre placée de la ville de la Nouvelle-Orléans, de mesme que j'ay marqué dans la nouvelle carte que j'ay faite de la Louisiane.

Peu de jours après que M. de Bienville eut distribué les concessions, il fit partir pour monter à la Mobile par cette rivière un ces bastimens arrivez de France, chargé de munitions de guerre et de bouche et avec les marchandises qui y estoient, pour ies y débarquer et placer dans les magazins.

M. de Bienville envoya en mesme tems une lettre au

IAME.

roite, sur le bord itoulas. C'est la

S du pays, où il

ix personnes, fut

, en deçà et en

)rd.

1x frères associez, dessus de M. de costé les unes des “hartrain jusqu'au arrue, qui n'est en

; deux ans, ainsl

année des concesil seroit trop long j'ay cru qu’il suffies de celles qui aP- € j seront peutes, qui seront F uvelle relation, l'enquelle distance elle Orléans, de mesme

que j'ay faite de la

lle eut distribué les , Mobile par cette ri ce, chargé de pS marchandises qui y jans les magazins.

tems une lettre au

RELATION DE PÉNICAUT. 579

Mobile de faire partir un convoi de vivres, de munitions de guerre pour porter à M.

commandant de la

de Latour, 8ouverneur du fort des Alibamons, qui estoit un poste fort avancé du costé de la Caroline et très important pour empescher l'entrée des Anglois dans la Louisiane, parce que, quoy qu'on ait abandonné l'isle Dauphine, on conservera la Mobile, par rapport à ce poste, afin de contenir les Sauvages de ce costé-]à,

M. de Bienville envoya aussi le vaisseau nommé le Dromadaire tout chargé à la Nouvelle-Orléans, pour y placer dans les magazins les munitions et les march avoit apportées de France.

M. Renaud, capitaine, monta v

andises qu'il

rs ce temps-là, avec ses cinquante mineurs, aux Illinois et ses

bateaux chargez de toutes sorte: d’

effets. Il y eut aussy plusieurs familles pour des concessions proche les Illinois qui montèr

qui M. de Bienville terres.

ent avec luy, à accorda des nègres pour cultiver leurs

Quand M. Renaud fut arrivé aux Illinois, il rendit une lettre à M. Diron de la part de M. de Bienville, doit de descendre à la Nouvelle-Orléans, S fait inspecteur général des troupes de | l'obligea,

qui lui mana Majesté l’ayant a Louisiane ; ce qui en descendant, d'aller visiter tous les postes des bords du Mississipy, où il y avoit des troupes en garnison. Dans ce mesme tems, M. de Saint-Denis reçut une lettre de la Cour avec le brevet de capitaine d'une compagnie et de gouverneur du fort des Nassitoches, où il dut monter queique tems après, avec trente hommes de renfort, dans six canots

chargez de munitions de guerre ct de bouche. Il

avoit cette

obligation à M. de Champmeslin, qui avoit représenté à la

5No LES PREMIERS POSTES DE LA LOUISIANE.

Cour, depuis son retour en France, que M. de Saint-Denis, qui estoit un des plus braves ofliciers de la Louisiane, estoit cependant sans employ, qu’il avoit esté en partie cause de la conservation de l'isle Dauphine, qu'il l’avoit secourue de bonne volonté, y ayant conduit grand nombre de Sauvages, dont il est fort aimé et à la teste desquels il aborda à l’isle fort à propos pour repousser les Espagnols qui commencoient à y faire une descente. M. de Champmeslin ajouta que M. de Saint-Denis avoit esté de toutes les occasions qui s’estoient offertes à luy pour le bien de la province, quoyqu'il n'ait ny paye ny rang. Tous ces titres avoient déterminé la Cour à luy envoyer le brevet de capitaine et de gouverneur du fort des Nassitoches.

Il arriva, depuis le départ de M. de Saint-Denis, vers la fin de l’année, trois traversiers à la rade de l’Isle-aux-Vaisseaux, dans lesquels il y avoit encore beaucoup de monde, tant pour des concessions que pour servir dans ie pais, outre quantité de munitions et de marchandises; M. de Bienville en envoya deux à la Nouvelle-Orléans tout chargés. L'on fit débarquer les effets qui estoient dans le troisième pour les placer dans les magazins du Nouveau-Biloxy. Six des sept vaisseaux, qui estoient arrivez à la Louisiane, s’en retournèrent en France; il ne resta que le Dromadaire.

L'on travailla le reste de cette année à la Nouvelle-Nrléans,

où les travaux s'avançoient beaucoup.

NE

, Saint-Denis, juisiane, estoit tie cause de la t secourue de de Sauvages; rda à l’isle fort ommençoient à uta que M. de s qui s’estoient oyqu'il n'ait ny niné la Cour à

iverneur du fort

Denis, vers la fin c-aux-Vaisseaux;, monde, tant pour s, outre quantité enville en envoya ’on fit débarquer r les placer dans sept vaisseaux, qui nèrent en France;

Nouvelle-Mrléans,

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