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INTRODUCTION. XCIX
de domination, il s'était fait un parti qui obligeait le gouverneur à ne rien faire sans s'être concerté avec lui. — Le Ministre écrivait, au sujet de ce Missionnaire, à M. de Saint-Vallier, le 7 Avril 1691 : « L'opinion qu'il paroïst que le sieur Petit, qui dessert la cure de Port-Royal, a euc que les habitans de l’Acadie ne pouvoient se passer des Anglois, et la part, qu'il a eue à lur malheur dans tout ce qui s’est passé, m’obligent à vous prier d'envoyer un autre prebstre à sa place, ou, si vous ne le pouvez pas, de luy donner les advis que vous trouverez à propos pour changer de conduite et l'empescher de troubler, dans l'exécution des ordres du Roy, ceux que Sa Majesté charge d'agir dans l'Acadie pour son service. » Les représentations du Ministre n'empêchaient pas un des confrè:es de l'abbé Petit, curé des Mines, de gêner les officiers du Roy dans les secours qu'ils pouvaient tirer des habitants pour le service des troupes, cet ecclésiastique refusait même l'absolution à ceux qui s'engageaieat avec M. de Villebon pour combattre les Anglais. Si les Missionnaires s’arrogeaient en Acadie tant d’autor'té, elle n'était pas regrettable que par là. M. de Saint-Cosme, en 1694, avait excommunié, par trois dimanches consécutifs, Jean Thériot, le plus considérable habitant des Mines, commis par M. de Champigny en qualité de juge de ce lieu. Sa maison était l'asile des
veuves, des orphelins et des gens nécessiteux. Mais il avait suffi
des fausses imputations d’un valet, quoique condamné par les
officiers de Port-Royal à lui faire réparation d'honneur, pour que
le curé chassât Thériot de l’église, à la grande douleur des habi-
tants, qui s'étaient mis à pleurer, disant hautement, au sortir de la
messe, que leur honneur n'était pas en sûreté et qu’il ne tenait
qu'au sieur de Saint-Cosme de leur en faire autant quand il voudrait.
L’Acadie étant un pays plus grandement peuplé que Missilimakinak, le gouverneur pouvait y être, pour ainsi dire, en confit avec les Missionnaires, sans qu’il y eût de danger. Mais, à Missilimakinak, le confit devenait en quelque sorte plus direct, plus personnel; la dispute, en conséquence, avec le caractère de Lamothe, ne devait pas tarder à s’envenimer. Excité par leurs premières résistances et par leurs faux-fuyants, Lamothe se montra
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bien décidé à ne pas accepter pour maîtres ceux dont il avait signalé en plusieurs rencontres l'esprit dominateur. Sa conduite, du reste, semblait déjà toute tracée, à cet égard, par le reproche qu'il faisait lui-même à la mémoire de Jean Talon, de s'être laissé fléchir dans une certaine circonstance par la soumission momentanée de l'Évêque de Pétrée; or, c'était là jouer gros jeu avec peu de chances d’heureux succès et de repos désormais pour lui, s’il le continuait.
Les Missionnaires de Missilimakinak firent bientôt sentir à Lamothe-Cadillac ce que pouvait lui coûter sa manière de voir. Jusque-là il avait été bien avec eux, ils faisaient même son éloge; mais, les discussions ayant commencé, il avait remarqué des indices d’hostilité autour de lui; des officiers, dans des postes ressortissant de son autorité, lui avaient fait des algarades, pour lesquelles ils avaient été emprisonnés par ordre du Comte de Frontenac, à qui ils avaient été envoyés. Les Missionnaires serrèrent alors Cadillac de plus près. Un jour les Pères Nouvel et de Carheil vinrent l’inviter à faire descendre dans la Colonie un nommé Beauvais, que l’on accusait d’avoir eu commerce avec une femme. Celle-ci était partie pour le Montréal, dans la résolution de ne plus remonter ; Cadillac n'était pas sûr, d'ailleurs, des accusations dirigées contre Beauvais, qui lui avait promis de ne jamais donner à personne lieu de se plaindre de lui. En conséquence, il répondit aux Pères qu'il trouvait étrange qu'on s'obstinät contre ce seul homme, et qu'il n’y voyait d'autre raison, que parce qu’il était attaché à son service, mais qu’il était résolu à le faire rester, jusqu’à ce qu’il fût convaincu de sa culpabilité.
On ne s’arrêta pas là. Puisque Lamothe-Cadillac n’aimait pas les sermons, les Pères se plurent dès lors à représenter Missilimakinak comme une ville fameuse par les infamies qui s'y commettaient tous les jours, par ses débauches, par les escroqueries, enfin par des désordres de toutes sortes. Les Pères prêchaient même souvent contre les scandales et les escroqueries, l’hostie sainte à la main.
Or, si nous en jugeons par le mémoire que le Père de Carheil adressait en 1702 àM. de Champigny, les sermons de son an: cien Régent ne devaient pas être des plus doux pour le comman-
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dant de Missilimakinak. Le Père ne faisait guère en effet, dans son mémoire, l'éloge des Commandants et des garnisons, au moment où il s'agissait, pour lui, de repousser le projet de l’établissement du Détroit par Cadillac.
D'après le Père de Carheil, tout le service prétendu qu'on voulait faire croire au Roi que les garnisons rendaient, se réduisait à quatre principales occupations :
« La première, écrivait-il, est de tenir un cabare: »ublic d’eaude-vie, où ils la traitent continuellement aux Sauvages, qui ne cessent point de s’enivrer, quelques oppositions que nous y puissions faire. C’est en vain que nous leur parlons pour les arrêter. Nous n'y gagnons rien que d'être accusés de nous opposer nous-mêmes au service du Roy, en voulant empêcher une traite qui leur est permise.
« La seconde occupation des soldats est d'estre envoyés d’un poste à l'autre par les Commandans pour y porter leurs marchandises et leur eau-de-vie, après s'estre accommodés ensemble, sans que les uns et les autres ayent d'autre soin que celui de s'entr'aider mutuellement dans leur commerce. Et, afin que cela s'exécute plus facilement des deux costés, comme ils le souhaitent, il faut que les Commandans ferment les yeux pour user de connivence et ne voir aucun des désordres de leurs soldats, quelque visibles, publics, et scandaleux qu'ils soyent, et il faut réciproquement que les soldats, outre qu'ils traitent leurs propres marchandises, se fassent encore les traiteurs de celles de leurs Commandans, qui, souvent même, les obligent d'en acheter d'eux pour leur permettre d'aller où ils veulent.
« Leur troisième occupation est de faire de leur fort un lieu, que j'ay honte d'appeler par son nom, où les femmes ont appris que leurs corps pouvoient tenir lieu de marchandise, et qu’elles
| seront mieux reçues que le castor, de sorte que c’est présente-
ment le commerce le plus ordinaire, le plus continuel et le plus en vogue. Quelques efforts que puissent faire tous les missionnaires pour le décrier et l’abolir, au lieu de diminuer, il augmente et se multiplie tous les jours de plus en plus. Tous les soldats tiennent table ouverte à toutes les femmes de leur connoissance dans leur maison. Depuis le matin jusqu'au soir, elles y passent des
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