AVEC LA MOBILE
Instruction pour M. Perrier, ingénieur en chef
de la Loutsiane.
14 Avril 1718.
Ce qu'il y a de plus important pour la Compagnie, c’est d'avoir une connoissance parfaite des endroits où ses vaisseaux pourront estre en seureté, et de l'entrée du fleuve du Mississipy. Ainsi, ce sont les premières choses, auxquelles M. Perrier donnera toute son attention. Pour que nous puüissions en recevoir des nouvelles par le retour du vaisseau par lequel il passe, nous avons écrit à M. de Bienville par les vaisseaux partis le 25 Octobre dernier de prendre ces con-
noissances, mais cependant il est important que M. Perrier les prenne par luy-mesme.
Pour cet effet, notre sentiment est qu'aussitost que ledit sieur Perrier sera arrivé à l'isle Dauphine, il doit s'occuper, pendant qu’on travaillera au déchargement des vaisseaux et
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aux dispositions nécessaires pour monter dans le fleuve du Mississipy, 1° à visiter avec M. de Chateaugué, auquel nous écrivons de l'accompagner, l'entrée du port de l’isle Dauphine par la passe qui reste, qui, selon les apparences, est la mesme par laquelle les vaisseaux le Paon et la Paix en sont sortis l’année dernière ; 2° à vérifier bien exactement combien il y a d'eau sur le banc de sable qui ferme l'entrée de ce port, et à consulter les anciens de la colonie sur les courans et le danger qu'il peut y avoir que cette passe ne devienne encore plus mauvaise.
Il entrera après cela dans la baye de la Mobile pour examiner combien on trouve d’eau depuis l'entrée de la baye jusqu’au fort Louis de la Mobile, et s’il n’y auroit point quelque endroit, où les vaisseaux fussent en seureté. On prétend qu'il y a une anse, à l'Est de la baye, en dedans, dans laquelle on prétend que les vaisseaux peuvent entrer et qu’ils y seroient fort bien. Il s’agit de voir ce qui en est, et si on peut les mettre en seureté contre les ennemis.
En visitant la coste de l'Est de la baye, ledit sieur Perrier pourra voir quel est l'endroit de la Rivière-aux-Poissons, d’où on s’estoit flatté de tirer de la pierre pour la fortification de l'isle Dauphine. Il examinera de quelle nature est cette pierre, sielle est difficile à tirer et à charger, et à combien la toise cube pourroit revenir rendue soit à l'isle Dauphine, soit au fort Louis de la Mobile, encalculant la dépense d’un grand bateau et son équipage, ce qu'il en peut porter et combien il luy faut de temps pour chaque voyage.
Il examinera pareillement ce que c’est que les espèces de dunes d'écailles d’huistres, qu’on assure estre près de l’isle
Dauphine, et dont on peut se servir pour faire de la chaux.
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GOUVERNEMENT DE BIENVILLE, üot
Cela n'est pas douteux, mais il s'agit de sçavoir s'il s'en trouvera des quantités suffisantes, pour que ce soit un objet sur lequel on puisse compter, en attendant qu'on ayt trouvé dans la colonie de la pierre propre à faire de la chaux, soit qu'on veuille construire à l'isle Dauphine, au fort Louis de la Mobile,et mesme à la Nouvelle-Orléans, où, faute d’autre chaux, on pourroit transporter de celle-là.
Pendant que ledit sieur Perrier sera au fort Louis de la Mobile, il ira visiter ie moulin à scie que le sieur Mean a deub construire sur un ruisseau, qui «a est à une lieue. Il examinera s’il est bien estably, combien il peut scier de planches ou autres bois en 24 heures, combien il faut d'hommes pour le servir, etsi ces mesmes hommes ne peuvent pas, dans de certains temps, travailler à quelque culture ou autres ouvrages.
Nous n’estimons pas qu'il convienne entreprendre pré:entement aucune fortification ni bastiment, tant à l’isle Dauphine qu’au fort Louis de la Mobile. Ledit sieur Perrier verra, seulement à l'égard des fortifications, si le fort Louis de la Mobile est en estat pour ce qu'il contient, et s’il ne faut point y adjouter quelque petit ouvrage de pieux ou de palissades à la mode du pays. Il verra pareillement si, depuis que l’ancienne passe du port de l’isle Dauphine s’est bouchée, près de laquelle on avoit placé apparemment une batterie de canon, celle-ci a esté changée, et il la fera placer, le plus avantageusement que faire se pourra, pour protéger les bastimens qui pourroient entrer dans le port de l’isie Dauphine.
Pour ce qui est des maisons et magasins appartenant à M. Crozat, et qui ont deub estre remis à la Compagnie, il s’agit de voir avec MM. les Directeurs généraux, s'ils jugeront à propos d’y faire quelques réparations, par rapport à de plus
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grandes quantités de marchandises que par le passé qui y arriveront.
Il seroit fort à désirer que ledit sieur Perrier pût exécuter tout ce que dessus, pendant qu’on travaillera au déchargement d'une partye des marchandises à l’isle Dauphine et aux dispositions nécessaires pour aller dans le fleuve du Mississipy, où on lentera d'entrer avec les vaisseaux mesmes, st on Juge que cela se puisse.
pu, À 5 Suivant les ordres que nous envoyons à MM. les Directeurs généraux, ils ne doivent laisser à l'ile Dauphine qu'un des brigantins et les chaloupes ou bateaux qui seront jugés absolument nécessaires, et on doit envoyer les deux autres brigantins avec les felouques, chaloupes, bateaux et pirogues, que l'on pourra assembler, mouiller le plus près que l’on pourra de la barre qui est à l'entrée du fleuve du Mississipy et y faire entrer tous les bastimens, qu’on trouvera pouvoir passer sur la barre, après l’avoir sondée avec grande attention.
Nous donnons ordre à M. de Bienville et à M. de Chateaugué de s'y rendre, ct de sonder eux-mesmes la barre.
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Ainsy ce soin les regarde particulièrement, mais cependant nous sommes bien aises que ledit sieur Perrier y soit aussy, et il doit donner toute son attention à chercher les moyens d'enlever une partie de la barre, soit qu'elle ne soit que de vase, ou qu’il s’y trouve des arbres qui s’y sont embarrassés, et à bien examiner tout ce qui se peut faire sur cela. Il verra si le moulin, que M. de Gilly luy a proposé, ne peut pas estre utile, parce qu'il faut, par toutes sortes de moyens, ouvrir l'entrée du fleuve.
Nous avons fait embarquer six dragues de fer, et quatre
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dragues sur la barre, on ne pourroit pas émouvoir la vase, de manière que le courant du fleuve l'emporteroit. Comme il y aura beaucoup de monde sur les trois vaisseaux ct autres bastimens, avec lesquels ledit sieur Perrier entrera dans le fleuve, nous croyons qu’il pourroit, avant d'y entrer, faire essayer les dragues. C'est sur quoy :! doit conférer ou se concerter, en arrivant, avec MM. de Bienville et Chateaugué ct MM. les Directeurs généraux.
En cas donc qu'il soit jugé nécessaire d'y faire des augmentations, ledit sieur Perrier en fera les plans et devis, et verra avec MM. les Directeurs généraux, quels seront les moyens de les faire faire au meilleur marché, soit à l’entreprise, ce qui paroist assez difficile dans un pays où le peu d'hommes qui y sont, font payer leurs journées aussi cher, soit par les ouvriers et faux saulniers que la Compagnie entretient, ou par les soldats qui se trouveront ouvriers, en réglant le prix de leurs journées. Il pourra charger de l'exécution de ces sortes d'ouvrages le sieur Bajot, capitaine, qui a été envoyé il y a quatre ans pour ingénieur, et qui est très propre à conduire des bastimens, parce que c'est à quoy il a tousjours été occupé.
Comme il n’y a point d’oflicier dans la colonie qui soit chargé du soin de l'artillerie, nous prions M. Perrier d'en prendre le détail, et d'examiner en quel estat elle est dans la visite qu'il fera de l’isle Dauphine et du fort Louis de la Mobile; cy joint est l’estat des pièces: qui sont dans la colonie, au nombre de trente-neuf. [Il est nécessaire de voir si cha-
que pièce a son affüt et ses armes, et de faire faire ce qui y manquera, en observant s’il ne conviendroit pas de monter celles qui pourroient ne l’estre pas sur des affüts de cam-
6o4 POSTES ET NAVIGATION SUR LE MISSISSIPI,
pagne, plustost que sur des affüts marins, pour les mouvoir d'un lieu à l’autre plus aisément. Ledit Perrier verra par l’estat cy-joint qu'il y a peu de boulets, mais on en envoyera par les premiers vaisseaux. Il peut disposer de ces trente-neuf pièces de canon, dans les endroits, qui de concert avec MM. les Directeurs généraux seront jugez les plus convenables de l’isie Dauphine, fort Louis et baye de la Mobile, parce qu’il en passe seize autres pices dans la Victoire, qui sont destinées pour la Nouvelle-Orléans et le fleuve du Mississipy, ainsi qu'il sera expliqué cy après, aussi bien que ledétail des gens destinés à servir ce canon. — Après que ledit sieur Perrier aura pris connoissance des détails cy-dessus, il setransportera à :’Isle-aux-Vaisseaux, où or assure qu'il y a un très bon mouillage pour les vaisseaux, entre ladite isle et la terre ferme. Il est non seulement nécessaire que ledit sieur Perrier, tousjours accompagné de M. de Chateaugué, examine à quelle distance de l’isle les vaisseaux peuvent mouiller et si on pourroit establir quelque batterie sur cette isle, sous le feu de laquelle ils fussent en seureté, mais il faut aussy qu'il fasse en sorte de faire le tour de l'isle, pour voir s’il ne s'y trouveroit point quelque anse, dans laquelle il y eust assez d’eau pour y faire entrer les vaisseaux, et en ce cas combien il pourroit yen tenir, s'ils pourroient y estre en seurcté, et si les terres de l'isle sont hautes et de quelle nature elles sont, pour nous en envoyer la description.
En remontant le fleuve-jusqu'à l'endroit, où MM. les Direc-
teurs généraux jugeront qu'il faut jeter les fondemens de la Nouvelle-Orléans, il est nécessai :, qu’il fasse le mieux qu'il pourra, une carte du cours du fleuve, dans laquelle il marquera les sondes que MM. de Bienville et Chateaugué auront soin
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our les mouvoir errier verra par mais on en endisposer de ces ts, qui de concert igez les plus COnaye de la Mobile,
s la Victoire, qui fleuve du Mississi bien que ledétail ès que ledit sieur -dessus, il se transre qu'il y a un très dite isle et la terre ae ledit sieur Pereaugué, examine à ivent mouiller et si - cette isle, sous le s il faut aussy qu'il our voir s'il ne S'y elle il y eust assez et en ce cas combien stre en seureté, et Si le nature elles sont,
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