TRAITÉE
e La Tour aux rie des affaires de
e 30 Aoust 1722.
que Son Altesse
Conseil et les Maga-
recteurs de la Comes lettres, vous auroposay au Conseil flûtes, qui estoient jons, et que j'avois romadaire, qui me
fut d'abord accordé; mais après on changea d'avis, M. Le Gac seul s'y opposa, disant que ce vaisseau périroit, sans nulle connoiïssance de cause. Malgré les représentations que je pus faire, je ne fus jamais écouté. Je m'estois bien informé de la quantité d'eau qu'il y avoit à son entrée, et cert:1.. ment toutes les flûtes y auroient entré. Si on avoit suiv, mou avis, On auroit considérablement épargné à la Compagrie, ie monde ne seroit pas péry de misère, et l'on auroit à présent bien du terrain défriché. Ce n’est pas le seul avis que j'avois donné etque j'ay donné du depuis qu'on n'a pas suivi. Il suffisoit que je proposasse quelque chose pour qu'on ne le fit pas. Il semble qu'on vouloit me dégoûter du pays ; mais du depuis que vous m'avez accordé l'entrée dans le Conseil, j'espère que les choses en iront mieux, puisque ma seule ambition et l'objet qui m'a engagé à faire le voyage est de faire quelque chose pour le bien de la Colonie, de l'État, et qu'il me fasse honneur. Je n'ay pas, je vous asseure, Monsieur, d'autre principe, et j'ose me flatter que la pluspart des gens qui ont veu de la manière dont je me suis gouverné depuis que je suis icy me rendront cette justice.
Comme il estoit de la dernière conséquence que l'Aventurier entrât dans le fleuve avec sa charge, je me suis embarqué dedans avec M. de Pauger, pour voir par moy-même les difficultés qu'il y auroit. Je ne doute nullement que, si je n'avois pas pris ce party, il n'eût relâché sans entrer, par la mauvaise intention de ceux qui le conduisoient; et quoyqu'il nous soit arrivé toutes les difficultés et inconvéniens qui n’arriveront jamais à aucun vaisseau, nous sommes cependant arrivés à bon port. Le premier est que le nommé Bérenger
étoit chargé de le conduire et de le faire entrer, qui est celuy
qui avoit donné un certificat à M. Le Gac, comme il estoit impossible que le Dromadaire entrât, quand je le demanday pour porter la concession de M. Le Blanc, et qui a dit pendant notre voyage que jamais celuy-cy n'entreroit, et qu'il feroit plustost passer un éléphant dans le trou d’une aiguille ; d’ailleurs très-peureux et ne connoissant pas l'entrée, y ayant longtemps qu'il ne l’avoit veue. Au lieu, en partant de l'Isle aux Vaisseaux, de prendre le large pour gagner l'entrée du fleuve, qui avance beaucoup dans la mer, il a toujours cotoyé les Isles de la Chandeleur et au Breton, qui forment une grande anse; or les vents qu’il faisoit et qui ont toujours duré nous ont empesché de nous élever. S'il avoit pris d’abord le large, comme je dis, dans vingt-quatre heures nous aurions été à l'embouchure, au lieu que nous avons resté un mois ; le même vent auroit esté vent arrière pour entrer. D'ailleurs il nous a toujours dit que l’on ne pouvoit mouiller le long de ces isles, que la tenue n'’estoit pas bonne, n’estant que des vases molles. Cependant nous avons essuyé des plus terribles tempètes, estant mouillés seulement sur un grelin, et avons eu toutes les peines du monde à lever l'ancre, toutes les fois que nous en avions besoin. Ensuite les calmes nous ont pris. Il disoit aussy que cette côte n'estoit pas du tout poissonneuse, et pendant ce temps-là nous avons pris une quantité prodigieuse de poisson. Je croy qu'il y a plus de mauvaise volonté en lu que d'ignorance, et que ce n'estoitque pour soutenir ce qu'il avoit dit et écrit: car on ne sauroit nier qu'il ait donné ce certiticat à M. Le Gac, qui l'emporta avec luy en France pour se disculper, en cas qu’il arrivät malheur au Dromadaire.
Quand nous avons été à l'embouchure, les vents sont ve-
nus contraires et le débordement si grand qu'il formoit un
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comme il estoit
je le demanday
jui a dit pendant
t, et qu'il feroit
1e aiguille ; d’ailée, yayant longant de l'Isle aux entrée du fleuve, rscotoyé les Isles une grande anse; rs duré nous ont d'abord le large, us aurions été à un mois ; le même J'ailleurs il nous a
: long de ces isles,
> des vases molles.
erribles tempêtes, avons eu toutes les s fois que nous en pris. Il disoit aussy euse, et pendant ce rodigieuse de poisvolonté en lu que utenir ce qu'il avoit it donné ce certilicat France pour se disromadaire.
e, les vents sont vend qu’il formoit un
courant très-violent que nous avons été obligés de touer pendant plus d'une lieue. Ensuite il est venu un vent favorable, qui nous auroit fait passer tous les hauts fonds et la barre, sans une Mauvaise manœuvre qu'on fit, qui est de carguer la grande voile, dans le temps que nous estions dans le milieu du chénal, et les autres voiles, n’estant pas suffisantes pour soutenir le courant et le surmonter, jetèrent le vaisseau sur une batture, mais sans aucune incommodité, Je profitai de ce temps-là pour tirer des marchandises du vaisseau, qui étoient au-dessus des viandes (qu’un bateau estoit venu chercher Pour un convoi des Illinois), que j'ay mis dans le traversier du capitaine Soleil : sur-le-champ nous nous trouvasmes à flot. Nous nous y serions mis de même fort facilement en portant une ancre de toue et nous halant dessus, si je n'avois pris cette occasion pour ne pas perdre de temps. Quand le vaisseau eut passé la barre et qu'il fut mouillé à quinze brasses d’eau, je me rendis icy en bateau etoù j ay souffert beaucoup des chaleurs et des piqueures des maringouins qui désespèrent, ct l'on en est cruellement tourmenté dans cette saison. Pendant que le vaisseau étoit retenu par les vents contraires à deux lieues de l'embouchure du fleuve, je profitay de ce temps-là pour sonder et visiter en canot son entrée, passes et isles qui le bornent. J'ay trouvé beaucoup de changement par des augmentations d'islots, qui se sont formés depuis l'année passée; mais la passe est plus profonde. Ayant bien exactement chenalé ladite passe, j'y ay trouvé le moins quetorze picds d'eau, Je puis bien croire que le plomb peut avcir entré au pied dans les vases, mais aussy elles sont si molles qu'il n'y a point de vaisseau qui ne passe, quand même la
quille toucheroit dessus. Il n'y a point de doute q'ie ceux qui
ne caleront que treize pieds d'eau n’entrent en tout temps, à moins que le chenal ne se comble par la grande quantité d'arbres qui descendent dans les débordemens, ce qui ne s'étoit pas encore veu: car, quoique cette entrée change presque tous les ans, soit en augmentation d'isles et islots, soiten emportant d’autres, il se forme toujours un chenal, par où les vaisseaux peuvent passer. C'est ce que j'ay remarqué et fait remarquer depuis que je suis icy. Ce qui fait qu’il y faut absolument un pilote qui examine et visite tous les huit jours Le chenal, et y mette des marques selon le changement qu’il fera. J'ay eu l'honneur de vous mander qu'il y avoit icy un capitaine de brigantin, nommé Kerlasiou; je l’ay proposé au Conseil, Comme son temps estoit fini, il vouloit s’en retourner en France, et MM. de Bienville et Delorme m'avoient mandé qu’on ne pouvoit le retenir. Je luy ay cependant parlé du depuis , et si on luy veut faire une composition honneste, il restera, et je crois que ce sera un grand bien pour la Compagnie, car on ne trouvera jamais un homme plus propre. D'ailleurs le séjour du bas du fleuve n’est pas agréable, et il y a de la peine, surtout l'été et une partie de l’automne, tant des chaleurs que de la quantité des moucherons et des maringouins, qui font souffrir le martyre. [l est vray qu'avec le temps et quand l'isle de la Balise sera occupée, et qu’on aura coupé les broussailles et joncs, il y en aura moins; mais il faudra du temps avant qu'elle le soit par le peu de monde et les secours que nous avons icy. En attendant que l’on soit en état d'y travailler, on pourroit faire mouiller un brigantin vis-à-vis l'isle de la Balise, et donner à Kerlasiou du monde pour amener une chaloupe pour aller au-devant des vaisseaux
qui voudroient entrer. Le brigantin serviroit aussy comme
SSIPI.
| tout temps, à rande quantité ens, Ce qui ne Se change preset islots, soit en enal, par où les remarqué et fait qu’il y faut ables huit jours le ement qu’il fera.
voit icy un capil'ay proposé au aloit s’en retourlorme m'avoient y cependant parlé osition honneste, ien pour la Comime plus propre.
pas agréable, et il de l'automne, tant rons et des marint vray qu'avec le 1pée, et qu'on aura ra moins; mais il le peu de monde et ant que l'on soit en ailler un brigantin £erlasiou du monde evant des vaisseaux
jroit aussy comme
de patache, où l’on pourroit mettre des troupes pour empêcher que rien ne sorte de la rivière, car il y a des gens iCy qui sont bien mal intentionnés et qui ne cherchent qu’à s’évader, comme il est arrivé plusieurs fois au fort Louis du Biloxy, depuis que j'en suis sorty; je ne doute nullement que ces messieurs ne vous en rendent compte. Vous trouverez cijoint la carte de l'embouchure du fleuve, telle qu’elle étoit quand je l’ay visitée, qui estoit depuis le 25 jusqu'au 30 Juin que le vaisseau est entré.
[ y a dans l’isle de la Balise assés de terrain pour y placer les logemens que Son Altesse Royale souhaite, en faisant des ponts pour communiquer à deux autres isles qui la joignent. Je croy même qu'avec le temps, la laisse de la rivière le fera d’elle-même; mais je crains que dans les grands débordemens et avec un vent du sud ou sud-est, qui vient de la mer, elle ne s'inonde. Il n'y aura qu'à élever les logemens, ainsi que les forts et batteries, au-dessus des grandes eaux. Vous trouverés ci-joint, Messieurs, le plan de ces isles avec les logemens que je projette : quoyque ces ouvrages soient extrêmement pressés, il m'estimpossible d’y pouvoir travailler à présent. Il faut attendre la fin de l'automne, qui est la saison la plus propre à travailler, et l'hiver; et je crains de trouver dans ce temps-là les mêmes inconvéniens que je trouve à présent pour les bâtimens qu'il y a à faire icy, pour les logemens d’un chacun, les magasins, hôpital, qui est très-nécessaire, ayant beaucoup de malades, la prison, corps de garde, fours, etc. Je n'ay que très peu d'ouvriers, qui ne sont pas logés et qui sont dans la boue ainsi que mes gens ; point de bois en provision. Les habitans, avec qui j'ay voulu faire mar-
ché, pour nous fournir la grande quantité qu’il nous en faut,
ne sont pas en état à cause de leur récolte, à quoy ils vont travailler, et ils me demandent tous en payement des vivres françois, et nous n'en avons pas nous-mêmes pour un mois. L'évacuation du Biloxy nous retarde aussy beaucoup; nous n'avons pas suflisamment de magasins pour mettre ce qui nous vient. Celuy que j’y avois fait faire, qui est embarqué dans le Dromadaire, est plus que suffisant pour tout; mais on a esté obligé d’envoyer ce vaisseau après un brigantin qu'ont emmené des déserteurs, ce qui nous retarde beaucoup. Une partie des ouvriers a été obligée de rester pour aider à cette évacuation, faute de matelots, ceux que j’ay icy estant presque tous languissans et malades, mais point dangereusement, car l'air est très-bon. Il n’y meurt presque personne; ils ne sont attaqués que du dévoyement, maladie qui règne assez en France dans cette saison. J'attribue cela à l’eau de la rivière et aux fruits, ce qui est cause que je n’ay pu, depuis deux mois que je suis icy, me loger. Les ouvrages que nous avons à faire ne peuvent que languir par le peu de monde que j'ay; et, pour que les habitans nous aydent, il leur faut du vin ou de l'eau-de-vie et de la farine; car on ne sçauroit travailler avec des vivres sauvages par la difficulté qu’il y a de les apprêter, et ils ne soutiennent pas assés. Il est véritablement triste que nous ne soyons pas en état d'en donner pour commencement à travailler sérieusement, à faire quelque chose de bon, car le pays le mérite bien. Cette rivière est une des plus belles que j'ay veues,et le terrain qui la borne, des meilleurs. Quel dommage qu’on ne soit pas venu l’établir plustôt; on cultivera icy tout ce qu’on voudra; les maisons qui s'y forment, depuis huit à neuf mois, sont des plus belles, sans
pourtant beaucoup de peine : car on ne fait que couper les
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10y ils vont traent des vivres s pour un mois.
beaucoup; nous r mettre ce qui qui est embarqué pour tout; mais ès un brigantin etarde beaucoup.
ster pour aider à ue j'ay icy estant point dangereuscsque personne ; ils lie qui règne assez a à l'eau de la riay pu, depuis deux es que nous avons e monde que j’ay; leur faut du vin ou sçauroit travailler qu'il y a de les apl'est véritablement donner pour comfaire quelque chose rivière est une des la borne, des meilnu l'établir plustôt; les maisons qui S'y des plus belles, sans
fait que couper Îles
arbres, brûler les cannes et semer, et tout y est venu à merveille. Il y a du riz pour deux ans, qui est très-bon; on a fait plusieurs épreuves d’indigo, qui est très-beau . . ..
Je vous supplie, Messieurs, d'avoir la bonté de me mettre en
état (en nous envoyant quelques ouvriers et des vivres encore pour quelque tems) de faire quelque chose «ui seroit utile à la Colonie, à l'État, et qui me fasse honneur; car je sèche de langueur de voir que, depuis que je suis icy, je n’ay pu encore rien faire. Il est aussy de la dernière conséquence de faire un bon fort à la Mobile pour la mettre à couvert des Sauvages, qui sont puissans de ce côté-là., On n'y peut travailler sans y apporter des vivres, et mème la garnison en manque à présent. C’est ce qui est de valeur dans le pays ct le meilleur argent : car les meilleurs ouvrages s’en feront à meilleur marché, en payant partie en vivres et partie en argent, cuivre ou marchandises...
En remontant le fleuve, j'ay examiné les endroits les plus propres pour placer la Nouvelle-Orléans. Je n’ay point trouvé de meilleure situation que l'endroit où elle est; outre que le terrain est le plus élevé, elle se trouve à portée d’un bayou, qui est une petite rivière, qui tombe dans le lac de Pontchartrain, par où l’on peut en tout temps avoir communication avec le Nouveau-Biloxy, la Mobile etles autres postes, plus aisément que par le bas du fleuve. Il n'y a que le Détour à l'Anglois, qui est difficile à remonter dans certaines saisons, surtout dans le temps que l'Aventurier est venu, à cause des calmes qui règnent ct des grands desbordemens, que je puis vous dire que jamais vaisseau ne sera plus contrarié qu'a esté
celuy-là, tant pour l'entrée du fleuve et à s’y rendre, que pour
la remonter. Cependant on a surmonté tout, et il n’a resté
que huit jours à monter du Détour à l’Anglois icy, toujours à la toue. Il est vray que j'envoyay M. de Pailloux avec trente-cinq hommes pour l’ayder.
Par la suite, quand nous aurons fait ce qu'il y aura de plus pressé au bas du fleuve et qu'on sera étably icy, l’on pourroit y faire des magasins pour décharger les vaisseaux qui seroient aussy contrariés.
D'ailleurs, il y faut un poste et de distance en distance, pour faire des signaux, du bas du fleuve à la Nouvelle- Orléans, quand il viendra des vaisseaux et qu'on aura besoin de secours.
Vous m'avés fait l'honneur de me mander, Messieurs, qu'outre les affaires dont je suis chargé, je vous rendisse aussy compte de celles qui viendroient à ma connoissance touchant le pays qui, sans exagérer, est très-beau et où l’on fera venir, à la réserve du sucre, à cause des gelées qu'il fait l'hiver, tout ce qui vient dans les isles, et bled françois, quand il y aura assés de desfrichemens faits. Les habitans commencent à s’en apercevoir par la bonne récolte qu’ils auront, quoyqu'ils ne se soient pas donné grand’peine que pour les défrichemens, et on peut dire que ce pays ne commence à s'établir que de cette année. Tout le monde prend des habitations. Nous travaillons à détruire la traite qui est ce qui a gâté ce pays. La pluspart ne faisoit d'autre métier, et, pour un pot d’eaude-vie qui leur revenoit à 4 livres au Magasin et à présent à 3 livres; ils en avoient aux Natchez 25 livres, et elle s'est vendue jusqu'à 50 livres, aux Illinois 8o livres; ainsy des autres marchandises à proportion, ce qui a jeté beaucoup de billets dans la Colonie, à la charge de la Compagnie. Il me
semble qu'elle pourroit retirer une bonne partie des billets
SSIPI.
s icy, toujours Pailloux avec
| y aura de plus icy, l'on pour-
$ vaisseaux qui
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a'on aura besoin
der, Messieurs , us rendisse aussy oissance touchant où l’on fera venir, il fait l'hiver, tout , quand il y aura js commencent à auront, quoyqu'ils r les défrichemens, à s'établir que de habitations. Nous qui a gâté ce pays.
jour un pot d'eauasin et à présent à livres, et elle s'est o livres; ainsy des ‘a jeté beaucoup de Compagnie. Il me
ne partie des billets
qui restent, en faisant elle-même ce commerce et mème en donnant les denrées à beaucoup meilleur marché, en envoyant de sa part, dans les endroits éloignés, des vivres et marchandises, d’autant mieux que lesdits traitans, qui sont chargés desdits billets, viennent prendre aux magasins ce qui leur convient et en rapportent beaucoup d’autres, et la Compagnie est toujours chargée et lezée
L'INGÉNIEUR DE PAUGER PREND PART A LA FONDATION DE LA NOUVELLE-ORLÉANS.