IL ÉTABLIT LE POSTE DE LA BALISE ET PLACE DES BATTERIES DE CANONS
Lettre le Pauger aux Commissaires chargés
de la régie des affaires de la Louisiane.
A l'isle de la Balise, ce 23 Septembre 1723.
Messieurs,
La lettre obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9 Décembre dernier, par la frégate la Galatée, sur la conduite que j'ay tenue depuis mon arrivée à la Louisiane, m'oblige de vous en faire de très-humbles remerciemens et d’avoir celuy de vous assurer que j'ay continué à redoubler mon zèle, tant à perfectionner la ville de la Nouvelle-Or-
léans que d'avoir, seul ingénieur, commencé à former l’éta-
blissement de la Balise, ainsi qu'à mettre en seurcté toute l'embouchure du fleuve par des batteries de canons, placées avantageusement, dont M. de La Tour m'a chargé d’avoir l'honneur de vous rendre compte, estant malade depuis plus de deux mois d’une fièvre qui le rend très-languissant. Il paroist que le chagrin y a beaucoup de part, ce qui me mortifie fort et me fait craindre que cette lettre, n'estant pas appuyée des siennes, comme ma précédente, n’ayt pas le mesme succès auprès de vous.
Depuis le départ du vaisseau le Profond, porteur de ma dernière, l'Arenturier ayant porté vos ordres de transférer le siège principal de la Nouvelle-Orléans, où j'ose me flatter d'aroir donné occasion, je m'embarquay avec M. de La Tour sur ce dernier vaisseau pour aller à cette vile capitale par le
fleuve, où j'examinay de nouveau son embouchure et y re-
connus, de plus en plus, que l’on pouvoït faire sur l'isle de
la Balise un établissement avantageux, ainsi que des batteries ou forts sur celles les plus en dehors de l'entrée, qui y mettroient jusqu’à des vaisseaux de premier rang en seureté de l'ennemy ct des coups de vent.
A notre arrivée à la Nouvelle-Orléans, qui fut le 7 Juillet, y ayant trouvé une cinquantaine d'ouvriers à mon pouvoir, et fait connoistre que, si avec trois où quatre j'avois fait faire un grand magasin et des défrichemens, je devois me flatter qu'avec un nombre plus grand je ferois faire de l'ouvrage; mes espérances n'ont point esté trompées malgré l'ouragan, Dieu ayant conservé la santé auxdits ouvriers et soutenu leur courage jusqu'au 1*"Janvier de cette année, que M. de La Tour fit venir M. de Boispinel pour luy donner le détail et la con-
duite d’autres travaux, et me chargea de commencer ceux de
SIP.
seurcté toute nons, placées éd’avoir l'hondepuis plus de sant. Il paroist 1e mortifie fort ts appuyée des mesme succès
porteur de ma
s de transférer j'ose me flatter M. de La Tour
: capitale par Île uchure et y reire sur l’isle de que des batteries trée, qui y mct-
1g en seurcté de
ii fut le 7 Juillet, à mon pouvoir, : j'avois fait faire devois me flatter ire de l'ouvrage; nalgré l'ouragan, rs et soutenu leur ue M. de La Tour e détail et la con-
mimencer ceux de
l'établissement de l’isle de la Balise, que j'entrepris avec autant de chaleur, courant de costé et d’autre engager les principaux habitans à fournir plus de deux mille pieds de bois de charpente de cypres, presque autant de planches, cinq cents pilots de 20 pieds de long sur 9 Où 10 pouces de grosseur au moins, et d'autres matériaux nécessaires dont l’amas a esté fait en deux mois et demy. Ayant party de la Nouvelle-Orléans, le 25 Mars de cette année, avec le vaisseau le Dromadaïre, qui en portoit une partie, ainsi que quatorze pièces de canon, je ne pus me rendre au bas du fleuve qu'en vingt-deux jours, par les difficultés de prendre en route de ces bois et de les y conduire en cajeu, dans cette saison que les courans sont violents »insi que les coups de vent. Malgré cela, j'ay presque tout employé les matériaux à moins de trois mois, avec seulement vingt-trois ouvriers, six nègres masles et quelques soldats qui ont travaillé, ayant eu le mème bonheur qu’à la Nouvelle-Orléans, où tout le monde est encore malade de fièvres qui en ont enlevé quantité, et malheureusement M. du Sauvoys, commissaire ; mais le rouveau Conseil m'ayant envoyé ordre de suspendreles travaux et de remonter avec lesdits ouvriers jusqu'à l'arrivée des premiers vaisseaux, les farines et la viande manquant, il a fallu, à mon grand regret, prendre ce party, ces ouvrages s'exécutant vigoureusement et de bon cœur, ce qui porte des coups presque irréparables à ce nouvel établissement. Aussi n’ay-je rien épargné pour engager le Conseil de nous faire redescendre avec les vivres du pays et leur ration complète en eau-de-vie, ce qu’il m'a accordé, et je suis tout arrivant icy avec ces ouvriers, dont quantité ont gagné la maladie, et un nouveau cajeu de matériaux pour
en recontinuer l'établissement de cette isle de la Balise,
Il me seroit bien avantageux, Messieurs, que vous apprissiez par d’autres que par moy les peines infinies que je me suis données et les chagrins qu'il m'a fallu essuyer pour parvenir à l'exécution de toutes ces entreprises; mais je veux finir avec honneur comme j'ay commencé, en surmontant tout obstacle. |
Cette isle avoit esté mangée par l'ouragan, jusqu'à estre coupée, et il n'y restoit plus qu'une péninsule de terre un peu élevée, couverte de broussailles et de sources d’eau salées. Des avant-coureurs m'en avoient averty, et je pâlis en la voyant si diminuée. Je la fis défricher et en ay répandu les terres si à propos avec d’autres que j'y ay fait rapporter, qu'il y a non seulement un quay solide de 15 toises de largeur audevant des maisons élevées jusqu’à la moitié de cette isle qui a 112 toises de long, mais encore plus de 16 toises de largeur par derrière, à y pouvoir faire des jardins, ce qui fait regarder cette isle, de tout le monde, avec envie d’y venir respirer le bon air qui y règne. Ces maisons sont de charpente de bois de cypres bien liées, et posées solidement sur solles et entourées de planches. Selon le plane qu vous envoye M. de La Tour, je vais faire battre des pilots jointifs pour continuer la ligne commencée vers le petit chenal du débarquement, et y feray rapporter des terres pour placer un bon magasin, prévoyant que ce poste sera l’entrepost général, tant pour l’expédition des vaisseaux, qui auroientde la peine à passer la barre, que pour le commerce espagnol, cette nation ayant desjà deinandé qu'il y en eust un incessamment pour y venir achepter des marchandises, ce qui m'a fait préparer pour faire faire la chapelle qui en servira en attendant, et dont le clocher ou dôme tiendra lieu de fanal pour y mettre un feu pendant la
[SSIPT.
je vous apprisinies que je me suyer pour par- ; mais je veux
en surmontant
in, jusqu'à estre de terre un peu ces d'eau salées.
et je pâlis en la ay répandu les t rapporter, qu'il ses de largeur au- & de cette isle qui » 16 toises de larlins, ce qui fait reivie d’y venir ressont de charpente ement sur solles et ous envoye M. de tifs pour continuer débarquement, et ÿ bon magasin, préal, tant pour l’expéac à passer la barre, ion ayant desjà deur y venir achepter r pour faire faire la dont le clocher ou
re un feu pendant la
GOUVERNEMENT DE BIENVILLE, 659 nuit, lorsqu'on sçaura des vaisseaux à la coste, et ce, suivant le dessin ci-joint que vous aurez agréable de remarquer, de même que le mémoire des matériaux que j'ay dessein d'employer avant de repasser en France, afin de donner une forme à cet establissement, de sorte qu'on puisse le rendre comme imprenable, moyennant une bonne garnison de soldats affectionnez, ne se pouvant attaquer que du costé du chenal où passent les vaisseaux, qui en est parcillement éloigné de près de 200 toises, et cet intervalle estant un haut fond de vase molle, que la mer couvre toutes les vingt-quatre heures de 5 pieds, lorsqu'elle est haute, et découvre à sec, lorsqu'elle est basse, de sorte que les pirogues ne peuvent arriver que par le petit chenal du débarquement, dont le canon peut absolument empescher lapproche. Il seroit de mesme, Messieurs, de la batterie la plus dehors pour mettre les vaisseaux en seureté, estant projetée sur un islet qui est à 700 toises plus au large, ct qu'il faut ranger à portée de fusil pour enfiler le chenal.
J'y ay fait mettre en batterietrois canons de 18 et deux de 12.
Il conviendroit y en avoir à la place trente pièces de 36 ainsi que du canon de 24 ailleurs, et je crois M. de La Tour ct le
Conseil disposés à m'approuver de la faire commencer en
terre, s'ils m'envoyoient des nègres d'augmentation des der-
niers venus par ledit vaisseau l'Æxpédition, estant le salut ou garantie des vaisseaux et de cette colonie en cas de guerre, jusqu'à ce que l'on puisse revestir cette batterie de charpente avec une fausse braye qui luy serviroit de risberme ct de défense, ou faire ce revestement de maçonnerie de briques, qui se peuvent faire des plus commodément sur une
autre isle qui en est proche de 50 toises, et où j'aurois desjà
commencé à en faire faire, si j'avois eu plus de deux briquetiers et un plus grand nombre de nègres, la teire y estant des meilleures et des bois échouez sur le lieu, comme à l'isle de la Balise. J'en ay construit le fort de la Boulangerie et la cheminée d'une grande forge, faite exprès pour y pouvoir travailler tout le gros fer qui s'employe dans ces sortes d'ouvrages, et celuy d’une drague pour creuser le chenal sur la barre, au moyen d'un petit bâtiment servant de ponton, fixé par des ancres, sur lequel il y aura un cabestan de frappé pour virer sur la drague, qui sera au bout d'un grelin ou haussière portée à une distance, jusqu’à ce qu'elle soit rendue contre ledit bâtiment et sera reportée de mème sur la largeur dudit chenal par un canot, bien dix fois par jour, suivant la longueur des dragues et du monde pour y travailler, mon dessein estant de faire cette drague de manière qu'elle enlève les vases pour que les courants de l’eau les emportent dehors. Il est bien à souhaiter pour moy que ce projet, dont l'exécu- | : tion va faire voir l’effet, ayt un meilleur sort que d’avoir pensé que de boucher quelques passes principales, par où se déchargent les caux du fleuve, avec de vieux vaisseaux coulés à fond, n’y ayant à l'entrée de ces passes que 8 à o pieds d'eau, cepen-
dant, grâce à ces vaisseaux, on pourroit arrester quantité
d'arbres à racines pesantes que le fleuve entraine et qui formeroient des estacades ou embarras, et par la suite des isles, qui, bouchant les passes, augmenteroient indubitablement les
; eaux dans la principale, où entrent les vaisseaux, dans laquelle | il y a un haut fond où dépost de vase, par endroits endurcie 1 | qu'on appelle barre, sur laquelle il ne reste que 12 pieds et demi, 14et 15 pieds d’eau de mer basse, Cette barre n’est
| formée que par la rencontre de son flux et l’affoiblissement
SISSIPE.
de deux briqueterre y estant des omme à l'isle de oulangerie et la pour y pouvoir js ces sortes d'ou- Je chenal sur la nt de ponton, fixé tan de frappé pour relin ou haussière soit rendue contre ar la largeur dudit r, suivant la lonavailler, mon des- € qu'elle enlève les nportent dehors.
projet, dont l'exécurt que d’avoir pensé s, par où se décharseaux coulés à fond, pieds d’eau, cepenit arrester quantité entraine et qui forpar la suite des isles, t indubitablement les isseaux, dans laquelle par endroits endurcie reste que 12 pieds et sse, Cette barre n’est
x et l'affoiblissement
du courant en cet endroit des eaux du fleuve. Je l'avois démontré à M. Duché pour l’engager de vous faire connoistre, Messieurs, mon zèle au service, et, au contraire, j'ay veu, dans une lettre écrite au Conseil d'icy, cette idée méprisée, leur marquant de tâcher de me défaire de ces rèveries ordinaircs aux ingénieurs de penser ainsy. Cependant c’est le sentirient de tous les connoisseurs, ainsy que celuy de M. des Mouiins, qui est un marin sage et plein de capacité, qui vient dessus les lieux qu'il a examinés.
Nos avis sont plus favorablement receus à la Cour, qui nous a tousjours honoré de réponses obligeantes, en nous faisant connoistre que nous ne pensons pas juste, afin de nous engager à travailler pour penser mieux, pour ne pas rebuter ceux qui ne donnent leurs avisqu’en voue du bien du service. Il y a dans la même lettre un autre endroit: « Est-il possible qu'il y ait quatre 'ngénieurs à la Louisiane et qu'il n'y ayt pas encore un moulin pour écraser le mahys et moudre le rys ? » Surle-champ j'ay fait connoistre à MM. les Conseillers du Conseil supérieur qu'il y avoit en cette colonie vingt meuniers, charpentiers allemands, capables d'en faire, qu'il n’v avoit qu'à les payer pour en avoir, et leur menay, ainsy qu'à M. de La Chaise, deux entrepreneurs qui se sont oflerts d'en entreprendre l'exécution, soit à cheval ou à vent, ct en ayant demandé deux mille écus pour faire le premier, à tout fournir excepté les meules et la ferrure, qui conviendroit mieux à la Nouvelle-Orléans que lautre, et qui auroit presque sufM, le payement partie en vivres pour leurs rations qu'en marchandises du magasin et en argent payable en France pour y faire
subsister leurs familles. La cage de ce moulin devant estre
une bonne maison sur sole de charpente de bois de cypres,
de 42 pieds de long, de 32 pieds de largeur et de 15 pieds de hauteur, bien liées par croix de Saint-André, colombage en écharpes, liernes et de forts planchers, solidement assembiez pour que le rouage du moulin ne l'ébranle point; ce qu'un particulier ne feroit pas faire pour dix mille livres. Cependant MM. les Conseillers se sont récriez que cela estoit trop cher et qu'il falloit qu'ils eussent l'honneur de vous en escrire.
Cet entrepreneur a fait un modillun de moulin à scie pour des planches, très-bien entendu et comme ceux que j'ay veus dans des pays du Nord. On pourroit le faire aller avec des chevaux, n'y ayant point d'endroits connus pour le placer, à cause de la communication du fleuve au Lac Pontchartrain et surtout pour cette ville, que j'ai jugée par là ne pouvoir se placer ailleurs pour estre garantie de l'inondation, y ayant un écoulement d'eaux par le moyen de ce canal, et parce que Îles terres qui en sortiroient pour le creuser, estant jetées du costé de la ville, regalées en glacis et bien basiues, empescheroient les eaux qui viendroient au-dessus de passer outre, feroient une écluse à l'entrée de ce canal pour y réfugier les bateaux ct pirogues, afin de les sauver des ouragans qui les brisent et les font périr ailleurs, et garantiroient cette entrée, ainsi que le canal, d'être endommagée par ces coups de vent et le débordement des caux.
Il seroit également nécessaire, Messieurs, de faire un quay ou digue de charpente depuis ce canal, qui continuast le long de la Nouvelle-Orléans, et qui se feroit par une ligne de puotis jointifs bien enfoncez, pour servir de remplacement ou de berme à une palissade garnie de paux d'emplage, comme j'ay veu aux quays de Calais, de Dicppe et du Havre
au deflaut de maçonnerie, — Cela est des plus indispensa-
SISSIPT,
et de 15 pieds de ré, colombage en ement assembiez point; ce qu'un le livres. Cepenae cela estoit trop le vous en escrire.
noulin à scie pour ceux que j'ay veus aire aller avec des s pour le placer, à 1 Pontchartrain et \ ne pouvoir se plalation, y ayant un al, et parce que les tant jetées du costé ES, empescheroient ser outre, ferotent réfugier les bateaux ns qui les brisent et entrée, ainsi que le
de vent et le débor-
rs, de faire un quay |, qui continuast le roit par une ligne de ir de remplacement de paux d'emplage,
Dicppe et du Havre
des plus indispensa-
bles à faire au devant de cette ville pour la garantir entièrement des inondations, les terres d'estre mangées tous les ans. Cet ouvrage, une fois fait, luy conserveroit un quay de vingtcinq à trente toises de largeur, des plus agréables et des plus commodes pour les embarquemens et débarquemens. J'ay trouvé les principaux habitans des plus disposez à fournir leurs nègres pour l'exécution de ces travaux,moyennant que la Compagnie leur en accordast et leur en promist d'autres, sur leur compte, payables en indigo,qui vient admirablement bien dans toutes les habitations. J'en ay veu de magnifique en redescendant à celle de Sainte-Catherine, où j'ay arresté exprès pour faire marché, à la recommandation du Conseil, avec cet habile charpentier de moulins, et l’on peut dire aussi en bardeaux, d'entreprendre d'achever d'en couvrir le grand magasin de deux cent trente pieds de long, élevé à la Nouvelle-Orléans. marché qu'il a accepté pour le prix de cent sols la toise quarrée pour la main-d'œuvre seulement et fournir les lattes. Je ne sçay encore si ces Messieurs l'approuveront, les ouvrages ayant tousjours manqué par des difficultez qu'on y a opposées, qui ont fait eschou”r les entreprises proposées et même commencées, et j'ose dire que, si je n'avois pris sur moy tout ce que l'on peut prendre pour les surnonter, l'on seroil encore à envoyer les r'aisseaux dans Le fleure et le siège principal seroit resté an Biloxr, où l'on n'auroit pu se soutenir, comme on fait icy, avec les vivres du pays, par la difficulté de les v transporter de ce fleuve. [n'y auroit pas là par conséquent un nombre d'habitations qui deviendront florissantes, si l'on envoye des nègres suflisamment pour les cultive:, pour leur sureté, celle de
la Colonie et l'établissement de F'Embouchure, où le com-
merce espagnol va à se lier, si l’on sçait le bien ménager, ce lieu estant un endroit de passage avancé dans la mer, que les navires qui vont et viennent de la Havane et de la Caroline à la Vera-Crux, à Campèche et à Tampic, vont venir reconnoistre pour assurer la route, et dont ils s'éloignoient trop par la crainte d'approcher des terres si basses, avant qu’il y eust des maisons élevées et que l'on découvre de très loing. Les premiers Espagnols qui y parurent vinrent dans un bateau, lorsque j'y arrivay pour l'établir. Je leur envoyay un pilote et en receus gracieusement le capitaine, nommé don Francisco de Valdès, ses officiers et jusqu’aux matelots de son équipage. Il n’avoit que peu d'argent en pignes, de la viande Tassao et de mauvais sucre; je crus qu'il cachoitles piastres. Je regarday cette aventure comme d'un heureux présage pour ce nouvel établissement, et j'engageay ce capitaine espagnol d'aller à la Nouvelle-Orléans dans une voiture que je luy donnay. MM. les Commissaires y estoient arrivant. [l revint satisfait, et je n'épargnay ny le peu de vin que j'avois, ny autres dépenses pour le bien traiter avec ses gens. [l me promit de revenir au bout de deux mois. Il à tenu parole et a amené avec luy deux marchands espagnols, que j'ay receu de mesme que la première fois, et mesme à mes dépens, à la Nouvelle-Orléans, estant justement arrivez, dans le temps que j'y ay remonté avec les ouvriers. Ils y ont répandu sept à huit mille piastres, tant dans le public qu'aux magasins de la Compagnie, et ont demandé avec empressement et instance qu'on en fit construire un à lisle de la Balise, afin d'y venir commercer et de pouvoir profiter pour cela du temps de leurs congez, sans que l'on s’en apercoive en Espagne. La Compagnie, par la situation
de ce poste, pouvant tirer seule profit de ce commerce, je me
SIP.
n ménager, CE
la mer, que les de la Caroline nt venir reconnoient trop par
t qu'il y eust des g. Les premiers eau, lorsque j'y ote et en receus cisco de Valdès, ipage. Il n'avoit ao et de mauvais rday cette avenaouvel établissel'aller à la Nouonnay. MM. les atisfait, et je n'ées dépenses pour revenir au bout ec luy deux mare que la première ce-Orléans, estant remonté avec les ille piastres, tant sagnie, et ont den en fit construire mercer et de pougez, sans que l'on e, par la situation
: commerce, Je ME
suis hâté de revenir, pour faire travailier audit magasin, telle dépense qu'il m'en puisse coûter, suivant le penchant de mon zèle ordinaire pour l'établissement de cette colonie, où jene me suis déjà que trop abîmé,sans qu'on y ait eu aucun égard,autant que par la dépense quej’ay faite pour avoir engagé quaitre-vingtdix ouvriers, dont j'en ay amené soixaute-quatre en cette colonie, des meilleurs et des plus habiles que l'on y verra jamais. Cependant il n'y en a plus que vingt-cinq, les autres y estant morts de faim et de misère. A la vérité, je ne m'attendois pas à cela, lorsque j’ay pris tant de peine à les engager d'y venir: ce pays faisoit toute l'espérance du royaume de France et, pour atnst dire, de l'Europe dans ce temps-là. Je préféray d'y venir en second plutost que d'aller en chef ailleurs, mais aux conditions que je remplaccrois M. de La Tour en cas d’absence, soit par maladie ou autrement, au Conseil supérieur, suivant mon traité fait avec la Compagnie, signé de M. Law et des autres directeurs. C'est ce que l'on n'a nullement voulu reconnoistre en ce Conseil, et l'on en auroit fait de mesme à M. de La Tour, si vous n’y aviez pourveu , puisque l'on a mesme deffendu aux soldats de nous reconnoistre pour officiers; ce qui cause que le bien du service en a tousjours très souflert, et nous a fait trouver à nos fonctions un degoust, jus, à en «omber malades, quoique, grâce au ciel, j’aye évité ce malheur en entreprenant, pour réussir, d'obtenir par supplication et des peines infinies ce que le droit du service et mon caractère auroient dû faire exécuter avec agrément. mais bien loin de me rendre cette justice, vous aurez agréable, Messieurs, de remarquer, par les apostilles du mémoire
ci-joint, si l’on ne m'a pas fourré un licutenant pour comman-
dant d'un poste, qui n'est poste que parce que je suis venu
l'établir et le former, ce qui n’eut jamais d'exemple. — J'ay eu beau représenter que ce n'est point la règle en France que ce poste ne fust estably ; — que la Compagnie avoit mis aux ordres de M. Didier, mon cadet dans le service, pour l’établissement de Polo-Condor, le baron Dombourg, capitaine suisse, qui est icy,ainsy qu’à ceux de MM. de Bourmont et de La Harpe, les capitaines et lieutenans en ce pays, commandez pour establir la baye Saint-Bernardetle Missoury, entreprises bien inférieures à celle de cette embouchure. dont j'ay été chargé. Ainsy l’on n'auroit pas dû me faire cette in'ustice, ayant l'honneur d'être capitaine réformé au régiment de Navarre et chevalier de Saint-Louis pour mes services en France, et si j'en avois cru MM. de La Tour et de La Chaise, je ne serois pas revenu 1cy à de semblables conditions ; mais l'officier appelé M. de Reboul, ayant beaucoup voyagé ct étant d'expérience du service, mérirant mieux qu'aucun de la Colonie d'être capitaine, je n'ay nullement hésité à revenir, et à ne pas perdre l'avantage de perfectionner un poste qui, je compte, sera peut-être un jour le principal du golfe du Mexique, estant un port assuré et avantageusement placé pour les gros vaisseaux qui pourroient s'y réfugier en cas de forces supérieures de l'ennemy, et d'où ils en prendroient de nouvelles et choisir leur temps pour le détruire.
J'en borne volontiers toute la récompense en vous suppliant, Messieurs, de faire repasser en France ces vingt-trois ouvriers rechappez, la pluspart estant de chez moy, hommes qui y ont leurs femmes, enfans, ou père et mère qui meurent de faim et de chagrin par leur absence. et dont le tems de leur engagement sera fini le 25 Novembre prochain, où il est sti-
pulé qu'après lequel la Compagnie s'oblige à les faire repasser
SIPE.
emple. — J'ay en France que avoit mis aux ice, pour l’étaourg, capitaine 3ourmont et de ÿS» commandez ury, entreprises , dont j'ay été »iniustice, ayant nt de Navarre s en France, et aise, je ne serois ais l'officier apet étant d'expé- Ja Colonie d’être t à ne pas perdre je compte, sera exique, estant un :s gros VaissCaux s supérieures de
ivelles et choisir
Se En vous Supce ces vingt-trois nez moy, hommes
mère qui meurent
ont le tems de leur -hain, où il est sti-
à les fan repasser
en France gratis sur un de ses vaisseaux. — J'espère cette justice de vos bontez, vous assurant que je me feray un mérite d'avoir l'honneur, par reconnoissance, de vous informer à Paris des particularitez pour perfectionner les travaux que j'auray commencez en ce pays plus utilement que si j'y estois resté pour les conduire, ayant celuy d'estre avec respect,
Messieurs, votre très humble et très obcissant serviteur.
DE Paucrr.