INTRODUCTION. CXLIII
où l’histoire n’a rien à voir que les passions qui déshonorent les injustes et les violents.
« Pour conclure toutes ces remarques, écrivait-il, et dire en peu de paroles ce qu’on doit penser du discours prononcé pour honorer les funérailles du défunt, il semble que tout est ren-
fermé dans ces quatre petits vers qui ont été faits à ce sujet en la manière qui suit :
Pour juger avec équité
De l’oraison faite à la gloire D'un héros de pauvre mémoire, Rien n'y manque hors la vérité,
Le Père de Charlevoix, heureusement pour lui, parlait plus sérieusement !.
Un dénigrement haineux et de parti pris, des faits présentés d'une manière perfide, des assertions qui prouvent qu’on ignore les raisons autant que le détail des choses, peuvent tromper les esprits superficiels et mal informés sur l'opinion qu’on peut avoir d’un homme. Le silence même que celui-ci s'impose par dignité personnelle ou par égard pour d'autres, peut lui être défavorable. Mais les esprits de quelque valeur s'arrêtent devant une condamnation quand, avec plus de soin, ils remarquent les résultats d’une vie qui, pour avoir été féconde en bien,
1, Nous nous faisons un devoir envers cet écrivain de reproduire le portrait qu’il a laissé du Comte de Frontenac.
« Le Comte étoit dans sa soixante-dix-huitième année, mais, dans un corps aussi sain qu’il est possible de l'avoir à cet âge, il conservoit toute la fermeté et la vivacité d’esprit de ses plus belles années. Il mourut comme il avoit vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous et avec la gloire d’avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et augmenté même une colonie ouverte ct attaquée de toutes parts, et qu'il avoit trouvée sur le penchant de sa ruine.
« Il paroissoit avoir un grand fonds de religion, et il en donna constamment, jusqu'à sa mort, des marques publiques. On ne l’accusa jamais d'être intéressé, mais on avoit de la peine à concilier la piété dont il faisoit profession avec la conduite qu’il tenoit à l'égard des personnes contre lesquelles il s’étoit laissé prévenir. L'âcreté de son humeur un peu atrabilaire et une jalousie basse, dont il ne se défit jamais, l’ont empêché de :,oûter tout le fruit de ses succès et ont un peu démenti son caractère, où il ÿ avoit de la fermeté, de la noblesse et de l'élé= vation. Après tout, la Nouvelle-France lui devoit tout ce qu’elle étoit à sa mort, et l’on s’aperçut bientôt du grand vide qu’il y laissoit. » (Histoire générale de la Nouvelle-France, livre XVII, 3e volume in-12, page 350.) C’est là une page réellement digne d'un historien, moins la faute originelle que nous avons signalée,
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