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CXLIV INTRODUCTION
n’a pu s'inspirer que de nobles sentiments et de beaux desseins.
En ceci, du moins, les conséquences des actes du Comte de Frontenac ne se peuvent contester. Il eut de plus un bonheur, qui arrive parfois à ceux qui ne désespèrent pas. C'est que sa constance se trouva couronnée d'un heureux succès presque aussitôt après sa mort, par la protection même qu’il avait donnée en dernier lieu à Lamothe-Cadillac, à Pierre Le Sueur et au Chevalier de Callières, protection dont on lui avait fait un crime. Ces trois hommes allaient amener, en effet, les résultats que Fronterac avait poursuivis relativement à l'union du Canada et de la Louisiane; ils devaient assurer, à la fin de son second gouvernement, les conquêtes ‘2 son premier, c'est-à-dire commencer à utiliser les découvertes faites de 1670 à 1682.
Nonobstant le jugement porté contre les projets de Le Sueur, en 1697, pour l'exploitation de la mine de cuivre dans le haut du Mississipi, ce voyageur, je l'ai montré dans le quatrième volume, avait été écouté par d'honnêtes gens, connus pour tels par le Ministre (27 Avril 1697), parmi lesquels étaient le sieur de Remonville, Nicolas Thoisnard et Argoud qui, faisait observer le Comte de Pontchartrain, bien qu’incertains sur l'ouverture de la rivière du Mississipi encore inconnue, consentaient à risquer leur argent pour faire valoir la mine de cuivre dont Le Sueur avait envoyé des échantillons et n'avaient demandé, pour les indemniser de leurs frais, que la vente des menues pelleteries.
Or leur proposition avait eu pour suite, conséquence ignorée jusqu'ici, l'envoi de d’Iberville à la recherche de l'embouchure du grand fleuve découverte en 1682, et, par une admirable coïncidence, le lendemain même du jour où le vénérable Père Goyer prononçait l’oraison funèbre de Frontenac, Le Moyne d’Iberville adressait du Cap Français de l'ile Saint-Domingue au Ministre de la Marine sa première lettre, lui annonçant l’arrivée de la Badine et du Marin et leur départ pour le Mississipi. Quelque temps après, d’Iberville pénétrait dans le fleuve. Je ne trouve rien comme ces grandes coïncidences pour jeter une lumière sur ces vies militantes dont elles réalisent les pensées après de longs obstacles. On dirait que la Providence, prenant fait et cause pour elles, consacre en quelque sorte leur œuvre d’une manière visible,
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INTRODUCTION. CXLV
admirable enseignement bien capable de soutenir les courages. Ce ne fut pas tout.
La colonisation du Bas Mississipi et des côtes du Mexique n'allait pas tarder à suivre ce premier succès. Ainsi qu’on l'a vu, d'Iberville, une fois l'embouchure trouvée, fondait un poste dans la baie du Biloxy. Dans un second voyage, d’Iberville et Surgères commandaient la Renommée et la Gironde. D'Iberville, outre le premier poste, établissait un fort sur le Mississipi et indiquait la nécessité d'occuper la Mobile (1699-1700). Le Sueur, venu avec d’Iberville, remontait dans ane felouque le Mississipi jusqu'aux Sioux. Enfin, dans un troisième voyage, d’Iberville s'établissait à la Mobile (Mars 1702), et Remonville, qu’on avait aussi contrecarré, écrivait : « I] me paraît que ce pays, qui à révolté bien des gens contre moi, ne sera pas tout à fait à dédaigner et ne laissera peut-être pas d’être utile à l'État. »
Le Mississipi devenait populaire aussi en Canada, et il allait être le but des émigrations.
C'était la première récompense de Frontenac. Son triomphe posthume allait continuer.
Au moment où tout ce mouvement commençait, Lamothe- Cadillac le poursuivait dans le haut de la Colonie. Également de 1699 à 1702, il parvenait, à son tour, à donner la vie au projet du Baron de La Horï:n, approuvé par le Gou-
‘verneur en 1693, et il avait réussi à le faire prendre en
considération par le jeune Ministre de la Marine, en adaptant ses vues personnelles à celles de l'Administration qui trouvait que l'envoi surabondant des pelleteries en France en rendait la vente difficile. Lamothe avait offert à Jérôme Pontchartrain d'empêcher qu'il ne descendît trop de castor des Outaouas pendant trois ans, de 1700 jusqu'à la fin de 1703, pourvu que, tout en rétablissant les vingt-cinq congés, c'est-à-dire la permission à vingt-cinq canots de trois hommes chacun de porter des marchandises, on voulût bien lui accorder de réunir tous les Sauvages du Pays d'en Haut au détroit du lac Érié, parce que les voyageurs ne songeraient pas à aller plus loin, puisqu'ils ne trouveraient pas ailleurs de castor à acheter. Et, si l’on donnait au poste du Détroit une forte garnison, les voyageurs et les sol-
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CXLVI INTRODUCTION
dats demeurant dans l’enceinte du fort, il n’y aurait pas de dissipation possible dans les bois. C'était à peu près le plan de M. de Champigny et des PP. pour Missilimakinak et pour les Miamis.
Lamothe-Cadillac avait basé son projet d'amener les Sauvages dans un même poste sur ce que les terres de cette partie étaient Pancienne demeure des Outaouas, des Sakis et des Hurons, d’où les Iroquois les avaient chassés, il y avait plus de cinquante ans, vers les extrémités du lac Supérieur, c’est-à-dire à cinq cents lieues au Nord, dans un pays stérile et affreux. Depuis trente-deux ans, écrivait Cadillac, on les avait rapprochés du berceau de leurs nations en leur offrant de s'établir à Missilimakinak; mais les terres du Détroit étaient bien meilleures, plus fertiles, et tout portait à penser que, sur ses incitations, ils consentiraient à rentrer au foyer de leurs pères. Il serait ainsi, suivant son expression, leur Moïse, leur Caleb.
Si le fort Pontchartrain du Détroit devenait un poste important, Lamothe-Cadillac, reprenant les idées communes au Comte de Frontenac, à La Salle et à lui ', se chargeait d'accoutumer les Sauvages à la subordination et à l'honnêteté.
L'habile et spirituel officier trouva le moyen de persuader le Ministre, et le chevalier de Callières appuya son projet contre le mauvais vouloir de M. de Champigny et du Père de Carheil. [1 fit judicieusement rex.1rquer que par le Détroit on pourrait gagner le Mississipi et le défendre. Les Anglais venaient d’essayer eux-mêmes de pénétrer sur le fleuve pour s'y établir.
Enfin le troisième objet des désirs du Comte de Frontenac
1. Au premier volume de ce recueil, page 335, l’on a vu les essais de La Salic en ce genre. Ce système, toujours combattu, a encore ses représentants éloquents : par exemple, Monseigneur Taché, archevêque de Saint-Boniface, dans un écrit publié sur le Nord-Ouest en 1869. J'ai sous la main également une lettre de Monseigneur Vital, évêque de Saint-Albert, appelant le concours des évêques de la Province de Québec en faveur des Sauvages de l'Ouest, dans ces termes :
« Il ne s'agit pas de faire de nos Sauvages, comme on dit dans le Nord, des Messieurs. Nous voulons en faire des Chrétiens, des hommes qui puissent vivre de leur travail.
«Les métis sont pour nous un moyen terme; nous n'amènerons pas les Sauvages que nous élevons à la hauteur des habitants de nos villes, mais ils arriveront à la civilisation des métis, civilisation qui vaut celle de beaucoup de paysans de France et d'ailleurs aussi, je pense. » (Évêché d'Ottawa, 29 Janvier 1883.)
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