ABANDON DU FORT DE CATARACOUY
Extrait d'une lettre de Frontenac au Ministre.
15 novembre 1689.
.…. Nous fusmes si contrariez par le mauvais temps que je ne pus arriver à Québec que le 12 octobre sur le soir, et les vaisseaux qui portoient les vivres et munitions du Roy quele r4 du mestae mois. Je n'y trouvay point M. le marquis de Denonville ny M. de Champigny, qui estoient tous deux à Montréal, de sorte que je ne songeay plus qu'à les y aller joindre.
Dès le lendemain, on travailla au débarquement de ce qui estoit sur les vaisseaux et je fis disposer des barques pour charger et porter à Montréal ce qui estoit nécessaire.
Je donnay ordre aussy qu'on calfatast quelques bateaux pour transporter un déachement d'habitans que je commanday pour mon escorte et pour servir à Montréal, si l'occasion s'en offroit.
Le mauvais temps et les pluies continuelles furent cause que je ne pus partir que le 20 d'octobre à midy, et arriver à Montréal que le 27.
I seroit difficile de vous représenter, Monseigneur, la consternation générale que je trouvay parmy tous les peuples et l'abattement qui estoit dans les troupes. Les premiers n'es-
toient pas encore revenrs de la frayeur qu'ils avoient eue de voir à leurs portes brusler toutes les granges et maisons, qui estoient en plus de trois lisues de pays, dans le canton qu’on appelle la Chine, y enlever plus de six vingtz personnes tant hommes, femmes qu'enfants, après avoir massacré plus de
deux cents, dont ils avoient cassé la teste aux uns, bruslé,
rosty et mangé les autres, ouvert le ventredes femmes grosses
pour en arracher les enfants et fait des cruautez inowes et
sans exemple.
Lestroupes, de leur costé, estoient fort fatiguées des alarmes qu'on avoit eues à tous momens depuis ce funeste coup, y ayant tousjours des partis dans l’isle et autour, ct beaucoup plus encores de ce que. pendant plus de six semaines aprés cette irruption qui estoit arrivée le 5 d'aoust, on les avoit uniquement employées à Montréal à transporter tout le bled d'Inde &2s Sauvages de la mission du Sault, qui en estoit esloignée de trois lieues, et à leur y bastir un fort au lieu de celuy qu'ils y avoient, où l'on a voulu qu'ils se soient retirez par des raisons qui me sont encore inconnues. Ce qui avoit tellement mis les soldats sur les dents et si fort usé tous les bateaux et les canots dont on s’estoit servy pour ce transport, qu'il auroit esté très difficile de faire faire quelque nouveau mouvement aux troupes sans leur donner du repos, et qu'on n’auroit pas trouvé vingt bateaux en estat de faire aucun voyage.
C'est ce qui obligea sans douie M. le marquis de Denonrille et M. de Champigny, lorsque je leur fis part du dessein qu’on avoit projeté, de me dire que l'exécution en estoit
impossible, et dans une saison aussi avancée, qui ne l'estoit pas toutefois assez pour pouvoir marcher sur les glaces,
mais qui navigatio convinret suivre le qui estoit alléges po avoit réso septembre Valrenne « Point de « Jaire saut dedans, cor vous envoy J'avouc, que jencp ans qu'il çst Suadé de l'i années m'a
en peut rcti
alliez, qui, s longtemps.
Mais ce q résolution, s avoit demar insolentes qu liers qu'ils lu demandoient
fort, ce qui 5
donner jamai et leur faire
mais qui l’estoit trop pour espérer se pouvoir servir de la navigation, avant qu'elles fussent venues. De sorte qu'ils convinrent tous deux qu’il n'y avoit autre chose à faire que de suivre le dessein, que M. le marquis de De:ionvilleavoit formé, qui estoit d’envoyer cent cinquante homries dans des canots alléges pour recevoir ia garnison du fort Frontenac qu'il avoit résolu d'abandonner, ayant de, …..uié par terre, le 24 septembre, le sieur Saint-Pierre de Repentigny au sieur de Valrenne qui y commandoit, avec ordre, s’il ne luy arrivoit point de convoy dans les premiers jours de novembre, de faire sauter le fort avec toutes les munitions qui estoient dedans, comme vous verrez par la copie de sa lettre que je vous envoye.
J'avoue, Monseigneur, que cette déclaration me surprit et que je ne pus comprendre qu’un homme qui, depuis quatre ans qu'il est dans ce pays, le doit connoistre, ne fust pas persuadé de l'importance de ce poste, dont l'expérience de dix années m'a fait voir la conséquence et les advantages qu'on en peut retirer pour la conservation du commerce avec nos alliez, qui, sans cela, se seroient donnez aux Angjlois, il y a longtemps.
Mais ce qui m’estonna davantage fut qu'il eust pris cette résolution, sans avoir receu sur cela les ordres du Roy qu'il avoit demandez, ct immédiatement après les propositions insolentes que les Iroquois luy avoient fait faire par des colliers qu’ils luy avoient renvoyés ; par l’un desquels, ils luy demandoient en des termes pleins d'ironie la démolition dece fort, ce qui seul auroit dû estre capable de l'empescher d'y donner jamais les mains, pour ne pas augmenter leur fierté et leur faire un aveu si authentique de nostre foiblesse.
Je ne pus m'empescher de combattre ce sentiment par beaucoup de raisons, qui seroient d’un trop long détail et que l'inspection seule de la carte vous fera aisément connoistre, et de me résoudre, en suivant une partie de son projet, de tenter si je ne pourrois point empescher la perte de ce poste, que j'appréhende nous devoir ruiner de réputation dans l'esprit de nos alliez, quand ils verront qu’il n’y a plus de lieu où ils puissent espérer de trouver une retraite, et dans celuy aussi des Iroquois, lesquels, suivant leur naturel arrogant, en seront beaucoup moins disposez à la paix.
Comme il y avoit un article dans lalettre que M. de Denonville escrivoit à M. de Valrennes, par iequei il sembloit luy vouloir insinuer d’attendre, s'il le pouvoit, tout le mois de Novembre, et que les eaux fussent plus hautes pour luy faciliter sa retraite, j'espéray avoir le temps de jeter un convoy dans ce fort, en joignant vingt-cinq canots de vivres et de munitions à ceux qui devoient porter les détachemens qu'on avoit résolu d'envoyer, et de me servir en mesme temps de cette occasion pour renvoyer trois des Sauvages qui sont venus de France, pour annoncer à toutes les nations Iroquoi-
ses que Sa Majesté leur avoit fait la grâce de leur rendre la liberté, et de les renvoyer tous avec leurs chefs, quiattendoient qu'ils les vinssent quérir et ramener.
J'ay donc fait préparer, avec le plus de diligence que j’ay pu, ce qui estoit nécessaire pour cette expédition; mais les
pluyes continuelles qui ont rendu la voiture des vivres et munitions plus fascheuse, la difficulté de ramasser 50 canots dont on avoit besoing, et le peu de discipline qu’on a laissé glisser parmi les habitans, dont il faut nécessairement se servir pour la conduite des canots, et surtout dans les rapi-
des, a fa embarqu avoir est:
Il n'y Montréal, lorsque le Sa garniso Un recto défendu su bruslé ou j enfoncé tro:
avoir brusl, soldat- 4cux Canons de fc jusqu'au lac un lieu, où i Plusieurs mi:
tours qu’il y ct Sous tous du fort, il a Point que les
Commerce.
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hommes, n'ye
bateau qui se
des, a fait que, malgré tous mes soins, je n’ay pu faire cet embarquement à la Chine, que le six de ce mois, après y avoir esté trois Jours entiers.
Il n'y avoit pas deux heures que j'en estois de retour à Montréal, et le convoy n’avoit pas encore fait deux lieues, lorsque ledit sieur de Valrennes parut dans ses bateaux avec sa garnison.
Un retour si prompt surprit tout le monde, maisil s'en est défendu sur les ordres qu'il avoit. — IL a rapporté qu'il avoit bruslé ou jeté dans l’eau tout ce qu'il avoit pu, qu'il avoit enfoncé trois barques et jeté leurs ancres dans le bassin ; après avoir bruslé leurs câbles, qu’il avoit fait prendre à chacun des soldat- Aeux ou trois fusils, qu'il avoit jeté dans l’eau tous les canons de fer ; que, pour les deux de fonte, il les avoit portez jusqu'au lac Saint-Francois, où il les avoit encore jetez dans un lieu, où il scroit aisé de les retrouver, et qu’il avoit fait plusieurs mines sous les bastions et murailles du fortsous des tours qu’il y avoit, dont l’une ser voit de magasin aux poudres, et sous tous les bastimens, et qu’estant esloigné de cinq lieues du fort, il avoit entendu un si grand bruit qu'il ne doutoit point que les mines n’eussent fait un grand effet et que le fort ne fust tout renversé. — J’essayeray de trouver l'expédient
d'en sçavoir la vérité et si les Iroquois ou Anglois ne songent point à occuper ce poste qui les peut rendre maistres absolus des Outaouacs et de toutes les autres nations du Nord qui nous sont alliées, et par conséquent de tout nostre commerce.
Toute la garnison est revenue au nombre de quarante-cinq hommes, n’y en ayant eu que six de noyez par l’accident d’un bateau qui se renversa dans un rapide. Ils n’ont trouvé per-
sonne sur leur route, ce qui auroit rendu la conduite du con-
voy fort aisée.
On compte qu'en armes, munitions et autres choses qui
estoient dans le fort, il y en avoit pour vingt mille escus, ce
qui n’estpas une petite perte.
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