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de leur cabane et chacune fait une loge à l’escart. Les autres leur apportent à manger dans un plat, qu’elles laissent à leur porte, sans les vouloir approcher ny entrer chez elles. Dès
qu'elles sont délivrées de cette incommodité, elles reviennent
dans leur cabane.
Lorsque les femmes sont enceintes et nourrices, leurs maris s’abstiennent de coucher avec elles, parce qu’ils estiment et prétendent que l’attouchement charnel ruine la substance que l'enfant reçoit dans le ventre de sa mère, le fait dépérir, le peut déplacer et l’exposer à la mort.
Et quant aux nourrices, ils disent que ce mesme commerce corrompt leur lait et que, si elles deviennent enceintes, on ne peut eschapper le nourrisson, veu qu'ils n'ont point d'autre nourriture à leur donner. Mais ils sont souvent les dupes de cette affaire là, car leurs femmes ne se payent point de ces sortes de raisons, s’allant pourvoir secrètement ailleurs et s’'embarrassant fort peu de ce régime de vie. [lest cependant
vray qu'il y en a beaucoup qui observent cette coustume par la tendresse qu'elles ont pour leur fruit.
Voicy de quelle manière ils font leurs festes pour les morts.
Ils dressent une cabane qui a environ six vingts pieds
de long; les escorces en sont neuves ct n'ont servy à aucun usage. Îls plantent un may à chaque bout et un autre dansle milieu qui les surpasse en hauteur. Ces mays sont huiles, graissez et peints. [l y a à la cime de chacun un prix, qui appartient à celuy qui ie peut joindre le premier et l'atteindre avec la main. [ls entrent ensuite dans cette cabane neuve, où il y a divers estages ; ils apportent les ossemens de leurs parens, qui sont dans de petits sacs, ou enveloppez fort pro-
prement dans des escorces. Ils les rangent d’un bout à l’au-
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tre et les enrichissent de tout ce qu'ils ont de plus beau et de meilleur et ordinairement de ce qu'ils ont amassé pendant trois années. Cependant les chaudières sont tousjours sur le feu, remplies de viandes, et en mange qui veut. Ils font un bruit continuel, nuit et jour, avec des tambours ou bien en frappant sur les chaudières ou sur des escorces avec des bastons. [ls sortent de temps en temps et entourent la cabane, tirant des coups de fusil, faisant des hurlemens que tout en tremble ; ils rentrent après cela matachez de noir. Enfin, ce mesme fracas continue pendant trois jours et trois nuits ; mais, avant que le terme n’en soit tout à fait expiré, ils font présent à ceux qui sont invitez à la feste de tout ce qui appartient aux morts, c’est-à-dire de tout le butin, dont les os sont couverts. Lorsque la distribution est faite, ils sortent pour la dernière fois et environnent la cabane en faisant de grands hurlemens; ils foncent dessus à grands coups de bastons et à coups de perches, faisant un tintamarre enragé, brisent et mettent en pièces toutes les escorces. Cela achevé, les femmes sont toutes prestes avec des fagots de sapin, et en font un lit sur la terre d’un bout à l’autre où la cabane estoit située. En mesme temps ils tuent grande quantité de chiens, qui sont leurs moutons et qui sont estimez parmÿ eux plus que tout autre animal. Hs en font un festin, mais, avant de manger, ils plantent deux grandes perches et y attachent, au bout d'en haut, un chien qu'ils sacritient au soleil et à la lune, les priant d'avoir pitié et prendre soin des âmes de leurs parens, de les esclairer dans leurs voyages, et de les conduire dans la demeure de leurs anciens. Cette idée prouve l'immortalité de l'âme. Cette feste estant ainsy achevée, chacun prend les os-
semens de ses parens; ils les portent tous de la main, et les
apportent dans des lieux pierreux, creusez, raboteux et peu fréquentez, ils les laissent là, et c'est la fin de la cérémonie, Ensuite il n'est plus parlé, en aucune manière, des morts, dont on a fait la feste et ils demeurent dans un perpétuel oubly. Leur opinion est que les âmes, séparées du corps, s'amusent et restent dans le village, errant çà et là, dedans et autour de leur cabane par un allèchement naturel, et à cause de l'amitié qu'elles ont pour leurs parens et amis. Ils disent aussi qu'elles font peur aux petits enfans, aux jeunes gens et à eux-mesmes, principalement la nuit. [ls s’'imaginent que ce grand bruit confus, ce tintement et ce brisement d’escorces chagrinent ces âmes, qui se sont assemblées dans cette cabane, et leur font prendre la résolution et le dessein d’aller joindre celles de leurs pères. Ils croyent qu’elle est dans un très-bon pays, dont le séjour est très-agréable, et parce que dans le leur il y a quantité de fraises et de framboises, ils s'imaginent que dans ces contrées, où les âmes résident, il y en a qui sont grandes et grosses comme la teste. [ls estiment que cette région est vers lorient, que l’air en est doux et bien tempéré, qu’il n°y any pluye, ny neige, ny vent, ny pierre, ny montagnes, que tous les chemins sont pavés de robes de loutres, de martres et de castors, en un mot que c’est un pays de récréation, et où l’on n'endure jamais ny soif ny faim, que tous y seront également heureux. [ls nyent entièrement les lieux, où les âmes sont tourmentées, rejetant l'opinion de la résurrection des corps. Et comme, parmi les Européens, les filles sont à charge et qu'on est quasi contraint de les doter pour les marier, parmi
les Sauvages, au contraire, elles sont la richesse de leurs pa-
rens, car celuy qui en veut avoir en mariage n’en a que pour
de l'argent, et les achète par un présent considérable, qu’il
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MISSILIMAKINAK ET P4YS SITUÉS AU DELA. 107 fait à son beau-père prétendu, ou, s'il est mort ou absent, au plus proche de la parenté.'[l faut néantmoins qu'auparavant il ait le consentement de sa maistresse, !! faut sçavoir que les amans galantisent là comme ailleurs, débitent la fleurette, et se donnent réciproquement des marques de respect et de tendresse. Les filles ont cet avantage, qu'il leur est permis de se divertir et de faire le noviciat du mariage, autant de temps qu'il leur plaist et avec autant de garcons que bon leur semble, sans qu’on y trouve à redire, et sans que cela les empesche de trouver un mary, lorsque la fantaisie leur en prend.
Voicy comment ils se conduisent en leurs amours. Les jeunes gens ont des escorces, qui se roulent en forme de flambeau; ils les allument la nuit par un bout et courent ainsi toutes les cabanes, si tel est leur plaisir. Les filles sont couchées sur le bord de l'allée, et, lorsque leur bien-aimé passe, elles l’arrestent par un coin de sa robe. En mesme temps que le galant sent ce signal, il se baisse et pour lors sa maistresse prend son escorce ct l’esteint et fait coucher auprès d'elle le jeune homme, qui lui conte sa passion. Au milieu de cette privauté et liberté entière, il ne se passe souvent rien que de fort honneste ct fort respectueux, tant il est vray qu'on fait moins de cas de ce qui est permis que de ce qui est deffendu, car c'est constant que dans cette occasion, il ne dépend que des deux amoureux de se satisfaire; néantmoins la plus grande partie n'en font rien, surtout s’ils ont dessein de se marier ensemble. Enfin, quand la belle s'ennuye et veut dormir, elle advertit
son amant, qui se retire aussitost qu’ellele luy ordonne. Cela s'appelle parmy eux courir l’allumette. Quant aux femmes
mariées, elles sont obligées de prendre d'autres mesures, car
elles sont rudement chastiées parmy quelques nations et non
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PE] ÉÉÉE FEPEPE