‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 93 sur 304 · EE IIS · texte numérisé non relu

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WESSTER, N.Y. 14580

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en toutes, si elles sont corvaincues de Libertinage, ainsi que je le marqueray dans un autre endroit.

Toutes les nations ont l:urs médecins, chirurgiens et apothicaires, qui sont appelez jongleurs. Lorsqu'il y a donc quelque malade, on les fait venir tous les trois, le médecin examine l’estat de la maladie. Après avoir longtemps jonglé, c'est-à-dire resvé, ils ordonnent ordinairement de tuer plusieurs chiens, parce que c’est pour eux la viande la plus exquise, et pour mieux couvrir la charlatanerie, il faut qu'il y en ait deux blancs, deux noirs et deux d’une autre couleur; ils en font offrir un ou deux en sacrifice au soleil et à la lune, afin qu'ils prennent pitié du malade. Cette ordonnan:e ne se fait qu'après une pénibie contemplation, parce que les jongleurs ou charlatans n'attribuent jamais la cause G1 mal aux infirmitez ou accidens qui arrivent au corps humain, mais ils prétendent que c’est un sort qui a esté jeté sur le malade par la malice et la meschanceté de quelque ennemy. Or ils font entendre que c’est un esprit protecteur, c'est-à-dire le Dieu qu'ils se sont forgé dans leur imagination, qui leur révèle et leur fait connoistre ccmment et de quelle manière le poison et le soit a esté jeté sur celuy qui est infirme. C’est pourquoy le médecin achève son ordonnance, indiquant à l’apothicaire les simples ct racines ou animaux qu'il faut avoir pour composer et faire des contre-poisons ou breuvages pour expulser et faire vomir ceux qui travaillent le corps et l'esprit du malade. L’apothicaire exécute l'ordonnance du médecin,

cherche les simples ou animaux spécifiez, mais tous les deux jouent fort bien leur rôle, car tout cela ne se trouve jamais, à leur dire, qu'avec beaucoup de peine. Le chirurgien est le

plus grand charlatan de tous et le plus insigne jongleur. Le

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personnage qu'ii fait est asseurément humble à voir, et ceux qui le regardent faire ne peuvent s’imaginer autre chose, si ce n'est qu'il est possédé du démon pendant qu'il fait sa jonglerie. Ceux qui sont autour battent des tambours, frappent avec des buschettes sur des chaudières et des escorces, ce qui continue pendant le cours de la maladie pour donner ce bal au malade. Il n'est pas concevable commen: un si grand bruit ne fait pas tourner la veste à ces pauvres gens. Cependant, dans ces intervalles, le chirurgien danse, chante, fait des contorsions effroyables, tourne et renverse ses yeux, se rebiffe le nez, enfonce ses maschoires, se disioque le menton; son col tantost s’allonge et tantost se raccourcit; ses poulmons se gonflent, ct son estomac s’enfle; ses doigts, ses mains, ses bras s’estendent et se retirent; il crache le sang par la bouche, il en fait sortir par le nez et par les oreilles, et se déchire et incise la peau, et, comme j'ay déjà dit, tout cecy et plusieurs autres choses se fort en chantant et dansant; enfin, après toutes ces menées, celui-cy descouvre l'endroit où e sortilège est placé, en telle sorte que, s’il voit que le malade a de la peine à cracher ou à respirer, il luy fait croire que le sort qu'on luy a jeté est un os qui s'est mis en travers du gosicr. Il s'approche du malade en faisant des grimaces ; ii luy prend le gosier avec ses dents, mais tout bellement, faisant semblant de chercher cet os, qu'il trouve tousjours parce qu’il l’a dans sa bouche. Ainsi, après avoir bien fait des façons en cette recherche, il se lève en sursaut et fait un grand cri de joye pour marquer que le sort est levé et crache cet os sur quelque chose. Pour lors tous les assistans admirent son art et sa capacité, et le malade commence à se croire guéry. En un

mot toute la science consiste à sçavoir la partie malade qui

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luy est déclarée par celuy qui souffre, et pour lors il dit qu'il y a dans la partie affligée ou un os, ou une vis de fusil, une espine, ou une areste, où du poil, ou autre chose semblable. Mais, si le malade ne guérit point et que son mal continue à augmenter, le chirurgien continue aussi de jongler, il luy arrache tousjours quelque pièce ensorcelée, et l'apothicaire, de son costé, opère avec ses médicamens. Lorsque le malade meurt, ils font comme nos médecins, ils se retirent en disant qu'il n’en pouvoit pas eschapper. Cependant, de quelque manière qu'il en soit, ces charlatans-là ruinent et appauvrissent la cabane ou la famille du malade, car, s’il guérit, il leur donne tout ce qu’il possède, et toute la famille en fait de mesme, et, s’il meurt, on ne laisse pas que de leur faire un présent trèsconsidérable. Ces sortes de gens sont respectez et estimez parmy toutes les nations. [ls ont l'adresse mesme de se distinguer des autres en leurs manières et en leurs actions, qui sont extérieurement mieux réglées et plus modérées; leur démarche est aussy plus grave et plus composée que celle des autres. Lorsqu'ils vont quelque part, ou qu'ils sortent de leurs cabanes, ils portent autour de leur cou, sur l’espaule ou sur le bras, une peau de loutre ou de quelque autre beste bien enjolivée, et c'est par cette marque qu’on connoist ces docteurs-là, comme on remarque les chanoines par l’aumuce. Cela fait voir que par tout le monde, les uns abusent les autres, et qu’il y a des trompeurs et des charlatans surtout dans l’école de Galien et d'Hippocrate.

Une chose est néantmoins très-certaine, c’esi que tous les Sauvages sont très-habiles et très-experts pour guérir toutes sortes de playes et blessures, de quelque nature qu'elles puis-

sent estre, et cela par la vertu des simples, dont ils ont une

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meilleure connoissance. [ls ont aussy pour la bruslure, la geleure, pour les piqueures et les morsures des serpens et autres animaux venimeux, mais le bon de l’aflaire, c’est qu'ils envoyent et repoussent parce moyen le mal aussy promptement qu'il est venu. Ils sont très-bons anatomistes, c'est pourquoy, lorsqu'ils ont des os rompus et bras cassez, ils y procèdent avec beaucoup de sagesse, de dextérité et d'habileté, et l'expérience fait voir qu'ils guérissent plustost un blessé en huit jours que nos chirurgiens en trente, soit parce que ces premiers ont des meilleurs remèdes et sont de mcilleure foy, et que les autres ont plus d: malice pour faire valoir leurtalent. A l’esgard des maux vénériens, ils s’en moquent, car ceux qui en sont attaquez se guérissent dans dix ou douze jours, au plus tard, en prenant de certaines poudres qui n’ont nul goust, qu'ils avalent avec de l'eau chaude, et c’est pour cette raison qu'on ne voit point de vérolée parmv eux, mais ils ont la malice de ne vouloir point enseigner leurs secrets aux François, quoy-

qu'ils ne leur en refusent point au besoin.

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