DELA
Les Malhominy ou Folles Avoines sont ainsi appelez à cause dé la rivière où leur village est situé, qui produit une quantité prodigieuse de foile avoine, qu'ils recueillent ct ramassent comm nous faisons nos bleds. Ils la font bouillir avec du gibier ou de la graisse. Cette nourriture est saine. [l n'y à point de nation où les homines soient si Eien faits ny si bien tournez que dans celle-cy. Ils ne sont pas si bazanez que Îles autres, Ct s'ils ne se graissoient pas, ils surpasscroient les F'ançois en blancheur Les femmes sont aussi assez jolies et plus humaines que celles de leurs voisins.
La nation des Sakis est ainsi appelée, parce que Saky signifie l'entrée de la rivière. Cette nation est gucrrière et inquiète l’Iroquois : elle estoit autrefois nombreuse, mais ies Illinois, avec qui ils eurent autrelois quelques piques, ia destruisirent en partie, lorsqu'ils y pensoient le moins.
Les Puans portent ce nom à cause de leur rivière, dont l'eau est fort trouble. Elle est si remplie de toute sorte de poissons qu'il est difficile de le pouvoir cemprendre, si bien que pendant les chaleurs de i'esté, soit à cause de la qualité de l'eau, soit à cause de la trop grande quantité de poissons, on en voit l’eau toute couverte, et comme il est dans un instant pourry et corrompu, on ne peut quasi approcher le rivage, à cause de la puanteur, et par conséquent l’eau en est très-dégoustante. Voilà pourquoy cette nation est appelée les Puans, car de leurs personnes et de leurs manières, ce sont les gens les plus propres qui soient parmy les Sauvages et leurs femmes soat les moins sales, et ont un très grand soin de tenir leur cabane très-nette et bien rangée, ce qui n'est guère le talent des autres Sauvagesses.
Les Outagamis, c’est-:-dire la nation des Renards, sont ains'
appelez parce que c'est une nation rusée et maline. Ils sont situcz sur une très-belle rivière et dans un très-bon païs pour toutes choses, Cette nation se rend puissante, et c'est pour cette raison qu'elle devieni tous les jours insolente. Je pense que, si nous n'avions pas eu la guerre de l'Iroquois sur Îles bras, on ‘uroit pris des mesures pour lhumilier, car cile a déjà insulté et pillé plusieurs fois les François, les traitant d'ailleurs indignement. Ils ne font point la guerre à l'Iroquois. Au contraire, il y a quelque espèce d'alliance entre eux, et c'est la politique de cet ennemi commun de toutes les nations du Nouveau Monde, d’avoir pu tenir dans la neutralité, une nation au milieu de toutes les autres, qui auroit pu beaucoup j’incommoder, si elle luy avoit fait la guerre. Cela fait grand bien à l’Iroquois, parce que, par le moyen du Renard, il mange souvent la poule. Lorsque les affaires vont mal, celuy-cy s'entremet pour les négociations, et réussit souvent si bien que lIroquois prend haleine dans cet intervalle, parce qu’il n’y a point de nation qui ne s'estime heureuse et qui ne tienne à grand honneur d’estre recherchée d'un ennemy qui fait tout trembler, en sorte qu'on ne luy refuse point la paix, lorsqu'il la demande. Mais c'est tousjours dans ces pourparlers qu'il prend son temps pour destruire les nations, qui, par un malheureux sort, ont toujours la sottise de “.meurer dans l'indolence, lorsque leur enneriy leur propose la trève ou la paix, sans que l'expérience les puisse réveiller ny sortir de leur assoupissement. Les Renards sont malpropres tout à fait, grands voleurs, et il faut piutost prendre garde à leurs pieds qu’à leurs mains, car ils s'en servent fort adroitement pour dérober. Ils font la guerre aux Sioux
et aux Saulteux et font de bons coups sur leurs ennemis. [ls
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sont si peu jaloux de leurs filles qu'ils ne les refusent point à ceux qui les leur demandent en ieur donnant quelques bagatelles.
Le poste de Chigagou vient ensuite. Le mot signifie la Rivière de l'ail, à cause qu'elle en produit naturellement sans aucun soin unetrès-grande quantité. Il va là le village des Mianis, qui sont des gens fort bien faits; ils sont bons guerriers et extrêmement alertes. Ce sont de vrais et véritables lévriers. Ils inguiètent beaucoup l'Iroquois, et en tout temps ils luy arrachent poil ou plumes. Cette nation est nombreuse, mais elle est divisée en plusieurs villages, par la jalousie des plus considérables qui ne peuvent pas compatir ensemble, et comme ils sont fiers et guerriers, ils font la guerre quasi contre tous les autres. Mais parce qu'ils sont divisés, leurs ennemis les destruisent si souvent, que, s'ils ne se réunissent pas, ils risquent d’estre entièrement anéantis. Ce seroit bien dommage, car ce sont de braves gens, assez humains et civils, et les plus portez, à ce que je croy, à escouter la voix de l'Evangile. Ils ne s’embarrassent point du libertinage des filles, mais à l’esgard de leurs femmes, ils en sont très-jaloux, ct dès qu'il y en a quelqu’une convaincue d'infidélité et d’adultère, le mary luy fait raser la teste, luy coupe le nez et les oreilles et la met hors de sa cabane, après quoy elle va où elle veut et les parens n'y trouvent rien à dire, parce que la loy de cette nation est telle. Ils en ont une autre infime pour punir l'adultère. Le mary prend sa femme et la mène au milieu du village; il publie, à haute voix, le crime dont elle est coupab'e, et il invite en mesme temps toute la jeunesse c'2 luy aider à la punir. Il la renverse au mesme instant pour la con-
noistre le premier ; ensuite tout le reste y passe, si bien qu'ils