AVERTISSEMENT
avons craint de manquer d'expérience et de nous exposer à ne produire qu'une pure compilation. Nous avons voulu voir beaucoup, employer tout le temps nécessaire pour bien voir, et nous nous estimerons très-heureux si nous y sommes parvenu. L'expérience la plus profonde ne s'acquiert que par une longue pratique, en qualité de chef de service dans les hôpitaux. Il faut porter le poids d'une semblable responsabilité pour accorder aux maladies et à leurs mobiles péripéties toute l'attention, toute l'inquiète sollicitude qu'elles exigent, et se tenir toujours prêt à agir. Il faut aussi beaucoup de temps pour réfléchir sur les faits, pour les comparer aux faits analogues et différents observés par les autres praticiens, pour en mûrir les conséquences par des méditations réitérées et prolongées. Le jugement, d'ailleurs, est unefaculté de l'esprit qui ne s'acquiert qu'avec l'âge ; faible dans l'enfance, qui est d'une crédulité sans bornes, il l'est encore dans la jeunesse, et il ne parvient à sa toutepuissance que vers la fin de la virilité et dans la vieillesse. Aussi, presque aucun homme n'arrive à ce temps de la vie, qu'on appelle l'âge de l'expérience, sans être étonné du changement que les années ont apporté dans ses opinions, et sans sourire de ses inébranlables convictions de jeune homme , que l'aile du temps a balayées de son esprit, comme le vent balaie la poussière de la terre.
J'ai déjà indiqué, dans le titre général de l'ouvrage et dans le titre spécial de la Pathologie générale qui