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DE LA SYMPT0MAT0L0G1E

de qualité, les troisièmes sont des vices d'excrétion ou de rétention.

ïJne telle distinction ne brille ni par sa clarté, ni par sa précision. Ceux qui seraient curieux de l'approfondir pourront remonter à l'analyse de Leclerc (Uist. de la Méd., 3e partie, I. îîl, ch. 3), qui a cherché à l'expliquer. Cette doctrine ne s'en est pas moins propagée jusqu'à Paré (v. sesOEuv., introd., ch. 2i), à Rivière (Opéra., etc., Lugduni \Q 62, Pathol. sect. 4, de symp. natuva, etc.), à Boerhaave (v. ses Instit de méd. symptomatol. pathol., nos 801 et suiv.), et au delà sans devenir meilleure. Mais il ne faut pas continuera l'imputera ce dernier, ainsi qu'on le fait de nos jours, car il n'en est pas l'auteur.

On a aussi distingué les symptômes en primitifs et consécutifs (Lafaye, Princip. de chir., 3e partie, ch. 4); en diagnostiques ou pathognomoniques , qui font reconnaître les maladies, et en pronostiques lorsqu'ils en font prévoir la terminaison-, en essentiels, ce sont les plus importants ; en accidentels, qui dépendent d'un accident et du hasard en quelque sorte; en communs, qui, comme les symptômes sympathiques, se montrent dans une foule d'affections (Dict. des se. méd., art. symptôme); en vitaux et en physiques (Bayle, dans Chomel, pathol. gêner:)' en locaux, qui se montrent dans l'organe malade lui-même; en particuliers on fonctionnels, qui troublent ses fonctions propres; en généraux, qui se manifestent dans l'ensemble des organes (v. Boyer, Mal. chir., t. I, p. 16); en dynamiques ou fonctionnels, et statiques ou anatomiques (Dubois d'Amiens, Pathol. génér., t. I, p. 86); en idiapathiques, qui sont locaux ou essentiels, et en généraux, qui sont sympathiques, etc.

Ces distinctions, si je ne m'abuse, sont à la fois excessives, insuffisantes et incapables de faire ressortir les vérités les plus générales de lu symptoruatologie

et les caractères généraux les plus importants des symptômes.

Les auteurs qui les ont établies paraissent euxmêmes en porter ce jugement 5 car leurs distinctions posées, ils n'en tirent aucun parti, ils n'en tracent pas l'histoire générale, ils ne l'essaient même pas. S'ils veulent continuer l'exposé de leurs observations sur les symptômes, au lieu de suivre l'ordre de leurs divisions générales, ils en prennent un tout différent. Ainsi, Boerhaave adopte l'ordre des fonctions, qu'on appelle physiologique 5 d'autres Tordre topographique a capite ad calcem.

Et vous croyez peut-être que, s'ils font immédiatement une injurieuse infidélité aux principes généraux qu'ils viennent d'adopter et de proclamer, du moins ils les groupent d'une manière quelconque pour en exposer les caractères par généralisation, pour se soutenir à la hauteur d'une doctrine générale! Pas du tout : ils tombent dans les détails, ils s'abaissent à énumérer des symptômes particuliers de maladies spéciales qui sont toujours infiniment mieux placés à l'histoire de chacune de ces affections. Ils font enfin, au lieu de pathologie générale, de la pathologie spéciale très-confuse, très-soporifique, très-décousue; car les symptômes y sont séparés à la fois et de ceux qui les accompagnent dans une même maladie, et des symptômes de la même division générale adoptée par eux-mêmes.

Cette absence de travaux de symptomatologie générale me permettra de me dispenser de tout détail historique sur ce point et de me borner aux quelques observations que je viens de présenter.

Bien que H. Boerhaave, et peut-être d'autres avant lui, aient suivi la division physiologique des fonctions, adoptée généralement aujourd'hui pour énu-

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mérer les symptômes dont ils parlent, cependant, à la fin du dernier siècle, on en était venu à les énumérer et à les décrire, d'après l'ordre topographique.

Mais Bichat, en redonnant un nouvel éclata l'enchaînement naturel que j'ai désigné sous le nom d'hiérarchie des fonctions dans ma Physiologie, a fait de nouveau adopter par M. Ghomel l'ordre physiologique dans sa pathologie générale. Ce reflux de la raison est un progrès; car il rend plus apparents les désordres morbides, par le rapprochement et l'ensemble des symptômes de chaque fonction troublée.

Cependant, comme M. Chomel a réuni, en outre, un grand nombre de symptômes sous le titre de symptômes de l'habitude extérieure, nous devons faire un nouveau pas en avant, et supprimer ce groupe. Réunir ces symptômes dans un même tableau, c'est encore rompre leur enchaînement naturel et rapprocher des phénomènes très-disparates par leur origine et par leur nature. En effet, on réunit ainsi des phénomènes, 1° d'attitudes qui tiennent à la musculation; 2° de changements dans le volume du corps et la fermeté des chairs, qui sont produits par l'inflammation, par des infiltrations œdémateuses, emphysémateuses, par l'amaigrissement et qui sont des troubles de circulation, de sécrétion ou d'absorption et de nutrition, etc. ; 3° décoloration de la peau, effets qui tiennent à des changements de la circulation et d'autres fonctions; 4° des phénomènes de physionomie, qui dépendent des sensations de l'intelligence, de l'affectivité, de l'innervation, de la musculation, etc. Evidemment, conserver un groupe de symptômes aussi divers et aussi disparates, tandis que l'on classerait régulièrement les autres symp-

tomes d'après les appareils ou les fonctions dans lesquels on les observe, serait employer deux poids et deux mesures pour apprécier les mêmes choses. Ce serait détruire d'une main l'édifice que l'on élèverait de l'autre et proclamer à la fois la nécessité de marier l'ordre à l'anarchie. Pour être conséquent avec son principe, il fallait exposer ou indiquer l'ensemble des symptômes des divers organes d'après l'enchaînement naturel des fonctions proclamé par la physiologie.

Et afin d'être entièrement logique nous ferons un troisième pas dans le progrès, nous distinguerons les symptômes en cinq genres, et nous les décrirons en général (et non en particulier) d'après notre division générale et première.

Comme les phénomènes essentiels de toute maladie sont les symptômes de la partie affectée ou les symptômes locaux, nous commencerons par ceux-là. Comme les parties voisines de la partie primitivement malade s'affectent souvent par contiguïté ou par continuité, nous parlerons ensuite des symptômes circonvoisins . Comme les troubles qui éclatent dans un grand nombre d'organes, plus ou moins éloignés de l'organe primitivement affecté, s'y développent, ainsi que les sympathies morales entre les hommes, sans moyen intermédiaire matériel connu qui puisse les expliquer, nous les décrirons, en troisième lieu, sous le nom de symptômes généraux ou sijmpathiques. Comme les maladies générales, les diathèses, la scrofule, la syphilis, et les fièvres essentielles, les fièvres éruptives, les troubles qui se montrent au loin dans les diverses parties du corps sont souvent des effets diathésaux, des témoignages par lesquels la dialhèse manifeste sa généralisation , nous en parlerons, en quatrième lieu, sous le nom de symptômes diathésaux. Enfin, comme il y a des symptômes qui sont la consé-

quence logique de beaucoup de maladies ou même d'autres symptômes, sans appartenir a aucun des genres précédents, sans en revêtir les caractères, nous en traiterons après tous les autres et nous les désignerons, faute de meilleure dénomination, sous le nom de symptômes conséquents.

Nous espérons porter par ces distinctions quelque lumière dans la symptomatologie, retirer des ténèbres quelques vérités que l'analyse aurait pu faire briller plus tôt, et qui ne restent méconnues ou mal connues que parce qu'elles n'ont point été nettement distinguées et généralisées. Et, si nous ne nous faisons pas illusion, la symptomatologie générale sortira de sa période de confusion pour se généraliser et entrer dans la période systématique, que j'appellerais volontiers la jeunesse des sciences.

On a dû remarquer que nous désignons spécialement par symptômes locaux, les changements morbides qui se manifestent dans la partie primitivement malade, dans les affections locales. On pourrait aussi, et c'est, ce que l'on a fait, les appeler essentiels, parce qu'ils se confondent souvent avec la maladie elle-même, idiopathiques , d'i'oNoç, propre, et de TraOoç, affection, maladie propre. On pourrait même y rapporter les caractères anatomiques qui, comme la rougeur et le gonflement, ne sont pas le résultat immédiat d'une affection mécanique ou physique, si on ne les renvoyait aux lésions matérielles ou anatomiques.

Les symptômes locaux se manifestent dans les phénomènes communs à toute partie vivante, dans les sensations, la circulation, les sécrétions, la calorifi-

cation, et dans les fonctions spéciales qui s'y passent. Il y a donc, parmi les phénomènes locaux, des symptômes communs et des symptômes spéciaux qu'on désigne souvent sous le nom de fonctionnels, et que Boyer lui-même a dénommés ainsi (Malad. chir., 1. 1, Inflamm.) p. 16). Si cette expression était toujours employée dans ce sens elle aurait toute la précision désirable; malheureusement, il n'en est pas ainsi.

Des symptômes locaux de sensation.

Ces symptômes me paraissent mériter une attention qu'on ne leur a point encore accordée.

Les symptômes locaux de sensation découlent de sensibilités spéciales si différentes les unes des autre», et offrent des nuances si multipliées qu'ils constituent à eux seuls une doctrine intéressante, quoiqu'elle soit encore à son berceau.

Qu'il me soit permis, pour la rendre aussi claire que possible, de rappeler que j'ai démontré dans ma Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence, que la faculté de sentir n'est pas unique , mais au contraire multiple; que les diverses facultés qui en résultent sont en nombre incalculable, et par conséquent inexprimable; qu'elles se distinguent les unes des autres par leur origine, par leur caractère de sensation, quelquefois par les parties où elles s'observent, et surtout parce qu'elles se montrent sensibles à des excitants différents, ou reçoivent du même excitant des impressions distinctes. Qu'il me soit permis d'ajouter que la multiplicité des facultés sentantes n'a rien d'extraordinaire; qu'elle se lie même aux principes fondamentaux de la vie, car les propriétés ou les facultés vitales que l'on croit peu nombreuses sont très-multipliées, et plusieurs de celles que l'on croit uniques sont encore multiples.

Ces principes rappelés et posés pour montrer que les faits de pathologie que je vais développer ne sont point, comme on pourrait le penser, des faits sans analogues, sans famille en physiologie, j'entre immédiatement en matière.

Les symptômes des sensations locales sont : 1 ° ou des douleurs, 2° OU des illusions sensitives, 3° ou des sensations paralysées.

t° Les douleurs, que je ne définis point parce qu'il n'est personne qui ne connaisse la douleur par sa propre expérience, diffèrent par leur origine, leurs causes, les parties où elles se montrent, par leurs effets et par leur nature.

Sous le rapport de leur origine et de leurs causes, elles forment plusieurs genres. Qu'on me pardonne ces distinctions. Les sciences ne peuvent faire connaître les choses qu'en les distinguant et les décrivant, et les descriptions ne servent qu'à les mieux faire distinguer.

Le premier genre comprend les douleurs causées par un agent physique, et je les désigne sous le nom de douleurs physiques.

Les agents qui les produisent sont le froid et les actions mécaniques et chimiques, ou, ce qui revient au même, les corps froids, contondants, tranchants, piquants, et des forces mécaniques et chimiques qui déterminent des compressions , des contusions , des plaies, des fractures, des distensions, des déchirures, des entorses, des luxations, des brûlures.

Toutes ces douleurs peuvent se développer, et ordinairement se développent immédiatement sous l'influence de la cause qui les détermine, comme les sensations physiques 5 mais tandis que celles-ci ne durent guère que le temps de l'excitation des sens, il y a des douleurs qui se prolongent longtemps après.

Ml\ CHAPITRE VII. DE LA SYMPTOMATOLOGIE.

D'ailleurs elles sont, en général, proportionnées à l'activité de leur cause, et souvent elles sont suivies d'inflammation. La persévérance plus ou moins longue de la douleur, après la cause qui l'a engendrée, est un phénomène fort remarquable 5 car il montre un effet qui persiste parfois très-longtemps après sa cause, et sans sa cause première.

Mais en voici un qui l'est bien davantage, et qu'on a moins remarqué. Personne ne l'a peut-être jamais signalé, quoiqu'il puisse se montrer après toutes ces douleurs physiques, des mois, des années après qu'elles se sont entièrement éteintes, et cela, sous l'influence la plus légère , quelquefois même sans cause appréciable : je veux parler de leur récidive.

Qui ne sait, en effet, que les douleurs rhumatismales causées par le froid ) que les douleurs des anciennes blessures, des plaies, des fractures, des entorses, des luxations, depuis longtemps cicatrisées, consolidées, et, sous ce rapport, guéries, se réveillent trop souvent, dans les parties qui en ont souffert plus ou moins anciennement ; que d'anciennes blessures cicatrisées se rouvrent même chez les vieux militaires, par les froids de l'hiver, par les temps orageux, quelquefois sans cause appréciable? Ces récidives, communes à toutes les douleurs physiques, possibles du moins dans toutes, caractérisent trop vivement à mes yeux ces douleurs consécutives pour que je ne les exprime pas par un mot qui en grave profondément la nature dans la mémoire. Je les appelle donc douleurs récidivantes.

Il y en a d'autres encore que je dois en rapprocher. La pression que les épaississements d'épiderme, connus sous le nom de cors au pieds, exercent à chaque instant sur le derme des orteils, cause, à la longue, des douleurs de l'orteil entier et du pied lui-même

qui sont insupportables, obligent au repos le plus absolu, et récidivent aussi par les orages, par le froid, et souvent sans cause connue.

Les selles dures, les défécations laborieuses et déchirantes, engendrent à la longue des douleurs anales atroces qu'on a nommées nerveuses, souvent des fissures, des spasmes convulsifs des sphincters, qui se prolongent six, huit, quinze heures après la défécation, et qui récidivent quelquefois pour la moindre cause. Ces douleurs tiennent si manifestement chez le plus grand nombre de malades à une constipation habituelle, que je les guéris pour la plupart au moyen de purgatifs répétés , tous les trois jours à peu près , pendant un mois ou six semaines.

Toutes les douleurs récidivantes que j'ai signalées avant ces dernières, ont encore ce caractère commun, qu'elles sont soulagées et guéries par les antiphlogistiques, et surtout par des irritants locaux (vésicatoires, acupuncture, incision), par les bains de vapeur, les douches de vapeur ou d'eau chaude. Les dernières elles-mêmes se dissipent par les incisions, par une distension violente du sphincter de î'anus, qui, en le dilatant, rend ensuite la défécation moins laborieuse, moins douloureuse.

Passons à des douleurs d'une autre source.

Au second genre des douleurs locales, je rapporte les douleurs d'activité organique. Elles correspondent aux sensations naturelles de même nom que chacun éprouve dans certains organes en action : dans le cerveau, dans les sens, dans les muscles, dans le larynx, la bouche, le pharynx, les organes générateurs, par exemple. Elles tiennent à l'excès d'énergie de l'action des organes. Elles semblent se confondre avec les douleurs de fatigue organique qui les suivent, et dont je ne les distinguerai pas, ici.

Ces douleurs peuvent être très-violentes, trèsétendues, causer alors une fièvre très-vive, et persévérer jusqu'à huit ou dix jours et plus. Le repos suffit ordinairement pour les calmer -, la diète y contribue, les saignées peuvent aussi les apaiser. Les irritants locaux conviennent encore à ces douleurs, quand elles sont circonscrites et sans fièvre.

Ces douleurs de fatigue se rapprochent beaucoup des douleurs physiques, ainsi qu'on peut le remarquer , par l'action des influences thérapeutiques , quoique leur origine soit fort différente; quelquesunes même sont très-opiniâtres et semblent récidiver. Telles sont celles qui sont la suite d'un violent effort musculaire des lombes, et qu'on explique par une rupture des fibres musculaires, supposition peu probable, car cette rupture n'est généralement appréciable ni au toucher par une dépression, ni à l'œil par une ecchymose.

Il y a un troisième genre de douleurs qui naissent d'un besoin physique non satisfait; ce sont des douleurs de besoin. Telles sont celles de la faim, de la soif, des excrétions fécale, urinaire et lactée, quoique celles-ci soient causées par un agent physique intérieur de l'économie.

Ces douleurs, moins intéressantes ici, pour nous, parce que ce sont rarement des maladies par ellesmêmes, cessent par la satisfaction du besoin qui les détermine.

Les douleurs du quatrième genre dont j'ai à parler, diffèrent des précédentes en ce qu'elles ne sont produites ni par un agent physique, ni par l'activité normale des organes, ni par leur fatigue, ni par des besoins, mais seulement par leur origine morbide. On pourrait, pour les caractériser par quelque chose de positif, les appeler fer-morbides, douleurs par maladie

qui existent pendant et avec la maladie, et n'ont pas d'autres causes.

Ces douleurs comprennent toutes celles qui se manifestent dans un organe enflammé peu ou très-profond, dans un nerf affecté de névralgie, dans les dégénérations cancéreuses, les affections cutanées, celles du tissu cellulaire et tant d'autres.

Les douleurs des inflammations sont accompagnées de chaleur, et quelquefois pulsatives, comme les artères. Ce dernier caractère est très-probablement dû à la sensation des dilatations artérielles et capillaires par l'organe enflammé. La compression et les chocs les augmentent, le froid les apaise fréquemment.

Les douleurs nerveuses, proprement dites, sont des névralgies, lancinantes et centrifuges, qui parcourent les nerfs du centre à la circonférence, de leur origine ou de leur tronc à leurs terminaisons. Une compression modérée, une douleur perturbatrice locale et la chaleur les calment assez souvent.

Les douleurs des dégénérations carcinomateuses sont souvent lancinantes, coup sur coup, comme des coups d'aiguille ou de canif qui larderaient la partie malade.

Celles de la peau sont brûlantes, cuisantes, comme celles du zona et du pemphigus, et d'autres encore qui sont des inflammations de la peau.

Celles des parties profondes, et surtout des os, sont obtuses ; souvent la pression les exaspère fort peu. Et, chose merveilleuse! les os enflammés, qui souffrent quelquefois spontanément d'une manière assez vive, ne souffrent pas lorsqu'on les coupe, qu'on les perce ou qu'on les brûle; le péritoine enflammé, qui est très-sensible à la pression exercée sur les parois du ventre, semble insensible lorsqu'on le presse immédiatement entre les doigts, qu'on le coupe ou

qu'où le déchire dans le sac herniaire d'une hernie étranglée.

Les douleurs per-morbides tiennent donc à des sensibilités aussi variées que celles de l'état de santé.

Voilà déjà bien des espèces, bien des variétés morbides dans l'empire de la sensibité; nous ne sommes cependant pas au bout.

2° Les illusions sensitives vont nous en révéler d'autres qui méritent, d'être mentionnées dans une symptomatologie générale, mais dont la description détaillée doit se placer ailleurs. Ces illusions s'observent dans les maladies particulières des sens extérieurs; mais on ne les a pas généralisées encore, je crois, quoiqu'elles soient très-remarquables.

Tout le monde sait, par exemple, que dans les chocs, dans les ébranlements qui s'étendent au crâne et à l'œil, dans les inflammations et les maladies nerveuses de cet organe, les malades éprouvent des illusions optiques. Ils voient des brouillards, des réseaux, obscurs ou brillants, qui leur voilent les objets; des lumières, des étincelles, des auréoles, des rayons, des figures de feu, des images enflammées de formes et de couleurs variées, des corps légers toujours en mouvement, des insectes monstrueux, des déformations des corps existants qui ne montrent qu'une moitié de leur surface, ou se doublent et se multiplient davantage; enfin, une foule de choses qui n'existent pas, et dont les fantastiques apparences ne sont dues qu'au sens de la vue, lorque l'intelligence est ellemême en parfaite santé.

Eh bien ! croit-on que ces illusions sensitives ne s'observent que dans l'organe de la vision? Qui ne sait cependant que des causes analogues, à celles qui les produisent clans l'œil, en déterminent aussi dans l'organe de Voiiie? Qui ne sait que les malades éprou-

vent alors des illusions acoustiques aussi diversifiées que les illusions visuelles ; qu'ils entendent , par exemple, des bruits de fractures ou dépôt fêlé, des explosions, des bruits de mer, de rivière, d'orage, des bruits de friture, des bruits de sonnettes, de cloche, de marteau, des bruits de scie, des bourdonnements d'insectes, et tant d'autres qui ne sont pas plus réels et plus fondés les uns que les autres ?

Croit-on encore que ces illusions sensitives propres à la vue, à l'ouïe, et en harmonie avec leur sensibilité spéciale, ne s'observent pas dans d'autres sens? Elles y sont assurément moins communes ; mais lorsqu'on a l'attention éveillée sur ces faits et sur leur principe commun, on ne les laisse pas échapper. J'ai éprouvé par moi-même, dans des inflammations aiguës de la membrane nasale, des sensations opiniâtres et continues d'odeur désagréable, quoique le mucus nasal n'eût aucune odeur, et j'ai observé le même phénomène chez d'autres. J'ai vu des malades poursuivis par des odeurs désagréables , dans d'autres circonstances-, sans que ces odeurs fussent plus réelles 5 d'autres observateurs en ont cité des exemples.

Le goût est plus souvent le théâtre de ces perversions sensitives que l'odorat 5 mais elles tiennent probablement plus souvent à la nature, à l'altération des sécrétions, qu'aux différentes sensibilités gustatives que l'on observe dans la bouche et le pharynx. C'est peut-être le cas des sensations fades, pâteuses, amères, dont les malades se plaignent si souvent, et des saveurs acides, salées, qu'ils accusent beaucoup plus rarement lorsqu'ils n'ont ni aliments, ni boissons dans la bouche, ou qu'ils y ont des aliments, des boissons qui ne sont ni acides, ni salés.

Néanmoins, il m'est arrivé d'être consulté par un malheureux vieillard de la rue du Faubourg Saint-

Denis, pour une affection du goût qu'il ressentait dans le pharynx el qui le poursuivait partout. Il avait consulté bien d'autres confrères avant moi, et entre autres M. Cloquet, pour cette affection de la sensibilité gustative du pharynx. Il en était si affligé que, dans son désespoir, il a cherché à y mettre fin par le suicide.

Le tact proprement dit présente aussi quelques illusions, mais les unes ne sont pas précisément morbides, les autres ne sont plus assez précises pour affirmer qu'elles se rapportent plutôt au tact proprement dit, qu'aux tacts spéciaux ou aux facultés tactiles spéciales dont j'ai, je crois, démontré la distinction et l'indépendance.

Les illusions du tact proprement dit qui ne sont pas morbides, et que, pour cette raison, je me borne à citer, sont ces sensations qui nous font croire qu'un insecte court à la surface de la peau, qu'une mouche nous pique, quoiqu'il n'en soit rien. Les autres sont les démangeaisons, les picotements et une foule de sensations si communes dans les maladies de la peau, et si spéciales à cette membrane et à l'origine des muqueuses. Les sensations de froid qu'on remarque dans le frisson des fièvres, celles de Y aura epileptica, du globe hystérique, etc., sont aussi des illusions, et en apparence des sensations tactiles générales.

Ainsi, les sensations spéciales ont ce caractère remarquable, que les mieux connues donnent lieu à des illusions particulières corrélatives à leur caractère propre.

3° Paralysies des sensations, ou des facultés d'où elles dérivent. — Il y a longtemps que l'on a observé pour la première fois des paralysies partielles de la sensibilité, puisque cette notion remonte au moins jusqu'à Galien.

On sait que ces paralysies de sensibilité accompagnent souvent les maladies médicales et chirurgicales de l'encéphale, de la moelle spinale et des nerfs, que ces affections existent séparément ou plusieurs ensemble. On commence à connaître de mieux en mieux ces paralysies dans une foule d'autres affections nerveuses ou compliquées de troubles nerveux. Enfin, on commence à savoir de plus en plus sûrement, que les agents physiques locaux : froid, humidité, compression, violences extérieures, etc., peuvent causer des paralysies locales de sensibilité. Jusqu'à nos jours, on n'a vu, dans ces faits, que la paralysie d'une faculté de sentir unique, quoiqu'il y en ait un grand nombre. Mais maintenant que la vérité se montre à d'autres que je n'ai point influencés, qui ne connaissaient peut-être pas même mes observations lorsqu'ils ont, de leur côté, aperçu des faits qui concourent à établir la doctrine de la multiplicité des facultés de sentir, qui pourrait douter de cette multiplicité? Qui pourrait encore en douter, quand on sait que M. Beau a récemment démontré (Archives gen. de médecine, janvier 1848)qu'un malade affecté d'une paralysie saturnine et insensible à la douleur physique en différents endroits du corps, sentait, quand on le touchait légèrement dans les mêmes régions? « À la cuisse, dit-il, le sentiment du tact et celui de la douleur étaient l'un et l'autre abolis; dans les autres régions, il y avait conservation du tact et disparition du sentiment de la douleur. »

Ce fait remarquable l'ayant porté à rechercher s il le retrouverait sur deux autres malades affectés d'intoxication saturnine :

« L'expérimentation à laquelle je me livrai sur ces deux individus, ajoute-t-il, confirma mes prévisions. Je pus, en effet, les pincer, les piquer en différents

points de la peau, surtout sur les membres thoraciques, sans leur causer une sensation de douleur. Ils avaient cependant le sentiment tactile,car ils sentaient le contact de l'épingle, ils sentaient mon doigt et même la barbe d'une plume promenée doucement sur les points où le sentiment de la douleur n'existait plus. » M. Beau a constaté les mêmes phénomènes dans l'hystérie, dans l'hypocondrie. Il les a signalés chez les aliénés, les convulsionnaires, les trembleurs des Cévennes, par l'intermédiaire de l'histoire.

Depuis le Mémoire de M. Beau, un interne des hôpitaux de Paris, son élève, M. Delacour (thèse 7, 1850) , qui a vu des faits analogues dans le service de M. Beau, d'autres encore et moi-même, nous avons vérifié en partie l'exactitude de ses assertions. Aux maladies accompagnées d'indolence physique (analgésie) ou d'insensibilité tactile (anesthésie), déjà indiquées par M. Beau, M. Delacour ajoute la sciatique, la catalepsie, le somnambulisme naturel et l'extase; la suppression des règles, des lochies; la cachexie cancéreuse, quoique les preuves de cette dernière assertion me semblent très- faibles. Il cite encore l'éléphantiasis des Grecs et la lèpre, le rhumatisme, le délire nerveux, la fièvre typhoïde, i'acrodynie; les commotions de la tête ou d'un membre; les effets de l'onanisme et du fanatisme religieux.

Ainsi, voilà deux vérités acquises; il y a :

1° Des paralysies de sensibilité physique à la douleur ;

2° Des paralysies de sensibilité au contact d'un corps étranger. Il faudrait peut-être dire d'un excitant étranger, parce que la chaleur, l'électricité qui se font sentir, même sans causer de la douleur, ne peuvent être considérés comme des corps réels et démontrés.

Mais ces deux faits sont- ils bien ce qu'ils nous paraissent être, et sommes-nous parfaitement sûrs de les bien connaître? Cela ne sera pas douteux pour les observeurs qui croient et sont convaincus qu'il suffit d'ouvrir les yeux, de toucher, en un mot d'appliquer ses sens à un fait pour le connaître. Il s'en faut bien qu'il en soit ainsi! S'il y a des faits si faciles à comprendre, à apprécier, qu'il suffit de les entrevoir pour les connaître, il yen a d'autres plus difficiles à juger, soit parce qu'ils sont peu sensibles, soit parce qu'ils sont très-complexes, soit par d'autres causes que l'on ne peut comprendre qu'en les étudiant à la fois par les sens, par des expériences et parla réflexion. Enfin, il y en a même de plus difficiles encore à comprendre et qu'on ne peut connaître que par tous ces moyens, réunis à une sagacité d'intelligence particulière et supérieure. Des esprits médiocres suffisent pour les premiers; pour les seconds, il faut -de véritables observateurs; et pour les derniers, il faut des hommes de génie, des hommes supérieurs, toujours fort rares, souvent même des intelligences spéciales, car le génie lui-même n'aperçoit pas, ne découvre pas les vérités de tout genre apparentes sur 1 '.horizon où il porte ses regards.

Pour des raisons inutiles à exposer, je crois le fait de l'indolence physique, que M. Beau appelle analgésie, un fait vrai en général-, mais je n'oserais pas assurer qu'il n'y ait pas d'exception, et qu'aucun agent physique ne pûtéveiller la douleur, dans un cas de générale indolence aux excitants physiques de la douleur. Mais, tel qu'il est aujourd'hui, ce fait prouve un vrai talent, une grande sagacité d'observation dans celui qui l'a découvert.

Quant au fait de l'insensibilité tactile que M. Beau appelle anesthésïe, je le crois moins connu, et je

pense qu'il est nécessaire de l'étudier beaucoup.

Ici je suis forcé de donner des raisons, mais je serai bref.

J'ai vu, après bien d'autres assurément, que la peau, l'origine des muqueuses, jouissent partout, à peu près, de la sensibilité au contact des corps en général, c'est-à-dire de la sensibilité tactile générale; puis , j'ai vu encore, après bien d'autres, que ces parties étaient susceptibles de chatouillement; mais j'ai remarqué que cette sensibilité, si spéciale par sa nature, ne s'observait que dans certaines régions nettement circonscrites : la plante du pied, les flancs, le visage, les lèvres, la voûte palatine, les narines. Alors, me laissant guider par le sens commun, j'en conclus que la tactilité générale n'était pas la sensibilité au chatouillement. Des esprits qui ne se laissent pas aller facilement au sens commun, même appuyé sur une observation positive, en conclurent, au contraire, que ces deux sensibilités sont indentiques et n'en font qu'une; que leurs différences sont dues à des différences corrélatives d'organisation, etc., etc.; comme si la différence d'organisation de l'œil et de l'oreille ne contribuait pas à distinguer leur sensibilité respective, l'une de l'autre, loin de les confondre.

Malgré ces transcendantes raisons, je crois cette sensibilité au chatouillement distincte, spéciale, et je soutiens qu'il faut l'étudier particulièrement dans les paralysies de sensibilité pour s'assurer de son état. Or, quoique M. Beau ait eu déjà l'excellente idée de faire quelques essais à cet égard, qui lui ont montré la sensibilité du chatouillement paralysée en même temps que la douleur physique, il faut étendre et varier encore les expériences pour s'assurer positivement s'il en est toujours ainsi.

Tout en respectant les règles de la décence, il faut

étudier aussi l'état d'une foule d'autres sensibilités locales particulières, aussi distinctes par leur siège que par leur nature, que l'on observe dans les organes de la génération, et en bien plus grand nombre dans la bouche, les narines, l'œil, etc. M. Beau a encore eu le bon esprit d'accorder quelque attention à plusieurs de ces dernières; mais il faut creuser davantage cette matière : c'est une mine encore inexplorée. Cette tâche revient surtout aux médecins proprement dits, qui s'occupent des maladies nerveuses plus spécialement que les chirurgiens. Et si M. Beau est arrivé, par l'étude des maladies internes, à distinguer des espèces de sensibilité déjà signalées dans ma Physiologie philosophique des sensations et de L'intelligence, après avoir été observées d'un point de vue différent, je ne doute pas que, par l'observation analytique des paralysies de la sensibilité, la physiologie et la pathologie n'en retirent des richesses inconnues. J'en doute d'autant moins que j'en ai déjà observé, surtout à l'égard de la sensibilité tactile proprement dite.

J'ai vu, en effet, et j'ai fait voir, des malades qui distinguaient très-bien le moment où on les touchait, mais qui se trompaient toutes les fois qu'on les obligeait à dire avec quoi on le faisait, si on les touchait avec un fer chaud ou froid, avec de l'eau ou avec un corps solide, si on les pinçait, si on les piquait. Ils avaient la sensibilité tactile générale, mais non la sensibilité tactile proprement dite, qui fait distinguer les diverses qualités tactiles des corps.

Je n'en dirai pas davantage, ici, sur les paralysies des sensations ; je craindrais de dépasser les limites où je dois me renfermer.

Symptômes locaux de circulation. — Par phénomènes ou symptômes de circulation nous entendons l'état de

la couleur d'une partie, car ce n'est guère que par la que nous pouvons juger l'état de sa circulation. S4 sa couleur avait été notée déjà parmi les caractères anatomiques, où l'on pourrait l'indiquer avec autant de raison, dans une histoire générale ou parliculière, que parmi les symptômes locaux, il est évident qu'elle ne devrait plus l'être parmi ces symptômes.

Symptômes de catorification ou de chaleur animule. — lis s'apprécient habituellement par le toucher. Le thermomètre ne s'emploie que lorsqu'on veut faire, sous ce rapport, des expériences scientifiques, trèsrigoureuses et très-précises.

Le toucher suffit, en chirurgie, pour la pratique de Fart, et on en retire des lumières fort importantes et fort utiles lorsqu'on l'emploie convenablement. Mais pour cela il ne faut pas se borner à toucher la partie du bout des doigts, ou même par une assez large surface comme on le fait généralement. Il faut toujours étudier comparativement la température de la partie malade et de la partie saine du côté opposé, en les tenant l'une et l'autre à découvert pendant quelques instants, pendant une ou deux minutes, par exemple, afin qu'étant placées dans les mêmes circonsiances elles puissent se mettre en équilibre de température si leur température est la même. Si elle n'est pas égale, en procédant comme nous le disons et en touchant les parties par la plus large surface possible, on y appréciera facilement une différence. Tous les jours nous faisons distinguer ainsi à nos élèves, à la clinique, des nuances de température d'une délicatesse extrême, et chacun reconnaît avec étonnement que l'élévation légère de température qu'il apprécie lui eût échappé, s'il n'en avait jugé par une comparaison immédiate avec la température des parties saines.

Ordinairement la peau nue est fraîche à sa surface dans les parties saines. Cependant la peau nue est quelquefois tiède au toucher chez des jeunes gens pleins de vie; elle est tiède ou brûlante dans les plegmasies. Elle est même sensiblement plus chaude qu'à l'état normal, lorsque l'inflammation est profonde, au point d'avoir son siège dans les os des membres. Aussi apprécie-t-on parfaitement bien une élévation de température à la surface de la peau dans les arthrites chroniques et les ostéites.

En un mot, les différences de température, distinguées par le toucher comparatif, sont si délicates que je doute même qu'on puisse les apprécier mieux par le thermomètre, dont les réservoirs ou les boules s'appliquent toujours mal aux surfaces convexes de notre corps.

Quoique les sécrétions forment une fonction un peu moins générale que les précédentes, elles fournissent presque toujours des symptômes locaux dans les parties malades, parce qu'elles existent presque partout; peut-être même faudrait-il dire partout, sans exception. Quoiqu'il en soit, elles sont abolies, diminuées ou dépravées dans les plegmasies.

Les symptômes locaux, fonctionnels spéciaux, sont, pour les indiquer rapidement, des troubles fonctionnels : aux yeux, de la vision -, dans les organes lacrymaux, de la sécrétion et de l'excrétion des larmes; au nez, de l'odorat et de la respiration nasale; à l'oreille, de l'audition ; à la bouche, des nombreuses fonctions de gustation, de prononciation, etc., qui s'y passent ; au crâne, de l'intelligence et du sommeil; à la gorge, de la déglutition, de la respiration gutturale, de la prononciation; au larynx, delà voix; à la poitrine, de la respiration, des bruits respiratoires vocaux et cardiaques que l'on y entend, de la sonorité qu'on

188 CHAPITRE VII. — DE LA SYMl'TOUATOLOGIE.

y découvre et des battements que l'on y ressent; au ventre, des vomissements et des bruits qui s'y manifestent; au bassin, des excrétions qui s'y accomplissent.

Je n'en dirai pas davantage ici ; ce serait m'exposer pour l'avenir à des répétitions inévitables et empiéter sur la pathologie plus spéciale des appareils et des organes.

SYMPTÔMES C1RCONVOIS1NS.

Ce sont, comme l'indique leur nom, des symptômes qui se manifestent dans le voisinage de la partie malade, et cela, surtout dans les inflammations, soit par la contiguité, soit par la continuité du tissu cellulaire, des nerfs et des vaisseaux de la partie malade avec les parties voisines, comme l'a déjà vu M. Roux (Mélange&de c^ir., Paris, 1809, p. 124). Je les nomme aussi symptômes régiqnnaires parce qu'ils sont communs aux inflammations de la plupart des organes d'une même région. La 'céphalalgie, qui accompagne tant d'inflammations de la face ou du crâne, comme on le voit dans l'ophthalmie, la fluxion des joues, les plaies du crâne, etc., est un symptôme de voisinage et un symptôme région naire.

Nous rapportons encore aux symptômes de voisinage les engorgementsganglionnairesconsécutifs à une inflammation, une plaie, etc., plus ou moins éloignée, parce que les vaisseaux lymphatiques établissent entre la maladie éloignée et la ganglionite une continuité qui les rapproche en quelque sorte, comme la contiguité et la continuité le font, pour les symptômes circonvoisins les plus rapprochés de la partie essentiellement et primitivement malade.

Ces phénomènes ont été aperçus depuis longtemps, mais on n'a pas remarqué que, divers dans chaque ré-

gion, ils sont communs à la plupart des affections de chaque région. Aussi c'est leur généralisation que je veux signaler ici. Leur spécialisation trouvera sa place clans la pathologie spéciale.

Il est fâcheux qu'on ne les ait pas mieux remarqués, que l'analyse ne les ait pas distingués plus tôt, car ils sont fort curieux, ainsi qu'on va le voir par le peu que nous en dirons ici. Ils n'ont pourtant pas autant d'importance pour le diagnostic que les symptômes locaux, quoiqu'ils l'éclairent et le fortifient, mais ils en ont beaucoup pour le pronostic et pour le traitement. On est souvent obligé de les combattre par suite des complications sérieuses, des maladies secondaires réelles, graves et très-graves qu'ils ajoutent k la maladie primitive.

La généralité de ces symptômes régionnaires doit leur mériter beaucoup d'intérêt; car plus les faits sont généraux, plus ils ont d'importance et plus ils sont dignes d'attention. Leur histoire bien faite formerait une sorte de pathologie ou de doctrine pathologique des diverses régions du corps. On conçoit que nous ne pouvons, ici, qu'en offrir une ébauche. En conséquence nous allons les indiquer plutôt que les décrire, et sans donner les faits particuliers qui les démontrent. Ils trouveront d'ailleurs leur place dans la pathologie spéciale où nous les décrirons avec le soin qu'ils méritent. Mais chacun pourra vérifier la vérité de nos généralisations par le peu que nous en dirons.

Symptômes régionnaires des maladies de la tête. — Dans les intlammations qui ont leur siège à la tête, dans celles des méninges, de l'encéphale, des yeux, des oreilles, des cavités nasales, de la bouche, des joues, des gencives, de la gorge; dans les érysipèles du cuir chevelu et de la face, dans les céphalalgies, dans les contusions et les plaies de tête, il y a, outre la ce-

190 CHAPITRE Vil. — DE LA SYMPTOMATOLOGIE.

phalalgie qui est plus ou moins prononcée, et étendue an crâne entier, ou bornée au côté correspondant de la maladie lorsque celle-ci n'affecte qu'un des côtés delà fête : de la pesanteur, des étourdissements, de la tendance au sommeil et parfois du coma, lorsque les souffrances ne sont pas trop vives ; quelquefois du délire, souvent des éblouissements des yeux; des bourdonnements, des bruits divers des oreilles, une impression pénible de la lumière et du bruit ; des battements artériels qui produisent des bruits de souffle dans les carolides, des bouffées de chaleur au visage, assez souvent avec injection de la face, etc.

Ces phénomènes varient d'intensité suivant les maladies, suivant leur degré. Néanmoins ils s'observent quelquefois très prononcés, même dans des affections très-circonseriles. Ainsi la conjonctivite d'un seul œil suffit pour donner lieu à une céphalalgie de tout le crâne ou à une hémicranie correspondante au côté de l'œil malade, à une douleur dans le front, dans la tempe, dans la racine du nez, le bord sous-orbitaire, les dents et la mâchoire supérieure du même côté 5 a des bourdonnements et à d'autres symptômes indiqués plus haut. Or, comme les mêmes phénomènes s'observent dans une foule de maladies de la tête et notamment dans celles que nous avons mentionnées, ce sont bien des symptômes régionnaires communs aux affections de la tête, et comme ils se manifestent dans les parties voisines de celle qui a été primitivement affectée, ce sont bien des symptômes de voisinage.

Indépendamment de ces symptômes circonvoisins si étendus, il y en a de particuliers à des régions plus circonscrites, à des organes spéciaux. Ainsi la conjonctivite déjà citée, cause des symptômes de voisinage dans l'œil: la sensibilité de la rétine à la lumière qu'on nomme aujourd'hui la photophobie, du

SYMPTOMES Cir.CONVOISINS. 191

trouble de la vision, quoiqu'il n'y ait de trouble visible dans aucun des milieux transparents de l'œil, du larmoiement, une sécrétion plus abondante des follicules palpébraux, une rétraction du tissu fibro-cellulaire palpébral qui empêche les paupières de s'ouvrir, qui en rend l'ouverture plus élroile que celle du côté opposé, et qui existe lors même qu'il n'y a pas de photophobie, par conséquent pas de contraction convulsive du muscle palpébral. Dans ces inflammations, la douleur semble rayonner de la partie^ enflammée sur les parties voisines.

Il y a, en outre, des symptômes de voisinage particuliers dans les maladies de la bouche, des narines, de la caisse du tympan et du pharynx surtout.

Symptômes circonvolsins par continuité, dans les maladies du rachis. — Dans les diverses maladies de la tète, nous avons vu ces affections déterminer par continuité des troubles dans toute la tète, sans presque étendre leur influence au-delà de cette région. Nous allons voir les maladies du rachis en provoquer dans d'autres régions, et même au loin, par le même mécanisme, par la continuité, par l'intermédiaire des nerfs vertébraux.

Dans les maladies de' la moelle épinièrc et de ses membranes, dans les maladies des vertèbres, dans les tubercules de ces os, et même dans leurs fractures, soit par le fait de l'irritation, de l'inflammation de la moelle ou des nerfs qui en partent, soit par le fait de l'inflammation de l'irritation que les nerfs éprouvent en traversant des parties enflammées 5 enfin, dans les fractures par le fait des compressions que la moelle et les nerfs subissent encore, on voit les malades éprouver, le long des nerfs rachidieus, mais surtout à leurs extrémités terminales, des douleurs et de plus une multitude de sensations variées, cle fourmille-

ments, d'engourdissements, de picotements, d'irrigation froide le long des membres-, des contractions musculaires, des contractures, de l'affaiblissement dans les muscles, et enfin des paralysies partielles ou totales de diverses espèces de sensibilité et de la contractilité qui se manifestent dans les muscles du cou, de la poitrine, du ventre, du bassin, du rectum, delà vessie, des membres supérieurs et inférieurs, dans quelques cas avec atrophie des muscles.

Voilà donc encore une série de symptômes circonvoisins communs aux maladies d'une même région. Je dois pourtant ajouter que ce sont, en même temps, des symptômes fonctionnels de la lésion du système nerveux.

Symptômes réglonnaires des maladies du cou. — Ces affections présentent peu de symptômes de voisinage qui leur soient communs, parce que cette région est peu considérable et quelle concourt, par la grande diversité de ses organes, à des fonctions très-diverses. Malgré ces différences, il y a encore ici des symptômes régionnaires évidents. Les vertèbres cervicales faisant partie du racliis, des maladies duquel nous venons de parler, ce que nous avons à dire ne peut plus s'appliquer qu'aux maladies des parties molles du cou, placées au devant des vertèbres cervicales.

Eh bien! dans les inflammations du tissu cellulaire du cou avec gonflement considérable ; dans certaines inflammations aiguës du corps thyroïde ; dans certaines inflammations du pharynx avec œdème de la glotte; dans cet œdème sans complication inflammatoire 5 dans certaines inflammations aiguës des ganglions lymphatiques du cou; dans les lésions du larynx, de la trachée artère, du pharynx et de l'œsophage ; dans les cas de corps étrangers arrêtés dans

le pharynx on l'œsophage, il y a gêne de la respiration, suffocation imminente, injection quelquefois violacée du visage, et par conséquent obstacle au retour du sang vers le cœur, phénomènes d'asphyxie. De plus, il y a altération, gêne ou suspension de la voix, de la parole, des mouvements de la tête et du cou.

Dans les mêmes affections, enfin, le pharynx et l'œsophage étant d'ailleurs libres de tout corps étranger, il y a, outre les symptômes précédents, gêne ou impossibilité de la déglutition. Et tous ces symptômes sont, comme on le comprend, sans que j'aie besoin d'entrer dans plus de détails, des phénomènes circonvoisins dus, pour la plupart, à la contiguïté des parties malades avec le larynx, la trachée, le pharynx et l'œsophage. Donc encore, une série de symptômes communs aux maladies d'une même région.

Symptômes régionnaires et circonvoisins des maladies de la poitrine. — Le cœur détermine des symptômes de voisinage, et il les détermine dans la respiration. Le cœur et son enveloppe malades troublent la respiration, très-souvent par contiguïté, par augmentation de volume, par la continuité que les veines pulmonaires établissent entre les poumons et le cœur, par la peine que les poumons éprouvent à se débarrasser par ces veines du sang qui les engorge et que le cœur retarde. Le thymus, l'œsophage, les ganglions lymphatiques, le médiastin ne gênent la respiration que dans quelques cas, par leurs maladies. Mais les anévrismes de la crosse de l'aorte, la pleurésie, les épanchements pleurétiques sont autant d'affections qui gênent la respiration, la rendent plus courte, plus fréquente, causent de l'oppression et altèrent le retentissement de la voix. Du côté des parois de la poitrine, les contusions, les fractures des côtes, du sternum, des cartilages costaux, les plaies, les rhu-

lQk CHAPITRE VII. DE LA SYMPTOMATOLOGIE.

matismes rendant encore la respiration, la toux, l'élernuement, l'expulsion des crachats, et tous les phénomènes de la respiration, plus ou moins pénibles et difficiles.

La pleurésie embarrasse la respiration, parce que rinllammation se propage habituellement à la périphérie du poumon par le tissu sous-pleural. Elle la gêne parce que la plèvre étant conliguè" au poumon, la douleur pleurétique augmente dans la respiration, et dans les phénomènes respiratoires, par la distension ou la compression de la plèvre. Les épancheinents concourent à rendre la respiration plus difficile parla compression qu'ils exercent sur les poumons, dont ils diminuent l'étendue et la capacité. Enfin les pa^ rois de la poitrine malades la gênent, par la douleur que les mouvements respiratoires occasionnent. Et presque tous ces symptômes sont dus au voisinage, à la contiguïté ou à l'extrême proximité des organes lésés et aux sérosies (sérosité et fausses membranes) de !a plèvre.

Symptômes réyionnaires et circonvoisins des maladies du ventre. — L'inflammation du péritoine, qui lie les unes aux autres toutes les parties du ventre; l'inflammation du tissu cellulaire extra ou sous péritonéal des parois de l'abdomen, de la région des reins, de la fosse iliaque, des ligaments larges 5 les inflammations du foie, de la rate même, des reins, de l'utérus, des ovaires, celles des viscères hernies et étranglés, celles du cordon testiculaire, etc., par suite de leurs liaisons celluleuses avec le péritoine, par suite de l'enveloppe partielle que ia plupart de ces organes reçoivent de ce même péritoine, donnent naissance à des douleurs partielles ou générales du ventre, quelquefois à des épanchemenls péritonéaux, à des nausées, à des vomissements, à des vomissements bilieux, à de là

SYMPTOMES CIRCON VOISINS. 195

constipation et même à la suppression des selles, à de la tympanite. Par suite du voisinage du diaphragme, ces phlegmasies causent des hoquets, une respiration pénible et même douloureuse. Dans les affections organiques du foie, de la rate, des reins, des autres viscères du ventre, dans les oblitérations de la veine cave, on voit survenir l'hydropisie de l'abdomen, l'œdème des membres inférieurs. Enfin les maladies du ventre, accompagnées de douleur, de ballonnement, on d'épanchement péritonéal, comme la péritonite, gênent l'abaissement du diaphragme, et tous les phénomènes respiratoires, même la voix et !a parole, par suite du voisinage ou de la contiguïté du ventre avec la poitrine. Voilà donc encore un assez bon nombre de symptômes régionnaires communs à bien des affections d'une même région.

Symptômes régionnaires et circonvoisins des maladies du bassin. — Les inflammations de la vessie, les hémorragies inférieures actives de cet organe, ses calculs; les inflammations de l'utérus, de son col, les hémorragies intérieures actives ou accompagnées de congestion sanguine dans ce même organe, son cancer, son anté version et sa rétroversion, ses polypes,, etc., donnent lieu, par l'irritation qu'elles propagent et par la pression qu'elles exercent sur le fondement, par leur contiguïté, à une sensation incommode de pesanteur, de pression et de douleur dans cette région. Elles causent aussi des douleurs dans les reins, dans les régions des lombes, des aines, des hanches, du sacrum, des cuisses, du nerf sciatique, les unes par la continuité des uretères et des reins, qui finissent quelquefois par s'enflammer dans les cystites chroniques j les autres par la continuité des régions et des organes cités avec les nerfs lombaires et sciatiques, dont ils reçoivent des ramifications et qui tiennent eux-

mêmes, ces nerfs, aux organes malades. Ce sont donc encore là autant de symptômes régionnaires.

Les maladies du rectum, son inflammation, ses rétrécissements, son cancer, des matières fécales retenues dans sa cavité causent encore une sensation de pesanteur et de pression dans toute la région du fondement. Les maladies du rectum, les hémorrhoïdes chez l'homme, les cancers du col de l'utérus chez la femme, donnent lieu par voisinage à l'irritation, aux inflammations de la vessie, de l'urètre, qui causent de fréquentes envies d'uriner, et rendent l'urination plus difficile et plus douloureuse.

Les phlegmons de l'intérieur du bassin de la fosse iliaque interne, quelquefois même les phlegmons sousfessiers , les contusions et les fractures du bassin, produisent encore, en irritant les nerfs lombaires et le plexus sciatique, des douleurs qui s'étendent à tout le membre inférieur. Ainsi les maladies du bassin déterminent aussi beaucoup de symptômes circonvoisins, qui sont communs à un grand nombre ou à plusieurs au moins de ces affections.

Symptômes circonvoisins des maladies des membres. — Les inflammations de la peau et du tissu cellulaire des membres, leurs écorchures, leurs piqûres et les plaies de toute espèce qui les affectent, donnent lieu, par la continuité des vaisseaux lympathiques de la partie blessée, à l'inflammation des ganglions lymphatiques de l'aisselle et de l'aine où ils se rendent, et à la propagation des inflammations le long des vaisseaux des membres, des veines et des lymphatiques , surtout, par le tissu cellulaire qui les entoure et qui les unit.

L'oblitération de ces veines, leur compression et leur oblitération par des tumeurs anévrismales ou autres, causent au-dessous, la gêne ou la suspension

de la circulation de ces vaisseaux et de l'œdème.

Les inflammations mentionnées du tissu cellulaire, des lympathiques, des veines, se propagent par la continuité du tissu cellulaire avec les aponévroses des membres, à ces aponévroses qui se rétractent. Celles des synoviales articulaires déterminent les mêmes effets de dedans en dehors, par l'intermédiaire du tissu cellulaire du voisinage. Dans les arthrites simples ou complexes, les tissus ligamenteux ou cellulaires qui entourent les articulations participant à l'irritation de la synoviale, s'infiltrent de liquides, s'indurent, parfois deviennent friables tout en devenant plus durs et plus résistants, et se rétractent de manière à diminuer la mobilité de la jointure dans les mouvements d'extension et surtout de flexion. D'autres fois, les synovialites déterminent des sécrétions plastiques dans le tissu cellulaire extra-synovial. 11 en résulte des cellulosies ou masses fongueuses qui ont une grande tendance à la suppuration.

Les contusions et surtout les contusions articulaires, les luxations, les entorses donnent aussi lieu à des symptômes de voisinage, puis à des rigidités qui gênent ou empêchent complètement les mouvements articulaires. Les fractures des os longs permettent des raccourcissements dans les muscles voisins, et par suite les muscles à leur tour causent, dans les os voisins rompus, des déplacements considérables des fragments, qu'on ne voit point au crâne, aux côtes, au bassin, ni même au scapulum, parce que la disposition des os et des muscles voisins est fort différente.

Ainsi, dans les membres comme dans le tronc, les maladies donnent lieu à des symptômes de voisinage par contiguïté et par continuité, qui sont communs à beaucoup d'affections. Et comme les symptômes d'irritation circonvoisine d'abord, deviennent parfois

198 CHAPITRE Vil. — OH LA SYMPTOMATOLOGIE.

des maladies essentielles réelles et plus graves que la maladie primitive, ainsi qu'on le voit lorsque, par exemple, l'irritation légère de l'utérus à la suite des couches devient l'origine d'un abcès grave du bassin, on conçoit que les symptômes de voisinage méritent la plus grande attention de la part du praticien.

On a dû remarquer, par le tableau abrégé et resserré que nous avons présenté des symptômes circonvoisins, qu'ils sont bien dus au voisinage des parties saines avec les parties malades, quelquefois à un voisinage immédiat, à une proximité très-rapprochée entre ces organes, à la simple contiguïté des uns avec les au très. On a dû observer que d'autres fois l'inflammation, l'irritation, la douleur, rayonnant pour ainsi dire sur les organes voisins, se propage à une distance assez considérable par l'intermédiaire du tissu cellulaire, des membranes, des vaisseaux, des nerfs qui établissent une continuité, une liaison matérielle entre la partie malade et. les parties saines.

Ainsi nous avons vu, dans les inflammations du tissu cellulaire, surtout dans les parties inférieures des membres, la phlegmasie se propager dans des régions plus ou moins éloignées de celles où elle s'était primitivement développée. Nous voyons le même phénomène de propagation dans les phlegmons circonvoisins de toutes les inflammations, de celles des dents, de la gorge, de l'urètre irrité par une sonde, etc., etc.; l'inflammation s'étend alors des muqueuses enflammées et du tissu cellulaire sous-muqueux, à des portions de tissu cellulaire, quelquefois assez éloignées, dans les joues ou sous la mâchoire, dans le périnée. Dans les membres amputés depuis quelques jours, la phlegmasie se propage souvent de la plaie à tout le moignon qui se tuméfie considérablement. Puis, un peu plus tôt ou plus tard, tous ces phlegmons

SYMPTOMES CIRCON VOISINS. 199

se terminent fréquemment par des abcès qui s'ouvrent dans la bouche, dans l'urètre, sur la plaie de l'amputation ou à travers la peau.

Dans les ploies er. les inflammations des mains, des pieds, il n'est, point rare de voir l'affection se psopa-1ger par les vaisseaux lymphatiques qui s'enflamment, souvent eux-mêmes, jusqu'aux ganglions de l'aisselle ou de l'aine: Dans une foule de dégénérations, mais particulièrement dans les dégénérations squirrheuses, eneéphaloïdes, et surtout dans leur dégénéraiion secondaire, en cancer, la maladie s'étend encore par les vaisseaux lymphatiques aux ganglions de même nom, en même temps qu'elle le fait de proche en proche, par une fouie de prolongements celluleux qui forment un réseau de bandelettes indurées, parsemées de granulations squirreuses.

Dans les inflammations des artères, comme dans celles des veines, le mal a toujours une grande tendance à s'étendre par en haut et surtout par en bas, du point primitivement malade à d'autres qui ne l'étaient pas d'abord. Les observations microscopiques sur l'inflammation prouvent que l'engorgement inflammatoire s'étend, de proche en proche, à des rameaux nouveaux et que ceux-ci, par leurs anastomoses, ou selon la direction qu'ils suivent, propagent l'engorgement dans les parties voisines des parties aflêctées les premières. D'ailleurs, comme les parties voisines reçoivent très-souvent leurs vaisseaux du même tronc, par exemple, la face et le crâne de la carotide primitive, on Conçoit que l'engorgement inflammatoire de la face$ dans Pérysipèle, arrêtant ou gênant le cours du sang dans la partie enflammée, il doit passer plus de sang dans les parties voisines par les vaisseaux collatéraux ou congénères, par exemple, dans la carotide interne, dans l'artère méningée, et

que par suite l'inflammation doit avoir beaucoup de tendance à se développer dans ces parties congestionnées, par leur voisinage de la partie malade.

Quant aux nerfs, les facultés de transmission dont ils jouissent en font naturellement d'excellents conducteurs pour la douleur et les altérations sensationnelles. Aussi, dans les maladies de la moelle, comme nous l'avons vu, manifestent-ils très-fréquemment des douleurs et d'autres altérations de sensation qui retentissent à leurs extrémités, dans les points où ils se terminent. Nous avons vu que de pareils phénomènes se montrent souvent, dans les caries des vertèbres, par suite de l'engorgement inflammatoire qui existe autour des nerfs vertébraux, à leur sortie du rachis. Dans les affections de l'utérus, les malades sont fréquemment tourmentées par des douleurs qu'elles ressentent dans la cuisse, la jambe et le pied. Parfois la douleur forme une vraie sciatique, tout en se montrant dans tout le membre inférieur correspondant. On voit des phénomènes analogues dans les cancers du sein, et les douleurs s'étendent au bras, très-probablement par les premiers nerfs intercostaux qui envoient des rameaux au membre supérieur. Pourquoi ces douleurs, ces symptômes circonvoisins par continuité, se manifestent-ils plus vivement, et plus constamment, aux extrémités terminales des nerfs que dans leur longueur, et qu'au point même, où les maladies voisines irritent les nerfs? Je l'ignore; mais c'est un fait dont j'ai toujours été frappé.

Quoi qu'il en soit, tous ces faits montrent évidemment par quels mécanismes se développent au moins une partie des phénomènes de voisinage; mais je ne crois pas devoir m'arrêter ici plus longtemps nrce sujet, quelqu'intérêt qu'il m'inspire.

Ces symptômes sont ceux qui naissant, augmentant, diminuant, disparaissant avec les maladies, se manifestent plus ou moins loin de l'organe souffrant, sans que l'on connaisse de liaison matérielle qui puisse les expliquer, et qui enfin ne consistent presque jamais, et peut-être jamais, dans des altérations matérielles. Comme ces phénomènes modifient et troublent un grand nombre de fonctions, comme ils sont fort nombreux, on a pris l'excellente habitude, pour y mettre de l'ordre et en rendre l'intelligence plus facile, de les exposer, fonction par fonction. Cependant on a eu tort, je crois, d'y mêler, dans les ouvrages de pathologie générale, des symptômes d'une autre nature, des symptômes locaux, des symptômes de voisinage, etc.

On a fait, je crois, une seconde faute plus grave, ça été d'y mêler une foule de symptômes particuliers à des maladies spéciales. Il en résulte, à mes yeux, un symptomatologie spéciale et générale, qui offre la plus grande confusion, et embrouille la science loin de Péclaircir. Il est aisé de mêler et de confondre les choses au lieu de les distinguer ; mais les sciences n'avancent que par l'analyse. Je me trompe peut-être pourtant, puisque je suis probablement le seul et le premier a exprimer cette pensée, en symptomatologie générale; mais je ne puis écrire que ce que je pense , et je dois agir suivant mes lumières et ma conscience. En conséquence je ne parlerai ici que des symptômes sympathiques généraux ou communs à beaucoup de maladies, quoiqu'il soit souvent difficile de les distinguer des symptômes non sympathiques, mais je tâcherai d'y parvenir.

Les sensations son!, troublées clans beaucoup de maladies, mais elles le sont par sympathie beaucoup plus rarement qu'on ne le croirait au premier coup-d'œil; ainsi les douleurs physiques déterminées par des contusions, par des piqûres, par des coupures, des brûlures; les douleurs per-morbides qui se développent spontanément dans les inflammations , dans les névralgies, ne sont pas des douleurs sympathiques.

Cependant il y a quelques lésions sympathiques de la sensibilité communes à plusieurs affections. Ce sont, par exemple, ces sensations de malaise général, de prostration, de brisement qu'on éprouve dans les fièvres et surtout dans le frisson des fièvres, clans une foule d'inflammations aiguës et dans des coliques, des tranchées inflammatoires ou non inflammatoires des, intestins; le malaise qu'on ressent au moment où l'on tombe en défaillance, en syncope; la sensation d'Aorror et de rigor de certaines affections nerveuses.

Les sensations spéciales offrent, moins encore de symptômes sympathiques communs à beaucoup de maladies. L'exaltation, la diminution ou l'aberration des sensibilités visuelle et auditive qu'on observe dans certaines affections nerveuses, clans les fièvres graves, sont peu générales et rentrent presque toujours dans les symptômes fonctionnels ou dans les symptômes cliathésaux des affections ataxiques.

Le goût seul s'affecte probablement par sympathie, non-seulement dans les maladies des organes digestifs, mais dans une foule d'autres. Ses altérations, dues aux enduits de la langue, pourraient bien être la conséquence de ces enduits qui sont, souvent euxmêmes, la conséquence de l'évaporation des fluides de la bouche. (Piorry, Mém., p. 557, 183.5, Paris.) Alors la bouche est pâteuse, souvent amère; le malade n'a de désir pour aucune espèce d'aliments, tous

lui sont désagréables., même ceux qu'il aime le mieux dans l'état de santé 5 d'autres fois il en prend une première bouchée avec quelque plaisir et la seconde lui cause du dégoût. Je m'arrête : cet état de l'appétit n'appartient pas aux altérations du goût.

V intelligence s'affecte par sympathie dans beaucoup de maladies. Dans une foule d'inflammations, de fièvres, de lésions physiques, on la voit se troubler, tomber dans un délire qui est tantôt calme, tantôt agité, tantôt doux, tantôt furieux, tantôt généralement conséquent avec une ou plusieurs idées fausses, comme dans la manie ; tanlôt inconséquent, désordonné, décousu dans ses paroles et dans ses actes, comme dans la démence; tantôt taciturne ou marmoteur, comme dans l'idiotie. L'affectivité se trouble souvent par sympathie. Ainsi on voit la gaieté remplacée par la tristesse, la patience par l'impatience, la douceur par la susceptibilité, le dévouement par l'égoïsme, quelquefois même, l'affection par la haine.

La fonction de L'expression s'altère souvent par sympathie. La face offre de la stupeur, un air d'hébétement dans les fièvres et certaines inflammations graves. Elle estgrippée, rapetissée par le rapprochement des traits vers la ligne médiane dans les affections du ventre, et particulièrement dans la péritonite 5 rouge, gonflée, vul tueuse, comme on dit alors, dans les inflammations intenses, aiguës, dans la période de chaleur des fièvres, et dans les lésions physiques acompagnées d'inflammation et de fièvre vive. Elle est souffrante, pâle au contraire et ordinairement amaigrie dans les maladies longues et chroniques. Lorsqu'elle est d'un gris sale, terreux, que la peau rétractée s'applique fortement aux os, que les tempes et les joues se creusent, que les yeux s'enfoncent et deviennent ternes et immobiles, que le nez s'amincit et devient saillant,

qu'une matière pulvérulente grisâtre se montre à l'entrée des narines, la face devient tout à fait Inppocratique et annonce la mort.

La voix n'offre pas de symptômes sympathiques généraux. Les troubles qu'elle éprouve dans les affections nerveuses sont des phénomènes fonctionnels du système nerveux ou des symptômes diathésaux.

La musculation s'affaiblit si souvent par sympathie dans les maladies, dans les maladies aiguës et chroniques : inflammations, mortifications ou affections gangreneuses, lésions fonctionnelles, lésions constitutionnelles, fièvres etlésionsphysiques,quejemeborne à ces indications générales, qui comprennent toutes sortes d'affections j mais elle ne présente pas d'autres symptômes sympathiques généraux. Les attiludesdu coucher sur l'un des côtés, l'attitude assise sont des symptômes conséquents à quelques affections particulières. Le coucher sur le dos est lui-même la conséquence de la faiblesse. Les convulsions, les paralysies sont des phénomènes fonctionnels du système nerveux, ou les symptômes d'une diathèse nerveuse.

Le sommeil, que l'on peut regarder comme une fonction réparatrice des facultés de relation, est trèssouvent troublé par sympathie, et il l'est tantôt par défaut, tantôt par excès, tantôt par perversion.

On conçoit que le défaut de sommeil par suite de douleurs violentes, n'est pas un phénomène sympathique, c'est la conséquence de la douleur. Ecartons donc ce premier cas. Ai-je besoin d'écarter encore les cas de congestion sanguine, de compression du cerveau, où le sommeil peut être plus ou moins profond, et où. il est un symptôme local ou fonctionnel? Il est bien évident qu'il ne peut être question ici que des troubles du sommeil qui ne sont pas le résultat dune affection cérébrale. Par conséquent, l'insomnie,

si commune des maladies aiguës et même chroniques, le sommeil léger, beaucoup plus léger que dans l'état de santé, lorsque d'ailleurs on n'est pas fatigué, est un symptôme sympathique. La somnolence ou l'assoupissement peut être un symptôme sympathique d'une maladie déclarée ou prochaine , surtout chez un homme qui ne présente pas habituellement ce phénomène. Le sommeill plus prolongé que d'habitude est encore dans ce cas. Le coma, qui est un sommeil plus profond que dans l'état normal, est plutôt le phénomène local d'une lésion du cerveau qu'un symptôme sympathique.

La perversion du sommeil qui est pénible, agité, interrompu, chargé de rêves plus ou moins fatigants, est un symptôme sympathique, que du moins on ne pourrait pas expliquer avec certitude par l'intermédiaire de l'état morbide du système nerveux ; mais, si cela était possible, ce symptôme ne serait plus qu'un phénomène fonctionnel ou un symptôme diathésal.

La digestion est, comme le sommeil, une fonction qui se trouble très fréquemment par sympathie et dans presque tous ses actes. Nous avons déjà vu que le goût, qui en fait en quelque sorte partie, offre déjà ce caractère. Combien l'appétit, la faim, la soif ne sont-ils pas troublés dans les maladies de toute espèce! Combien, en effet, l'anorexie, la privation d'appétit n'est-elle pas commune ! Ce symptôme peut se manifester dans une foule d'affections. Il n'en est pas de même de l'excès d'appétit, de la faim dévorante: c'est une des plus utiles et des plus magnifiques harmonies de la physiologie pathologique. Tout le monde doit en apercevoir le but intelligent et l'utilité, car il ne s'observe guère que dans un petit nombre d'états morbides ou d'états particuliers de l'éconormie, comme la grossesse, la convalescence d'une m a

ladie qui a exigé une diète plus ou moins prolongée.

La soif est ordinairement accrue dans les inflammations aiguës, dans l'hydropisie, dans l'augmentation considérable des sécrétions cutanée et urinaire-, dans les fièvres accompagnées de beaucoup d'ardeur, dans le choléra, dans les lésions physiques accompagnées de beaucoup de fièvre, en un mot, dans tous les cas où l'économie perd beaucoup de liquides. C'est donc un phénomène conséquent. La digestion stomacale est un acte très-souvent laborieux ou impossible dans les maladies, lors même que l'estomac n'est affecté que sympatliiquement. Alors la moindre quantité d'aliments peut causer de grandes souffrances, ou être rejetée par le vomissement. L'estomac est d'ailleurs souvent le siège de douleurs sympathiques, dans les affections de l'utérus et de quelques autres maladies des viscères du ventre, ou même de la poitrine.

L'intestin s'affecte dans bien des cas par sympathie, et il survient alors de la diarrhée ou de la constipa: ion. Cela s'observe fréquemment dans les lésions chirurgicales accompagnées de beaucoup d'inflammation, et surtout de suppurai ion ; dans les abcès considérables, les vastes plaies, les grandes brûlures, les fractures compliquées, les arthrites graves à leur dernière période, dans la diathèse scrofuleuse, etc. Une diarrhée abondante coUiquat'we termine souvent les maladies aiguës, et surtout celles qui sont chroniques.

La respiration est sympatliiquement beaucoup moins sensible aux affections des autres organes que la digestion. Elle n'a pour ainsi dire même de sympathie pour aucune maladie. Elle s'accomplit trente-cinq fois par minute vers la naissance, diminue de fréquence avec l'âge et ne se fait plus que dix-huit fois dans la vi-

SYMPTOMES SYMPATHKJliK-'. 207

rilité. Elle s'accélère bien dans ses propres souffrances, clans celles des organes voisins, mais ce n'est, point par sympathie. Les phénomènes de résonnance ou de m alité de la poitrine, les bruits que l'auscultation y entend dans la respiration, dans l'acte de la voix, dans la circulation du cœur, se rapportent aux symptômes locaux fonctionnels et n'appartiennent pas à la pathologie générale.

Quant aux phénomènes accessoires : la toux, ï'oternuement, le bâillement, le hoquet, ils se manifestent sympalhiquement dans quelques maladies, mais pas dans un nombre considérable d'affections.

Quoique L'absorption éprouve peu de changements sympathiques très-apparents dans les maladies, je me demande cependant, si l'amaigrissement ne serait pas un phénomène de ce genre. Je suis disposé à regarder l'amaigrissement comme un phénomène sympathique, parce que je le vois survenir quelquefois très-vite, sous la seule influence d'un grand chagrin et sans aucune perte matérielle sensible; que d'autres fois, je vois des résorptions de sérosité se faire brusquement, sous la seule influence d'une vive émotion morale. Mais éclairé aussi par les curieuses expériences de M. Magendie sur l'influence de la réplétion et de la déplétion des vaisseaux sur l'absorption, je me demande si, dans certains cas, la résorption de la sérosité du tissu cellulaire etdes hydropisies n'est pas due, comme on le suppose avec raison, aux pertes qu'on éprouve dans les maladies par des diarrhées abondantes, parles sueurs et par les urines, et si c'est là un fait sympathique, comme les résorptions séreuses et purulentes qui se font également dune manière brusque, mais sans pertes matérielles sensibles, sans diarrhées abondantes, urines ou sueurs excessives? Probablement la résorption et les sécrétions qui causent

les pertes sont tantôt un effet sympathique ou essentiel, tantôt la conséquence des pertes. En effet, tantôt on détermine en vain, tantôt, au contraire avec succès, des pertes excessives par les purgatifs, par les diurétiques, par les sudorifiques, et même par la salivation mercurieîle!

La circulation n'est pas du nombre des fonctions qui peuvent laisser du doute sur leur sensibilité sympathique pour les affections des organes qui lui sont étrangers. C'est assurément, de toutes les fondions, la plus sympathique; elle est l'écho de presque toutes les souffrances un peu vives et aiguës. Mais il est vrai qu'elle ne s'émeut guère, ou pas du tout, dans les affections latentes, chroniques, les lésions organiques non inflammatoires, les affections constitutionnelles, les lésions chirurgicales non compliquées d'inflammation, et surtout dans les affections nerveuses. A la naissance, ses pulsations s'élèvent généralement, dans le cœur et les artères, à 87 (Valleix), pour descendre à 65 environ chez l'adulte, et remonter à la moyenne de 73 dans la vieillesse ( Leuret et Milivié). La tension des organes circulatoires dans la pléthore, les bruits de souffle, de scie, de râpe, les bruits musicaux que l'on entend, surtout dans le cœur, les gros vaisseaux, les anévrismes, les vibrations ou frémissements qu'on y ressent, sont des symptômes fonctionnels locaux dus à des frottements du sang augmentés par des rétrécissements, des ossifications, ou dus à l'anémie, à des pertes de sang.

L'extrême susceptibilité de la circulation, dans les cas de fièvre ou d'inflammation, en fait un thermomètre que le médecin consulte incessamment pour savoir s'il y a de la fièvre, quelle qu'en soit la nature. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'accélération du pouls est certainement un phénomène sympathi-

que, et réunie à d'autres symptômes elle indique la nature et l'espèce des cas particuliers.

La circulation ou le pouls qui, par sa vitesse, sa force et sa régularité, en est le représentant assez Adèle, fournitparsa fréquence, sa plénitude, sa raideur, etc., d'autres indications générales importantes sur l'état de l'économie dans les maladies. Mais après celles que je viens d'indiquer, elles sont de moins en moins générales et importantes , quoiqu'on ait autrefois immensément écrit sur les différents caractères du pouls.

Les sécrétions sont encore une fonction qui sympathise souvent avec les maladies des organes des autres fonctions, et où l'on observe néanmoins peu de symptômes sympathiques constants et communs à beaucoup d'affections. Aussi fournissent-elles peu de signes au diagnostic, et surtout, désignes un peu généraux, malgré leur grand nombre.

Cependant la transpiration cutanée, si commune dans les fièvres sympathiques des inflammations, ne peut être regardée alors que comme un symptôme diathésal. Je n'ose pas en dire autant de celle des fièvres essentielles continues ou intermittentes; peutêtre ce symptôme alors est-il un des éléments essentiels, un symptôme diathésal. Celle des fièvres hectiques me paraît encore sympathique.

La diminution de la transpiration ou la sécheresse aride de la peau, dans beaucoup d'affections, est également le symptôme sympathique d'un assez grand nombre de maladies.

Les sécrétions folliculaire et salivaire de la bouche s'altèrent fréquemment par sympathie; celles de la bile, des urines se modifient aussi dans les maladies, mais il est difficile de déterminer jusqu'à quel point cet effet n'est pas la conséquence forcée de l'altérais

lion du sang, et quelle part peut y prendre l'action sécrétoire.

La nutrition s'affecte dans les maladies par l'amaigrissement. Nous avons discuté plus haut, à l'occasion de l'absorption, jusqu'à quel point, ce symptôme pouvait être regardé comme sympathique. Quoi qu'il en soit, il est commun dans les maladies aiguës et surtout, dans les affections chroniques. V 'eiKjmissement, qui lui est opposé, n'a pas la même signification.

La culorification se trouble souvent dans les maladies, peut-être par conséquence de l'accélération, de la circulation et de la respiration. Telle est néanmoins son indifférence, que dans beaucoup d'affections, elle est sans importance diagnostique. Cependant son augmentation d'un à deux degrés dans les organes enflammés, ses variations de 4 à 6° de la période de froid à la période de chaleur dans les fièvres d'accès, sont un phénomène très-remarquable. (Bouilland, Clin, de lu Charité, t. I, p. 29i.)

la (jénéruiîou est affectée sympathiquement d'impuissance (fans beaucoup de maladies, mais ce fait est si inconstant qu'il n'est l'expression significative de presqu'aucune affection particulière. L'union des sexes est gênée dans l'état morbide et souvent dangereuse. La conception en est probablement modifiée, mais les lumières nous manquent à ce sujet. La grossesse est encore pius susceptible de se troubler sympathiquement et d'aboutir à un avortement.Le développement in Ira utérin de l'œuf et de l'enfant, est probablement soumis aux influences morbides sympathiques, mais la science est fort peu avancée sous ce rapport. On n'est pas beaucoup plus savant sur les influences sympathiques que les maladies exercent sur l'accouchement.

Beaucoup de maladies peuvent aggraver sympa-

thiquement lès suites de couches, diminuer surtout et suspendre les lochies, troubler la fièvre de lait et la lactation.

Pendant toute la vie de croissance, l'accroissement est soumis aussi à l'influence sympathique des maladies. Il peut marcher avec lenteur, s'arrêter même ou au contraire s'accélérer et dépasser ses limites habituelles par le fait de plusieurs affections, comme on le voit chez les enfants et les jeunes gens, sans être autre chose que le symptôme sympathique d'une maladie quelconque, sans être, non plus, le symptôme propre d'aucune maladie en particulier.

Enfin, les règles sont souvent influencées et troublées sympathiquement, de manière à augmenter, diminuer, se pervertir dans leur produit, ou se supprimer.

Ainsi, en résumé, la circulation est la fonction la plus éminemment sympathique aux affections des divers organes de l'économie. La digestion me paraît tenir le second rang 5 les sensations les plus générales, l'intelligence, le sommeil me paraissent tenir le troisième ; la musculation , l'absorption graisseuse , la transpiration cutanée, la calorification, les sécrétions buccale, urinaire, biliaire, et la génération viennent immédiatement après. Enfin, la respiration est la moins susceptible de toutes.

Et tous ces symptômes se manifestant dans un plus ou moins grand nombre de maladies, quelquefois dans un très-grand nombre, fournissent beaucoup tl''éiémen"ts au diagnostic de la maladie en général, et peu d'éléments ou de signes propres à faire connaître et distinguer chaque espèce de maladie. Mais réunis à d'autres, ils peuvent quelquefois éclairer beaucoup, le diagnostic d'une affection particulière. Dans tous les cas, ils montrent l'influence de

la sympathie sur toute l'économie, sur les organes les plus éloignés, comme sur les organes les plus rapprochés.

Il faut encore ajouter, que les maladies intercurrentes ou simultanées à une affection plus ancienne la modifient sympathiquement, ainsi que les exutoires qui font partie du traitement. Ainsi, un vésicatoire, un cautère, un abcès, une inflammation quelconque diminuent et se modifient sous l'influence d'une maladie nouvelle.

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