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INFLUENCE DE LA VOIX ET DE LA PAROLE

L'exercice longtemps soutenu de la voix et de la parole, surtout à haute voix, finit par amener dans les muscles expirateurs un sentiment de fatigue, parce qu'ils se contractent un peu et presque sans interruption. D'un autre côté, l'air, chassé avec plus de force que lorsqu'il est expiré silencieusement dans le repos de la voix, irrite les bronches, le larynx et le pharynx, parce qu'ils se contractent pendant que la voix se fait entendre, parce que l'air exerce un frottement plus fort à leur surface interne et parce que ses vibrations retentissent dans toutes les voies respiratoires. De là viennent les bronchites, les hémoptysies, les phthysies pulmonaire et laryngée, les enrouements, les laryngites, les inflammations du pharynx qui affectent si souvent les avocats, les acteurs, les chanteurs, etc., surtout lorsqu'ils font trop d'efforts de voix. Les cris répétés agissent de la même manière et avec plus d'énergie encore. Us peuvent en outre donner lieu, comme dans les efforts, à toules les maladies que nous avons dit arriver sous leur influence dans les cavités splanchniques, dans les viscères et dans les vaisseaux, bien que la glotte entr'ouverte laisse échapper un peu d'air.

La digestion est une fonction éminemment complexe qui en renferme plusieurs autres, dont quelques-unes exercent une notable influence sur la santé, surtout quand leur activité est portée trop loin.

La faim et la soif sont de ces besoins qui, modérés,

sont l'indice d'un bon état de santé, et dont la satisfaction entraîne un senlirnent de bien-être dans toute l'économie; mais, quand ils sont inassouvis, il en résulte de graves désordres.

Une soif très-vive déiermine bientôt une irritation au pharynx. Une ardeur brùlaule, accompagnée de sécheresse, s'empare de la gorge et retentit jusqu'à l'estomac. Si ce besoin, plus impérieux, plus inlolérable que la faim, n'est pas satisfait, les accidents augmentent d'intensité, le sérum du sang diminue et le sang s'altère ; mais nous ne connaissons pas suffisamment ces altérations, et les malheureux qui souffrent une soif excessive meurent plus vite que par la faim. On peut prendre une idée des effets de la soif, dans la thèse du docteur Savigny (1818, n° 84), un des naufragés de la Méduse. Cependant, comme ces naufragés ont souffert à la fois de la faim, de la soif et de la chaleur tropicale, il faut bien observer qu'ils étaient soumis à la fois à trois influences dont il est impossible d'analyser les effets.

La faim, quoique moins pénible, cause cependant de cruelles angoisses, dont le Dante a tracé une si effroyable peinture dans son fameux épisode du Comte Ugolino. La mort par abstinence absolue est plus ou moins prompte, suivant les constitutions. Ainsi on a vu des individus privés de tout aliment prolonger leur existence pendant plusieurs semaines et même jusqu'à deux mois, pourvu qu'ils eussent seulement de l'eau à leur disposition; aussi, dans mon opinion, est-ce moins le défaut de nourriture que les douleurs, les tourments de la faim qui causent la mort, comme je l'ai déjà dit. On en a d'ailleurs une preuve bien manifeste dans une foule d'affections où l'on voit des malades soumis à une diète absolue soutenir leur existence pendantplusieurs mois, une année

même, avec quelques boissons, quelques tisanes légères ou de l'eau à peu près pure. Au reste, les effets organiques graves de la faim consistent dans la diminution du poids du corps, du sang, de toutes les humeurs, des sécrétions, de la respiration, de l'activité de la circulation et de la chaleur, qui sont autant de symptômes conséquents les uns avec les autres et avec leur cause commune. En outre, la faim paraît exalter les sens, l'intelligence et l'affectivité. (Voy. les expér. de Collard de Martigny, Joum. de Magendie, t. VIII, du docteur Chossat, Rech. sur l'inanit., Paris, 1843. — Savigny, Thèse, Paris, 1818, n° 84, et les relations de naufrages, etc.)

La préhension des aliments peut donner lieu à quelques accidents, surtout quand des boissons, ou ce qui est beaucoup plus fâcheux, un corps solide tombe dans les voies aériennes; il peut en résulter une suffocation mortelle. Combien ne pourrions-nous pas citer d'exemples d'individus, mais surtout d'enfants, qui, en se jetant des corps solides dans la bouche, les ont lancés dans le larynx ! M. Rochoux a vu un menuisier qui, voulant avaler le bouquet de persil que l'on met, dans le pot au feu, et se l'étant jeté dans la bouche, s'y prit si maladroitement que la ficelle, dont les herbes étaient enveloppées, se détacha et pénétra dans les voies aériennes. 11 en résulta des accidents de toux et de dyspnée qui durèrent assez longtemps; il était même survenu un commencement de fièvre hectique, mais l'expulsion naturelle du corps étranger amena une guérison rapide. (Séance de CAcad. de méd. 28 janv. 1840.) Ces corps étrangers, introduits dans les voies aériennes, peuvent y séjourner pendant très longtemps. Louis, dans un mémoire sur ce sujet. (Mém. de CAcad. deehir., t. IV, in-8°), et les auteurs modernes de chirurgie en rapportent de nombreux exem-

pies : en voici un des plus curieux. En mai 1812, une petite fille de six ans ayant introduit dans sa bouche un fruit de hêtre, le sentit glisser dans son gosier : quinte de toux, suffocation, et au bout de quelques temps expulsion d'un grand nombre de crachats purulents. Dès lors la respiration devint plus libres seulement, tous les dix jours environ, elle expulsait près d'une demi-pinte de pus, et la respiration s'embarrassait très-facilement. En 1822, dix ans après l'accident, le corps étranger fut expulsé au milieu d'un accès de toux; il avait encore sa forme naturelle. La croissance de cet enfant, qui avait en quelque sorte été suspendue, reprit son cours, les mamelles se développèrent, les règles apparurent, et la santé devint désormais excellente. {Jour, des conn.méd. prat., mars 1844.) Sue a rapporté à l'ancienne Académie de chirurgie l'observation d'une jeune fille qui garda pendant dix-sept ans un os de pigeon dans la trachéeartère et qu'elle finit par rejeter. Mais les choses ne se passent pas toujours aussi bien, et quand le corps étranger ne peut être expulsé, ni extrait par une opération, la mort peut en être la conséquence, a moins que ce corps ne soit soluble, comme une pastille de menthe, ainsi que je l'ai vu. La mort n'est pas toujours aussi prompte. Marcellus Donatus (Ilist. méd., mirab., lib. III, c. 7) a vu un enfant Israélite chez lequel un morceau de châtaigne sèche qu'il voulait croquer tomba dans le larynx; les accidents furent très-graves et la mort survint le quatrième jour. D'autres fois enfin, la vie se prolonge, mais la fièvre hectique survient, l'individu succombe dans le marasme, et ce n'est quelquefois qu'à l'autopsie que la cause réelle de la mort peut être connue. (Voy. plus bas, pour plus de détails, les effets des corps étrangers dans les voies aériennes.)

Si le corps étranger est très-volumineux, il peut s'arrêter au fond de la gorge, remplir le pharynx, fermer la partie supérieure du larynx et entraîner une mort immédiate. Dans la séance du 14 septembre 1841, Bérard jeune mit sous les yeux de l'Académie de médecine un pharynx rempli par un énorme morceau de viande qui avait produit une suffocation instantanée. Le sujet était un vieillard paralytique depuis cinq ans, et chez lequel la déglutition était habituellement assez difficile. Déjà M. Picard avait présenté un cas du même genre à la Société anatomique. Un individu, mangeant de la viande avec trop d'avidité, avait eu le pharynx obstrué par un bol alimentaire très-volumineux; l'asphyxie eut lieu sur le champ (Bullet. de la Soc. anat., an. 1838, p. 42;.

Enfin le corps étranger peut pénétrer dans L'œsophage, s'y arrêter, et donner lieu à des accidents plus ou moins graves. Hévin, dans son célèbre mémoire sur ce sujet, en a réuni un grand nombre d'exemples (JMèm. del'Acad. de chlr. t. I, in 8°). Depuis, beaucoup de faits analogues ont élé observés par les chirurgiens; les substances qui s'arrêtent ainsi dans l'œsophase sont surtout de gros os de viande avalés avec trop de gloutonnerie, des arêtes de poisson. Quelques faits pris parmi les plus récents suffiront pour faire voir les dangers de ces accidents. Un homme fort et robuste, âgé de trente-quatre ans, avale un os du volume d'une noix en voulant parler tandis qu'il le rongeait; l'os s'arrêta dans l'œsophage et détermina de violents accidents de suffocation ; des saignées, des vomissements, des efforts d'extraction, etc., restèrent inutiles-, le quatrième jour, au moment où. l'on procédait à l'opération de la trachéotomie, le corps descendit dans l'estomac, mais on avait trop attendu, il y avait gangrène de l'œsophage, et l'individu suc-

COUiba (Medicinische eorresp. blatf. et Journ. des Conn. méd. pat., juin 18 i5). On est quelquefois parvenu par un émétique injecté dans les veines à produire l'expulsion des corps ainsi engagés; ce moyen a été surtout employépar des chirurgiens allemands (Journ. desConn. méd. prat., nov. 181 1. — Gaz. méd. de Strasbourg, 1845). Les arêtes de poisson n'engendrent pas des accidents moins graves. Un tailleur, âgé de vingt-neuf ans, avale une arête en mangeant du poisson -, des phénomènes très-graves et que rien ne peut calmer se déclarent du côté de la gorge -, enfin, après dix jours de souffrances, il expire en quelques minutes en rejetant du sang par la bouche : il y avait perforation de la carotide gauche.

D'après tout ce que nous venons de dire, on voit le danger d'avaler avec trop de précipitation et de ne pas broyer suffisamment les aliments ; ajoutons enfin qu'en voulant écraser des corps très-durs entre les dents, des noyaux, par exemple, on risque de se fracturer les dents (voy. en outre plus loin les effets des corps étrangers introduits dans l'œsophage).

La digestion stomacale joue un grand rôle dans la santé. Que de maladies occasionnées par i'abus des plaisirs de la table! Une trop grande quantité d'aliments ingérés en une seule fois occasionne l'accident si connu sous le nom d'indigestion. La quantité de nourriture que l'on peut prendre varie suivant les individus, suivant les conditions dans lesquelles ils se trouvent. Ainsi, unefaiblequantitéd'alimentsprisdaus la convalescence d'une maladie grave peut occasionner une indigestion mortelle. C'est là un fait d'observation fréquente dans nos hôpitaux, où, malgré les précautions, les convalescents parviennent souvent à se procurer des* aliments dont ils meurent. Un seul exemple suffira pour le fixer dans la mémoire. Un

jeune garçon de dix ans, traité à l'hôpital des Enfants, dans le service de Beaudelocque, pour. une variole confluente très-grave, entre en convalescence; son père vient le voir, lui fait manger en cachette du pain et des saucisses en assez grande quantité; l'enfant, quelques heures après, éprouve de la suffocation et meurt. A l'autopsie on trouva l'estomac rempli des aliments que nous venons d'indiquer (Beaugrand). Des aliments de mauvaise qualité ou non appropriés à l'état de santé de l'individu peuvent encore produire des accidents très-graves. Ainsi, on sait qu'en Allemagne beaucoup de personnes éprouvent souvent de véritables empoisonnements après avoir mangé des viandes fumées, du saucissson et du boudin anciennement fumés et mal conservés. Notons cependant que l'habitude rend moins sensible à l'action des substances ainsi altérées. Il est à la connaissance de tout le monde que les peuples ichthyophages mangent souvent le poisson après l'avoir laissé pourrir; mais s'il n'en résulte pas des accidents immédiats d'empoisonnement, ces peuples sont exposés à des affections cutanées, et en particulier à une sorte de lèpre (radésyge) qui paraît tenir au moins en partie à ce genre de nourriture.

Ce ne sont pas seulement les excès momentanés qui peuvent être dangereux; une nourriture trop abondante et surtout trop substantielle entraîne à sa suite une foule d'inconvénients que les auteurs de tous les pays et de tous les temps ont signalés, sans pouvoir se faire écouter. Poètes, historiens, médecins, moralistes, tous sont d'accord pour proscrire la bonne chère, et, faut-il le dire, moralistes, médecins, historiens et poètes sont les premiers à tomber dans les abus qu'ils déplorent avec tant d'éloquence dans leurs écrits. Les effets de l'intempérance, outre

les affections de l'estomac, entraînent encore la pléthore, ladisposition aux phlegmasies aiguës, la goutte, ce remords des gourmands, l'obésité, l'apoplexie, etc. Ces conséquences sont si bien connues, si bien admises par tout le monde qu'il n'est pas besoin d'obser- Tations particulières pour les démontrer. Ajoutons seulement que ces excès sont plus particulièrement nuisibles aux personnes livrées à des travaux sédentaires, aux gens de lettres, etc. ; car l'exercice sert a dissiper l'excédant de forces acquises par une nourriture trop succulente et active la digestion.

Si nous considérons la manière dont, les aliments se comportent dans l'estomac, nous voyons que les végétaux, promplement digérés, passent les premiers; les viandes, plus longues à digérer, ne passent qu'après. Si l'on en prend une grande quantité , on peut s'attendre à une digestion laborieuse. Mais, par contre, les économistes ont parfaitement démontré que les forces physiques acquises sont en rapport direct avec la richesse de l'alimentation.

Les effets d'une alimentation mauvaise par son excès ou ses qualités se font également ressentir clans les intestins qu'elle irrite, dont elle trouble les fonctions, et il en résulte des diarrhées, des dyssenteries quelquefois fort graves et même mortelles.

Enfin, si nous suivons la digestion jusque dans son dernier acte, dans l'expulsion des fèces, nous voyons d'abord que lorsque la défécation n'a point lieu, il y a des coliques, des chaleurs à la tète, des étourdissements; quand les matières sont très-dures elles peuvent produire, par l'irritation qu'elles déterminent au moment de leur passage, des hémorroïdes, des gerçures, des fissures à l'anus, voire même des abcès et des fistules. Suivant moi, la cause la plus fréquente et la plus active des fissures à l'anus est la

constipation ; les faits cités par Boyer et l'ensemble de mes observations cliniques le prouvent positivement. Et ce qui donne le dernier degré d'évidence à cette opinion, ce sont les guérisons que j'ai obtenues par l'emploi des purgatifs en boissons et en suppositoires. — La défécation agit encore sur la santé en raison des efforts qu'elle exige dans le cas de constipation; nous avons vu en pariant des efforts quels accidents pouvaient en résulter.

Elle est pour l'économie la source du mal comme du bien : c'est la porte par où. s'introduisent les principes les plus nécessaires comme les plus dangereux pour la vie; par elle les principes réparateurs puisés dans les boissons et les aliments sont répartis entre les organes qu'ils doivent nourrir et auxquels ils portent les matériaux des sécrétions; mais, par elle aussi, les poisons absorbables, les substances dont l'action trouble le jeu des fonctions et donne la mort, ont accès dans notre économie. Elle agit donc moins par elle-même que par les matériaux venus du dehors et qu'elle transporte. Faisons une exception pour certains cas d'absorption rapide de la graisse qui, dégageant les ouvertures naturelles du ventre, donne aux hernies la facilité de se produire.

La respiration suspendue entraîne les accidents si graves et si promptement mortels de l'asphyxie. Elle est aussi une voie particulière d'absorpton et une voie par où le froid peut produire des accidents morbides, des bronchites, des pneumonies, etc. (Voir

plus bas les effets du froid, des gaz et des vapeurs.) Il est certains phénomènes, accessoires à la respiration , qui peuvent agir sur la santé d'une manière défavorable. Le rire, le pleurer, mais surtout la toux répétée et violente, produisent la plupart des accidents dus aux efforts, particulièrement la céphalalgie, des hernies, et de plus, l'irritation du larynx, parce que bien que toutes les voies aériennes se resserrent involontairement, dans les violentes expirations, depuis les bronches jusqu'à la glotte elle-même, aucune ne devient plus étroite, proportionnellement à son diamètre, que la glotte elle-même.

L' étemuement prolongé peut donner lieu à certains effets morbides du côté du cerveau, des étourdissements, de la céphalalgie, etc. ; comme Fabrice de Hilden l'a vu sur un enfant qui, éternuant à volonté, avait parié se livrer cent fois de suite à ce dangereux exercice ; il s'en suivit un violent mal de tête et une cécilé passagère (Cent. I, Obs. 2à). Strada rapporte qu'un boulanger mourut au vingt-quatrième étemuement (Planque, Bibl. chois, de mécL, art. Hoquet, t. XV, p. 29 5 éd. in-12). L'éternuement est dangereux par sa brusque violence.

Le hoquet est un accident assez commun, surtout chez les enfants, et qui, pour l'ordinaire, n'a rien de sérieux; néanmoins, dans quelques cas, il peut se prolonger pendant des années entières et donner lieu à de l'épuisement par la fatigue qu'il occasionne. On lit dans la Bibliothèque choisie de Planque (t. XV, p. 29), qu'un pr.ysan fut pris d'un hoquet si opiniâtre qu'il finit par succomber. — Le bâillement considérable produit des luxations de la mâchoire inférieure, surtout chez ceux qui ont déjà été affectés de cette luxation.

Les divers troubles de la circulation peuvent produire d'une manière médiate des accidents plus ou moins graves. Quand le sang s'accumule dans une partie, il y a ce que l'on nomme congestion, et celleci peut être active ou passive. Dans le premier cas, le liquide a souvent été appelé par la douleur (ubi stimulus ibi fluxus). C'est Y inflammation ou phlegmasie. Quelquefois la phlegmasie est l'effet de l'accumulation passive du sang, comme il arrive, par exemple, dans les cas de déclivité (V. plus loin); c'est ce qui constitue I'hypostase du prof. Piorry. Quand le sang stagne autour de certains vieux ulcères, on voit se développer à Tentour la squammeuse humide (eczéma). Un obstacle au cours du sang veineux produit des épanchements et des infiltrations séreuses dans les parties d'où les veines tirent leur origine. Ce fait est assez anciennement connu. Les expériences de Lower, qui lia chez un chien la veine cave au-dessus du diaphragme et donna naissance à une ascite, avaient, fait voir que l'arrêt de la circulation veineuse peut devenir une cause d'hydropisie. Celte étiologie fut admise par la plupart des écrivains du dernier siècle. Quesnay (Traité de la gangrène, 69 et 87) insiste longuement sur le mécanisme des infiltrations séreuses qui succèdent à la ligature des veines et s'étonne que les anciens n'aient pas compris ce phénomène, d'où fût résultée pour eux, dit-il, la démonstration de la circulation du sang. Daniel Monro, dans son Traité de l'hydropisie, dit en propres termes : Tout ce qui est capable de gêner la circulation du sang dans les gros vaisseaux peut produire une hydropisie (page 22) , et il note que tout ce qui comprime les

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veines, comme les tumeurs, peut devenir cause d'épancheiiient séreux. Ces vérités étaient oubliéesquand M. Bouillaud lit sur ce sujet des recherches anatoiniques suivies, et publia [Archives gén. de médecine, tomes II et V) le Mémoire bien connu dans lequel il établit, d'après de nombreuses autopsies cadavériques, que la plupart des hydropisies, dites passives, dépendent d'un obstacle au cours du sang veineux. On sait que dans les affections du cœur qui gênent la marche du sang, les rétrécissements de ses orifices, les anévrismes avec dilatation, il y a presque toujours œdème des extrémités et ascite. Enfin, la compression des vaisseaux, mais surtout des artères ou leur oblitération intérieure, sont autant de causes de gangrènes locales plus ou moins étendues.

D'un autre côté, une circulation trop active dispose aux congestions sanguines, aux hémorragies ; beaucoup d'auteurs, et particulièrement M. Bricheteau, ont observé que les coups de sang, les attaques d'apopiexie ne sont pas rares chez les sujets atteints d'hypertrophie du cœur gauche (Ciiniq. de l'hôp. Necker, Paris, 1835). M. Andral a fait la même remarque (Ciiniq. méd., t. V, p. 274 et suiv.).

Les sécrétions sont des fonctions dont les désordres donnent naissance à un grand nombre d'affections. Elles méritent donc beaucoup d'attention. Elles peuvent, d'ailleurs, amener des troubles plus ou moins graves suivant qu'elles sont augmentées, supprimées ou perverties.

1° Influence de la suppression des sécrétions. — Elle est grande assurément, mais c'est une exagération sans précision que de signaler vaguement parmi Ses causes

de toute maladie non chirurgicale, la suppression d'une sécrétion quelconque.

2° Influence de la suppression de la sueur. — Dans l'état ordinaire, et bien que rien ne le manifeste, la surface du corps exhale continuellement une vapeur aqueuse très ténue. C'est la transpiration insensible. L'existence de cette exhalation est bien facile à démontrer : si Ion enferme un membre dans un cylindre de verre luté autour du membre, de manière que l'air extérieur ne puisse y pénétrer, on voit bienlôt les parois transparentes du vase se couvrir d'une vapeur qui les ternit, puis des gouttelettes.se forment, et si l'expérience est prolongée pendant quelques heures, les gouttelettes se réunissent au fond du vase sous forme d'un liquide transparent. La quantité de cette transpiration insensible est très-considérable, moindre cependant que ne l'avait avancé Sanctorius , qui l'a recueillie avec l'exhalation pulmonaire. D'après les expériences plus rigoureuses de Lavoisier et Séguin, elle s'élèverait à 868 grammes au moins, et pourrait monter à 2,500 grammes en vingt-quatre heures. On comprend tout ce que peut apporter de trouble dans l'économie la suppression brusque d'une évacuation aussi importante, et qui est bien inférieure à celle qui a lieu dans le cas de sueur proprement dite, où la matière delà transpiration ruisselle à la surface du corps.

M. Fourcault a entrepris une série de recherches sur les effets de la suppression de la transpiration insensible. Ayant, chez des animaux, arrêté l'exhalation cutanée au moyen d'un enduit de goudron, de vernis ou de colle-forte, il est parvenu à déterminer des maladies mortelles.

Ses expériences peuvent se partager en deux séries : dans les unes, il a agi sur toute la surface cutanée à la fois; dans les autres, sur des portions seu-

lement de cette surface. Les effets pathologiques résultant de la suppression générale de la transpiration ont été les suivants : inflammations aiguës, engorgements des veines caves et des cavités du cœur, altération couenneuse du sang. Comme effets de la suppression graduée ou partielle de la transpiration cutanée, il a vu survenir des inflammations subaiguës, des irritations chroniques, des tubercules dans divers organes, une altération profonde de la nutrition (Ac. dusse., 26 mars 1838). Ces expériences auraient besoin d'être vérifiées. Néanmoins des faits analogues se retrouvent quelquefois dans l'-espèce humaine par la circonstance accidentelle d'une suppression de l'exhalation cutanée , mais ils sont plus difficilement appréciables, car, dans les cas où. cette suppression a été accusée d'avoir déterminé telle ou telle lésion organique , on peut toujours se demander si elle a été cause ou effet. Ainsi, dans ces derniers temps, s'appuyant sur des considérations chimiques, un jeune chimiste fort distingué, M. Mialhe, a expliqué le diabète par l'absence de la transpiration. On sait que chez les diabétiques la peau reste toujours sèche. Mais, dans ce cas, est-il bien certain que l'arrêt de la sécrétion cutanée ait précédé la maladie? N'en est-elle pas plutôt, la conséquence? N'est-eile pas le résultat de la supersécrétion rénale, qui détourne à son profit la plus grande partie de la sérositédusang, rejetée alors par les reins , au lieu de l'être par la peau ; de même que quand on transpire beaucoup la sécrétion urinait e est presque nulle 5 de même que les évacuations alvines incessantes des cholériques semblaient tarir les sources de l'urine; de même que d.-ins les hydropisies ordinaires la peau est également aride et privée de transpiration? Si la théorie de M. Mialhe était vraie, pourquoi les personnes dont la peau est

sèche, par l'effet d'une maladie quelconque, ne seraient-elles pas diabétiques? Ainsi les sujets affectés d'ichthyose, de maladies chroniques de la moelle épinière, sont précisément dans ce cas, et cependant ils n'ont pas le diabète. J'ai insisté à dessein sur cet exemple pour faire voir la difficulté que Ton éprouve à déterminer d'une manière précise la valeur étiologique d'un phénomène donné.

Il faut ajouter que la suppression de la sueur coïncidant souvent avec le refroidissement, que l'acîion du froid insensible étant elle-même la source de bien des maux, on doit toujours tenir compte de cette influence dans la détermination de la causalité des maladies, qu'on peut attribuer à une suppression de la sueur.

Cette complexité de la causalité est plus évidente dans les cas de transpiration sensible accompagnée de chaleur prononcée, et les exemples abondent pour faire voir les dangers d'un brusque refroidissement. Des angines, des bronchites intenses, des pneumonies, un rhumatisme aigu général, etc., telles en sont ordinairement les conséquences. D'autres fois, le refroidissement n'estque partiel, lesaccidentssontmoins graves, mais on peut cependant en constater de plus d'un genre. Ainsi, le refroidissement ayant eu lieu sur la joue, tout le côté de la face est atteint de névralgie aiguë intense ou de paralysie faciale. Ailleurs il se développe des douleurs rhumatismales dont le caractère prédominant est d'être mobiles, et de tendre sans cesse à récidiver avec le retour de la même cause, ou même sans cette cause, et tantôt ce sont les articulations, tantôt les muscles qui sont affeclés. Combien de fois n'ai-je pas vu aussi des coliques, des diarrhées entretenues longtemps, même par une suppression de transpiration insensible, et que je gué-

rissais par des ceintures de molleton de laine doublées en dehors de toile gommée!

Ce sont surtout les sueurs partielles habituelles dont la disparition expose à des accidents variés. Mondières a réuni dans un mémoire spécial 42 observations pour faire voir les dangers qu'entraîne la suppression de la sueur des pieds. En voici l'analyse rapide: sur les 42 faits, lô ont traita des affections des voies respiratoires, savoir : phthisie trachéale, 2 -, asthme ou dyspnée, 2 ; pneumonie aiguë, 1 ; pleurésie chronique, 1 ; pneumonie chronique ou phthisie, 9. Dans cinq cas les fosses nasales ont été enflammées; les voies digestives ont été moins souvent atteintes; je vois seulement deux cas d'embarras gastrite, un de diarrhée et un d'hépatite chronique. Du côté de l'appareil génito-urinaire, 7 cas; dont leucorrhée, 4; écoulement urélhral non vénérien, 1 ; catarrhe vésical, 1; diabète, 1. Je vois un cas d'otorrhée ; un autre des maladies de la peau ; quatre d'anasarque ; quatre de névralgies, dont deux céphalalgies, une névralgie sciatique, une névralgie du nerf plantaire, et enfin un cas de rhumatisme aigu {Expérience, t. I, 15 avril 1839). De son côté, Guersant rapporte l'observation suivante, qui est très-remarquable : Un jeune homme de vingt-cinq ans, sujet à une sueur des pieds datant de plusieurs années, se baigne dans la rivière, la transpiration se supprime, et immédiatement il se déclare une cécité qui dure quinze jours et ne disparait que lorsque la transpiration est rétablie. Autres faits : un homme âgé de quarante-six ans suait beaucoup de la tête ; on lui conseille de se laver avec de l'eau froide: sa sueur se supprime peu à peu, la démence s'établit (Esquirol, t. 1, p. 73). Un jeune homme est en sueur, il traverse un ruisseau, se couche avec un frisson et aussitôt il devient maniaque (id. ibid.).

Que se passe-t-il dans les cas où une transpiration se trouve brusquement arrêtée par un refroidissement?... Est-ce parce que quelques grammes de sueur n'ont pas été évacués? Très- probablement non; car le liquide de la sécrétion cutanée est trop simple pour que sa présence dans l'économie puisse y produire les accidents que cause ia suppression de la sueur. D'ailleurs dans les cas de ce genre il suffirait de faire perdre un peu de sérosité pour guérir immédiatement, tandis qu'il n'en est pas ainsi.

Accusera-t-on un trouble apporté dans la sensibilité par l'action du froid? Mais cette sensation n'est pas toujours appréciable ou perçue, il peut certainement y concourir, car le froid perçu comme le froid non perçu cause des rhumatismes. — Enfin seraitce parce que l'acte vital de la transpiration a été troublé? Si l'on réfléchit à la solidarité qui lie plusieurs fondions, celles de la peau par exemple avec celles des muqueuses, à la l'acilitéavec laquelle un acte vital troublé dans son libre exercice, par exemple la cessation de 1 exercice habituel de l'intelligence, ce qui ne retient pas de iluide excrémentiel dans l'économie, produit des maladies graves , on se rangera à cette dernière hypothèse qui, suivant moi, réunit le plus grand nombre de probabilités en sa faveur.

Plusieurs sécrétions sont trop peu importantes pour que leur suppression puisse avoir de grands inconvénients; celle des larmes causerait probablement des ophthalmites, quoique l'ablation de la glande de ce nom n'ait pas toujours causé cet accident. En général, pour plusieurs sécrétions il n'existe pas de faits assez précis, assez rigoureusement étudiés pour que l'on puisse arriver à constater la valeur étiologique de leur suppression. La sécrétion urinaire est dans ce cas. Quant à la bile, les recherches modernes parais-

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sent démontrer que quand la sécrétion est suspendue, ses matériaux se retrouvent dans le sang et qu'il en résulte l'affection connue sous le nom d'ictère ou jaunisse. On observe aussi de la gèue dans les digestions, de l'amaigrissement, la décoloration des matières fécales, de l'hypochondrie, etc. (Bouisson, De la bile, etc. Montpellier, 1843).

De toutes les sécrétions normales, celle dont la suppression entraîne le plus de dangers après celle de la sueur est assurément la menstruation. Les recueils sont remplis d'observations dans lesquelles on voit une suppression brusque des règles donner lieu à des maladies graves ou à des indispositions très-variées, et offrant quelquefois les formes les plus bizarres. D'ordinaire, lorsque l'accident dont nous parlons a eu lieu, les femmes éprouvent des coliques, des maux de tête, des troubles dans la digestion, de l'oppression, même des crachements de sang, etc., mais ces malaises généraux se spécialisent souvent de manière à constituer une maladie locale.

On réunit sous le nom A" hémorragies succédanées tous les cas dans lesquels les règles ayant été arrêtées par une cause quelconque et cessant de paraître sont en quelque sorte remplacées par un écoulement sanguin dont le siège est d'ailleurs très- variable; quelquefois des épistaxis; et ce fait était connu dès la plus haute antiquité, puisque Hippocrate dit très-formellement dans ses Aphorismes : « Le saignement de nez qui survient aux femmes dont les menstrues sont supprimées, est avantageux (sect. V, Aph. 33), » et Galien, en commentant cet aphorisme, a bien soin de faire remarquer que chez les femmes aménorrhéiques le sang peut s'échapper par différentes voies, mais que l'écoulement par les fosses nasales étant en quelque sorte plus naturel et à coup sûr moins dangereux que

Jes autres, Hippocrate a dû le prendre comme exemple. D'autres hémorragies soulagent également les accidents qui résultent de l'aménorrhée, mais elles ne sont pas toujours par elles-mêmes sans inconvénients. (Gai., Comment., Lyon, 1551, p. 339.)

Dans certains cas c'est par le grand angle de l'œil que l'écoulement a lieu. Houllier, Dodonée, Ledelius et une foule d'autres en ont observé des exemples (Planque, Bibl. choisie de méd., art. Hémorragie). Plus récemment M. le docteur Amédée Forget en a observé un qu'il a communiqué à la Société médicale d'émulation. (Gaz. des Hop., sept. 1844.) Chez la jeune fille qui fait le sujet de cette observation, le sang, à plusieurs époques, coula, en même temps, parle dos du nez, la joue droite et le menton. Enfin il parut quelquefois du sang à la raie de séparation des cheveux, dans le conduit auditif externe de l'oreille droite et au dos de la main. Le sang venait sourdre en gouttelettes à la surface de la peau, où M. Forget put le recueillir sur un mouchoir. Après l'écoulement, la peau présentait une surface chagrinée là où il s'était manifesté. De son côté, M. Alibert (de Castelnaudari) a rapporté, dans le Journal de médecine et de chirurgie de Toulouse (184 6), l'histoire d'une femme de quarante cinq ans qui vit, il y a neuf ans, ses règles se supprimer à la suite d'un refroidissement; depuis cette époque, elle est devenue sounle, et tous les mois elle éprouve des pesanteurs de tête, des bourdonnements, puis du sang, dont la quantité peut être évaluée de 30 à 45 grammes, s'échappe de l'oreille droite, dans l'espace de vingt-quatre heures environ.

Rien de plus commun que les hémoptys;es dues à cette cause; c'est à ce point que S.iuvages, d'après Pechelin, eu avait fait une variété à part sous le nom

d'hémoptysie cataméniale. Il est très-important de les reconnaître , je les trouve toujours plus aisées à guérir que les antres, et, par suite, d'un pronostic moins grave, quoique j'en aie vu persister longtemps. L'hématémèse est moins commune ; on en cite cependant un certain nombre d'exemples. Baillou dit avoir vu une femme très-vigoureuse, mère de cinq enfants, qui n'avait jamais eu ses règles par les voies génitales. Elle était sujette aux vomissements de sang (Epid. et éphém., lib. 11, t. I, p. 190, Ed. Tronchin). Van der Wiel cite un cas semblable qu'il a observé sur une jeune servante. Quand ses mois devaient venir, dit il, elle en était quitte pour vomir beaucoup de sang; c'est de quoi j'ai été souvent témoin moi-même (Obs. rares de méd., etc., t. H, p. 188). Balthazard Timeus , Rhodius, Roderic à Castro , Schenck et une foule d'autres collecteurs d'observations rapportent des cas semblables. Enfin, tout dernièrement, on en a pu observer un pareil dans le service de M. Piorry, à la Pitié. Il s'agissait d'une fillede vingt-huit ansquin'a jamais eu ses règles, et qui, depuis deux ans seulement, rend tous les mois, parle vomissement, un demi-litre de sang (Bulletin de thérapeutique, t. XXX, p. 213).

Nous avons vu dans l'observation de M. Forget que plusieurs parties du tégument étaient devenues le siège d'un écoulement sanguin 5 voici un cas de ce genre : Une femme, à la suite d'une frayeur, eut ses règles supprimées. A l'époque suivante, la figure et la poitrine se couvrirent de boutons qui laissaient suinter du sang, puis tout rentra dans l'ordre. Chaque mois le même phénomène se renouvelait.

Ce n'est pas toujours une hémorragie qui vient attester l'état de pléthore des vaisseaux. Dans certains cas, le trop-plein du sang semble s'accumuler dans.

les* veines qu'il dilate et rend variqueuses. M. Briquet, dans son excellente dissertation sur les varices (Paris, 1824, p. 26 etsuiv.), cite plusieurs cas de ce genre. Dans un cas surtout emprunté à Girod (de Lyon), chaque fois que Ton voulait appliquer un bandage compressif, il survenait de la toux, de l'oppression; il fallut y renoncer jusqu'au moment où. les règles reparurent.

D'autres fois le trouble porte sur les organes des sens ou l'appareil nerveux. « la menstruation, qui joue un si grand rôle dans la santé des femmes, ne peut être étrangère à la production de l'aliénation mentale; aussi entre-t-elle pour un sixième parmi les causes physiques. Les efforts de la première menstruation déterminent la folie... les désordres des menstrues provoqués par des accidents physiques ou moraux, ou par les progrès de l'âge, multiplient les comiitionsfavorables à l'aliénation mentale (Esquirol, des Maladies mentales, t. I, p. 69. Paris, 1838). » Ce fait est confirmé par tous les auteurs qui s'occupent de la folie, et par M. Brierre de Boismont dans son Traité de la menstruation (p. 311 et suiv.); et ce qui prouve bien l'influence réelle de la cause que nous indiquons, c'est que, chez les femmes qui sont devenues folles à l'occasion d'une suppression, le délire et l'agitation augmentent à l'époque ordinaire des règles.

D'autres fois , ce sont des convulsions. L'hystérie en particulier trouve souvent sa cause dans la disparition du flux périodique. D'autres fois, ce sont des accidents nerveux très-variés. L'observation suivante en donnera une idée. Une jeune fille ayant eu ses menstrues supprimées brusquement, après avoir mis ses jambes à l'eau en lavant du linge pendant l'hiver, éprouva un spasme tétanique de tous les membres et tomba sans connaissance. Après quarante jours de dé-

lire elle revint à elle, mais elle ne voyait que de l'œil gauche-, le bras droit fut paralysé pendant plusieurs mois; quelques jours après, l'œil gauche perdit, à son tour la faculté de voir, et la malade fut plongée dans une cécité complète pendant cinq jours. Elle avait des attaques d'hystérie très fréquentes ; une seconde fois la cécité reparut et dura six semaines. Au bout de quatre ans, a l'aide d'un traitement approprié, les règles reparurent et. la malade guérit (Jouni. de méd. et dechir., t. VIII, p. 350, an 17ti3). Ainsi chez cette jeune fille on trouve en quelque sorte réunis les divers troubles nerveux que peut apporter à sa suite l'arrêt de la menstruation : raideur tétanique, délire, convulsions, hystérie, paralysie momentanée, amanrose... Cette observation est assurément tres-curieuse et trèsinstructive.

En voici une encore plus grave où les accidents ont atteint les proportions de l'hydrophobie. Une servante avant été vivement pressée par un jeune homme dans le temps de ses règles, cette évacuation s'arrêta; quelques heures après, le jeune homme ayant renouvelé ses tentatives, la jeune fille entra dans une espèce de fureur. Dès ce moment elle se plaignit de douleurs vagues partout le corps; ces douleurs furent suivies d'une fièvre ardente, et d'un délire si violent qu'il fallut la lier. A ces accidents succéda l'hydrophobie la plus décidée; la vue de toute espèce de liquide faisait tomber la malade dans des convulsions affreuses, ebe rejetait jusqu'aux aliments solides, il ne fut pas possible de lui faire prendre aucun remède (Brierre de Boismont, ouv. cit., p. 319). Si l'exemple qui précède celui-ci ne nous avait montré ce que peut une simple suppression par une cause physique, nous serions tenté de rejeter, dans le cas actuel, la gravité des accidents sur l'accès décolère causé à cette jeune

fille par les tentatives dont elle avait été l'objet ; mais sans refuser à l'influence morale la part qui lui revient dans cette observation, on ne peut disconvenir que le trouble apporté dans la menstruation a dû y jouer un grand rôle.

Dans d'autres cas on trouve différentes lésions, mais séparées. Une femme jusques-là bien réglée est atteinte à quarante deux ans, sans cause connue, d'une suppression de menstrues. 11 se déclare une céphalalgie violente, des douleurs a l'estomac et à la poitrine 5 la respiration devient pénible, la voix perd de sa force et une aphonie complète se déclare. Enfin, au bout de trois ans, les règles reprennent leur cours et la voix reparaît avec son timbre normal (Piecueil périod. de la Soc. deméd. de Pai-is, t. IX, p. 2^8). D'autres fois c'est l'ouïe qui se perd en totalité ou en partie. On lit dans les Archives générales de médecine (t. XVII, p. 96, lre série) l'histoire d'une femme qui, dans les mêmes conditions, éprouvait des contractions périodiques dans les membres inférieurs.

L'état pléthorique qui succède à la suspension du cours des règles, a plusieurs fois donné lieu à des attaques d'apoplexie. M. Àndral l'a noté pour les congestions cérébrales, et beaucoup d'auteurs en rapportent des exemples. Ailleurs, c'est, une phlegmasie véritable, une arachnitis, par exemple (Parent-Duchateiet et Martinet, Traité de l'arachnitis, p. 190). Nous avons dit que les troubles de la digestion étaient assez communs dans l'aménorrhée. Il peut en résulter des phénomènes plus graves encore. Le docteur Neumann, de Berlin, a vu une femme mourir en quelques jours avec tous les symptômes d'une enléro-péritonite intense pour avoir eu ses ordinaires supprimés par un refroidissement (Brierre de Boismont, ou v. «7., p. 335). Voici un cas moins grave, mais fort curieux à cause

de la variété des accidents que l'on observa : Une jeune (iile de dix-huit ans eut ses règles supprimées à la suite de grands chagrins. Cette aménorrhée fut suivie d'angine, de rhumatisme, de pleurodynie, de vomissements, de dégoût pour les aliments, de suppression d'urine et de constipations opiniâtres. Pendant treize mois, elle ne prit presque aucune nourriture, et cependant elle maigrit à peine; ses forces n'étaient point diminuées. On la maria dans cet état; au bout de huit jours elle eut une perte utérine énorme, suivie d'évanouissements; tous les symptômes disparurent, elle devint grosse, et le retour à la santé fut complet. (Ozanam, Jour. gén. de méd., t. IX, p. 349, et Brierre de Boismont, loc. cit., p. 336). Ce dernier auteur rapporte deux observations qu'il a recueillies à PHôtel-Dieu de Paris, et dans lesquelles on voit l'aménorrhée déterminer une énorme hypertrophie du tissu cellulaire, une sorte d'éléphantiasis général (ouv. cit., p. 311 et suiv.). Enfin, l'aménorragic produit si souvent des leucorrhées, la chlorose et les infiltrations séreuses qui en sont la suite, qu'il n'est pas nécessaire d'en relater des exemples pour fixer ces faits dans la mémoire. Les affections que nous venons de nommer, la chlorose surtout, sont, chez les jeunes filles, presque synonimes d'aménorrhée, tant leur dépendance est commune.

Terminons par quelques faits bizarres, exceptionnels. M. Rostan parle d'une dame qui, saisie de frayeur à la vue de la lanterne à laquelle on voulait l'accrocher, pendant, le règne de la terreur, eut une suppression immédiate ; quelques jours après toute la peau devint noire, comme celle d'un nègre peu foncé (Joum. de Coruisart, t. V, p 22). Dans d'autres cas, on a vu survenir une coloration bleue (Brierre de Boismont, ouv. cit., p. 32 1). Nous avons à dessein multi-

plié les exemples pour taire voir quelle foule d'effets différents peuvent être produits par une seule et même cause, et en même temps la solidarité qui lie les fonctions de l'utérus avec celle des autres organes.

La suppression du flux hémorrhoïdal chez l'homme produit des effets bien moins variés, et dont la plupart peuvent être attribués à un état de pléthore dont ilssoutla conséquence. Ainsi on rencontre surtout des congestions cérébrales, des altérations, des troubles divers des facultés intellectuelles, la folie même, de l'oppression, des palpitations, diverses éruptions cutanées, etc. (Montègre, Blet, des se. méd., Hémorroïdes) .

3° Influence de la perversion des sécrétions. — C'est là un point assez mal connu ; mais les altérations diverses dont les fluides sécrétés peuvent être atteints le sont elles-mêmes fort peu. Quoi qu'il en soit, on a remarqué que, dans les peines morales très-vives, les larmes qui en sont l'expression, rougissent les yeux, les joues ; on dit même qu'elles y causent des érosions. On affirme aussi que la salive s'altère chez les personnes violemment irritées ; que leurs morsures deviennent alors plus dangereuses et en quelque sorte venimeuses. Nous avons même cité plus haut l'exemple de la sœur de Malpighiqui, par sa morsure, aurait causé la rage. Nous avouonsqueuous avons peu de confiance dans ce fait. Rappelons-en néanmoins quelques-uns déjà cités. La bile paraît dans certains cas revêtir un caractère analogue. Suivant Deiuier, la bile prise sur des pestiférés et inoculée à des chiens les fit promptement périr avec des tumeurs charbonneuses, des gangrènes, etc. (Exp. sur la bile des pestiférés de Marseille, 1722). De son côté, Morgagni, ayant inoculé à deux pigeons la bile pro-

venant d'un jeune homme épuisé par la fièvre tierce, et mort dans les convulsions, les animaux succombèrent également au milieu d'accidents spasmodiques (Epit. I. ix, n* 8, I. IX, p. 3.58, tr. Destouel). Chez un individu mort de lièvre bilieuse, avec ulcération de la muqueuse intestinale, M. Orfîla a constaté une altération évidente de la matière résineuse. Elle était tellement acre et arrière qu'il sufûsait d'en mettre un atome sur les lèvres pour y faire naître des ampoules (Lhéritier, Chim. path., p. 332). Ces modifications ont été trop mal et trop incomplètement étudiées pour que nous nous y arrêtions plus longtemps. Il y a là, disons-le, une série de recherches très-intéressantes à entreprendre.

4° De l'influence de l'excès des sécrétions. — Les pertes abondantes ont pour effet d'affaiblir, quelquefois même d'épuiser la constitution, d'amener le marasme et même la mort. La salivation mereurielle, qui peut donner dans les vingt-quatre heures plusieurs cuvettes de salive, affaiblit et amaigrit seulement clans la plupart des cas; les sueurs excessives amaigrissent et affaiblissent moins que les autres sécrétions. Ainsi il est certain que les phthisiques s'affaiblissent bien plus parle dévoieraient que par les sueurs. Dans l'état de santé on peut transpirer très abondamment sans qu'il en résulte le moindre inconvénient. C'est ce qui a lieu pendant les grandes chaleurs de l'été, et dans les pays très- chauds. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ce sont particulièrement les personnes grasses qui transpirent le plus sans perdre pour cela de leur embonpoint.

Il n'en est pas de même pour les pertes de sperme, comme nous allons le voir à propos de l'influence de la génération. L'abondance des urines dans le diabète sucré occasionne un épuisement lent qui finit par être

mortel. Dans la polyurie, où les urines, simplement plus ténues, moins denses qu'à l'état normal, n'offrent pas le caractère spécial qui résulte de la présence du sucre, les désordres sont bien moins graves.

L'augmentation dans la sécrétion de la bile constitue un véritable état pathologique auquel on a donné le nom de polychotie et qui fait naître plusieurs accidents plus ou moins graves. L'arrivée dans les intestins d'une quantité insolite de bile, trouble les digestions, occasionne des diarrhées, des vomissements bilieux qui constituent ce que l'on doit proprement appeler le choléra sporadique. Dans certains cas on est réellement surpris de l'abondance des liquides rendus par les malades. M. Bouisson dit avoir observé à l'hôpital Saint-Eloi, de Montpellier, un officier qui, pendant le cours d'une maladie vénérienne, fut pris de vomissements bilieux, et rendit, par cette voie, assez de bile pour remplir, à plusieurs reprises, une cuvette de grande dimension (De la bile et de ses variétés, etc., p. 129).

La fonction de la génération est une des plus complexes. Il faut donc étudier séparément l'influence de ces différents actes. Dans l'espèce humaine et chez beaucoup d'animaux , la génération en comprend plusieurs : l'amour, l'union des sexes et la fécondation, la gestation, l'accouchement, ses suites, la lactation, l'éducation et l'accroissement des petits.

V amour rentre dans la classe des passions. Nous en avons parlé plus haut , bien incomplètement il est vrai, mais si nous voulions exposer tous les effets morbides qu'il entraîne chez les deux sexes, nous dépasserions les limites dans lesquelles nous voulons

nous resserrer. Cependant je dois dire dune manière générale que l'amour entraîne chez les deux sexes des manies amoureuses et d'autres folies, la mélancolie, quelquefois des besoins physiques, lesatyriasis, la nymphomanie, chez la femme surtout, l'hystérie et des vapeurs (voy. Louyer - Yillermey, Dubois d'Amiens, sur l'hystérie).

Le besoin du rapprochement des sexes, qui se manifeste chez les animaux d'une manière si remarquable à certaines époques fixes , peut avoir lieu chez l'homme avec la même violence en tout temps; c'est, un caractère propre à son espèce. La continence, l'abstinence des plaisirs de l'amour, peut entraîner de graves accidents; toutefois, il faut le dire, cela n'a lieu que chez les tempéraments ardents et d'une vigueur exceptionnelle; alors, si le vœu de la nature n'est pas rempli, on voit se développer des phénomènes morbides quelquefois fort bizarres. Tout le monde a lu dans Buffon (Histoire de la puberté) l'histoire curieuse de cet ecclésiastique doué d'un tempérament passionné, qui, voulant observer rigoureusement son vœu de chasteté, tombe dans les plus étranges hallucinations. Tantôt il croit voir les femmes entourées d'une auréole lumineuse qui double leur beauté, et lui cause:: des sensations dont il ne peut se rendre maître ; bientôt ce transport amoureux se transforme en ardeur belliqueuse , il se croit identifié avec les héros de l'antiquité, il est Alexandre et gagne les mêmes batailles que le vainqueur de l'Asie. Mais le sens dont l'exaU talion causait ces étranges phénomènes provoque bientôt un délire qui revêt la forme erotique. Il passe en revue les beautés de la cour de Louis XIV; des femmes de toutes les nations lui sont offertes; il contemple leurs charmes sans se décider pour aucune ; puis toutes ses affections se con-

centrent sur une jeune personne qu'il connaissait à peine et qu'il avait vue quelques jours avant sa maladie. C'est elle qui l'emporte, il lui adresse dans le langage le plus passionné les plus brûlantes déclarations. Enfin une crise salutaire se manifeste, le délire disparaît et il demeure , comme il le dit luimême, bien honteux, bien confus devant l'infirmité de sa nature. Buffon rapporte à la suite, l'histoire abrégée d'un ecclésiastique, qui, ne pouvant résister aux tortures que lui infligeait le démon de la chair, en vint à se pratiquer lui-même l'opération qui éteignit jadis les feux d'Origène. De son côté, Pinel (Nosogr. phil., t. III, p. 273) r.ipporte avoir vu un pieux cénobite qu'une chasteté, peu en rapport avec sa constitution, fit tomber dans un douloureux satyriasis auquel succéda une perte de semence qui l'épuisait considérablement. Pinel le guérit en le soumettant aux travaux du jardinage. Chez les femmes on observera la nymphomanie et l'hystérie (v. surtout Landouzy, Traité de l'hystérie, p. 18i et suiv.). Ce sont des faits si connus que je n'en dis pas davantage.

L'abus des plaisirs de la génération amène une foule d'affections fort, graves, et il faut l'avouer, à la honte de l'humanité, les maladies causées par le libertinage, sans y comprendre même la syphilis, sont bien plus fréquentes que celles qu'entraîne la continence.

11 est assez difficile de s'entendre sur ce que l'on peut appeler excès dans le coït. À cet égard les forces des hommes sont bien différentes; ce qui épuiserait l'un est à peine suffisant pour calmer les besoins d'un autre; ainsi le mot abus du coït est relatif et non absolu. Le rapprochement des sexes cause des effets divers. Ici c'est le prépuce qui se renverse violemment en arrière, élreint le gland qui se gon-

fle , et si Ton ne vient, ramener les choses clans leur état primitif, il en résulte un paraphymosis. L'anaphrodisie ou impuissance absolue est. une suite assez fréquente des jouissances trop répétées des plaisirs de l'amour, surtout quand elles ont été trop précoces. Ainsi Henricus ab-Heers raconte, dans ses observations médicales, l'histoire d'un jeune hommequi, élevé dans une maison opulente, avait eu dès l'âge de dix ans des familiarités très-fréquentes avec des jeunes filles. Arrivé à l'âge adulte, il avait perdu la faculté de l'érection, et rendait, au moindre attouchement à la verge, une matière analogue à du petit lait. On sait que Gentil-Bernard, l'auteur de l'Art d'aimer, si répandu dans la société corrompue du XVIIIe siècle, succomba sous le poids de ses bonnes fortunes, perdit la mémoire, tomba dans un anéantissement physique et moral, presque complet, et mourut ainsi victime de la divinité dont il s'était fait le grand-prêtre. Rien de plus commun que la privation de la vue, ou du moins, son extrême affaiblissement par cette cause. Ailleurs ce sont des troubles des autres sens, de la surdité ou de la paracousie. L'intelligence, comme nous l'avons dit, en est souvent affaiblie. Pinel l'a observé particulièrement chez un jeune homme de vingt-cinq ans qui, après des excès vénériens à peine croyables, finit par tomber dans une sorte d'imbécilité avec absence de toutdésir. Les relations du coïtavec l'épilepsie ont été notées dès la plus haute antiquité ; aussi plusieurs auteursanciens avaient-ils appelé le coït epilepsh brevis. Sauvages parle d'une personne chez laquellecet acte était constamment suivi d'un accès. G. Cole cite l'exemple d'une femme qui devint épileptique trois jours après son mariage (Esquirol, de l'Epilepsie ouv. cit., t. I, p. 300). On comprend dès lors la part que la répétition fréquente des rapprochements sexuels

peut prendre dans la production des maladies. Ailleurs on voit des coliques, de la diarrhée, de la gène, de la difficulté dans les digestions. Enfin les accidents peuvent être portés plus loin encore-, une fièvre grave peut se déclarer. M. Ghesneau raconte que deux jeunes mariés qui s'aimaient ardemment, s'étant donné des preuves trop répétées de leur tendresse, succorn- Ï3èrent au bout de huit jours de mariage. Tissot rapporte qu'une fille publique ayant défié six dragons espagnols, et supporté leurs assauts pendant toute une nuit, éprouva le lendemain une métrorragie abondante à laquelle elle succomba (Onan., sect. vu) .

Virey a cité le cas tout pareil d'une fille publique qui mourut d'hémorragie utérine après s'être livrée à vingt et un soldats (Dict. des se. méd., t. XIV, p 6 39). Sous le nom de tabès dor salis, on a désigné, dès la plus haute antiquité, une affection chronique de la moelle épinière accompagnée de paralysie ou de contracture des extrémités inférieures, et qui est souvent la suite d'excès vénériens.

Les auteurs en citent un bon nombre d'exemples; nous en reparlerons un peu plus bas, à propos de l'onanisme; disons cependant ici que ces lésions paraissent avoir été plusieurs fois observées chez des individus qui pratiquaient le coït debout, situation pénible et dangereuse. Tissot parle d'un homme qui, adonné par goût aux Vénus du plus bas étage et ne les connaissant guère que dans les coins des rues et debout, tomba dans un épuisement des plus cruels, avec atrophie ou dessèchement des cuisses et des jambes, jointe à une paralysie de ces parties qui paraissait être la suite cle l'attitude dans laquelle il s'était livré à ses sales voluptés. Il mourut après avoir gardé six mois le lit. dans un état également propre à exciter la pitié et l'effroi (Onan., sect. vm).

J'ai aussi vu une sorte de seigneur de village souffrir d'atroces douleurs dans les reins à la suite d'excès semblables. Jl avait l'habitude de sacrifier à l'amour debout contre les arbres de son parc avec les jeunes filles du lieu. Ses souffrances le portèrent au suicide. •

Nous avons dit plus haut que les excès de masturbation épuisaient encore plus que ceux du coït. C'est ce qui a été noté par tous les observateurs, mais particulièrement parTissot et M. L. Deslandes. — Nous n'avons pas l'intention de donner ici des observations sur chacune des maladies que peut engendrer l'onanisme; quelques-unes suffiront. Faisons seulement remarquer que M. Desiandes ne consacre pas moins de deux cent cinquante pages de son livre à exposer des faits de ce genre. (De l'Onanisme, etc. Paris, 183ô, in-8°). Des accidents que produit le vice dont nous parlons, les premiers et les plus apparents sont l'amaigrissement, la tristesse, l'abattement, la diminution des facultés intellectuelles. l'inaptitude aux travaux de l'intelligence comme du corps, une grande susceptibilité nerveuse, des palpitations, des étouffements, et même des convulsions, avec chute et perte de connaissance, comme j'en ai vu un cas. Quelquefois la digestion se trouble, et il y a coliques et dévoiement de nature colliquative; enfin il peut y avoir des pertes séminales. Si les excès continuent, l'amaigrissement et les autres symptômes, loin de s'amender, font des progrès, et ces malheureux succombent dans un état de marasme profond, et conservent jusqu'à la dernière heure de leur vie Ja fatale habitude qui les conduit au tombeau. La masturbation, dit Esquirol,est quelquefois le prélude de la manie, de la démence, et même de la démence sénile; elle jette dans la mélancolie, conduit au sui-

cide; elle est. un grarnd obstacle à la guérison des aliénés qui se livrent fréquemment à ce vice pendant le cours de leur maladie, (ouv. cit., t. I, p. 08). L'amaurose, ou divers troubles de la vue, tels que la nyctalopie, etc., sont très-communs. M. Cloquet a traité un imprimeur qui, à la suite d'abus de ce genre, éprouvait par intervalles des pertes de la vue-, il finit par devenir entièrement amaurotique (Davila, Sur la pollution involontaire, thèse. Paris, ! 8 o ! , p. 22). M.TÎOgnetta a rapporté l'histoire d'un jeune Jésuite, natif de Palerme, atteint d'amaurose après des excès de masturbation et de pédérastie. {Rev méd., déc. 1832. Voy. aussi son Traité d'ophthalm. Paris, 1814.) Sanson regardait les pertes de semence comme une des sources les plus fréquentes de l'amaurose aslhéniqne. Les affections de la moelle épinière, que nous avons signalées à propos du coït, se rencontrent ici avec plus de fréquence. La plupart de? masturbateurs éprouvent des douleurs le long de la colonne vertébrale, des fourmillements, des faiblesses, ou même des tremblements convulsifs dans les jambes, indices trop certains de l'influence exercée sur le centre nerveux rachidien; il peut même y avoir paralysie complète des membres inférieurs. Un malade observé par Dupuytren, et dont .l'histoire malheureusement incomplète a été insérée dans la Lancette française (14 sept. 1833), avait les quatre membres paralysés et atrophiés. Ollivier (d'Angers) et d'autres observateurs, également dignes de loi, ont cité des exemples analogues. Dans d'autres cas, ce sont des mouvements convulsifs, l'épilepsie. Esquirol en cite plusieurs exemples (loc. cit.). Quelques auteurs modernes ont élevé des doutes sur l'action que le vice dont nous parlons, exerce sur la production de la maladie vertébrale de Pott; mais nous ne saurions

révoquer en doute cette influence, si formellement signalée par Boyer, et dont l'expérience nous a plusieurs fois démontré la réalité. Il en est de même de la tuberculisation etde la phtliisie. Dans leur traité récent sur les maladies des enfants (t. III, p. 103), MM. Rilliet et Bailliez ont reconnu que, dans plusieurs cas, il leur avait été impossible d'attribuer à la formation des tubercules aucune autre cause que celle dont uous parlons actuellement. Les pertes séminales, dont on a dans ces derniers temps beaucoup exagéré la fréquence, sont le plus ordinairement la suite de la masturbation, et on sait à quel degré d'épuisement ces écoulements involontaires de la semence peuvent conduire les malades.

Chez les femmes, les manœuvres de l'onanisme ont certains effets spéciaux; elles occasionnent souvent des tlueurs blanches, des catarrhes utérins, la nymphomanie, l'hypertrophie du clitoris; mais ce dernier fait est. assez rare, et quand on l'observe, il est trèsprobable qu'un développement naturel et exagéré de l'organe avait précédé les habitudes vicieuses. Il est. même probable qu'un développement anormal du clitoris conduit les jeunes fiiies à en user. Peut-être aussi cette organisation leur donne t-elle des besoins plus ardents. C'est du moins ce que je crois avoir observé. Quoi qu'il en soit, on cite plusieurs cas dans lesquels l'amputation du clitoris hypertrophié a guéri la nymphomanie. Tous les traités de chirurgie mentionnent que feu le professeur Ant. Dubois obtint, un succès de ce genre. Cependant cette opération est loin de donner toujours un aussi bon résultat. Ainsi M. Lallemand, dans ses Lettres sur l' encéphale, emprunte à M. F en us l'histoire d'une fille publique adonnée avec fureur a la masturbation, et qui, réduite a l'état le plus déplorable, se laissa brûler le clitoris, mais

sans succès: la nymphomanie continua après l'opération avec autant de violence qu'auparavant. (Lettres sur t'encêph., t. 111, p. 199.) On connaît l'opération bien plus ingénieuse de M. Manec.il coupa avec succès le nerf honteux chez une jeune fille et fit cesser la masturbation.

Mais c'est surtout quand le sujet est affecté d'une maladie sérieuse que le moindre excès vénérien peut être dangereux. « Il faut que le malade évite l'acte

vénérien dont grands accidents et souvent mort

advient, par tel acte à ceux qui ont plaies à la tête : ce que je puis attester avoir vu souvent advenir en bien petites plaies, encore que la plaie fût consolidée. » (Paré, l. x.)On lit dans Fabrice deHilden (Obs. chir., cent. I, obs. 22), l'histoire d'un jeune homme qui avait subi l'amputation du poignet à la suite d'un coup de feu : déjà la cicatrisation faisait des progrès quand le malade, doué d'un tempérament passionné, voulut satisfaire avec sa femme les désirs qu'avait allumés une abstinence prolongée; safemme, instruite par le chirurgien des dangers d'un rapprochement, intempestif, s'y refusa; alors il se procure sans coït une émission de sperme ; mais bientôt une fièvre ardente avec délire se déclare, des convulsions surviennent et le malade meurt. Un chirurgien du moyen âge, Théodoric, je crois, rapporte qu'un jeune homme, fils d'un cardinal, atteint d'une plaie de tête, s'étant livré au coït, mourut très-promptement. Hoffmann (Demortis ex nimiâ venere, § 20-21) a vu un goutteux, âgé de cinquante ans, qui, s'étant livré aux femmes, dans la convalescence d'une pleurésie, éprouva une rechute, dont il finit par guérir, plus heureux qu'un autre malade, dont parle Fabrice de Hilden, et qui, dans des circonstances semblables, paya de sa vie un acte d'incontinence.

Une dépravation dégoûtante, la pédérastie, produit des affections spéciales qui restent comme autant de stygmates des manœuvres dont plies sont la suite. Nous rencontrons de temps eu temps, dans la pratique, des dilatations de l'anus, avec laxité des sphincters, des fissures, des fistules, des phlegmons, des abcès, des pustules syphilitiques, des rhagades, des végétations en choux-fleurs, des dilatations, ou au contraire, des rétrécissements du rectum qui n'ont pas d'autres causes.

Enfin, comme se rattachant aux honteuses passions dont il vient d'être question, nous devons signaler quelques accidents occasionnés par de singulières perversions du besoin vénérien, auxquelles il sérail difficile de donner un nom. Je veux parler de certaines manœuvres d'introduction de corps étrangers dans le rectum ou dans les organes de la génération.

On voit des hommes se prendre, en voulant simuler le coït, à des pièges qu'ils s'étaient tendus euxmêmes (Deslandes). En voici quelques exemples que l'on trouve dans les traités de chirurgie (Morand, Obs. de corps étrangers, etc. , in mérti. de t'Àcad. r. de dur.) . Un jeune homme avait passé sa verge dans l'anneau d'une clé. Un gonflement énorme s'était emparé de la verge, et on ne put la débarrasser du cercle qui l'étreignait qu'après avoir dégorgé le gland à l'aide de scarifications. Chez un autre, c'était un anneau de cuivre que l'on put couper avec de fortes cisailles. Un troisième s'était servi d'une virole de fer qu'il fallut scier sur place, non sans endommager quelque peu l'organe coupable Mais le plus curieux de tous ces faits, c'est assurément celui d'un jeune homme de seize ans, que le désœuvement porta a passer sa verge et ses bourses entre les branches de cette ellipse d'acier qui servait autrefois de briquet.

3Zj2 CHAPITRE X. — CAUSES DES MALADIES.

Chez certains sujets, c'est une suprême volupté que de se titiller l'intérieur de l'urètre avec une tige de bois ou une grande et grosse épingle terminée par une tête renflée. Mais il arrive parfois que l'instrument échappe à la main au milieu des secousses convulsives que sa présence détermine, qu'il tombe dans l'urètre et même dans la vessie. Il y a quelques années, M. le docteur Boinetfut appelé auprès d'un jeune homme qui s'était ainsi introduit dans l'urètre une grosse épingle en or, la tête dirigée vers la vessie. M. Boinet en fit l'extraction par une manœuvre aussi habile qu'ingénieuse {Gaz. mêd., 1822). Tout le monde connaît l'histoire curieuse de ce pâtre des environs de Narbonne, pour lequel la mas^ tuibation était devenue insuffisante, et qui fut peu à peu conduit à se fendre la verge avec son couteau pour se titiller l'urètre plus profondément avec une baguette. On sait que cette baguette, tombée un jour dans la vessie, devint le noyau d'un calcul. (Choppart, Mai. des voies urin.^ t. II.)

L'accident dont nous parlons est beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Morgagni (Lettre xui, § 19, 20, 21,) en cite plusieurs exemples. Il est surtout commun en 1 1 a lie chez les femmes, où. il est favorisé parle climat et l'habitude de porter de grandes épingles à grosse tête. M. Paruard (d'Avignon) a retiré de l'urètre d'une fille de trente ans un sifflet d'ivoire, long de cinq pouces et demi et large de cinq lignes au milieu et à la tête. (Ann. de méd. de Montpellier, oct. 1808). M. Faure a taillé une jeune fille pour un gros morceau de bois introduit dans la vessie. M. Rigal retira de la même manière et du même endroit un étui de bois. (Même recueil, 18 !0.) Lachèse parvint, après deux mois de tentatives infructueuses, à faire sortir de l'urètre un

INFLUENCK DE LA GENEÎÏATiOX. 0!\0

cure oreille qu'une jeune fille de vingt, ans y avait introduit en s'amusant.

Dans ces derniers temps, M. Spessa et M. Petrequin de Lyon en ont retiré chacun une épingle (Journ. des conn. méd. prat., t. XI, p. 89 et t. X, p. 15); M. Bouchacourt, un passe-lacet (Mém. de In Soc. méd. de Lyon> p. 247) 5 M. Leroy-d'Etiolle, un manche de cuiller à moutarde (Acad.dessc, 22 juillet 184 4) chez des jeunes filles ou des femmes. On a extrait à l'Hôtel-Dieu de Marseille, de la vessie d'un paysan piémontais, un cordon de soulier en cuir long de vingt, et un centimètres et demi qu'il y avait probablement introduit par désœuvrement (Journ. des coin. méd. prat., t. X, p. 7G).

C'est par suite d'une même dépravation qu'on voit des hommes se fourrer dans le rectum des corps de différente nature. Tout le monde connaît les exemples que Boyer en a rapportés d'après les Mémoires de l'Académie de chirurgie, et la fiole de verre d'un religieux, et l'affiquet de buis que son propriétaire honteux laissa si plaisamment entre les mains de Gérard, aussitôt qu'il l'eut saisi, pour se sauver à toutes jambes, au lieu de répondre aux questions qu'on lui adressait afin de savoir comment et pourquoi il se l'était introduit dans l'anus. On en trouve bien d'autres analogues dans les recueils scientifiques; nous n'avons pas l'intention d'en dresser ici l'inventaire. Os faits sont si communs que nous nous sommes, nous-même, plusieurs fois trouvé l'ace à face avec des gens qui nous demandaient de les débarrasser des corps étrangers dont ils s'étaient chargé le fondement et qu'ils ne pouvaient rendre, non plus que les fèces, il en résulte alors des rétentions de matières qui causent des coliques et des entérites parfois très-vives.

Influence de la grossesse. — La grossesse se passe rarement sans amener quelques troubles par sympa-

okh CHAPITRE X. — CAUSES DES MALADIES.

fhie ou par voisinage; parlons d'abord de ceux-ci.

La compression exercée par l'utérus sur les vaisseaux du petit bassin amène une stase de sang dans les veines des membres inférieurs et de la vulve, d'où résulte leur dilatation variqueuse; souvent même une circulation supplémentaire s'établit dans les veines superficielles de la paroi abdominale, comme dans certains cas d'hydropisie par obstacle au cours du sang veineux. C'est à cette même cause qu'il faut attribuer l'engorgement œdémateux que l'on observe souvent aux membres inférieurs, à la vulve, pendant les derniers mois de la grossesse , les démangeaisons, les picotements qui ont lieu dans ces parties, quand la circulation est notablement entravée dans l'abdomen. Cette gêne peut se propager jusque dans les parties supérieures, en empêchant la respiration et la circulation de la poitrine. 11 en résulte des congestions sanguines, soit dans le cerveau, soit dans les poumons. Ces accidenis, qui nécessitent si souvent la saignée, ont été attribués à la non évacuation des menstrues; mais comme on les a rencontrés chez des femmes qui continuaient d'être réglées pendant leur grossesse, il est certain que ce n'est pas là la vraie cause de ce phénomène. Tous ces phénomènes sont conséquents avec la grossesse et avec eux-mêmes. L'utérus, en devenant de plus en plus volumineux, force la paroi antérieure de l'abdomen à se dilater, la ligne blanche à s'élargir, a s'amincir, ce qui facilite la sortie des intestins et provoque la formation de hernies; mais celles-ci ont surtout lieu après l'accouchement, parce que les tissus fibreux distendus, malgré leur résisiance, ne reviennent en général que difficilement et qu'imparfaitement sur euxmêmes.

Dans les cas d'implantation du placenta sur le col

utérin, la grossesse donne lieu à des hémorragies par la dilatation du col.

Les réactions sympathiques ne sont pas moins curieuses à étudier. La sensibilité morale et physique est le plus ordinairement intéressée; le trouble des facultés sensoriales consiste surtout dans une exaltation, une exagération insolites; il y a des goûts, des appétits bizarres, les caprices les plus singuliers. Certaines femmes, très-sobres dans leur état ordinaire, boive nf. de l'eau-de-vie à pleins verres et sans ivresse, ni accidents du côté de l'estomac; d'autres mangent du poisson cru, du charbon, de la terre, des choses dégoûtantes ou irritantes, du sel, du poivre, et sou vent sans le moindre inconvénient. Ces fantaisies peuvent s'aggraver au point de constituer une véritable aliénation mentale. «J'ai vu, dit Esquirol, une jeune femme très-nerveuse qui avait eu un premier accès de manie dès la première nuit de ses noces, et qui en eut m\ second, dès le premier jour de la conception; il cri a été de même à sa seconde grossesse. Ces accès ne duraient que quinze jours environ. Nous avons vu à ia Salpéirière plusieurs femmes devenir folles pendant la grossesse. » (Ouv. cit., t. I, p. 71.) Ailleurs, enfin, ce sont des spasmes nerveux, des convulsions; l'appareil digestif est quelquefois influencé par les substances ingérées. Elles peuvent occasionner des maux d'estomac, des indigestions, etc.; mais beaucoup de ces accidents surviennent seulement par sympathie et par le seul fait de la grossesse. Les vomissements en sont surtout une conséquence presque constante ; limités chez certaines femmes à l'espace de quelques jours, ils ont chez d'autres une durée de plusieurs semaines, de plusieurs mois, et finissent par les jeter dans un tel état d'abattement et de faiblesse que les accoucheurs se sont demandé si dans ces cas

il ne conviendrait pas de provoquer l'accouchement prématuré artificiel pour arrêter un dépérissement qui pourrait être mortel. Certaines femmes ont de la diarrhée, mais dans le plus grand nombre des cas c'est une constipation souvent fort opiniâtre. Les causes physiques dont nous avons parlé, jointes à l'aclion sympathique, donnent lieu à des étouffeinents, à des palpitations parfois très-incommodes. Certaines femmes pendant ia grossesse tombent, dans un amaigrissement extrême ; d'autres au contraire prennent un embonpoint insolite.

On a depuis longtemps noté dans les traités de chirurgie que l'état de grossesse est un obstacle à la formation du cal et à la consolidation des fractures. Plusieurs faits ont été rapportés à l'appui, et notamment par Fabrice de Hilden. Cependant des auteurs ont révoqué en doute la réalité du fait. En voici un récent qui le prouve sans réplique; il est rapporté par M. Lepiez, habile chirurgien de Sainl-Germainen-Laye , et inséré dans le Journal de chirurgie de M. Malgaigne (févr. 18 iô). Une paysanne de vingtcinq ans, vigoureuse et enceinte de deux mois à deux mois et demi, eut le bras droit fracturé en deux endroits par le passage d'une roue de voiture 5 au bout de six semaines le cal était sans consistance. Un appareil dexliïné fut appliqué toutes les six semaines, mais la réunion n'eut lieu qu'un mois après l'accouchement. M. Lepiez se demande si, pendant la gestation, le phosphate calcaire ne serait pas entièrement employé au développement osseux du fœtus; mais tout le monde sait qu'au deuxième mois le travail dossilication est à peine commencé, et que reniant réclame alors si peu de sels calcaires qu'il en resterait et au delà pour suffire à la consolidation du cal. Suivant nous, le travail qui se fait dans l'utérus peut détour-

lier à son profit l'action nécessaire à la sécrétion du cal.

Nous avons soutenu celle opinion avec succès, contre Auguste Bérard, dans le concours de chirurgie de 18^3, à la Faculté de médecine.

L'accouchement , par les douleurs qu'il occasionne, par l'ébranlement qu'il porte dans toute l'économie, les désordres matériels qui en sont les conséquences, est souvent une cause de maladie, surtout chez les femmes des villes, amollies par leur vie sédentaire et par les effets de leur éducation physique, qui les rendent impropres aux fatigues de l'enfantement comme à celles de la maternité.

Les efforts auxquels elles sont obligées de se livrer pour accoucher amènent des hernies, des ruptures musculaires, la formation de goîlres, etc., en un mot, les conséquences dont nous avons parlé à propos des efforts (p. 292). L'utérus peut, lui-même, se rompre et chasser l'enfant dans la cavité de l'abdomen, par exemple, si l'accouchement est laborieux. Chez des primipares, il arrive que le périnée se déchire jusque dans l'anus, ou bien il peut se laisser perforer à son centre sans lésion de la vulve ni de l'anus. Le basfond de la vessie, profondément contus ainsi que le vagin, peut se gangrener et donner lieu à des fistules vésico- vaginales étendues et incurables ; les veines variqueuses des membres et de la vulve peuvent se rompre. Cependant on ne voit pas très-souvent se produire des ruptures des veines variqueuses, soit aux membres inférieurs, soit à la vulve. Certaines femmes nerveuses sont, dans les douleurs d'un travail pénible, saisies de convulsions épileptiformes ou éclampliques qui peuvent devenir mortelles.

Quoi de plus commun, à la suite de l'accouchement, que des hémorragies utérines dont le moindre incon-

vénient est de jeter les femmes dans un affaiblissement extrême, et qui sont parfois une cause de mort! Enfin, à la suite de l'accouchement, comme conséquences mêmes de l'ébranlement profond qu'il imprime à toute l'économie, pouvons-nons passer sous silence les inflammations utérines et péri tonéales, les abcès phlegmoneux du bassin, les inflammations des symphyses, les abcès mélastaiiques, l'œdème douloureux des membres inférieurs, désigné sous le nom de phlegmatia alba dolens, qui constituent autant de modes divers de la fièvre puerpérale, véritable fièvre essentielle ou diathésale.

La lactation, pour être moins fertile en accidents, n'en cause pas moins beaucoup d'effets morbides. Sans parïager les idées du vulgaire sur le lait répandu, sur le lait monté a la tète, restes du vieil humorisme, il faut convenir que pendant l'allaitement et par le fait même de l'allaitement et des troubles de la sécrétion laiteuse, les femmes sont exposées à une foule de maladies. D'abord ce sont les gerçures si douloureuses du mamelon, puis les engorgements laiteux, les inflammations, les abcès des seins. Ailleurs il y a flux trop abondant de liquide, galactorrée comme on l'appelle; la femme pâlit, maigrit, s'épuise, et la poitrine peut s'en affecter.

Un phénomène assez fréquent, et que les gens étrangers à !a médecine attribuent à un transport du lait au cerveau, c'est l'aliénation mentale des femmes en couches ou manie puerpérale. Cette affection avait été mentionnée par plusieurs accoucheurs, mais personne ne s'en était occupé d'une manière spéciale, quand Esquirol publia, en J819, un Mémoire qui est. assurément la meilleure monographie que nous possédions sur cette question, et qu'il a reproduite dans .son Traité des maladies mentales (t, \. p. 230). Ce travail

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