CAUSES ET INFLUENCES EXTÉRIEURES
Elles viennent des influences ou propriétés générales de la chaleur, de l'électricité, de la lumière, du son, des actions mécaniques, ou des propriétés particulières des corps. Elles viennent d'ailleurs d'un agent unique et simple, ou de plusieurs agents, et sont simples ou complexes. Nous commencerons leur étude par les plus simples et passerons progressivement aux plus composées.
Nousentendons par chaleur et par froid, les températures qui nous font éprouver la sensation de l'une et de l'autre. Soumis à la sensibilité différente des individus, et surtout à la diversité des circonstances, la chaleur et le froid varient beaucoup dans leurs effets; néanmoins il est des températures au-dessous et au-dessus desquelles l'homme sain éprouve consstamment une sensation de froid et de chaleur, et il est une moyenne à l'amplitude de ces différences, que Ton peut regarder comme une température qui
(1) Mémoire sur l'influence du froid, par Genîy. Journal hebdomadaire. Paris, 1830.
ne nous cause ni froid, ni chaleur. Mais quelle estelle? Elle serait, selon Cullen, de 13° + 0, l«- R-, et de 14° suivant M. Barbier. Devons-nous les croire? Je ne le pense pas. 11 est aisé de voir qu'ils en jugent d'après ce qu'ils éprouvent eux-mêmes dans leurs courses, à l'air libre, couverts de vêtements suffisamment chauds : mais quel est l'homme qui pourrait demeurer nu, immobile, à l'ombre, à une température de 15° -f-0, sans être bientôt transi de froid?
Lorsque nous recherchons la température à laquelle nous sommes indifférents, ou qui ne nous cause ni froid, ni chaleur, nous devons supposer l'homme nu, car il pourrait étouffer de chaleur sous des vêtements très-chauds par une température glaciale; immobile, à cause que le mouvement lui permettrait de résister aux froids les plus rigoureux, comme on en a des exemples; à l'ombre, car le soleil, en échauffant les parties qu'il éclaire, rendrait plus supportable le froid auquel seraient exposées les parties plongées dans l'ombre; dans un appartement bien clos où la température serait partout la même, afin que les résultats cherchés ne soient pas troublés par des différences partielles de température, comme celles qu'apporteraient des courants d'air. On doit même supposer l'homme plongé depuis un certain temps au milieu de cette atmosphère, car le passage brusque d'un lieu très-froid dans un lieu qui l'est sensiblement moins, où l'on ne pourrait demeurer sans éprouver du froid, peut le faire paraître chaud. C'est ce qui arrive, lorsqu'au temps de l'hiver on passe d'une atmosphère glacée dans l'atmosphère fraîche d'une cave, ou que l'on plonge ses mains gelées de froid dans un bain de 1 5° -\- 0. Enfin, pour n'en pas dire plus, on doit supposer que le sujet de l'expérience n'est sous l'influence d'aucune excitation, ou endurci par aucun
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genre d'habitude capable de le faire résisterai! froid.
Si Ton eût fait ces réflexions on ne se serait pas trompé sur la température qui produit l'impression du froid, comme l'ont fait Cullen, M. Barbier et bien d'autres encore; si l'on eût suivi cette marche rationnelle, on ne serait pas tombé dans les erreurs où l'on est tombé sur le rapport de la température extérieure avec la chaleur des organes et de la peau, ainsi que nous allons le démontrer maintenant.
On prétend que « nous trouvons à l'air une qualité chaude très-prononcée lorsque le thermomètre marque 22° ou 24°, et que cependant nos organes ont alors une température bien plus élevée que celle du fluide atmosphérique. » D'abord il ne s'agit pas ici d'établir un contraste entre la tempéralure extérieure et celle des organes intérieurs; car, à l'exception des organes respiratoires, il n'en est aucun qui puisse se mettre habituellement en rapport avec l'atmosphère où nous vivons, et c'est habituellement par la peau que nous apprécions la chaleur de l'atmosphère.
Si, au contraire, on n'a voulu parler que de la peau, il est vrai que l'air nous paraît chaud à une température de 22° R. ; mais c'est qu'alors nous nous donnons du mouvement, et que nous sommes plus ou moins vêtus. Aussi n allons pas croire qu'il en serait de même si nous restions nus et immobiles!
Si l'on a cru que la chaleur de la peau est semblable à celle des autres organes, on s'est abusé. Il est certain, et que la température de la peau n'est pas celle des organes intérieurs, et qu'elle est variée En effet, elle est essentiellement soumise aux milieux où nous sommes plongés, à la nature des vêtements qui nous couvrent, à l'exercice que nous venons de faire, à la forme même des parties soumises à l'influence, etc. On s'est donc trompé lorsqu'on a estimé la tem-
pérature de la peau d'après celle des viscères; d'après celle de la bouche, comme John Davy (Joum. de Férussac, PhysioL, t. X, 113); d'après celle de l'aisselle, qui s'échauffe par sa conformation même; d'après les résultats que Ton avait obtenus en glissant, comme l'ont fait Dessault et Choppart, un thermomèmèlre sous les vêtements, car ces vêtements, quand ils sont mauvais conducteurs du calorique, conservent à la surface du corps une chaleur qui l'excite et l'échauffé jusqu'à amener la sueur. Nous croyons que, pour apprécier la température de la peau, il faut suivre les règles que nous avons tracées plus haut : placer le sujet de l'expérience dans un appartement bien clos, où la température soit partout égale, l'élever graduellement, et aussi juste que possible, au point, où elle ne cause ni chaleur ni froid, quelle que soit la durée du séjour que l'on y fasse, etc. Il est probable , qu'alors on trouverait la température extérieure et la chaleur de la peau à peu près égales.
Ne paraît- il pas très-probable, en effet, que si la température extérieure était plus basse que celle de la peau, celle-ci finirait par en être incommodée, et toujours alors par transpirer moins abondamment?
Mais à quoi bon rester dans les suppositions, quand nous avons des faits pour les éclairer? Les expériences de Marteau sur lui-même et sur d'autres individus, celles de Parr et de Marcard, démontrent que le bain accélère ou ralentit la circulation, suivant qu'il paraît plus chaud ou qu'il le parait moins à la sensibilité de la peau : dès lors elles nous fournissent un moyen assez bon pour apprécier le rapport de la température extérieure à celle de la peau. Toute température qui, après que l'on y sera demeuré soumis pendant un certain temps, quelques heures, par exemple, déterminera une sensation de froid et raleo-
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tira la circulation, sera plus basse que celle de la peau, et vice versa. Or, les expériences que je viens de ciler prouvent que la température indifférente à la sensibilité de la peau varie, suivant les sujets, de 30 à 36° therm. cent. 5 par conséquent, ce doit être, suivant nous, à très-peu de chose près , la même que celle de la peau, et elle se trouve, comme nous l'avons dit, au-dessous de celle des viscères, qui est d'en iron 36° cent. Tels sont à peu près les résultats obtenus par John Davy sur différents peuples de l'Orient, dont il étudia la température en plongeant son thermomètre sous la langue et sous l'aisselle des individus qui se prêtèrent à ses recherches. A une exception près, l'instrument monta depuis 35 jusqu'à 37, et tout près de 38 sous l'aisselle, et de 36 à 39° c. sous la langue, indiquant ordinairement un degré de plus sous la langue que sous l'aisselle. (Voy. Journ. de Férussac, sect. de Méd., t. X, n° 3o.)