DE LA CHALEUR
Les auteurs ont remarqué que les congestions cérébrales étaient communes dans les mois les plus chauds, et surtout, comme nous le dirons plus bas, dans les mois les plus froids de l'année; c'est ce qui résulte d'un relevé de cent quatorze cas de ce genre, recueillis et analysés par M. Andral. Le mois d'août y entre pour dix-neuf cas (Cliniq. méd., t. V, p. 255). Il n'est pas rare devoir pendant les grandes chaleurs de Tété de pauvres moissonneurs tomber frappés de congestion ou d'apoplexie cérébrale. M. Andral, dans l'ouvrage que nous venons de citer, rapporte plusieurs faits de ce genre. Suivant, ce que des témoins oculaires ont raconté, quelques-uns de ces sujets auraient tourné circulairement en mettant la main en avant, comme s'ils eussent été privés de la vue, et auraient expiré au moment où ils auraient eu l'air de vouloir s'asseoir (loc. cit., p. 251). MM. Parent-Duchateletet Martinet, dans leur ouvrage sur l'arachnitis, relatent quelques cas d'inflammation des enveloppes du cerveau et de la moelle épinière développés sous l'influence de l'insolation (Rech. sur l'infl. de L'arach., p. 182 et 569). Sur six observations de méningiie cérébrale simple, analysés par MM. Rilliet et Barthez, dans leur ouvrage sur les maladies des enfants, on voit un cas dans lequel la maladie se déclara dans la soirée, chez un enfant qui avait joué nuetête, pendant toute une journée, à un soleil ardent. De son côté, Lind (Maladies des pays chauds, t. I, p. 314) mentionne qu'en Guinée il n'est pas rare de voir, dans des circonstances pareilles , des individus tomber frappés d'apoplexie. L'insolation peut être une cause de folie, comme le montrent les relevés dEsquirol et de M. Revolat. Suivant le premier, sur 730 cas d'aliénation mentale occasionnés par des causes physiques, 16 fois on put accuser la cause qui nous oc-
cupe (ouv. cit., t. 1, p. 64). Sur 200 cas d'aliénation par causes physiques, M. Revolat en cite 5 par insolation. Le même praticien raconte, à ce propos, qu'il a vu plusieurs fois, à l'armée d'Espagne, en 179 i et 1795, des soldats français, qui n'étaient point encore acclimatés, devenir aliénés après avoir été longtemps exposés à l'ardeur du soleil.
Ces faits nous conduisent à parler d'un accident qui se présente chez les matelots dans les régions tropicales : je veux parler de la calenture, cette singulière affection caractérisée par un délire furieux, frénétique, avec désir irrésistible de se précipiter à la mer. (Voy. Fournier, Dict. des Sciences de méd., art. Calenture.— Beisser, Thèse, avril 1832. — Raige-Delorme, Dict. en 30 vol., art. Calenture.) Ces faits sont trèsconnus: en voici qui le sont moins, et qui s'y rattachent, bien qu'on ait nié l'existence de la calenture sur terre. Lors de l'expédition de Tlemcen, parle maréchal Bugeaud, eu juin 1836, « des soldats étant parvenus à un certain passage par lequel l'armée défilait, alors que le soleil était au zénith, crurent voir une voûte suspendue au-dessus de leur tète, et se figurèrent entendre des voix aériennes et des chants descendre de la voûte merveilleuse; d'autres poussaient des plaintes, des cris; d'autres, au dernier degré d'exaltation , se suicidèrent (Relation méd. de fexpéd. de Tlemcen, par le docteur Payen, Journ. des cornu méd. chir., juin 1837). Ces mêmes exemples de visions bizarres, de délire avec tendance au suicide, ont été observés en Algérie dans quelques autres expéditions, et quoi qu'on en ait dit, c'est bien réellement là une forme de la calenture. Pour des faits analogues, voyez les Lettres d'Afrique, et notamment la lettre IV (Gaz. méd., 12 septembre 184 6).
C'est encore à l'action de la chaleur atmosphéri-