‹ Première monographieChapitre 33 sur 56 · DE LA. CHALEUR · texte numérisé non relu

DE LA. CHALEUR

que, mais s'exerçant d'une manière continue, qu'il faut attribuer certaines maladies propres aux contrées équatoriales , les hépatites particulièrement -, mais nous y reviendrons à l'occasion des causes extérieures complexes.

Le séjour dans un lieu trop échauffé artificiellement peut, on le sait, entraîner d'assez nombreux accidents; de là ces syncopes, ces congestions cérébrales avec vertiges dans les appartements trop chauds, dans les salles de bal ou de spectacle, par exemple. 11 paraît que les cas de ramollissement cérébral sont beaucoup plus rares à l'hospice de la Salpétrière, depuis qu'on a supprimé un chauffoir,ou plutôt une sorte d'étouffoir, dans lequel se pressaient les pauvres vieilles femmes, autour d'un vaste poêle pendant les froids de l'hiver.

2° Chaleur transmise par les liquides. Les liquides étant de bons conducteurs du calorique doivent nécessairement transmettre l'action de celui-ci sur les corps vivants avec une intensité beaucoup plus grande que l'air. Le corps plongé dans l'air sec, à la température de 50° c, se couvre d'une douce moiteur, le pouls devient un peu plus accéléré, plus large, et la face se congestionne, mais à un degré très-snppor-»table. De 50 à 60 ou 65 degrés une excitation beaucoup plus vive se manifeste, la peau rougit, se gonfle, la sueur est abondante, les forces musculaires diminuent au point que le sujet est incapable d'un effort soutenu; les battements du cœur deviennent plus vifs, plus précipités, les pulsations de l'artère temporale deviennent visibles, et bientôt la céphalalgie se déclare, un sentiment d'exalîation cérébrale et de constriction à la région précordiale ne tarde pas à se manifester si Ton augmente la température ; une syncope même peut survenir. Cependant, beaucoup de

personnes peuvent supporter les bains d'air chaud jusqu'à la température de 75° c., ce qui est la température habituelle des étuves russes. Nous ne parlons pas de ces individus qui, par une disposition individuelle ou acquise par l'habitude, peuvent se soumettre à une température de 100 degrés et même au delà; on a déjà vu plusieurs fois de ces hommes qui sous le nom d'incombustibles se montrent pour de l'argent à la curiosité publique. Si l'air est mêlé de vapeurs humides, l'action du calorique se fait bien plus vivement sentir. M. Rapou, qui s'est livré à de nombreuses expériences sur ce sujet, a reconnu que l'air chauffé à 56° R. détermine sur le même individu une sensation à peu près égale à celle que produirait un bain de vapeur humide de 38°; ainsi l'action de l'air sec et chaud serait à celle de l'air humide à peu près dans le rapport de 3 à 2. Mais on trouve une différence bien plus grande entre les bains d'eau et d'air. Mon frère, Vulfranc Gerdy, qui a étudié avec soin cette question, est arrivé à des résultats intéressants. Dans l'eau échauffée à la température du sang, dit-il, 36° 25 c. et 29° R.), et maintenue à ce degré, le pouls s'accélère de quelques pulsations par minute; à 38°, il offre une augmentation d'au moins 15 ou 18 battements, en même temps qu'il est devenu plus large, plus plein et plus mou; à 40° c. il s'élève jusqu'à 1 12 pulsations et se fait sentir petit, vif et serré. La respiration ne commence à présenter une accélération sensible qu'à environ 38°, et elle s'accélère toujours dans une bien moindre proportion que le pouls ; mais elle devient plus large, plus profonde, et finit par être anxieuse à une chaleur de 40° prolongée. » Le bain d'eau produit donc à un plus faible degré de température les effets que l'on n'a obtenus dans les étuves

sèches qu'à 60 et même 65 et 70°. Ainsi, par son effet physiologique, et sans brûler directement, un bain d'eau trop chaude dans lequel on s'obstinerait à rester peut amener une congestion cérébrale etla mort: c'est ce que l'on a vu à l'Hôtel-Dieu de Paris chez un nègre.

La chaleur transmise par l'eau très-chaude et appliquée sur la peau produit les phénomènes bien connus de la brûlure, depuis la simple rougeur jusqu'à la formation d'escarres plus ou moins épaisses. Les douches de vapeur, à leur sortie des tubes où elles sont condensées et rapides, peuvent également produire des brûlures à différents degrés de profondeur.

Les effets produits par la chaleur diffèrent suivant que le corps était lui-même refroidi ou échauffé au moment où il a élé soumis à son action. Si, ayant très-froid, on entre dans un lieu dont la température est très-élevée, il se fait presque à l'instant même une réaction très-vive vers le cerveau, on éprouve des vertiges, des étourdissements; il peut même survenir une congestion ou une apoplexie cérébrale immédiatement mortelle. Larrey a vu succomber ainsi le pharmacien en chef de la garde impériale, dans la fatale retraite de Moscou, au moment où il venait d'entrer dans un appartement très-chaud. On a noté depuis longtemps que la gangrène se manifeste dans les parties frappées par le froid, quand on les expose sans transition, sans intermédiaire à une température élevée.

effets produits par le froid a divers degrés d'intensité.

Effets d'un froid atmosphérique modéré. — Que dironsnous d'un froid modéré que tout le monde ne sache î Qui de nous n'en a pas ressenti l'influence? Devons-

nous, suivant les traces de nos devanciers, nous égarer après eux dans une carrière qui n'aboutit à rien d'utile? Pour retrouver un chemin perdu, on doit commencer par abandonner la route où l'on s'est engagé, et la signaler comme une fausse voie.

Qu'une critique sévère et sans amertume nous soit donc permise dans l'intérêt de la Science des influences à laquelle cet article est consacré. Nous n'en estimerons pas moins les auteurs dont les insuccès font tout notre savoir. Nous leur devons les hommages que l'on accorde, dans son souvenir, au pilote malheureux dont les naufrages nous ont révélé de dangereux écueils.

Halle, qui écrivait sur l'hygiène en physicien si savant, a oublié d'exposer et surtout de prouver les effets que le froid peut produire sur l'économie-, et, ce qui est pis, il a avancé des faits qui manquent de vérité. C'est ainsi qu'il assure que le froid épaissit la peau. (Dict. des Sciences méd. , Air, art. 3.)

Les auteurs qui ont écrit depuis sur l'hygiène, art à l'occasion duquel on a traité des influences, parce que les règles de cet art découlent surtout de leur connaissance; ces auteurs, dis-je, ne se sont aussi arrêtés qu'a des faits de peu d'importance, par exemple, à celui de la chair de poule, que le froid développe à la surface de la peau qu'il saisit. Ils se sont abandonnés sans réserve à des discussions vagues, source de mille contestations, touchant l'influence d'un froid modéré sur la digestion, la respiration, la circulation, la nutrition, les phénomènes de l'intelligence et de la génération. A défaut de preuves, ils ont donné des suppositions, et cependant, fussent-elles aussi vraies que le phénomène de la chair de poule, quelle conséquence en tirer, quelle règle en déduire!... Mais si pas un n'a oublié un phénomène d'aussi peu d'impor-

tance, à plus forte raison indiqueront-ils avec exactitude et prouveront-ils soigneusement les maladies dont le froid peut nous affliger! Nullement : leur attention est captivée tout entière par des frivolités, et à peine s'ils pensent à indiquer quelques-uns de ces maux nombreux que le froid peut nous apporter.

Nous craindrions d'affaiblir ces observations, qui datent de vingt ans, en leur laissant moins de franchise, et d'ailleurs on ne saurait user de trop de critique lorsqu'elle est fondée ; c'est le creuset où la vérité s'épure.

Blaladics causées par un froid modéré. — Un des effets les plus communs du froid s'observe dans ces érysipèles phlegmoneux que l'on désigne sous le nom d'engelures, et qui semblent une infirmité attachée à la constitution lymphatique.

Il n'est presque pas de phlegmasie que le froid ne puisse produire, soit directement, soit par sympathie; mais celles qu'il cause le plus souvent sont : l'ophthalmie, l'otite, le coryza, les angines, le catarrhe, la pleurésie, la péritonite, les fluxions des joues, les oreiilons, les pneumonies. Il donne également naissance aux névralgies, au rhumatisme et à la goutte compliqués ou non d'inflammation. Ces faits sont si communs qu'ils n'ont pas besoin de preuves particulières. Si je parlais des phlegmasies qu'il produit rarement, de l'urétrite, par exemple, j'en citerais des preuves aussitôt, et je rappellerais les observations de M. Chapeau, qui a vu quatre fois l'urétrite se développer en même temps qu'un rhumatisme sous l'influence du froid. {Compte -rendu de la soc. de méd. de Lijon, 1824-26.)

Je dirai ici quelque chose des rhumatismes et des névralgies non inflammatoires qui doivent naissance à l'action d'un froid modéré, parce que j'en ai été

longtemps, pour moi-même, un exemple évident.

Il me suffisait de marcher par le froid, l'habit ouvert, pour être atteint aussitôt de douleurs aiguës dans les parois de la poitrine; cependant je restais encore couvert d'un gilet de drap, d'un gilet de laine, d'une chemise et quelquefois d'un gilet de flanelle 5 mais il me suffisait aussi de refermer et de boutonner mon habit, pour sentir les douleurs s'en aller presque aussi vite qu'elles étaient venues. J'ai fait maintes et maintes fois cette expérience.

Combien de fois encore, il y a quelques années, n'ai-je pas été affecté par le froid de névralgies rhumatismales! La douleur partait de la branche postérieure du second des nerfs cervicaux, se répandait sur toute la tête, et m'accablait de la céphalalgie la plus douloureuse.

L'usage de vêtements très-chauds a diminué celte extrême susceptibilité, parce que l'action longtemps prolongée du froid , de la chaleur et d'autres influences, change la constitution.

Influence d'une atmosphère très-froide. — Lorsqu'il règne un froid intense qui va jusqu'à glacer la surface de nos rivières, il peut être l'origine de tous les effets non morbides et de tous les maux que nous avons signalés dans l'article précédent; il leur donne alors une intensité proportionnée à la sienne, et il est encore la source d'autres affections. Les lèvres bientôt hâlées se gercent, puis se déchirent au moindre souris, et à l'expression du plaisir succède aussitôt l'expression de la douleur la plus vive. Les mains et les pieds se gonflent et se couvrent d'engelures, qui peuvent donner lieu à des ulcères difficiles à guérir par une températureaussi rigoureuse quecelle queje suppose.

Toutes ces maladies, mais surtout les phlegmasies des voies respiratoires, sont souvent produites, en

particulier, par un vent froid, et les rhumatismes ont fréquemment pour cause un vent coulis. Cela tient à ce que l'action du vent froid est toujours plus énergique que celle de l'air froid, mais calme. A l'air calme, et bien vêtus, les Anglais ont supporté sans inconvénient, pendant quinze heures, un froid de- 39° — 0 R., et ils étaient obligés de rester renfermés par un froid de 28 à 29° accompagné d'une légère brise. (Parry dans Eyriès, Abrégé des voy. modem., t. VJN. 1823, Paris.)

Rappelons-nous ce qui arriva aux mathématiciens français et espagnols suspendus au sommet du Pinchincha, et ensuite sur les monts voisins, pour y mesurer un arc de la terre : leurs pieds étaient enflés et si sensibles qu'ils ne pouvaient supporter la chaleur du feu, et le moindre mouvement leur causait de cuisantes douleurs. Leurs mains étaient chargées d'engelures; leurs lèvres, gercées, saignaient au moindre mouvement qu'ils faisaient pour parier ou pour manger; elles se déchiraient s'ils avaient le malheur de rire, et les plaisirs de la gaieté devenaient pour eux d'horribles souffrances, qui se prolongeaient plusieurs jours. (Journ. des mathém. espag., dans Prévost; Hist. gén. des voy., t. XIII, p. 620.)

Combien de fois le froid n'a-t-il pas enflammé ou même gelé et frappé de mort les orteils, les pieds, les oreilles et le nez! Le pénis, le bras même n'ont pas toujours échappé à son influence. « J'ai bonne mémoire, dit Paré, avoir médicamenté, en Piémont, plusieurs soldats ayant passé les montagnes en hiver, desquels les uns, par l'extrême froid, avaient perdu les oreilles, les autres la moitié d'un bras, les autres le membre viril, d'autres les orteils des pieds; beaucoup y perdirent la vie, témoin la Chapelle des Transis, située sur le Mont-Cenis. »

olk CHAPITRE X. — CAUSES DES MALADIES.

« En 1600, un pèlerin breton souffrit, à son retour de Rome, un froid si vif dans le Mont-Saint Bernard, où il s'était égaré et où il passa une nuit dans la neige, que le bout des doigts de la main droile tomba en gangrène, ce qui força Fabrice de Hilden à amputer les doigts vers le métacarpe. » {Cent., obs. 87.)

Le même auteur dit que la gangrène s'observe souvent chez les gens qui voyagent en hiver, surtout dans les climats glacés des Alpes, de l'Islande, de la Norwége, de la Livonie, el d'autres contrées septentrionales. Au rapport d'Olaiis Magnus et d'autres auteurs, c'est une chose commune d'y trouver, en hiver, des gens morts de froid. Plusieurs y perdent les oreilles, le nez et les doigts, etc.

o A ce sujet, j'ai souvenir, ajoute de Hilden, avoir donné des soins, en décembre 1588, au comte Mansfeld qui, par suite du froid, avait aux deux pieds une gangrène qui lui emporta quelques orteils... Dans le même temps je traitais plus de cinquante cavaliers et fantassins allemands, malades de la même affection et par la même cause. J'en guéris plusieurs, mais il y en eut qui y perdirent la jambe, le pied ou la main.» (De la gangrène, chap. 4.)

Borelli rapporte une observation analogue dans sa troisième centurie, observation vingt-quatrième. Le père Charlevoix prétend n'avoir jamais passé l'hiver au Canada sans avoir vu porter à l'hôpital général quelqu'un à qui il fallait couper un bras ou une jambe gelés. (Prévost, Hisi. gén. desiwj., t. XV, p. 215.)

Ellis rapporte, dans son voyage de 174 7 à la Baie d'Hudson pour chercher un passage aux Indes orientales par le nord-ouest, que plusieurs matelots de l'équipage anglais eurent le visage, les oreilles et les doigts des pieds gelés, mais avec peu de danger. Pendant que la chair était dans cet état elle était blanche

du froid. : 75

et dure comme de la glace. (Prévost, loc. cit., t. XV, p. 265.)

L'un des académiciens français qui alla au nord de l'Europe mesurer un arc du méridien de la terre, Maupertuis, raconte que le froid était si grand à Tornea, situé à 65° de lat. N., que, lorsqu'on ouvrait la porte d'une chambre chaude, l'air du dehors convertissait aussitôt en neige la vapeur qui y était suspendue, et la roulait en tourbillons blancs. Lorsqu'on sortait, il semblait déchirer l'intérieur de la poitrine. A voir la solitude qui régnait dans les rues, on eut, dit que presque tous les habitants étaient morts. On y voyait des gens mutilés par le froid, etles naturels d'un climat si dur y perdent quelquefois le bras et la jambe. Le froid, toujours extrême dans ce pays, reçoit souvent des augmentations subites qui le rendent presque infailliblement funeste à ceux qui s'y trouvent exposés (Prévost, loc. cit., p. 351 et 352). D'après des expériences microscopiques de M. Poisseuille, dans une partie vivante soumise à un abaissement de température, les globules se ralentissent de plus en plus et finissent par s'arrêter, les capillaires ne paraissent pas resserrés, leur diamètre reste sensiblement le même, la couche de sérum immobile qui tapisse leurs parois paraît très-considérablement augmentée. Alors il en est du sang, dans cet état, comme de tout autre liquide; il se congèle, et les parties qu'il animait sont frappées de mort. (Rech. sur Les causes du mouv. du sauy dans les capill. )

Cependant, suivant les observations de Larrey, le froid n'est pas la cause précisément déterminante de ces graves accidents. Voici ses paroles : « Tous les médecins qui ont écrit sur cette mortification considèrent le froid comme sa cause déterminante 5 cependant, si nous portons notre attention sur le temps de

l'explosion de cette maladie... nous pouvons nous convaincre que le froid n'en est que lacause prédisposante. » En effet, ajoute-t-il, pendant les trois ou quatre jours qui précédèrent la bataille d'Eylau (le mercure était descendu du 10 au 15° sousO, th. R.), et jusqu'au deuxième jour après la bataille, pas un soldat ne s'était plaint de quelque accident dépendant de la congélation : néanmoins, nous avions passé ces journées et une grande partie des nuits des 5, 6, 7, 8 et 9 février clans la neige et sous les frimas les plus rigoureux...» Mais la température s'étant élevée tout à coup, dans la nuit du 9 au 10 février, jusqu'à 3, i, 5° -f- 0i Ie dégel survint précédé d'une sombre plaie de verglas. Dès ce moment arrivèrent à l'hôpital un grand nombre de soldats se plaignant de vives douleurs dans les pieds, d'engourdissement, de pesanteur et d'un fourmillement incommode dans les extrémités, qui étaient d'un rouge obscur et à peine tuméfiées. Chez quelques-uns, une rougeur légère colorait le dos du pied et s'étendait vers la base des orteils; chez d'autres, ces doigts, privés de mouvement, de sentiment et de chaleur, étaient déjà noirs et comme desséchés. Tous les malades déclarèrent qu'ils n'avaient éprouvé aucune sensation pénible pendant le froid rigoureux qu'ils avaient eu à supporter, aux bivouacs des journées des 5, 6, 7, 8 et 9 février, et que c'était dans celle du 10, où la température s'éleva tout à coup de 18 à 20°, qu'ils s'aperçurent des effets de la congélation. Ils ressentaient d'abord un fourmillement douloureux dans les pieds; à ce phénomène succédaient l'engourdissement , de la gêne, un sentiment de pesanteur, et enfin l'impuissance du mouvement. (Mêm. de chir. milit., t. III, p. 60.) Il me siérait mal, à moi, qui n'ai jamais senti que

les froids de Paris ou des environs, de prétendre réformer l'opinion d'un homme comme Larrey, quia traversé la Russie au cœur de l'hiver, depuis Moscom jusqu'à Wilna et Kowno, et qui a vu et partagé les dangers, les souffrances et les malheurs de l'armée de Napoléou : aussi ce ne sont pas des objections que je fais ici, mais quelques questions que j'adresse humblement à ceux qui, moins ignorants que moi, voudront bien les résoudre.

Les voyageurs ont observé que, lorsque le froid devient très-vif dans les pays septentrionaux, d'épaisses vapeurs s'élèvent de l'eau de la mer, surtout: dans les baies. Si l'on en croit plusieurs d'entre eus, le froid est moins sensible dans !e brouillard que dans les parties transparentes de l'air, où ces vapeurs causent plutôt des engelures qu'un froid sec, et où, dès qu'elles passent dans une atmosphère plus froide, elles se congèlent en une multitude innombrable de fines aiguilles, qui causent un froid si piquant que l'on nepeuts'y exposer sans avoir lesmainsou lespieds entièrement gelés. Tous les voyageurs parlent de cette poussière de glace qu'emportent les vents du nord, comme ceux de nos climats roulent en tourbillons la poussière de la terre ; tous se plaignent qu'elle fatigue cruellement les yeux et déchire la figure. D'après le témoignage de quelques-uns, ce serait une puissante cause de la congélation des mains et des pieds. Si ces faits, donnés comme très-positifs et très-communs, sont exacts, ne serait-il pas possible que la sombre plaie de verglas qui a précédé le dégel du 9 février, et dont parle Larrey, eût contribué pour beaucoup aux accidents de congélation dont se plaignaient aussitôt les soldats? Je demande si elle n'aurait pas contribué pour beaucoup à produire ces accidents, parce que je trouve de l'analogie entre cette pluie de

verglas et la poussière déglace dont j'ai parlé tout à l'heure. Je dis seulement contribué, parce que la théorie de Larrey, qui est celle de bien d'autres, ne me paraît pas aussi démontrée qu'on le croit.

Les congélations sont un des moindres maux que produise le froid. Combien de fois n'a-t-il pas causé la mort! Combien de sauvages de l'Amérique septentrionale ont succombe sous ses coups dans leurs longues courses de l'hiver .'(Voyez-en la relaiion dans Prévost ou La Harpe, aux chapitres où il est question de la baie d'Hudson.) Que les poètes, et Rousseau lui mêmes, vantent à plaisir la vie sauvage; mais qu'ils avouent au moins que ce genre d'existence nous livre à chaque instant sans armes et sans défense a l'action des éléments les plus terribles. Il y a, d'ailleurs, bien d'autres maux attachés à cette vie malheureuse 5 mais il n'est pas de mon objet de m'en occuper.

Le froid a porté le ravage et la mort dans plus d'une brillante armée.

L' une des plus anciennes relations que je connaisse sur ce sujet est celle qui a été laissée par Xénophon lui-même, qui commandait l'arrière-garde de l'armée grecque dans la célèbre retraite des dix mille, traversant les inoniagues de l'Arménie au milieu de neiges abondantes, etoù il périt beaucoup de monde (Anabasey liv. iv, chap. ô). Alexandre vit également son armée décimée par le froid sur les plateaux élevés de la Parapamisade (Quinte-Curce, liv. vu, § 10 et 1 1). On a parlé aussi des désastres des troupes allemandes lors de leur retraite précipitée à travers les Alpes, en 1558, de celles de Tannée de Charles XIÏ en Ukraine. Mais tous ces souvenirs s'effacent devant le grand désastre de 18 12, dont Larrey, Desgenettes, Jauffret, Ségur, etc., nous ont laissé la douloureuse histoire.

DU FUOID. 379

« En 1568, dit Fabrice de Hilden, les armées allemandes, dispersées en France, se trouvant poursuivies jusqu'en Savoie, furent obligées, pour échapper à la mort, de franchir des montagnes couvertes de neiges et des fleuves à la nage. Il en périt beaucoup de lypothymie et de syncope avec des sueurs froides, d'autres de gangrène et de sphacèle. (De (a Gangr., chap . 4 . )

« Le mémorable hiver de 1709, plus terrible encore dans l'Ukraine qu'on ne l'avait senti en France, détruisit une partie de l'armée de Charles XII II voulait braver les saisons comme il faisait ses ennemis ; il osait faire de longues marches de troupes pendant ce froid mortel : aussi, dans une de ses marches, deux mille hommes tombèrent morts de froid sous ses yeux. Les cavaliers n'avaient plus de bottes, les fantassins étaient sans souliers et sans habits, ils étaient réduits à se faire des chaussures de peaux de bêtes, et souvent ils manquaient de pain.» (Voltaire, Hist. de Charles XII, liv. iv.)

J'aurais voulu suppléer au silence de l'historien, et dire quels phénomènes précédèrent et accompagnèrent la mort des soldats de Charles. Je ne me consolerais pas de cet oubli si des observations analogues, que je citerai bientôt, ne pouvaient le réparer jusqu'à un certain point.

La mort des transis a parfois quelque chose de délicieux. Lorsque le froid les plonge dans un engourdissement qui les invite au sommeil, ils y paraissent presque toujours entraînés par l'attrait irrésistible d'un repos plein de charmes. Ils s'y abandonnent en effet avec passion, lors même qu'ils savent très-bien que ce perfide sommeil leur ouvre les portes du tombeau. On en trouve un exemple remarquable dans le premier voyage de Cook autour du monde.

Banks et Solander, étant partis avec l'illustre capitaine, profitèrent d'un moment de relâche à son passage à la Terre de Feu, pour entreprendre, dans l'intérieur de l'île, une incursion botanique. Il régnait un froid excessif. Plusieurs des gens qui accompagnaient les savants Anglais et Norwégiens furent engourdis et s'endormirent dans les bras de la mort. Solander lui-même, se laissant aller aux charmes d'un repos délicieux, refusa de retourner aux vaisseaux, préférant périr d'une mort pleine de volupté, à supporter les angoisses d'une marche qui troublait son repos. Il faut croire que ses angoisses étaient cruelles pour ses membres fatigués, puisqu'il méprisait des dangers qu'il connaissait parfaitement et qu'on ne cessait d'ailleurs de rappeler à sa mémoire. Solander aurait infailliblement succombé, si l'on ne se fût déterminé à l'entraîner et à l'arracher à la mort qui semblait l'avoir séduit.

Ce sentiment de fatigue qui s'empare du corps et fait préférer tous les périls aux souffrances d'une marche plus longtemps prolongée a été signalé par Xénophon : quelques soldats grecs, s'étant arrêtés à un endroit découvert de neige, déclarèrent qu'ils ne marcheraient plus. Xénophon n'en fut pas plutôt intruit qu'il employa tous les moyens pour les décider à continuer leur marche ; il les conjura de ne pas rester en arrière, et leur annonça qu'il était suivi d'un

gros d'ennemis puis il finit par se fâcher : Qu'on

nous égorge, répondirent-ils 5 il nous est impossible i\e faire un pas !... Tout ce que Xénophon put faire pour eux, ce fut de repousser, à la tête des hommes valides qui l'accompagnaient, les Barbares qui s'avançaient à leur poursuite.

Le sommeil hivernal des animaux dormeurs ou hibernants, l'engourdissement des reptiles sont des

phénomènes qui ont quelque analogie avec ceux que je viens de décrire.

Le froid n'emploie pas toujours des enchantements pareils à ceux dont je viens de donner un exemple pour conduire ses victimes au tombeau. Souvent on l'a vu précéder la mort d'un engourdissement douloureux qui enchaînait les mouvements. Quinte- Curce a signalé, dans l'antiquité, ces terribles effets observés en Asie sur les soldats d'Alexandre, saisis par un froid très-vif dans les montagnes de la Parapamisade, vers le 3ô° de lat. nord et le 85° de long, méridien de l'Ile de Fer. (Lib. 7, § H.)

Des voyageurs périrent de la même manière, en 1732, sur les côtes septentrionales de l'Islande. Leurs membres se raidirent avec douleur, et ils moururent tous enchaînés dans leurs lits par la violence d'un froid excessif. Le dernier qui vécut laissa au voyageur que le hasard conduirait en ces lieux, le journal de leurs malheurs et. de leur mort. Le triste monument fut trouvé au milieu des cadavres le printemps suivant. ïl finissait en ces termes : «Tous mes compagnons sont morts misérablement, et moi, qui écris, je touche au dernier moment de ma vie. » (iilém. de Deckampeaux, dans ceux de l'Ac. de chir. , obs. 19.)

Telle fut encore la lin douloureuse de sept Hollandais, qui consentirent à hiverner dans l'île Saint- Maurice, au Groenland, en 1G34, et de sept autres Hollandais, laissés également au Spitzberg, dans le même temps, pour y recueillir des observations. Ces malheureux succombèrent à l'action du froid et du scorbut qui s'y était ajouté. (Hist. des nauf., par Desperthes, lre partie).

La mort a été précédée assez souvent d'une sorte d'idiotisme, de difficulté de parler (Savry, Des crises,

t. VIII, p. 13, 1823), de faiblesse ou de perte de la vue, et quelquefois les individus chancelaient comme des gens ivres et expiraient sur la place. Les soldats d'Alexandre, dans les montagnes de la Parapamisade, et ceux de Napoléon, dans les plaines de la Russie, ont, présenté ces phénomènes alarmants à vingt-un. siècles de distance les uns des autres. Quinte-Curce d'une part, et M. Larrey de l'autre, en ont été les historiens.

Le premier, que je ne fais que traduire ici, raconte que l'année, manquant de tout secours humain dans la solitude des montagnes, éprouva tout ce que l'on peut souffrir de maux, la disette, le froid, la fatigue et le désespoir. Ces neiges inaccoutumées pour des soldats grecs en firent périr un grand nombre. Elles leur enflammaient les pieds et leur attaquaient surtout les yeux. Opprimés par le froid, ils tombaient sous sa main de glace. Manquaienf-ils de s'agiter, il enchaînait leurs mouvements, et il leur était impossible de tenter le moindre effort pour se relever. Les malheureux qu'il avait engourdis étaient excités par leurs camarades, car se forcer de marcher était le seul remède contre de si grands maux. Alors, en effet, la chaleur ranimée de la vie rendit aux membres quelque vigueur, et ceux qui purent gagner les huttes des barbares se rétablirent promptement. (Quinte-Curce, lib. vu, §11). La neige de ces déserts était durcie par le froid et couvrait la terre à une si grande hauteur que l'on n'y voyait pas la moindre trace d'oiseaux et de bêtes féroces. (Quinte-Curce, lib. vu, § 10.)

Le second dit, en parlant des soldats de Napoléon : La mort de ces infortunés était devancée par la pâleur du visage, par une sorte d'idiotisme, par la difficulté de parler, par la faiblesse de la vue, et même

par la perte totale de ce sens. Quelques-uns marchaient encore en cet état, conduits par la main de leurs camarades; cependant, les muscles s'affaiblissant, ils chancelaient sur leurs jambes comme des ivrognes et tombaient enfin. La chute était alors le signe assuré de leur mort. L'auteur ajoute, en parlant des infortunés qui suivaient les colonnes serrées de l'armée, que ceux qui s'en écartaient tombaient dans la neige des fossés, où la mort les saisissait bientôt après les avoir frappés d'un engourdissement douloureux et d'un assoupissement léthargique. Dans quelques cas, l'émission involontaire des urines précédait le dernier soupir. (Mém. de chir. mil.p t. IV, p. 127.)

M. Desgenettes a vu les mêmes effets dans la même campagne et sur les mêmes hommes. Il a entendu ces infortunés se plaindre qu'un voile obscurcissait leurs yeux, et il ajoute : « Ces organes, momentanément hagards, devenaient immobiles-, les muscles du cou se raidissaient, la raideur gagnait le tronc, les jambes fléchissaient sous le corps, et les malheureux tombaientà terre.» (Disc, de la Fac, 7 nov. 1814.) M. JauflVet, qui en a aussi été le témoin, les cite et les appuie de sou témoignage. (Thèse de la fac, n° 8, 1821.)

Lorsqu'on réfléchit à la minceur des membranes de l'œil, à la faible vitalité de la cornée qui est immédiatement exposée au contact de l'air, on est étonné que la lésion de cet organe, signalée par Quinte-Gurce, et observée par Larrey, Desgenettes et d'autres encore, ne se montre pas plus fréquemment. Néanmoins, j'ai vu un exemple bien touchant de la perte des yeux, qui ne sortira jamais de ma mémoire. Uu chien, le chien du pauvre qui avait accompagné l'enterrement de son maître au Père-La-

chaise, fut retiré le lendemain de dessus la fosse. Il avait perdu les yeux par le froid de la nuit et mourait de faim en refusant tout aliment.

Ce n'est pas tout : Larrey a vu des hémorragies nasales précéder la mort des transis ; et, si ma mémoire est fidèle, M. Ségur a signalé des faits du même genre.

Voici les paroles du premier : « Chez quelques-uns, il se manifestait des hémorragies nasales, ce que nous avons particulièrement observé sur les hauteurs de Mieneski, l'un des points de la Russie qui nous a paru le plus élevé. » (Loc. cil., t. IV, p. 129). Je signale cette réflexion de l'auteur, bien qu'elle ne soit point fondée sur des observations barométriques, parce que l'élévation des lieux suffit lorsqu'elle est considérable pour déterminer des hémorragies capillaires. Ainsi, il serait possible que, dans les cas observés par Larrey, la hauteur des lieux eût contribué aux effusions de sang dont il a parlé. 11 est fâcheux que M. Ségur n'ait rien dit de cette circonstance.

On a vu le même phénomène chez madame Blanchard, qui, élevée dans son aérostat à une hauteur de 3,900 toises, fut saisie par un froid excessif, et frappée d'une hémorragie nasale abondante. Le thermomètre était descendu à 25 — 0, et notre célèbre aéronaute croit qu'elle eut succombé à cette rude et cruelle température, si elle ne se fût hâtée de donner issue à l'hydrogène de son ballon.

Historien des effets d'un froid très intense, je n'ai rien dit encore de riufluence d'un froid de 35 à 40°. On en trouve un exemple dans le deuxième voyage que les Hollandais entreprirent au nord de la Russie, en 1596, sous la conduite de G. Barentz, pour y chercher un passage en Chine par la mer Glaciale. Ils se trouvaient à l'est nord-est de la Nouvelle-Zemble,

parles 76° delat. nord, lorsqu'ils furent poussés dans le port des glaces, où les glaces, en s'amoncelant, soulevèrent et brisèrent leur vaisseau. Forcés d'hiverner dans ces déserts, livrés alors à la domination absolue du froid et des vents, ils s'y construisirent une hutte avec des planches de bois, parfaitement close, et une cheminée dans la hutte. A mesure que le pôle septentrional s'éloignait du soleil, cet astre parcourait chaque jour à leurs yeux une carrière moins étendue. Bientôt ils n'aperçurent plus qu'un instant une portion de son disque; enfin, le 4 novembre, leurs yeux inquiets le cherchèrent vainement à l'horizon ; il ne luisait plus pour ces infortunés, abandonnés entièrement aux puissances delà nuit et de l'hiver. Dès ce moment, les malheureux navigateurs, n'en sentant plus la douce influence, restèrent soumis à la rigueur d'un froid excessif que le soleil ne pouvait plus tempérer. Il les tourmentait par d'horribles souffrances, et jusque dans leur lit, oïl se trouvait même de la glace, quoiqu'ils entretinssent continuellement le feu le plus vif et que leur habitation fût bien close.

« Le 6 décembre, la gelée fut si forte, dit Prévost, d'après Heemskerke, que, les plus robustes ne pouvant la supporter, ils se regardaient tous languissamment et d'un œil de pitié, persuadés que le mal ne pouvait augmenter sans leur éteindre la vie. Le plus grand feu ne pouvait les réchauffer ; tout avait gelé, jusqu'au vin de Xérès. Le froid avait tellement endurci le cuir de leurs souliers qu'ils ne pouvaient plus en faire usage; ils portaient trois ou quatre paires de chaussons l'un sur l'autre, et des chaussures qu'ils avaient faites avec le dessus des peaux de mouton qu'ils avaient apportées d'Europe. » Heemskerke, auteur de cette douloureuse narration, dit encore que le feu

semblait manquer de chaleur, ou du moins qu'elle ne se communiquait point aux objets les plus proches. Il fallait brûler ses bas pour le sentir un peu, et l'on n'était même averti de leur combustion que par l'odeur qui s'en dégageait.

Le 7 décembre, un accident plus pressant encore faillit les emporter tous à la fois. Comme il est par lui-même étranger à mon sujet je n'en dirais rien, s'il ne s'y rattachait un peu par les précautions excessives que l'on met quelquefois en usage pour se défendre contre le froid. Après avoir tenu conseil sur les moyens de résister au froid, on résolut d'aller prendre, à bord du vaisseau resté au milieu des glaces, le charbon de terre qu'on y avait laissé, parce que le feu en est ardent et de longue durée. On fit vers le soir un grand feu de cette matière dans la cheminée ; il rendit beaucoup de chaleur : c'était pour eux une soirée de bonheur. Les malheureux! ne songeant qu'à en profiter, sans s'occuper des suites, bouchaient soigneusement toutes les plus petites ouvertures pour s'assurer enfin une nuit chaude et tranquille; mais bientôt ils sont tous attaqués d'étourdissement et de vertiges : ils n'ont seulement plus ni le pouvoir de se remuer, ni la force de se plaindre. Le péril était grand, la mort les tenait enfin! Heureusement quelques-uns se traînent vers la porte et parviennent à l'ouvrir : alors l'air extérieur, qui ne leur avait causé encore que des tourments, devient leur sauveur, et ils retrouvent la vie où ils avaient craint tant de fois de trouver la mort.

Voilà une esquisse des maux que les infortunés Hollandais souffrirent dans leur hutte. Queût-ce donc été si, manquant des ressources qu'ils se procurèrent, ils eussent été soumis réellement sans défense au froid de ces affreux climats? Que l'on en

jtîge! Au rapport de Heemskerke, s'ils restaient quelques instants au dehors, il s'élevait sur leurs visages et aux oreilles des pustules que le froid qui les avait produites glaçait aussitôt.

Du froid transmis par les liquides. — L'eau froide exerce une action bien plus vive encore. Un bain à 5 ou 6° centig. 4- 0 est presque intolérable ; la surface de la peau pâlit, se couvre de ces petites élevures qu'on nomme chair de poule, les yeux se cernent et se cavent, le nez s'effile, les lèvres deviennent violettes et bleuâtres, la respiration s'accélère, le pouls devient petit et fréquent. Si l'eau est excessivement froide, il résulte des expériences de M. Bégin que cet état ne tarde pas à être suivi d'une réaction générale qui se fait pendant que le sujet est encore plongé dans l'eau. Alors au sentiment de douleur et de pincement général succède bientôt un état notable de bien-être, la peau s'injecte et rougit, la respiration devient plus lente, le pouls plus calme et plus large -, mais au bout de quelques minutes, cette réaction est remplacée par le sentiment de constriction générale qui la précédait, et auquel se joint un état de collapsus. M. Bégin avertit de se bien tenir en garde contre cet effet; car si l'on était à la nage au milieu d'un fleuve profond, la faiblesse qui l'accompagne pourrait alors mettre la vie en danger; on courrait grand risque de ne pouvoir regagner le bord.

J'ai éprouvé dans un cas analogue des effets plus immédiatement dangereux : m'étant jeté à la nage dans une rivière froide, mes mouvements de natation ont été arrêtés par des douleurs qui m'ont obligé de ressortir aussitôt. C'est ce qui arrive à d'autres dans une eau plus froide, lorsqu'ils sont moins sensibles que je ne le suis à l'action du froid. C'est ainsi

que périrent beaucoup de dos malheureux soldats dans les flots glacés de la Bérésina!

Le froid, dans ce cas, paraît agir encore en refoulant le sang de la surface périphérique à l'intérieur, dans les viscères. Au rapport de Portai (Anat. méd., t. III, p. 355), une jeune fille étant morte au sortir d'un bain froid, on trouva la veine cave inférieure rompue. Cette observation est confirmée par les observations de M. Magendie, qui, ayant laissé périr des lapins dans l'eau froide où ils pouvaient respirer, trouva à l'autopsie les tissus voisins de la peau pâles et décolorés, tandis que tout le sang était accumulé dans le cœur et les gros vaisseaux. Le bain froid serait donc pernicieux pour une personne affectée d'anévrisme des oreillettes ou du ventricule droit.

Du froid transmis par les solides. — Le degré d'action des corps solides froids sur nos tissus est bien différent, suivant le degré de conductibilité de ces corps. Ainsi le bois, étant très-mauvais conducteur du calorique, ne produira pas uue sensation de froid bien vive ; mais il n'en est pas de même des pierres, des métaux. Ces substances ont une grande facilité à transmettre le calorique, et tendent, suivant une loi bien établie en physique, à se mettre en équilibre de température avec les corps voisins. Or, si l'on saisit avec la main un morceau de fer à une température de 30 à 40° — 0 th. cent., il en résultera une sensation douloureuse, analogue à celle de la brûlure, et on pourra se croire brûlé. Je me sers à dessein de cette expression; c'est celle qu'ont employée Xénophon (a7roxa!Gùv) pour indiquer l'effet de la neige sur le visage de ses compagnons d'armes, et Quinte-Curce pour peindre l'effet du froid sur les extrémités (adussit pedes). Si l'on reste soumis quelque temps à cette impression, des vésicules renfermant une sérosité

du froid. 389

roussâtre ou noirâtre, analogue à celle des phtyctèhes de la gangrène, ne tardent pas à se produire. C'est une observation que j'ai eu l'occasion de faire sur des carriers qui travaillaient pendant les fortes gelées de l'hiver.

Parry fit des observations semblables dans son voyage au nord de l'Amérique, dans les mers polaires, par le 75° de lat. N. « Par ces froids excessifs, 39° R., on ne pouvait en plein air toucher aucune substance métallique sans éprouver une impression pareille à la brûlure; la peau y restait attachée. » (Ëyriès, loc. cit., p. 15.) Larrey (ouv. cit., t. II, 182) a vu les doigts des soldats se congeler sur le canon de leurs fusils. Le mercure , l'acide carbonique solidifiés produisent, dit-on, la même sensation. J'en ai fait l'expérience sur moi-même, mais j'ai pu me convaincre qu'on a un peu exagéré cette sensation ; j'ai pu tenir ces corps, et surtout l'acide carbonique, pendant plus d'une minute, en le pressant entre mes doigts, sans en éprouver autre chose qu'une sensation modérée de brûlure.

Action du froid sur le corps échauffé. — C'est là assurément une des causes les plus fréquentes de maladie; le rhumatisme, par exemple, les phlegmasies, la bronchite, la pneumonie, etc., en sont fréquemment la suite. Nous l'avons déjà noté en commençant cet article.

Appliqué à l'extérieur sur toute la surface du corps échauffé et vivement excité par la chaleur, le froid occasionne une sensation agréable qui nous rafraîchit immédiatement, comme nous l'éprouvons en nous lavant dans la neige les mains brûlantes et échauffées à un foyer très-ardent, ou encore lorsqu'excités par une chaleur qui nous fatigue, nous nous exposons a l'air pour nous rafraîchir. C'est aussi ce qui arrive

aux Russes, lorsque ne pouvant plus résister à la chaleur de leurs étuves ils en débouchent en courant se rouler tout nus dans la neige, ou se plonger dans une rivière dont ils ont cassé la glace. Mais bientôt le froid triomphant et reprenant le dessus, en trois, quatre ou cinq minutes, il produirait tous les accidents de l'eau très-froide, s'ils ne se hâtaient de se soustraire à son action. Le refroidissement est plus rapide dans l'eau que dans la neige, parce que l'eau étant plus dense et meilleur conducteur du calorique, celui du corps échauffé se répand plus rapidement dans la masse du corps réfrigérant.

Si, aussitôt que la chaleur est apaisée , l'homme se recouvre de ses vêtements, la peau, alternativement excitée par la chaleur et par le froid, quoique ce dernier l'ait refroidie, redevient chaude, brûlante, et transpire même abondamment de nouveau, si l'on se couvre beaucoup -, et cette transpiration peut être fort salutaire dans certaines maladies, comme les douleurs rhumatismales, névralgiques, et même une infinité d'affections par les excitations alternativement inverses auxquelles elle soumet la peau.

Dans tous les cas, l'homme devient moins susceptible au froid, et plus robuste-, sa santé se fortifie et il devient plus actif et plus dispos au travail. C'est de là que viennent les succès de l'hydrothérapie appliquée par un homme habile et éclairé. Mais appliquée par un ignorant ou un charlatan, elle peut devenir un instrument meurtrier.

Voyez au contraire les accidents qui peuvent se montrer quand le refroidissement du corps échauffé est porté trop loin. Qui ne connaît l'accident historique, tant de fois cité, d'Alexandre qui faillit mourir, et celui de l'empereur Frédéric Barberousse qui périt pour s'être baigné dans les eaux du Cidnus pendant

les plus brûlantes ardeurs de l'été? (Quinte -Curce, 1. 3, §. 3; et Vict. histor. de Chaudon et Delaodine.)

Les boissons très-froides prises par un homme échauffé et altéré peuvent causer des accidents non moins redoutables que les bains très-froids. On a de nombreux exemples d'individus qui ont succombé plus ou moins rapidement pour avoir pris une boisson froide, alors que le corps était fortement échauffé. M. Guérard (Bulletin de CAcad. de mêd,, t. VII, p. 422 et suiv.), qui s'est livré sur ce sujet à d'intéressantes recherches, est arrivé à des conclusions que nous devons faire connaître ici ; c'est une question d'étiologie trèsimportante qui mène à d'utiles remarques prophylactiques. Les accidents observés peuvent appartenir à des lésions de l'innervation, et d'autres fois se manifester dans les appareils digestif et respiratoire.

Toute espèce de boisson froide, prise lorsque le corps est échauffé par un exercice forcé ou par une violente passion, peut produire des troubles graves. La bierre et même le vin, malgré l'excitation que produisent leurs principes alcooliques, ne fait pas exception, et, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que d'après les faits recueillis par M. Guérard, ce ne seraient pas les liquides les plus froids, mais ceux à la température ordinaire des caves (à -f- 12°) qui produiraient les accidents les plus nombreux et les plus graves.

1° Les phénomènes observés du côté de l'innervation sont des douleurs dans diverses parties, le trismus, des mouvements spasmodiques et même la mort instantanée.

2° Du côté de l'appareil digestif, des phlegmasies plus ou moins vives et même la gangrène de l'estomac. Un relieur d'Edimbourg , jouissant d'une excellente santé, se lève un matin à six heures pour allumer son

feu et avaler un grand verre d'eau froide à même une cruche qui servait pour les besoins de toute la famille. Il regagne immédiatement son lit, se plaignant d'une vive douleur au creux de l'estomac, accompagnée d'une anxiété très-grande; des vomissements que rien ne peut arrêter se déclarent, et au bout de douze heures il succombe, sans que l'autopsie ait fait découvrir la moindre lésion. Un maréchal-des-logis, ayant fait une longue course par une journée trèschaude, boit d'un trait une bouteille de bierre à la glace, et meurt au bout de cinq jours d'une inflammation avec gangrène de l'estomac.

3° Enfin, M. Guérard cite clés faits d'hémoptysie, de pleurésies, de pneumonies succédant a l'ingestion de boissons froides dans les conditions susmentionnées.

Suivant cet auteur, les conditions auxquelles est liée la gravité des accidents, sont les suivantes: réchauffement préalable du corps, la vacuité actuelle de l'estomac, la grande quantité de boisson ingérée dans un temps donné, et la basse température de cette boisson. Cette condition de la grande quantité est indispensable; car si l'on voit chaque jour dans les soirées, dans les bals, l'usage des glaces et des boissons glacées être sans inconvénients, cela tient à ce que ces substances sont prises par petites parties à la fois. Rappelons, au reste, que pendant les grandes chaleurs de l'été on a vu des personnes éprouver tous les symptômes d'un empoisonnement, mourir après avoir pris des glaces et très-probablement avec trop d'avidité.

En résumé, dans ce travail sur la chaleur et sur le froid, publié en partie en 1830 dans le Journal hebdomadaire, nous avons cherché à déterminer d'une manière positive ce que l'on doit entendre par les expressions de chaleur et de froid. Négligeant à dessein les effets non morbides qui intéressent peu l'étiologie,

nous nous sommes surtout occupés des effets morbides de la chaleur et du froid. Examinant d'abord ceux de la chaleur atmosphérique, nous l'avons vue produire, par l'action directe du soleil surtout, des érysipèles, des congestions cérébrales et la mort, des méningites, des apoplexies, la folie, la calenture avec ses hallucinations 5 par les bains de vapeur sèche et humide, des phénomènes généraux, et par l'eau chaude et la vapeur condensée des brûlures à tous les degrés.

Passant alors à l'examen des effets morbides du froid atmosphérique modéré, puis intense, nous l'avons vu déterminer toutes sortes d'inflammations, soit directement, soit par sympathie, des névralgies, le rhumatisme, la goutte, etc.

Arrivé à ce point de notre travail, nous avons suivi les médecins, les chirurgiens auprès de leurs malades, les voyageurs dans leurs courses aux pôles ou sur les sommets des monts les plus élevés, les guerriers au milieu des neiges et des frimas les plus rigoureux, et vous avez vu le froid déterminer les engelures à diverses parties, des gerçures aux lèvres et des gonflements énormes aux pieds et aux mains chez les mathématiciens espagnols et français ; la congélation des doigts, du nez, des oreilles, du pénis, même d'un membre, et la mort, sur les Alpes, en Islande, en Norwége, à Tornea, en Laponie et au Canada. Vous avez vu ces accidents de congélation sévir surtout au moment du dégel, sur les champs de bataille d'Ey- Jau; vous avez vu la poussière de glace des pays froids les aggraver, tourmenter cruellement les yeux, déchirer la figure et toutes les parties soumises à leuraction 5 vous avez vu le froid détruire, au nord de l'Amérique, des milliers de sauvages aussi intrépides qu'imprévoyants, mettre le désordre parmi les sol-

dats les mieux disciplinés, avilir les troupes les plus superbes, abattre et anéantir des armées invincibles : ici, vous l'avez vu recourir, si je puis parler ainsi, aux amorces du plaisir, aux charmes d'un repos délicieux, infernale Protée! qui joint, en quelque sorte, aux violences de la force les séductions de la faiblesse. Là, au contraire, vous l'avez vu opprimer ses victimes d'une main de fer, enchaîner leurs mouvements par la douleur, et les précipiter dans la tombe au milieu d'horribles souffrances. Ailleurs encore, vous l'avez vu, variant ses coups avec une sorte de cruauté, leur détruire les yeux avant de les tuer, ou les effrayer par des hémorragies, avant- coureurs d'une mort prochaine. Ailleurs, enfin, vous l'avez vu disputant à la vie quelques Hollandais malheureux, leur enflammer le visage et le leur couvrir de pustules en quelques instants. Jugez, d'après ces effets, ce qu'ils seraient devenus s'ils n'avaient échappé à son activité meurtrière par leur vigilante industrie !

Appliqué par l'intermédiaire de l'eau le froid alors, avec une rapidité et une intensité proportionnées à la densité et à la conductricité de l'eau supérieures à celles de l'air, excite d'abord et fortifie, puis il affaiblit, jette dans l'abattement, cause des douleurs qui paralysent l'action musculaire, refoule le sang à l'intérieur et entraîne la mort. Mais si l'on se soustrait à son action avant de tomber dans l'abattement et l'engourdissement, ses effets excitants subsistent et la santé se retrempe et se fortifie.

Appliqué par les solides, le froid occasionne les effets locaux de la brûlure, comme je l'enseigne depuis seize ans à la Faculté, par suite d'observations faites sur des carriers à l'hôpital Saint-Louis.

Enfin les boissons froides produisent dans l'estomac des effets analogues à ceux du froid appliqué

suf un point déterminé de l'extérieur, mais les effets en sont encore plus dangereux.

L'électricité est un des agents les plus puissants de la nature; c'est à elle qu'il faut rapporter la cause de ees bouleversements terribles, de ces trombes dévastatrices qui changent en quelques secondes toute la face d'une contrée, inondent les prairies, dessèchent les marais, renversent, arrachent et détruisent tout sur leur passage. Le désastre de Montville en Normandie en est un récent et épouvantable exemple. Qu'y a-t-il donc d'étonnant que, dans des limites plus restreintes, il exerce encore une action puissante sur l'organisme? Sans discuter ici les hypothèses relatives à l'identité entre le fluide nerveux, l'influx nerveux et l'électricité, bornons-nous à constater les effets de celle-ci sur l'économie vivante.

Tout le inonde sait que dans les temps orageux, alors que l'atmosphère est chargée d'électricité, nonseulement les hommes mais même les animaux sont en proie à un malaise plus ou moins marqué suivant la constitution , mais qui est porté à son plus haut point chez les personnes nerveuses. Ce trouble dans le jeu desfonctions est caractérisé par de l'excitation, mais le plus ordinairement par de l'abattement. Ces effets doivent s'observer plus particulièrement dans les pays chauds, là où de grands développements d'électricité s'observent si fréquemment. Laissons parler M. Sigaud, auteur d'un excellent traité sur les maladies du Brésil. « Dans les journées d'été, si l'atmosphère est lourde, dit il, atmosphère que les Portugais désignent par le nom de mormaço, on ressent par l'excès de dégagement de l'électricité un état

de prostration tel qu'on ne peut se livrer au travail qu'avec difficulté; les mouvements, les idées sont frappées d'une paralysie, pour ainsi dire, de courte durée, et ne reprennent leur activité qu'après la pluie et lorsque le vent vient à souffler du sud ou d'un autre point de l'horizon.

« L'électricité est moins forte dans les montagnes que dans les plaines, malgré la force et la fréquence des orages dans les premières. Dans les plaines l'humidité étant plus grande, concourt à l'excès du fluide électrique. Dans les unes comme dans les autres, l'action électrique entretient l'irritabilité nerveuse qu'on remarque sur les individus lymphatiques ; cette action répétée produit les maladies nerveuses qu'on observe en grand nombre dans les provinces de Rio-de-Janeiro, de Minas, de Saint-Paul. MM. Spix et Martins ont rapporté au mode d'alimentation la fréquence de l'hystérie et de l'hypochondrie dans cette dernière province; je crois que ces deux affections participent davantage de l'action permanente de l'électricité. (Du climat et des maladies du Brésil, p. 62. Paris, 1844.)

Ces effets du fluide électrique répandu dans l'atmosphère sont bien différents de ceux que nous pouvons produire avec un appareil. En agissant d'une manière modérée, avec une machine à frottement ordinaire ou même avec la bouteille de Leyde on détermine le hérissement des poils, des douleurs articulaires à chaque étincelle -, mais l'état général n'est nullement modifié comme il l'est dans les temps orageux.

Quand l'électricité agit directement sur l'homme, elle peut le tuer, ou du moins lui faire éprouver divers accidents plus ou moins bizarres, plus ou moins variés-, c'est le foudroiement. Chaque année les journaux en-

registrent les effets singuliers produits par la foudre. En voici quelques exemples que j'emprunte surtout à la savante et curieuse notice sur le tonnerre, insérée par M. Arago dans Y Annuaire du bureau des longitudes. pour 1838.

Dans certains cas la foudre détermine simplement de la douleur, dans d'autres elle renverse l'homme sans qu'il en résulte aucun autre accident. Le 3 juillet 1828 la foudre tomba sur un cottage à Birdham, près de Chichester; elle réduisit un bois de lit en éclats, roula par terre les draps, les matelas et la personne qui reposait dans ce lit, sans lui faire aucun mal. (Arago, ouv. cit., p. 495.) Un homme ivre se trouvant à la campagne par un temps d'orage, se réfugie sous un arbre, la fondre tombe, l'atteint, le renverse, et on le relève sans blessures.

Dans certains cas il y a seulement perte de connaissance; le 18 février 1770, un seul coup de foudre jeta à terre sans connaissance tous les habitants de Kérerus (Cornouailles) qui se trouvaient réunis dans l'église pour le service du dimanche. (Id., 475.)

Ces mêmes effets peuvent être occasionnés par l'action ascendante de l'électricité sans qu'il tonne dans le moment. Le 1 9 juillet 1785, entre midi et une heure, il éclata un orage dans le voisinage de Coldstream. Pendant sa durée il y eut plusieurs phénomènes de ce genre fort remarquables. Une femme qui coupait du foin près des rives de la Tweed tombe à la renverse, elle appelle sur-le-champ ses compagnes et leur dit qu'elle venait de recevoir sous ses pieds, et sans pouvoir dire de quelle manière, le coup le plus violent; en ce moment il n'y avait eu dans le ciel ni éclair, ni tonnerre. Presque dans le même moment et également sans qu'il y eût de phénomènes de lumière, une forte détonation se fait entendre, et

un charretier qui conduisait un tombereau de charbon de terre tombe mort, ainsi que les deux chevaux qu'il conduisait. Le poil des chevaux avait été brûLé particulièrement aux jambes et sous le ventre, te corps du cocher présentait çà et là des marques de brûlures; ses habits, sa chemise, son chapeau surtout étaient réduits en lambeaux. (Arago, Mém. cit., p. 366.) Deux jeunes gens se promenaient en bateau, la foudre les atteint, l'un des deux est planté droit dans la vase comme un pieu de piloti, l'autre est tué. {Col. Acacl. part, étr., t. VI, p. 39.)

Les blessures produites par le tonnerre sont de formes très-variables ; tantôt on ne trouve absolument aucune lésion , extérieure ni intérieure ; d'autres fois il y a des plaies ordinairement très-petites et semblables à celles que pourrait produire du plomb de chasse de fort calibre ; j'en ai vu de semblables au cuir chevelu, à la Morgue, chez un homme foudroyé et tué. D'autres fois ce sont des brûlures; on en a vu qui avaient été dépouillés de leur épiderme. Le charretier dont nous venons de parler présentait des traces de brûlure. Le 27 septembre 1819, vers cinq heures du matin, la foudre tomba à Confolens (Charente), sur une maison où elle tua la ser^vante couchée dans son lit. Le corps était sillonné depuis le cou jusqu'à la jambe droite (Arago, p. 494). Une femme fut frappée par la foudre, le 12 septembre 1747, qui la brûla aussi sans endommager ses vêtements.

On cite, coùîm2 exemples de foudre ascendante, lesdeux faits suivants: dans l'été de 1787, le tonnerre tomba sur deux personnes qui s'étaient réfugiées sous un arbre, près du village de Tacon, dans le Beaujolais. Leurs cheveux furent lancés sur le haut de l'arbre. Un cercle de fer qui attachait le sabot d'un de

ces malheureux se trouva aussi, après l'événement, attaché à une branche très-élevée. Le 29 août 1808, la foudre vint frapper un pavillon en forme de rotonde et couvert de chaume, dépendant d'un cabaret situé derrière l'hôpital de la Salpétrière, à Paris. Un ouvrier qui était assis sous ce pavillon fut tué; on trouva les morceaux de son chapeau incrustés au plafond.

Nous avons vu que tous les habitants d'un village de Cornouailles avaient été renversés par la foudre. Dans quelques cas plusieurs personnes sont tuées par un seul coup. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1759, le tonnerre tomba sur le théâtre de la ville de Feltu, il tua un grand nombre de spectateurs et blessa plus ou moins tous les autres. Le 11 juillet 1819, la foudre tomba pendant le service divin sur l'église de Châteauneuf-les-Moutiers (Basses-Alpes); elle y tua roide neuf personnes et en blessa, plus ou moins, quatre-vingt-deux. Du même coup elle tua , au milieu d'une écurie à côté de l'église, cinq moutons et une jument (Àrago, Mém. cit., p. 475). On trouve dans le recueil que nous citons des faits analogues qui se sont passés sur des vaisseaux (p. 489). D'autres fois, au milieu d'une réunion de personnes, le tonnerre n'en atteint qu'une seule. Ainsi, le 21 juillet 1819, le tonnerre tomba sur une prison de Biberac, en Souabe, et alla frapper dans la grande salle, au milieu de vingt détenus, un chef de brigands déjà condamné qui était enchaîné par la ceinture. Cette circonstance de la chaîne de fer peut expliquer cette préférence de la foudre, à moins qu'on n'aime mieux y voir une main vengeresse. (Voy. aussi Col. Acad. part, étr., t. VI, p. 46, 286.)

Enfin, sans que nous ayons besoin d'accumuler des preuves à l'appui, nous dirons que la foudre frappe plus particulièrement les personnes réfugiées sous

les arbres, celles qui se trouvent sous des édifices à sommet pointu , comme les clochers d'église, etc. Ces faits sont bien connus et s'expliquent parfaitement en physique par l'attraction qu'exercent sur l'électricité les corps pointus et élevés.

Divers accidents peuvent être la suite du foudroiement; le plus ordinairement c'est une paralysie complète ou incomplète et occupant une partie plus ou moins considérable du corps. Un ecclésiastique, en traversant une plaine, fut frappé du tonnerre, et tomba par terre. Revenu de sa commotion, il ne pouvait distinguer que la moitié de chaque objet qu'il regardait (Rognetta, Traité cïophtkalmologie, p. 617, 2e édit.). Wardrop dit aussi avoir vu une amaurose survenir dans la même circonstance.

La lumière est un des agents de la nature qui ont le plus de puissance sur l'homme, et ce n'est pas seulement au sens destiné à en recevoir spécialement l'impression que son action s'adresse, mais même à toute l'économie. Animal ou plante, tout être organisé a besoin de lumière pour son développement. On sait que l'obscurité prolongée produit sur ceux qui y sont soumis, et principalement sur les végétaux, le phénomène particulier connu sous le nom fîétiolement, et qui consiste dans un état particulier de faiblesse et de décoloration des tissus. Cet état s'observe assez souvent chez les mineurs qui travaillent privés de la lumière du jour. On sait que les femmes, qui restent enfermées dans des appartements peu éclairés, ont une pâleur mate tout à fait spéciale et une grande tendance aux affections chlorotiques. Les ouvriers qui travaillent pendant la nuit, les bou-

INFLUENCE DE LA LUMIÈRE. ZjOl

langers, par exemple, ont généralement un teint blafard, tandis que le soleil bronze le teint de ceux qui vivent au grand air et au grand jour. Aussi le teint pâle des enfants du Nord contraste-t-il d'une manière frappante avec le ion chaud, pour employer le langage des peintres, des chairs des habitants du Midi.

La lumière solaire paraît produire sur certaines peaux très-blanches, et chez les personnes dont les cheveux sont roux, des taches de rousseur. Je les attribue d'abord à leur origine plus ou moins éloignée, de parents roux, croisés avec des peuples à peau blanche, sans nier que la lumière solaire puisse favoriser leur évolution.

La lumière agit le plus souvent et le plus vivement sur l'organe de la vision. La lumière réfléchie, quoique moins violente, et supportable malgré son intensité, est une cause de maladies de la vision, d'amaurose, d'étéropsie, d'ophthalmies.

Ainsi la blancheur éclatante de la neige fatigue promptement l'organe delà vue, et l'irritation qu'elle occasionne est telle qu'il peut en résulter des ophthalmies, mais surtout des amauroses. Ainsi les soldats de Xénophon, traversant les montagnes de l'Arménie couvertes de 5 à 6 pieds (une orgyie) de neige, en furent vivement affectés , et plusieurs perdirent la vue. On se garantissait de cet accident, dit-il, en se couvrant le visage d'un voile noir, quand on était en marche. (Anabase, lib. iv, c. 5.) Cet exemple s'est renouvelé plusieurs fois, et particulièrement en Russie. Des sauvages du Nord préservent leurs yeux de la lumière réfléchie par la neige, du froid, et de la neige soulevée par le vent, au moyen de lunettes formées de coquilles hémisphériques percées d'un trou étroit au centre.

Plusieurs habitants d'une petite ville du Roussilloa

entreprirent, il y a quelques années, un voyage pour faire la contrebande en Espagne. Obligés d'éviter les douanes à leur retour, ils se décidèrent à traverser le Canigou, haute montagne des Pyrénées, alors couverte de neige. Après des fatigues inouïes, en suivant des chemins à peine praticables pour les chèvres, ils parviennent dans la plaine; mais la moitié avaient perdu la vue , et Ton observa que c'était presque tous les novices dans ce métier dangereux. (Réveillé-Parise, Hygiène oculaire, p. 27, 3eédit.)

Les maisons blanchies à la chaux que l'on rencontre dans tout l'Orient ne contribuent pas peu, par la vivacité de leurs reflets , au développement des ophthalmies, si communes dans ces contrées. C'est une remarque qu'Assalini (Obs. sur la peste, etc., p. 107) a eu l'occasion de faire lors de l'expédition de Bonaparte en Egypte. A l'occasion de l'ophthalmie d'Egypte, on a accusé la vive réverbération du soleil sur les sables, l'introduction dans les yetfx de ces sables soulevés par les vents. La cause de ces ophthalmies est complexe, et toutes celles qu'on a citées peuvent y concourir.

L'action directe d'une lumière ardente est pernicieuse pour les yeux. On sait, par des relevés exacts et très-bien faits, que les professions dans lesquelles la vue s'exerce continuellement à une très-vive clarté sont éminemment prédisposées aux ophthalmies, a l'amaurose, à la cataracte, etc.; telles sont celles de fondeur, de verrier, d'horloger, etc. Ordinairement cette fâcheuse influence ne se fait sentir qu'au bout d'un certain temps -, mais dans quelques cas elle produit des effets immédiats. Un plâtrier entre dans son four incandescent; il en sort avec deux cataractes mûres. (Maunoir, Thèse sur la cataracte, p. 21. Paris, 1833.)

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