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INFLUENCE DES INSTITUTIONS POLITIQUES

Ces institutions agissent rarement d'une manière directe sur la sauté publique et sur la production des maladies. C'est néanmoins ce que font maintenant nos institutions électorales en excitant toutes les ambitions. Aussi, j'ai vu un candidat devenir fou sous l'influence des émotions qu'il en a ressenties. On est effrayé par des institutions despotiques, et plus

encore par les despotes eux-mêmes; leur caractère imprime des émotions dangereuses ou mortelles. Les institutions, jusqu'à présent, ont aussi agi beaucoup plus par défaut que par commission contre la santé publique. Ainsi, les populations manquent d'enseignement populaire sur l'éducation et l'hygiène, et, par suite, des lumières pratiques les plus indispensables à l'éducation des enfants et à la conservation de la santé. Elles en manquent pour se défier des annonces du charlatanisme, qui souvent nuit plus encore à leur santé qu'à leur bourse. La construction des maisons, des villages, des bourgs et d'une infinité de villes n'est assujettie qu'à des règlements de voirie et nullement à des règles d'hygiène. Il en est à peu près de même pour celle des routes et des canaux, et la Sologne, la Bresse dans le département de l'Ain, la Camargue (Foderé, Mêd. lég. et hijg. pub., t. V, 174) et tant d'autres lieux sont loin de ce qu'ils seraient si nous avions des institutions d'hygiène au niveau des besoins du pays pour la salubrité de l'atmosphère. L'alimentation de la France n'est pas suffisamment assurée par des institutions protectrices de l'agriculture, quoique la terre à cultiver ne manque point. La santé des ouvriers de l'industrie est moins protégée encore, et l'on pourrait aussi exiger des institutions sanitaires plus sévères pour l'armée et pour la marine. Enfin, pour ne citer plus qu'un genre d'institution qui manque à la santé publique, c'est un enseignement de morale et de probité, car l'immoralité et limprobité sont une source de maux physiques et de chagrins, et pour ceux qui s'y laissent aller, et pour ceux qui en sont les victimes. Mais dans les époques de corruption, comme celle où nous vivons, on pense d'autant moins à la morale qu'elle est dans l'intérêt de tout le monde, et chacun, au contraire, s'occupe ex-

clusivement de ses intérêts particuliers, suivant la généreuse et humanitaire maxime : Chacun pour soi , chacmi chez soi.

Les professions sont des influences extrêmement complexes qui entraînent une foule de maladies, soit à la longue, soit subitement, par les accidents aux quelles elles exposent les hommes qui les pratiquent. Si ce résultat malheureux du travail est fait pour desespérer l'homme obligé de gagner sa vie à la sueur de son corps, il faut qu'il sache bien que le travail est aussi une source de santé, et que, sous ce rapport, il n'a généralement rien à envier aux oisifs. La statistique formule en quelque sorte mathématiquement l'influence de certaines professions, en nous montrant le degré d'abâtardissement auquel sont descendues certaines populations manufacturières et le chiffre de la mortalité dans les différentes industries.

L'action exercée sur les individus par les professions est, tout d'abord, très importante à examiner suivant l'âge ou le sexe.

En 1841 une loi a réglementé le travail des enfants; mais cette loi qui, malgré ses prétentions philanthropiques, paraît avoir été faite sous l'empire de certaines préoccupations industrielles, est loin de répondre aux exigences d'une sage hygiène. Ainsi elle autorise l'admission des enfants à l'âge de huit ans dans les ateliers ; cetteépoque est assurémentprématurée; alors, comme le dit M. Lévy, « l'époque de la deuxième dentition est à peine passée ; les efforts de la nutrition se dirigent sur le système osseux, à tel point que s'il existe des causes de faiblesse originelle ou acquise, il survient un rachitisme du deuxième âge qui porte particulière-

ment sur le tronc et détermine les plus fâcheuses déformations; la croissance en longueur s'accélère, et souvent l'enfant lié aux machines est fixé dans des attitudes gênantes ou vicieuses : les mouvements plus assurés tendent à se répéter sans cesse et vonsle clouez dans l'immobilité (Traité d'Injg. t. II, p. 769). « Quant à la durée du travail, elle est trop prolongée pour beaucoup d'enfants. De huit à douze ans, le travail effectif ne doit pas dépasser huit heures, séparées par un repos; et de douze à seize ans, douze heures, également divisées par des repos et comprises entre cinq heures du matin et huit heures du soir. Le travail de nuit n'est autorisé que pour les enfants ayant au moins douze ans et il ne saurait excéder huit heures. Maintenant, veut-on savoir les résultais du travail exagéré que l'on exigeait autrefois des enfants; c'est M. Charles Du pin lui même qui va nous les fournir : « En comparant deux départements de la Normandie et deux de l'Alsace, M.Ch. Dupin a trouvé que dans ces derniers, où la journée des enfants et des adolescents ne dépasse guère treize à quatorze heures, on obtient nn contingent de dix mille soldats, en réformant six m«lle huit cent vingt-deux sujets infirmes et difformes, tandis que dans les deux premiers départements (Seine-Inférieure et Eure), où la journée des enfants s'élève à quatorze, quinze et seize heures par jour, il faut réformer quinze mille cinq cent vingt-huit hommes!.. (Lèvy ,ouv. cit., p. 769).» En veut-on une preuve plus décisive, plus terribleencore? Sur millesoixanledix-huit entants travaillant en Angleterre, dans des filatures et des fabriques, vingt-deux seulement sont arrivés à l'âge de quarante ans, et neuf à celui de cinquante !... Sur huit cent vingt-quatre ouvriers, la plupart en bas âge, employés dans six filatures, cent quatre-vingt-trois seulement jouissaient d'une bonne

santé, deux cent quarante étaientdélicats, deux cent cinquante huit étaient malades, cent étaient affectés de tuméfaction des coude-pieds et des genoux, quarante-trois rabougris, et trente-sept gibbeux (Annal, d'hyg., t. XI l). Mais ce n'est pas seulement l'excès du travail qui ruine la constitution des enfants, c'est le mauvais exemple des adultes avec lesquels ils sont continuellement en contact, et la promiscuité des sexes dans les ateliers, d'où résulte une immoralité précoce qui réagit sur la santé de la manière la plus désastreuse.

Les femmes, par lefait même de la faiblesse de leur sexe, par la médiocrité du salaire qu'elles retirent de leur travail, sont exposées à plus de souffrances que les hommes. Un labeur assidu et des veilles prolongées peuvent à peine leur fournir les moyens de subvenir aux plus strictes besoins de la vie ; aussi leur santé estelle épuisée de bonne heure; de là aussi, une facilité déplorable assurément, dont la misère est en quelque sorte l'excuse, à céder aux suggestions du libertinage.

Les professions considérées comme nous le faisons ici, au point de vue des maladies qu'elles peuvent occasionner, ont été partagées par Fourcroy en deux grandes classes. Dans la première, se trouvent les professions dans lesquelles des molécules se mêlent, sous forme de vapeurs ou de poussières, à l'air que les ouvriers respirent, pénètrent dans leurs organes et en troublent les fonctions. Dans la seconde, celles qui peuvent causer des maladies, par excès ou par défaut d'exercice de certaines parties du corps (Uamazzini, matad. des artis., trad. de Fourcroy, introd., p. i 10).

Comme ces influences prédominent, seules ou réunies, en nombre variable dans les différentes professions, et que plusieurs d'entre elles ont déjà été étudiées antérieurement, il sera bon, pour nous épargner

Zj92 CHAPITRE X. — CAUSES DES MALADIES.

bien des redites, de considérer ici leur influence d'une manière sommaire, ne laissant plus à examiner que l'effet spécial à chaque profession. Prenant ce point de départ, on peut établir quatre groupes principaux, renfermant eux-mêmes plusieurs subdivisions : 1° travail à l'air libre; 2° travail dans l'air confiné; 3° travail nécessitant des mouvements plus ou moins considérables ; 4° travail sédentaire.

1° Le travail à l'air libre expose aux actions déjà étudiées de la chaleur (p. 364) et du froid (p. 369), et de plus, aux alternatives plus ou moins brusques de température, d'où résultent des angines, des coryzas, des laryngites, des affections catarrhales aiguës ou chroniques, des pneumonies, des pleurésies, des dyssenteries, des affections rhumatismales aiguës et chroniques, etc.

2° Le travail dans l'air confiné est plus ou moins nuisible , suivant la nature de l'air que l'on respire. Quelquefois, comme pour certaines professions et surtout pour les professions des femmes, fleuristes, couturières, brodeuses, etc., c'est un air non renouvelé et souvent dans des chambres basses, situées dans des quartiers sombres et malsains; de là, une sorte d'étiolement, de diminution des forces et de l'appétit, de gêne dans les digestions, de troubles dans les évacuations menstruelles. — Si à l'air confiné se joignent des émanations animales, végétales ou minérales, il en résulte des accidents spéciaux. Si la température y est très-élevée, elle produit des sueurs abondantes qui fatiguent, causent une soif ardente, de l'amaigris^ sèment, etc.

3° Les professions qui exigent de grands mouvements, des efforts soutenus, exposent aux accidents que nous avons signalés à propos de la musculation (p. 292).

4D Les professions sédentaires amènent l'étiolement dont nous venons de parler à propos de l'air confiné, et de plus, des accidents qui résultent de l'attitude pendant le travail. Ainsi la station assise donne lieu aux hémorroïdes; debout, aux engorgements œdémateux, aux varices, aux ulcères des jambes; les attitudes inclinées et penchées en avant prédisposent légèrement à des incurvations de la colonne vertébrale et à diverses déformations de la poitrine ; certains mouvements répétés produisent des hypertrophies partielles, des saillies anormales d'une épaule, d'une hanche, etc. Chez les enfants, ces effets sont plus sensibles encore et peuvent produire de véritables difformités. — Les effets d'une tension trop prolongée du cerveau ont été étudiés ailleurs (p. 282). Certaines professions sédentaires obligent à fixer pendant longtemps, et à une vive lumière, des objets très petits; d'où, céphalalgies plus ou moins intenses, rougeur et fatigue des yeux, et même des amauroses ou des cataractes.

Le tableau suivant, tiré du remarquable travail de Lombard (de Genève), sur la fréquence de la phthisie dans les différentes professions (Ann. d'hygiène, t. XI), donnera tout de suite une idée de l'importance des distinctions que nous venons d'établir; sur 1,000 décès occasionnés par la phthisie, les professions suivantes, analysées et décomposées de diverses manières, ont fourni :

Professions à émanations minérales et végétales. 176

— à poussières diverses. 145

— à vie sédentaire. 14G

— à vie passée dans les ateliers. 1 38

— à air chaud et sec. 127

— à position courbée. 122

— à mouvements de bras par secousses. 116

Professions à exercice musculaire et vie active. 89

— à exercice de la voix. 7$

— à vie passée à l'air libre. 73

— à émanations animales. 60

— à vapeurs aqueuses. 63 Enfin le même auteur, considérant la question dans

son ensemble, a formé le tableau suivant, où il examine ce que les différentes conditions dans lesquelles vivent les ouvriers ôtent ou ajoutent d'années à leur existence :

AtmosDhè e i Vapeurs mi orales ou végétales, ôtent h$

! Poussières diverses, id. 2,5

. . i Active, ajoute ljj

'Qmre de vie. » „ , , . . A. . ,

I Sédentaire, ôte 1,4

Accidents et morts violentes, ôtent 2,'3

Aisance, ajoute 7»5

Défaut d'aisance, ôte 7,5

Cette dernière remarque sur l'influence favorable donnée par l'aisance nous conduit a énumérer rapidement quelques circonstances qui contribuent, avec la professiou elle-même, à détériorer la santé et à abréger la vie.

Les circonstances suivantes, dont quelques-unes dépendent des ouvriers et les autres de la mauvaise organisation du travail, viennent encore s'ajouter aux influences insalubres des professions.

Telles sont l'insuffisance du salaire dans beaucoup de professions, et surtout pour les femmes, les chômages pendant certaines saisons, la surcharge de famille, soit de parents âgés, soit d'enfants, et enfin l^inconduite naturelle, ou produite soit par les chagrins et la misère, soit par les mauvais conseils et les mauvais exemples. Ces causes de misère aggravent la position de l'ouvrier en le forçant de prendre des habitations étroites, malsaines, mal aérées, en le condamnant à une nourriture insuffisante et non ré-

paratrice, à des vêtements qui ne le peuvent protéger contre l'intempérie des saisons, etc. Ajoutons que par négligence, par défaut de propreté ou de précautions, il laisse aux influences professionnelles une action que sans son incurie elles n'auraient souvent pas.

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