PU PROGNOSTIC
un voyage aussi fécond en orages et en tempêtes qu'une navigation sur l'océan ; qu'en quittant le port au matin sous les plus riants auspices, on n'est pas sûr d'y jamais rentrer. Comment, en effet, rien prédire avec assurance sur une foule d'événements possibles, qui tiennent à mille causes, à mille agents invisibles et mystérieux, que vous ne tenez point dans vos mains, dont vous ne pouvez point enchaîner l'activité bien ou malfaisante ! Ce serait folie. Il ne peut y avoir de pronostic certain que pour l'ignorance, l'étourderie ou le charlatanisme, mais point pour l'homme prudent et instruit, pas même pour une saignée, pour une piqûre du doigt, pour l'homme actuellement en bonne santé et que la mort peut frapper dans une heure. On prévoit d'après cela qu'un art aussi incertain qui, à la rigueur, ne peut rien assurer absolument dans un cas particulier, et est obligé de parler en général, ou sauf accidents imprévus ou supposables , a, en réalité, assez peu de valeur. Mais comme les passions humaines n'entendent pas facilement raison, surtout lorsqu'elles sont légitimes, comme les craintes des malades ou la sollicitude des familles, nous sommes bien obligés de faire du pronostic et de lui assigner des règles , bien qu'un art de prédire, quel qu'il soit, ne mérite guère de confiance. On conçoit aussi que cet art, avant l'époque anatomico-pathologique de Bonet et Morgagni, qui a imprimé au diagnostic quelque précision, ne pouvait être qu'un art très-infidèle ou très-borné. Aussi ne trouve-t-on à peu près rien d'exact sur le pronostic, depuis Hippocrate jusqu'à nous. Qu'on ouvre tous les écrits publiés sur cette matière, et on sera obligé de convenir que toutes nos sentences pronostiques générales sont inexactes ou vagues, parce qu'elles sont trop générales et man-
quent de distinctions nécessaires, et que lors même qu'elles sont très-particularisées, elles manquent de certitude. On prévoit enfin que nous serons très-bref et peu absolu sur les pronostics généraux et muet sur le pronostic relatif aux maladies en particulier qui appartient à la pathologie spéciale.
En général, néanmoins, et c'est ainsi qu'il faut prédire en médecine, les causes qui persistent avec les maladies qu'elles ont produites les entretiennent incessamment. Les causes qui n'agissent que momentanément ne concourent à leur durée que par la gravité des lésions qu'elles ont déterminées. Ainsi les plaies compliquées de corps étrangers peuvent suppurer indéfiniment, entretenues par la présence de ces corps étrangers, tandis que les mêmes plaies, dépouillées de cette cause permanente et durable d'irritation, peuvent très -bien guérir dans un temps très-court. Les plaies des jambes, compliquées d'une situation déclive, par le seul fait de cette cause, suppurent indéfiniment et deviennent des ulcères, tandis que les plaies dégagées de cette influence, et de toute autre cause permanente capable d'en entraver la marche, arrivent en général assez promptement à la guérison. Aussi faut- il établir en principe que lorsqu'une maladie subsiste avec sa cause, sa cause est un des premiers éléments à combattre et à faire disparaître.
Les maladies en apparence spontanées, étant dues en général à une prédisposition morbide, à une diathèse sont plus difficiles à guérir que les maladies extérieures, parce que les premières subsistent avec leur cause, tandis que c'est le contraire pour les autres. C'est encore là ce qui aggrave certaines maladies héréditaires et les rend inévitables, malgré les précautions hygiéniques les mieux entendues. C'est
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aussi la faiblesse ou l'état général propre à la vieillesse qui rend mortelles les maladies les plus légères pour un autre âge.
Les causes ont aussi de l'influence sur le pronostic des maladies par leur intensité, leur durée, leur concert ou leur opposition, et les effets morbides sont en général, et jusqu'à un certain point, proportionnés à la violence et à la longueur de leur action. Les caractères anatomiques ont généralement plus d'influence encore sur la marche et l'issue des maladies. On croit, à tort cependant, qu'une affection est d'autant plus grave que l'organe où elle s'observe est plus important, plus immédiatement utile à la vie, comme on le dit, et que pour cela même, les maladies de l'encéphale, de la moelle, du cœur, des poumons, sont plus dangereuses que les maladies de la peau, des intestins, des muscles, etc. \ ou va voir que leur gravité ne vient pas de leur utilité^ supérieure.
Tous les organes de même nature forment des systèmes qui remplissent des fonctions également indispensables à la vie. Supposez tous les os ramollis ou tous les muscles paralysés chez un malade; cet homme, abandonné, mourra aussi sûrement que si on lui arrachait le cœur. J'en puis dire autant d'un animal à qui on exciserait le canal intestinal, ou qui le perdrait par invagination ; il mourrait de faim. Une artère peut être oblitérée sans risque pour la vie 5 mais l'oblitération entière du système artériel causerait certainement la mort. Ainsi chaque organe entier d'une fonction est également important; mais si cet organe est Irès-étendu, très-divisé, une portion peut être détruite sans causer la mort. Plus une affection occupe proportionnellement d'étendue dans l'organe qui en est le siège, plus elle est grave, quoique sa gravité soit loin d'être rigoureusement proportionnelle a
son étendue 5 mais la lésion devient d'une extrême îéthalité si l'organe qu'elle atteint est unique et d'un petit volume, parce qu'alors, quelque peu étendue que soit la maladie, elle devient considérable proportionnellement au volume de l'organe. L'unité et Cetendue des organes ont donc une telle influence que si le cœur était divisé en une multitude de cœurs, comme le système artériel en canaux multipliés, ses maladies seraient beaucoup moins sérieuses, et qu'on pourrait en exciser facilement plusieurs sans danger 5 que si la protubérance cérébrale, et surtout le bulbe rachidien, étaient aussi gros que le cerveau, il y aurait beaucoup plus de chances pour que leurs fonctions, à l'instar de celles du cerveau, ne fussent pas enrayées par de petites lésions; donc, que les organes d'une fonction un peu importante sont à peu près également importants, et que la gravité de leurs lésions tient surtout à leur unité, à leur étendue et à l'étendue proportionnelle de leurs lésions; donc, que ma proposition, si paradoxale en apparence, est juste et vraie en réalité, et que l'opinion opposée n'est qu'une erreur grossière, une simple apparence de vérité, acceptée comme tant d'autres, sans critique, sans réflexion, et contre toutes les notions de la physiologie. A dire vrai, on ne l'étudié guère pour la pratique, la physiologie, et on ne la sait pas beaucoup.
La forme a quelquefois de l'influence sur la facilité de la guérison des maladies ; c'est ainsi que les solutions de continuité dont la surface est arrondie sont plus difficiles à cicatriser que celles qui sont allongées, elliptiques, etc.; que les plaies à lambeaux tenant par une base très étroite se cicatrisent avec beaucoup plus de peine que lorsque ces lambeaux tiennent aux parties vivantes par une large base.
En général encore, îc pronostic est d'autant plus
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sérieux que les propriétés sensibles de consistance, de couleur, de sonoréité, etc., sont plus altérées, plus éloignées de l'état, normal. Il est aussi d'autant plus grave que la structure est plus profondément modifiée dans une partie, et que ses éléments constituants, que ses vaisseaux et ses nerfs s'éloignent davantage des caractères qu'ils présentent habituellement dans l'état de santé.
Les phénomènes morbides ont assurément de l'influence sur le pronostic par leur nature, par leur intensité, par leur multiplicité; mais comme il n'y a rien de bien général à cet égard, les exceptions l'emportent souvent sur des sentences établies sans exception. La douleur locale violente, a de la gravité dans certaines inflammations et son absence, ne rend pas les phlegmasies viscérales plus bénignes. Les perversions, les paralysies sensoriales sont souvent difficiles à guérir, sans néanmoins exposer la vie. La prostration profonde des forces est souvent de mauvais augure; la terreur de la mort n'est pas plus favorable. La chute bruyante, et en quelque sorte passive, des boissons dans l'estomac, annonce ordinairement une mort prochaine. Un dévoiement que rien m'arrête , et qui jette le malade dans la consomption, est en général alarmant. Il en est de même d'une respiration très-accélérée, très-courte; d'une fréquence extrême et soutenue du pouls, qu'un traitement convenable ne parvient pas à modérer, etc.. mais tout cela est si vague que je n'en veux pas dire davantage.
Je n'ai non plus rien de général et de précis à dire sur l'influence pronostique de la marche des maladies. S'il en est beaucoup d'aiguës très-dangereuses, il en est de subaiguës et surtout de chroniques qui ne le sont pas moins; cependant, elles sont généralement moins et surtout moins prochainement funestes. Il
faut en dire autant des maladies à marche régulière et irrégulière, et même des affections intermittentes périodiques ou non-périodiques.
Les phénomènes qui annoncent la terminaison prochaine et réelle d'une maladie, influent bien plus encore sur le pronostic puisqu'ils annoncent la guérison ou la mort. Ceux qui montrent que la maladie loin de cesser, ne fait que se convertir en une autre affection plus ou moins grave que la maladie première, impriment donc au pronostic un caractère variable, suivant la bénignité ou la gravité de la maladie nouvelle.
Les crises, les métastases qui précèdent souvent la terminaison ou la conversion d'une maladie, les rechutes offrent aussi au pronostic des éléments à apprécier. Quoique les rechutes soient souvent graves, parce que l'économie, déjà fatiguée, appauvrie, présente moins de résistance à la maladie et de ressources a la thérapeutique, nous ne saurions poser aucune loi générale à cet égard , le pronostic variant toujours alors suivant la gravité de chacun de ces états, dans chaque cas particulier.
Les influences ou les causes capables de produire l'affection que l'on combat, de l'augmenter ou de la compliquer d'autres lésions, sont dangereuses dans le cours des maladies. Celle qui résiste depuis longtemps a des traitements bien faits, est généralement difficile à guérir et souvent incurable.
Le pronostic offre une très-grande diversité dans les inflammations, dans les hypertrophies, les atrophies, les dégénérations, les formations morbides, les vices de conformation ou les monstruosités. Quelques ânes méritent à peine l'attention du praticien parce qu'elles sont d'une nature stationnaire, croissent peu et dégénèrent peu; d'autres, au contraire, sont fâcheuses et entraînent de la gêne et des accidents,
parce qu'elles croissent beaucoup : tels sont les lipomes, les tumeurs fibreuses de l'utérus-, d'autres sont bien plus fâcheuses encore, parce qu'elles sont progressives en volume, inflammables, dégénérescibles, suppurables et ulcérables, comme les encéphaloïdes, les squirres, les tubercules. Le pronostic est généralement moins grave dans les affections nerveuses simples, ou nervosies.
Les fièvres essentielles n'offrent point de pronostic général ; il en est de même des maladies chirurgicales. La gravité des empoisonnements est subordonnée à la nature et à la quantité des poisons ingérés et conservés dans l'économie, aux lésions locales, etc. En général une maladie grave, comme une fièvre pernicieuse, perd de sa gravité lorsqu'on possède un moyen curatif.
Je ne connais pas de bon ouvrage sur le pronostic en général, et je ne crois pas qu'il soit possible d'en composer un bien utile, à cause de l'impossibilité de rien dire de général, sans faire des distinctions, des exceptions si nombreuses que la généralisation deviendrait elle-même un fait sans portée, ou de se borner à pronostiquer la guérison ou la mort en termes d'augures , comme on l'a fait souvent. Quoique ce sujet soit bien plus difficile et plus impossible à traiter que le diagnostic, il a fait bien plus écrire 5 cela devait être : il n'y a pas a disserter beaucoup sur ce qui est clair et évident. Il est vrai aussi que ça été souvent pour commenter, aprouver, parfois critiquer les sentences de la médecine grecque, toujours attribuées à Hippocrate, comme de juste, parce que c'est plus aisé à dire qu'à prouver. Voyez au reste à ce sujet les articlesprognosis dePloucquet, toc. cit., du Dict. des sciences méd. et de médecine et la thèse de concours de M. H. Bell (Des bases du prognostic. 1 838).
De la tltérapeantictue.
Partie de l'art qui enseigne à traiter les maladies; de 3"£poc7r£uco, je traite, je remédie. C'est l'acte définitif de la médecine et de la chirurgie pratiques, c'en est le bras, tandis que le. diagnostic en est l'œil. Le pronostic n'est souvent au fond que ie preneur de l'association.
Comme le diagnostic, comme le pronostic, la thérapeutique est fondée 1° sur la pathologie, c'està-dire sur les causes, sur les caractères matériels, sur les phénomènes, sur la marche, sur les terminaisons, sur la nature et l'espèce des maladies, sur les influences qui les modifient, et elle doit en déduire les indications à remplir, les moyens thérapeutiques à employer pour traiter et guérir ou pallier les maladies.
En conséquence, nous avons à examiner successivement ici, 1° comment ces connaissances pathologiques fournissent au traitement les indications d'agir; 2° quels sont les moyens thérapeutiques qui peuvent remplir ces indications. C'est ce que nous allons faire dans deux sections différentes; après, il ne nous restera plus qu'à parler de l'hygiène des maladies ou des moyens d'en prévenir le retour. Mais je dois dire qu'il existe parfois des indications opposées à celles de la maladie que l'on nomme des contre-indications. Dans ce cas, on doit obéir à celles des indications ou des contre-indications qui sont les plus impérieuses, les plus urgentes, s'il n'y a pas moyen de les concilier. Ces circonstances délicates doivent être mûrement pesées par le jugement et le raisonnement.
Mais, indications et contre-indications sont plus ou moins évidentes, et lorsqu'elles sont très-manil'estes et précises il est toujours plus facile d'y répondre. Cependant, pour les bien remplir, il faut en avoir trouvé les moyens. Or, bien que la nature soit immense et variée à l'infini, bien que des gens naïfs s'imaginent que le créateur dans sa sagesse, c'est-àdire clans notre intérêt personnel, comme s'il ne devait penser qu'à nous, a répandu partout les substances médicamenteuses propres à guérir tous les maux que nos imprudences, nos folies ou nos vices nous attirent, il est permis d'en douter. Dans le fait, l'expérience ne justifie pas ce préjugé. On n'a jusqu'à présent trouvé que quelques remèdes curatifs assez efficaces, pour guérir presque certainement trois ou quatre maladies, 80, 90 fois sur 100. Ce sont le quinquina ou ses préparations, le mercure ou ses composés. Ce n'est pas que l'art manque d'autres médicaments curatifs, mais ceux-là ne guérissent plus que 50, 4 0, 20 fois ou moins souvent encore sur 1 00. Nous avons pourtant d'autres remèdes plus efficaces pour faire vomir, purger, suer, uriner, mais ceux-là ne répondent plus qu'à des indications non manifestes, tout en produisant 80, 90 fois sur 100 les effets qu'on leur demande, et ils sont rarement curatifs. Nos moyens chirurgicaux sont en général plus sûrs que ces derniers parce qu'on les emploie pour des indications plus évidentes, et qu'ils les remplissent d'unemanière sûre et précise. Aussi, si ce n'étaient les inflammations, les accidents et les complications qui viennent entraver la guérison des opérations , la chirurgie serait beaucoup plus efficacement curative encore qu'elle ne l'est.
On prévoit, parce que nous venons de dire, que pour apprécier l'efficacité d'un moyen quelconque,
il faut rigoureusement compter la proportion de ces succès, dans des cas aussi analogues que possible 5 c'est ce qu'on appelle méthode numérique, depuis que MM. Louis et Bouilland en ont surtout fait usage.
Soutenue en 1837 à l'Académie de médecine par les uns, elle fut attaquée par d'autres, et entre autres par M. le docteur Rizueno, que la faveur ministérielle venait de nommera une chaire de pathologie et de thérapeutique générales, créée à Montpellier. L'attaque de M. Rizueno, que je ne connaissais pas personnellement, l'iniquité de sa nomination et la nullité de ses titres me poussèrent dans la mêlée et m'inspirèrent la lettre suivante, que je reproduis parce que ses principes seront toujours justes.
« Etranger à l'Académie jusqu'au moment où la clôture de la discussion sur la statistique médicale a été enfin prononcée, je n'ai pu y prendre aucune part; mais j'ai été si étonné de la philosophie que j'ai entendu proclamer dans la dernière séance, si blessé comme praticien des hôpitaux et comme professeur de la Faculté, du ton insultant et du langage cavalier d'un jeune homme à l'égard d'un grand praticien et d'un professeur distingué, mon collègue à l'Ecole de médecine (MM. Louis et Chomel) , que je crois devoir au moins par la voix de la presse m'associer à la discussion aujourd'hui fermée.
« Suivant l'orateur dont je parle, et suivant quelques-uns de ses complices scientifiques, on ne doit pas compter les faits en médecine pour en tirer des conséquences pratiques, parce que les maladies sont variées comme les individus, et aussi diverses que les cas sont eux-mêmes diversifiés.
« Les maladies, suivant lui, sont dès lors autant d'individualités morbides particulières qu'on ne peut ni rapprocher, ni comparer les unes avec les autres
qu'on ne peut grouper, ni compter, ni traiter par des moyens semblables.
« Qu'est-ce à dire? que les maladies sont autant d'individualités particulières, sans analogie les unes avec les autres ? Est-ce bien là votre pensée, monsieur ? je suis obligé de le croire. Car, d'une part, quoique dans la discussion les numéristes n'aient cessé cle redire qu'ils groupaient des cas analogues pour les compter, et qu'ils n'additionnaient que des cas semblables, vous n'avez cessé de répéter que chaque maladie est un cas tout particulier et non comparable; et d'une autre part, conséquent à cette idée, vous en avez conclu qu'il fallait traiter chaque cas d'une manière particulière 5 qu'il n'était point nécessaire de tenir compte de ses succès antérieurs ; qu'il n'était pas même nécessaire d'en avoir jamais eu 5 qu'on devait tout aussi nécessairement guérir les fièvres intermittentes avec le quinquina, lorsqu'on l'employa pour la première ou la deuxième fois, qu'aujourd'hui, ce qui est incontestable 5 qu'on n'était pas moins certain d'abord de prévenir la petite vérole qu'on ne l'est aujourd'hui; que le nombre des succès du quinquina et de la vaccine n'ajoutait rien à la certitude de leurs succès à venir, aussi nécessaire la première fois qu'on en a fait usage qu'à la millième; qu'il est, par conséquent enfin, inutile de compter en médecine.
« Si les maladies sont autant d'individualités morbides particulières sans analogies les unes avec les autres, et qui ne peuvent être ni comparées, ni comptées , je conviens avec vous qu'il n'est pas du tout nécessaire de les grouper et de les additionner pour savoir combien on en guérit par différents traitements, et de choisir ensuite celui qui compte le plus de succès. Je pense même à priori avec vous, qu'il y aurait danger de traiter des maladies différentes par des moyens
semblables, et qu'à des affections dissemblables il faut nécessairement des remèdes divers.
« Mais si les maladies sont toutes si différentes qu'on ne peut pas en former des groupes analogues et naturels, comment se fait-il que, depuis des siècles, les médecins aient reconnu une foule de maladies analogues par leur nature, leur manière d'être, et les désignent sons un nom commun, par exemple, celles-ci sous celui de névroses, celles-là sous celui d'hémorragies, celles-là sous celui d'inflammations, d'autres sous ceux de plaies, de fractures, de luxations, de hernies, d'anévrismes, de varices, etc., etc.? Comment se fait-il que chacune des maladies d'un même groupe se ressemblent tellement que deux médecins instruits rapporteront toujours au même groupe les cas bien caractérisés qui en font partie?
« Comment se fait-il que chacune des maladies d'un même ordre se traite par des moyens analogues; que l'on traite, par exemple, les inflammations aiguës des individus forts et vigoureux par des antiphlogistiques actifs? Comment se fait-il que dans les cas où les inflammations sont chroniques et les individus taibles ou épuisés, on diminue, on abandonne les antU phlogistiques pour employer de préférence les révulsifs à la peau (vésicatoires, sétons, moxas, cautères, sinapismes, pommade, émétique, etc.), ou les révulsifs gastro-intestinaux, si les voies digestives le permettent?
« Comment se fait-il qu'on emploie ces moyens contre les inflammations des méninges du cerveau, de l'oreille, de l'œil, du pharynx, comme on les emploie contre les phlegmasies de la plèvre, des poumons, du péricarde, du péritoine, des viscères du ventre ou des inflammations articulaires des meml»res, et que l'on déduise le traitement des mêmes
principes généraux quand les organes enflammés sont si divers?
« J'avouerai pourtant avec vous, monsieur, qu'il y a bien quelques différences aussi dans le traitement des maladies analogues, et qu'on appliquera plutôt des sangsues sous les oreilles qu'au genou, dans les inflammations de la tête, et plutôt au genou qu'à la tête dans les phlegmasies de l'articulation tibio-fémorale.
« Mais de pareilles concessions ne doivent pas satisfaire vos exigeances, car, des affections tellement différentes qu'on ne peut pas les rapprocher les unes des autres pour les compter, ne sauraient être traitées d'après les mêmes principes.
« En conséquence, les maladies étant tout autant d'individualités particulières, et pour lesquelles il faut aussi des traitements différents et spéciaux, j'imagine que, si vous tenez vos malades à la diète pour des affections aiguës de la tête, vous les bourrez, peut-être d'aliments quand ils ont des enflammations aiguës de l'estomac ou des intestins. J'imagine que, si vous maintenez immobile, avec des attelles, un bras cassé, vous faites marcher vos malades sans appareils quand ils ont une fracture de la jambe; car si les homœopathes combattent le semblable par le semblable, le système qui ne voit que des différences dans les maladies doit, par une sorte d'opposition conséquente, surtout quand ces maladies sont aux antipodes l'une de l'autre, traiter celles des parties inférieures du corps par des moyens tout opposés aux moyens mis en usage pour guérir les affections des parties . supérieures. Voilà du moins, monsieur, les conséquences pratiques qui me semblent découler de votre système Je ne serais pas obligé de me livrer, d'ailleurs, à mon imagination, et de m'exposer à me tromper sur
votre pratique, si, au lieu d'opposer des praticiens les uns aux autres , dans la dernière séance , vous eussiez été moins modeste, et vous eussiez rapporté les résultats de votre propre expérience. Il est vrai que, ne voyant point d'analogie dans les maladies, chaque cas est à vos yeux unique dans son genre, vous n'en trouvez jamais d'autres à lui ajouter, et par conséquent l'expérience est muette pour vous... Silence! — n'en dites jamais rien à vos malades, ni à vos élèves! car telle est la sottise de l'esprit humain, qu'il s'imagine qu'en médecine, celui qui a le plus observé l'emporte sur celui qui à le moins observé ; que le médecin qui a vu beaucoup de cas semblables à celui qu'il traite , est beaucoup plus capable de le bien traiter que le médicastre qui n'en a jamais vu. C'est un préjugé, monsieur, que vous êtes appelé à détruire , quoique , pour le moment, il soit trèsvivace.
« Si toutes les maladies sont tellement différentes et ont si peu d'analogie qu'on ne peut les compter, vous ne devez jamais donner un même nom à deux, et, à plus forte raison, à plusieurs maladies 5 et comme vous ne pouvez pas inventer des noms propres pour des cas particuliers, qui sont infinis, vous êtes obligé de les appeler du nom de maladie particulière.
« Ma foi, monsieur, voilà un bon moyen pour ne se tromper jamais sur le diagnostic des maladies, même quand il est embarrassant. Aussi, je suis sûr que vous ne vous trompez pas avec une pareille méthode. Pour moi, je la trouve si admirable que, si j'étais de l'Académie des sciences, je cabalerais pour vous faire donner le grand prix Montliyon. Je vous avouerai pourtant, avec franchise, que je ne suivrai pas vos principes dans mes cours de clinique. Vous le savez, quelque amour qu'on ait pour le progrès,
on tient a ses vieilles habitudes; mais je vous promets de les faire connaître 5 car, avec de semblables moyens, je m'imagine qu'on doit être médecin tout de suite, sans longues études d'amphithéâtre ni d'hôpital, comme il vous est probablement arrivé, grâce à votre excellente méthode !
« Cependant, monsieur, il me reste à moi, professeur, un petit embarras que vous voudrez bien dissiper, j'espère. Comment feriez-vous, si, par hasard, il se trouvait un ministre à qui il prit la fantaisie de vous appeler à professer la pathologie et la thérapeutique générales? Iriez-vous, avec vos convictions actuelles, dire à vos disciples : « Messieurs, on entend généralement par pathologie et par thérapeutique générales un ensemble de vérités communes à beaucoup de maladies et de préceptes applicables à tin nombre plus ou moins considérable d'affections. Mais, comme j'ai découvert (et, je suis obligé de l'avouer, je ne suis peut-être pas tout à fait seul) que chaque maladie est une entité particulière si différente des autres maladies, qu'on ne peut jamais la comparer avec les autres; qu'on ne peut jamais assurer en avoir vu deux semblables, il en résulte d'abord, qu'on ne peut ni les grouper, ni les compter, ni les traiter d'après des principes analogues, ni enfin penser à rechercher, par un examen relatif le compte de ses succès, et de combien une méthode de traitement l'emporte sur une autre.
« Comme j'ai découvert ces importantes vérités, je dois encore, en homme de probité qui sacrifie ses intérêts à ses convictions philosophiques, vous déclarer que je ne puis enseigner une science qui n'est que mensonge et vanité, et que j'abandonne sans regrets une chaire que l'autorité a créée, pour moi, dans son égarement. »
« Je suppose qu'ayant tenu ce discours a vos élèves étonnés , ils vous remercient de la bonté avec laquelle vous les arrachez de l'abîme d'erreurs où ils se précipitaient; je suppose qu'ils vous prient, vous supplient instamment de résister à l'élan de désintéressement et de vertu qui vous emporte, de changer, sans en rien dire, comme cela s'est vu quelquefois, la nature de votre cours, et de leur enseigner la pathologie spéciale, par exemple, leur direz-vous encore : « Messieurs, la pathologie spéciale est la science des maladies en particulier et de leur traitetement; mais comme chaque maladie est une individualité particulière qu'on ne peut comparer à aucune autre, on ne doit point juger les maladies qu'on a sous les yeux par celles qu'on a vues ou dont on a lu l'histoire particulière. Dès lors, l'expérience du passé ne sert à rien pour l'avenir; et, en honnête homme, je dois vous avouer que je n'ai rien à vous enseigner, ni d'après les observations des auteurs, ni d'après les miennes propres , qui puisse vous guider un jour dans la pratique. D'ailleurs, je n'ai jamais perdu mon temps à recueillir des observations, à les étudier sous toutes leurs faces, à en analyser, pièce à pièce, tous les éléments, et encore bien moins à les compter pour mieux en apprécier la fréquence et la valeur ; tout cela est ridicule. S'il y avait des maladies semblables ou analogues; si l'on pouvait juger de ce que l'on doit faire dans un cas par le plus ou moins grand nombre de succès ou d'insuccès qu'on a retirés d'un moyen quelconque dans des cas analogues, on pourrait ainsi s'éclairer par sa propre expérience, quand on en aurait, et par celles des autres; l'expérience serait quelque chose en médecine, tandis que c'est une déesse trompeuse, comme l'appelait Hippocrate ; on devrait observer pour apprendre, tandis que nous.
DE LA THÉF.APEUTIQUE. 563
philosophes spiritnalistes, qui n'avons que des idées innées, n'avons pas besoin d'observer pour savoir, et dès lors nous n'avons rien à compter. Qu'est-ce, en effet, que la statistique médicale, si ce n'est compter ses observations pour en apprécier d'une manière précise la valeur, si ce n'est faire un compte et un inventaire raisonné de ses observations? En vérité, en vérité je vous le dis, si l'on pouvait comparer les maladies, les gronper et les classer, juger de l'une par l'autre; si, par le nombre de ses succès ou de ses revers, on pouvait juger des traitements qu'il faut préférer, on pourrait compter, et tout ce que j'ai dit à l'Académie de médecine serait absurde.
« Telles sont, en effet, monsieur, les conséquences malveillantes que vos adversaires tirent de vos paroles. Ils s'en vont répétant partout que, méconnaissant les analogies si naturelles et si connues des maladies, ne vous guidant pas plus sûrement, pour les guérir, d'après un grand nombre de cas que d'après un seul, vous auriez anéanti la médecine tout entière, si la chose était possible; et qu'en définitive vous n'avez fait que compromettre la réputation que vos amis vous avaient prêtée, en attendant que vous puissiez l'acquérir.
« Comment ajoutent-ils, en parlant de vous, n'a-t-il pas pressenti combien il est ridicule pour un jeune homme qui n'a jamais été médecin d'un hôpital, qui a à peine exercé la médecine, qui n'a jamais été qu'un professeur en philosophie, de prétendre réformer et enseigner à pratiquer à des médecins qui ont vieilli dans les hôpitaux? Gomment, disent-ils encore , un jeune homme qui jusqu'ici n'a été ni agrégé, ni professeur d'aucune des sciences médicales, ni même chef de clinique dans un hôpital, en un mot, rien tout court, rien, mais qui a eu assez d'esprit, surtout
56/t CHAPITRE XIII.
d'esprit de conduite, pour s'être fait décerner une des plus belles couronnes de la science, sans avoir rien fait encore pour la science, et cela à la barbe de vingt professeurs agrégés des écoles de France qui ont été éprouvés et qui ont brillé dans une foule de concours longs et difficiles ; comment ce jeune homme, qui devrait prudemment garder le silence, se tenir coi, va-t-il se hasarder de réveiller, par une attaque aussi rude que maladroite, le souvenir d'une faveur sans exemple que rien ne justifie?
«Voilà, monsieur, ce que répètent vos adversaires, vos envieux, envieux surtout des belles promesses que vos amis répandent, et que vous tiendrez, j'en suis sûr; car si, parvenu au même âge qu'eux, vous n'avez rien fait encore pour notre art, tandis que plusieurs d'entre eux en ont déjà augmenté les trésors ou reculé les limites, il est d'autant mieux démontré qu'encore tout plein de vos découvertes, vous êtes un fruit vert qui n'a rien perdu de ses sucs, et à qui l'avenir appartient nécessairement et d'une manière exclusive. Amen. »
Ve SECTION. — Indications fournies à la thérapeutique par les connaissances pathologiques.
Indirat'ons fournies par les causes des maladies. — Elles ont été en quelque sorte révoquées en doute dans ces derniers temps par certains auteurs, parce que, disaient-ils, beaucoup de maladies produites par des causes différentes sont cependant traitées de la même manière. Ceci est surtout applicable aux inflammations. Qu'importe, par exemple, qu'un phlegmon succède à une contusion, à l'action d'un refroidissement ou d'uneapplication irritante et passagère? Ces réflexions critiques ne sont justes que parce que les auteurs ont mal formulé le précepte; il faut dire que
le traitement doit être subordonné aux causes, lorsqu'elles subsistent avec la maladie et l'entretiennent, mais non lorsque les causes ne subsistent plus. N'est-il pas évident qu'en général une plaie compliquée du corps étranger qui l'a produite ne guérira que par l'extraction du corps étranger? Qu'un empoisonnement ne peut guérir si le poison n'est rejeté, et qu'il y a indication de l'évacuer, si cela est possible, par les émétiques, etc. 5 que si l'affection est due à la suppression des règles, d'un cautère, d'une habitude comme celle du tabac, il faut rétablir les règles, le cautère, et faire reprendre du tabac? qu'il en est de même si la maladie tient à la guérison d'un ulcère?
Indications fournies par Canatomie morbide, et d'abord par le siège des maladies. — Cette connaissance est certainement d'un plus grand intérêt pour le chirurgien que pour le médecin, surtout s'il s'agit d'un traitement véritablement chirurgical, c'est-à-dire qui exige le secours de la main. Que le siège de la fièvre intermittente soit dans la rate, dans le tube digestif ou dans le système nerveux, cela ne modifie en rien le traitement, et dans les fièvres pernicieuses, alors même qu'il y a des formes spéciales, cérébrales, gas-' triques ou autres, il n'en faut pas moins, avant tout et par dessus tout, administrer le sulfate de quinine. On a étudié avec le plus grand soin la lésion des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde, et je me garde bien de blâmer des efforts aussi légitimes -, néanmoins je demande en quoi les notions exactes que l'on possède sur leur siège ont modifié la thérapeutique de la maladie? Ne pourrait-on pas reproduire la même question, avec le même succès, dans une foule d'autres cas?
Voyez, au contraire, pour la chirurgie, comme les indicalions découlent nettement de la lésion anato-
unique, et en particulier du siège précis qu'elle occupe. Une blessure détermine une hémorragie abondante; si vous savez qu'elle provient d'une artère, votre conduite ne sera-t-elle pas toute différente de ce qu'elle serait si le sang venait d'une veine? Il faudra presque nécessairement une ligature dans le premier cas, tandis qu'une compression modérée suffira dans le second. Une luxation n'exige-t-elle pas des manœuvres de réduction, fondées sur une connaissance anatomique très-exacte de l'articulation luxée?
Déductions thérapeutiques Urées du nombre, de l'étendue, de la direction, des formes, des propriétés sensibles, des parties constituantes, des organes lésés. — 1° Les organes uniques dont les fonctions ne sauraient être suppléées par un congénère, exigent dans leurs maladies une sollicitude beaucoup plus grande que les organes doubles. Ainsi l'on doit se décider plus difficilement, chirurgien et malade, à l'ablation de la verge qu'à celle du testicule. Un malade se laisse couper la verge sans en parler à sa femme. Elle l'apprend, court en fureur à l'hôpital, fait une scène violente à son mari qui en meurt, en eût-elle fait autant pour l'ablation d'un testicule? 2° Plus la lésion est étendue, plus le chirurgien doit apporter de soins et de précautions, car plus le danger est grand; c'est ce qui se voit dans les plaies, les brûlures, etc. 3° Une plaie transversale ne sera pas traitée de la même manière qu'une plaie longitudinale. Dans une luxation la direction suivie par la tête de l'os pour s'échapper de sa cavité, indique au chirurgien le chemin qu'il doit lui faire prendre pour la réduire; il en est de même pour une hernie. 4° On sait que les plaies et les ulcères ronds guérissent moins facilement que les ulcères allongés et exigent par conséquent un traitement approprié. 5° On peut coudre et
couper avec un instrument tranchant des parties molles, mais non des os; leur dureté réclame un autre procédé. 6° Plus il y a de portions diverses lésées, plus le traitement doit se compliquer pour se plier à ces différences. Dans une plaie simple il n'y a qu'à réunir 5 compliquée de lésions artérielles, on lie les artères ; de fractures, on les contient après les avoir réduites, etc.
Indications thérapeutiques fournies par les symptômes, la marche, la terminaison et la durée des maladies. — Parmi les symptômes locaux, les douleurs vives surtout, quand elles ne sont pas accompagnées d'inflammation, doivent être combattues par les narcotiques et même quelquefois par les anesthétiques, par la chaleur quand elles sont dues au froid, comme dans les douleurs rhumatismales, les névralgies 5 la chaleur locale par des réfrigérants-, les troubles fonctionnels locaux dans un arthrite que les mouvements irritent, par le repos 5 les vomissements non inflammatoires, par les antivomitifs, F eau de Seltz, l'abstention des boissons même fraîches, qui souvent, provoquent et entretiennent les vomissements , par des révulsifs à l'épigastre qui parfois les arrêtent; la diarrhée par des lavements mucilagineux, calmants, amidonnés et même laudanisés ou diacodés, mieux supportés, parfois, que les laudanisés, comme je l'ai souvent expérimenté sur moi-même pendant le choléra de ï 832 ; la constipation par des purgatifs ou des lavements purgatifs ; la toux par les boissons chaudes, sucrées et laudanisées ou diacodées; les palpitations nerveuses par les antispasmodiques, la digitale; les émissions d'urines irritantes et rares par des boissons douces mucilagineuses, légèrement diurétiques, etc., etc.
Les symptômes de voisinage réclament également des soins appropriés presque toujours antiphlogisti-
ques parce qu'ils sont presque toujours inflammatoires. Les symptômes sympathiques doivent être en général seulement traités par l'intermédiaire de la maladie qui les produit. Cependant quand ils sont très-pénibles ou intenses, et qu'il n'y a pas de contreindication puissante et impérieuse qui s'y oppose, il faut les attaquer eux-mêmes. C'est ainsi que l'on combat des céphalalgies sympathiques par des sangsues sous les oreilles, par le refroidissement de la tête. Les symptômes constitutionnels ou diathésaux réclament souvent des soins particuliers, indépendamment eu traitement constitutionnel dans la syphilis, la scrofule, le scorbut, etc., dans les fièvres essentielles, par exemple pour les ulcérations cutanées. Enfin les symptômes conséquents de la pléthore, indiquent la nécessité des évacuations, et des pertes, comme ceux de l'amaigrissement faute de nourriture bonne et suffisante, réclament une alimentation meilleure et plus abondante. Ainsi les différents symptômes fournissent des indications particulières qui constituent la médecine du symptôme.
La marche des maladies, leurs divers degrés, leurs différentes périodes, leur acuité, leur intermittence ou rémittence périodiques sont autant de sources d'indications spéciales. Rien de général pour les degrés, ni pour les périodes : les indications varient «omrne les maladies. Mais les affections aiguës doivent être plus souvent visitées, observées avec plus de vigilance, traitées avec plus d'énergie que celles qui sont chroniques, tout en tenant compte des contre-indications de la faiblesse ou de la force des âges, etc. Les affections périodiques réclament généralement les préparations de quinquina, le héros de l'antipériodicité.
La terminaison probable d'une maladie est-elle a van-
tageuse, allez au devant, encouragez-la par vos prévenances, aidez-la par vos efforts; est-elle nuisible ? prévenez-la encore, mais pour la combattre et h repousser. Si la plus avantageuse devient impossible, capitulez avec les circonstances et cherchez à obtenir la moins funeste.
La durée des maladies réclame des soins particuliers. Doit-elle être longue? il faut économiser les forces\du malade, le soutenir par un régime nourrissant, et de digestion facile, de doux exercices en plein air, s'il peut les supporter, ou des promenades en voiture, en fauteuils mobiles.
Indications fournies par l'action des influences accidentelles, thérapeutiques et par la nature des maladies. — L'homme du monde ne peut rester incrédule et sans foi, au spectacle des influences qui agissent sur les êtres vivants et sur l'homme en particulier, le plus superbe s'humilie devant la terrible efficacité des poisons et des causes les plus éclatantes des maladies qui frappent avant l'âge les hommes les plus robustes. Il n'ignore pas non plus qu'il y en a d'innocentes et de favorables à la conservation delà vie. Le médecin qui assiste de plus près au spectacle de ces influences, comprend alors, qu'en étudiant leur action avec persévérance, il peut les employer au bien de l'humanité. Lorsque des influences accidentelles ou thérapeutiques se montrent favorables à la santé et surtout à la maladie qu'il traite, il en conclut qu'il doit tout faire pour les appeler à son secours. En conséquence, servez-vous des moyens qui ont déjà réussi à une foule d'autres malades, principalement au vôtre, dans «ne maladie précédente semblable à celle que vous avez à traiter, servez-vous de ceux surtout qui lui réussissent actuellement; mais si, bientôt ou plus tard, ils ne réussissent plus, comme cela arrive souvent,
si surtout ils augmentent le mal, il faut les abandonner et ne pas s'obstiner à les continuer. Les êtres vivants ne sont pas des machines soumises aux lois invariables de la mécanique. Leurs lois à eux, c'est la variabilité dans une amplitude dont nous ne connaissons pas précisément les limites. Nous ne pouvons donc pas prétendre à des succès constants. Cela tient à la nature même des sujets sur lesquels nous agissons. Aussi tous les arts qui comme îa médecine humaine, la médecine vétérinaire, l'agriculture , l'horticulture , la sylviculture opèrent, sur les êtres vivants sont-ils plus ou moins incertains de leurs résultats, à mesure que les êtres qui sont les objets de leur art, sont plus compliqués dans leur structure, plus variés et plus délicats par le nombre de leurs facultés.
La nature des maladies est une source plus importante encore d'indications thérapeutiques. C'est même ia plus importante pour le traitement des maladies, ainsi que nous l'avons déjà démontré plus haut. Néanmoins, nous n'en dirons que peu de mots, précisément parce que nous en avons déjà parlé. Les inflammations réclament en général le traitement antiphlogistique. Qu'il soit d'autant plus actif que les individus sont plus forts d'énergie musculaire, d'agilité, de vivacité, d'appétit, de digestion, de respiration, de pouls, de génération, de vitalité en un mot! Aux rhumatismes, la chaleur ; aux affections nerveuses sans inflammation, point d'antiphlogistiques; aux hémorragies capillaires, des astringents, des réfrigérants, des révulsifs j aux affections constitutionnelles de la syphilis, mercuriaux; de la scrofule, toniques, ferrugineux , iodurés , insolation ; à la chlorose , moyens analogues. Les médications chirurgicales sont plus variées encore. Les étranglements veulent