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DES MÉDICAMENTS ET DE LA MATIÈRE MÉDICALE

Substances qui, prises en petites quantités, peuvent soulager ou guérir les maladies, dont la science constitue la matière médicale, et dont la préparation et la conservation fait l'objet de hpharmacie. Les médicaments n'agissent pas toujours dans la santé comme dans les maladies. Dans certaines affections nerveuses ou convulsives, dans le tétanos, par exemple, l'opium est supporté sans inconvénient à des doses qui plongeraient dans un narcotisme profond et même mortel un individu à l'état normal. De même le tartre slibié donné à très-haute dose, à un sujet atteint d'une inflammation grave, d'une pneumonie, si vous voulez, semble épuiser son action contre la maladie sans produire ses effets accoutumés : c'est là ce que l'école italienne appelle la tolérance.

Les médicaments agissant avec plus ou moins d'énergie, il en résulte qu'on ne peut les administrer en quantités égales, c'est-à-dire à une dose semblable. Comme il est de la plus haute importance de bien connaître ce fait pour ne pas s'exposer à nuire aux malades, comme la dose d'un médicament est difficile à retenir parce que rien ne la rattache à la mémoire, j'ai cherché une mnémonique simple qui put aider à la fixer dans le souvenir. Dans ce but, je divise les médicaments en groupes que je désigne d'après l'énergie de leur action en médicaments : 1° milligrammatiques, qui se prennent par milligrammes de l millig. à 9 ; 2° centigrammatiques, que l'on donne de

1 a 9 centig. ; 3° dêçigrammatiques, qui s'administrent de 1 à 5 décigr. ; 4° superdécigrammatiques, que l'on ordonne de 5 décigr. à 9 ; 5° gràmmaliques, qui s'emploient de 1 à 5 gram. -, 6° supergramthatiqueê, que l'on peut prendre de 5 gram. à 10; 7° décagrammatiqiies, de 10 à 99 gram. ; 8° liectogrammatiques, de 100 grammes et au delà. Ajoutons que ces doses sont données pour un jour entier, pour vingt-quatre heures-, que l'on doit commencer par la plus faible dose de chaque groupe pour s'élever graduellement à la plus haute dose du groupe, et même la dépasser si le médicament ne cause pas d'accidents; que chez les enfants et chez la femme, les doses doivent être une, deux, quatre, six, huit, dix, douze, quinze fois moindres, suivant que la femme est plus faible et l'enfant plus jeune ; que d'ailleurs, enfin, lorsque les médicaments sont très-actifs, on doit en partager l'ingestion dans le cours des vingt-quatre heures, en trois ou quatre prises ou en cuillerées, par heure, sous forme de potion ou en pilules qui sont prises matin et soir. Avec de pareils principes de posologie on ne peut courir aucun danger. Pour les mieux graver dans les esprits, je classerai les médicaments sous le rapport des doses dans un tableau (p. 604j.

Le nombre des médicaments qui ont une action directe sur la maladie elle-même est assez limité. La plupart agissent en déterminant dans l'économie un trouble, une perturbation, dont l'effet définitif est avantageux pour le malade, sans que souvent l'on puisse en savoir davantage sur leur action.

Lorsqu'on essaye une substance nouvelle qui peut être employée comme médicament, on doit le faire d'abord sur les animaux, ou mieux sursoi-même, mais à dose tellement faible qu'on soit sûr de ne courir aucun risque. Ensuite on continue en augmentant suc-

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cessivement et très-graduellement la dose. Avec de la patience et de la prudence on arrivera au but sans danger. Dans les expériences sur les animaux il faut tenir compte du genre de l'animal, car certaines substances peuvent être innocentes sur quelques animaux et cependant dangereuses pour l'homme. On sait que les herbivores mangent impunément des plantes vénéneuses pour notre espèce. Réciproquement, des substances parfaitement innocentes pour nous peuvent être nuisibles, mortelles même, à certains animaux. On comprend combien les expérimentations de ce genre doivent inspirer de défiance. En général, quand on essaye sur l'homme malade un médicament nouveau d'une certaine énergie, il faut îe tâter expérimentalement en commençant par des doses si faibles qu'on soit sûr de leur innocuité.

Quelque soit le remède que l'on emploie, il faut d'abord bien déterminer le diagnostic du cas où on le met en usage; il faut encore apprécier aussi exactement que possible îe degré d'intensité que présente la maladie. Si un remède réussit dans un cas grave, on devra lui accorder plus de confiance que si l'affection était légère. Ce n'est pas tout, il faut bien tenir compte de l'époque, de la marche ou de la durée de la maladie dans laquelle il a été administré. Si, par exemple, celle-ci se termine ordinairement d'une manière favorable vers le dixième ou douzième jour, faudrait-il croire à l'action efficace d'une substance administrée vers cette époque ; serait-il permis alors d'attribuer au remède une guérison qui aurait été obtenue peut-être, par les seuls efforts de la nature? Yoilà le secret de tant de succès obtenus à l'aide de certaines drogues sans efficacité réelle mais qui ont été administrées à propos. Enfin, il est des maladies qui se terminent souvent d'elles-mêmes et avec une

certaine promptitude, beaucoup d'inflammations, les érysipèles, par exemple, sont dans ce cas. Aussi beaucoup de personnes ont-elles, et avec bonne foi assurément, aunoncé des guérisons rapides d'érysipèles obtenus avec les moyens les plus opposés.

Formes pharmaceutiques sous lesquelles on administre les médicaments.

La diversité des médicaments oblige à les administrer sous des formes, des consistances différentes, et par des méthodes et des procédés divers. Ils s'emploient, en conséquence, sous formes et consistance solides, liquides et gazeuses, soit à l'intérieur, soit a l'extérieur.

Sous formes solides, ce sont les poudres, qui s'avalent, dans des confitures, du miel, etc. Les pilules qui pèsent de 1 à 30 centigrammes, se prennent dans une cuillerée d'eau, dans des confitures, et sont composées d'un médicament dont les parties sont liées au moyen dune matière visqueuse, comme un mucilage de gomme, du sirop, du miel. Si le médicament est luimême mou et visqueux, on y associe une poudre inerte, comme celle de guimauve, de réglisse et d'amidon, etc. -, — les bols, qui diffèrent des pilules par une consistance un peu plus molle, et un poids de 35 à 75 centigrammes ; — les tablettes et les pastilles, qui sont plus solides, cassantes, sucrées, aromatisées, et s'avalent facilement; — les pâtes, qui sont molles, comme la pâte de farine, sucrées, et agréables; — les yek'es animales ou végétales, que tout le monde connaît; — les extraits qui sont mous ou secs, et que l'on obtient par l'évaporation d'un suc, d'une dissolution, dune infusion, d'une macération ou d'une décoction, ou, si l'on veut un langage plus savant mais moins clair, d'un solutum, d'un infusum, d'un maceratum, d'un

decoctum. On nomme dissolution l'union intime et non le simple mélange d'un corps solide ou liquide à un liquide, de manière que le produit soit lui-même un liquide homogène. L'infusion est le produit liquide d'un liquide bouillant versé sur un ou plusieurs médicaments ; la macération, le produit liquide de l'immersion d'une matière médicamenteuse à froid, dans un liquide; la décoction, le produit liquide bouilli avec une ou plusieurs substances médicamenteuses. A ces médicaments, ajoutez les électuaires, qui sont mous et formés de médicaments nombreux, comme la thériaque, l'opprobre de l'art par sa complexité déraisonnable ; les conserves et tes pulpes qui sont molles aussi. Les médicamenls administrés sous forme liquide constituent les tisanes, liquides aqueux ordinairement bouillis, chargés de peu de principes médicamenteux, et qui se prennent par verres; les apozèmes, qui sont des tisanes plus chargées de médicaments, et plus épaisses; les émulsions^ liquides laiteux, opaques, composés d'une huile fixe suspendue dans l'eau par l'intermédiaire de l'albumine (Bouchardat, Êlém. de mat. méd., etc., p. 115, 1838), au moyen de la trituration des semences émulsives; les bouillons; les sucs tirés des végétaux par trituration avec ou sans eau, et par expression ; les potions, les juleps, mixtures, lochs et médecines, qui sont autant de préparations administrées par la bouche, comme les précédentes, mais par portion, ou par cuillerée, d'heure en heure; les sirops, qui sont des dissolutions de sucre et de médicaments dans l'eau, à consistance visqueuse, et qui s'administrent par cuillerée, purs ou délayés dans de l'eau ; les teintures ou alcoolats, qui ont pour véhicule ialcool ou l'éther, sont très-chargés de principes médicamenteux et très-actifs; les vins, vinaigres et bière médicinaux ; les mellites, qui sont des sirops com-

posés de miel dissous dans une infusion, une décoction ou des sucs de plantes; les oximellites liquides, qui ont le miel pour condiment, le vinaigre pour véhicule.

Indépendamment de ces formes pharmaceutiques, il y en a d'autres pour les médicaments qui s'appliquent à l'extérieur du corps, et qu'on nomme topiques, de tottoç, lieu.

Les médicaments topiques sont solides, mous, liquides ou gazeux. Par suite de leurs propriétés physiques, chimiques, et des préparations pharmaceutiques qu'on leur a fait subir, les topiques solides sont disposés en fragments, de différentes formes, en grains ou en poudre. Les suppositoires sont clés médicaments solides, en cône, destinés à être introduits dans l'anus et le rectum. Us sont ordinairement faits avec un onguent solide ou du savon.

Les topiques mous sont des cataplasmes, des onguents, et des pommades, des emplâtres amollis par la chaleur, et étendus sur du linge ou de la peau. Les emplâtres résultent d'un mélange de résine, de cire, et d'un corps gras; ils sont solides à froid, mous et adhésifs à une température peu élevée. On y ajoute souvent des poudres, des extraits. Ce sont les onguents solides. On y ajoute aussi des oxides métalliques; alors ce sont des emplâtres proprement dits du codex, et ils peuvent être considérés comme des savons (Chevreul). Les onguents sont composés d'un corps gras et d'une résine, et se liquéfient à la température de notre corps, tandis qu'elle est insuffisante pour fondre les emplâtres. Les pommades sont des corps gras unis à un médicament, et aromatisés. Le cérat est un mélange de cire et d'huile.

Les topiques liquides sont composés d'eau pure ou d'eau chargée de médicaments. — Les topiques gar-

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zeux sont les bains de vapeur, les douches de même nature, les fumigations qui sont des vapeurs ou des gaz. Je renvoie aux ouvrages de pharmacie pour de plus amples développements sur les caractères de ces différents médicaments. L'action des topiques, ordinairement locale, détermine parfois des effets éloignés importants et dangereux, parce que quelquefois le médicament est absorbé.

Administration des topiques. — Leur emploi a toujours lieu à l'extérieur ou à très-peu de profondeur. Leur mode d'application ou d'introduction est d'ailleurs subordonné à leur consistance, etc. Tantôt on les applique sur la peau nue, et généralement après l'avoir rasée, tantôt sur la peau dépouillée de son épidémie. On applique les médicaments sur la peau couverte de son épidémie, en en frictionnant la peau, après les avoir réduits en poudre et mêlés à des huiles, à des liniments, à des graisses. C'est la méthode iatraleptique. Les médicaments absorbables réduits en poudre, et quelquefois mêlés à une graisse, à du cérat, sont appliqués sur la peau dépouillée de son épidémie au moyen d'un vésicatoire; c'est ïendermie ou la méthode endermique. Les topiques solides s'appliquent en fragments à la surface lie la peau, sous un emplâtre ou dans un sachet. Les topiques mous, comme les onguents, les cérats, les cataplasmes, s'étendent sur du papier brouillard, sur du linge ou de la peau, et s'appliquent sur la partie où l'on veut les mettre.

Les topiques liquides s'administrent en fomentation, c'est-à-dire chauds, à laide d'une compresse ou de flanelle , en lotions ou en lavage , en gargarismes clans la gorge, en lavements dans le rectum, en injections dans les cavités naturelles ou accidentelles, en irrigations à filets liquides déliés,

ou en arrosoir sur une partie malade. Les liquides, les vapeurs ou les gaz, s'emploient en bains par l'immersion d'une partie ou de tout le corps dans le liquide, la vapeur ou les gaz; en douches ou en jets plus ou moins volumineux, que l'on promène sur une étendue plus ou moins considérable du corps, en y ajoutant des frictions, des pressions avec la main, des flexions et des extensions alternatives des jointures;, quelquefois même la flagellation, manipulai ions qui constituent le massage des orientaux , des Russes dans leurs bains de vapeur, etc.

En général, tous les médicaments internes ou externes, surtout quand ils sont actifs, doivent être employés seuls ou en petit nombre à la fois. Les médicaments et les médications les plus simples sont les meilleurs, parce que plus on les multiplie, pinson les mêle, moins on peut apprécier la véritable action de chacun ; moins les résultats sont clairs, plus il est difficile de les juger, de les apprécier à leur juste valeur, moins on s'instruit par sa propre expérience.

Les médicaments que nous avons à examiner peuvent être partagés en six groupes distincts, d'après leur action sur l'économie : 1° moyens propres à calmer les inflammations -, 2° moyens propres à calmer les irritations nerveuses 5 3° moyens perturbateurs ; 4e moyens astringents; -5° moyens propres à détruire les animaux parasites-, 6° moyens propres h neutraliser les poisons ou antidotes.

I. Moyens propres à calmer les inflammations. — Ce sont les antiplilogistiques proprement dits. On appelle ainsi les émissions sanguines générales ou locales : les applications réfrigérantes, les applications émollientes; la compression et la situation; à l'intérieur, les boissons rafraîchissantes, délayantes, émollientes. Quoique les émissions sanguines soient de véritables opé-

rations chirurgicales, nous les décrivons ici pour ne pas morceler l'histoire des moyens antiphlogistiques.

Emissions sanguines. — On les pratique par la saignée artérielle ou veineuse, les sangsues ou les ventouses scarifiées.

Saignée des veines ou phlébotomie. — Elle peut se pratiquer sur toutes les veines superficielles assez volumineuses pour donner une quantité de sang suffisante pour le but qu'on se propose, et disposées de telle sorte que l'on puisse exercer une compression efficace au-dessus du point où la piqûre doit être faite. Les anciens ouvraient un très-grand nombre de veines; ils saignaient au front, au grand angle de l"œil, au-dessous de la langue, au cou, au pli du bras, à l'avant-bras, au poignet, à la face dorsale du pénis, à la partie inférieure de la jambe et sur le dos du pied. L'indication d'ouvrir telle ou 'telle veine reposait sur des idées théoriques plus ou moins bizarres, dont on a aujourd'hui reconnu le ridicule. On saigne donc maintenant au pli du bras, quelquefois au pied, pins rarement au cou, et surtout au poignet.

Pourpratiquer la saignée, il faut : 1° une ligatureou. bande étroite avec laquelle on comprime la veine entre le cœur et le point où la saignée doit être faite, pour retenir dans le vaisseau le sang qui revient des extrémités. Alors celui-ci se gonfle, devient plus facile à ouvrir, et l'ouverture une fois faite, le sang s'écoule avec plus de facilité. Il faut 2° une lancette, et l'on préfère généralement les lancettes à lames larges, dites en grain d'orge, qui, par une simple ponction, donnent une ouverture suffisante ; 3° un vase de capacité convenable 5 4° enfin une compresse et une seconde bande.

Saignée du bras. — On trouve ordinairement dans la

région du pli du coude cinq veines que l'on peut ouvrir : ce sont la radiale, la médiane de l'avant-bras, la médiane céplialique, la médiane basilique et la cubitale. La médiane basilique, étant située au devant de l'artère numérale, ne peut être ouverte sans que l'on ne s'expose en même temps à léser l'artère. C'est cependant cette veine que l'on ouvre le plus ordinairement, parce qu'elle est superficielle, volumineuse, et qu'elle donne beaucoup de sang; mais c'est à tort : il est plus prudent d'en choisir une autre. Après avoir pris le bras où les veines sont le plus apparentes, on retrousse la manche à cinq ou six travers de doigt au dessus du pli du coude; le bourrelet qu'elle forme doit rester lâche. On détermine par le toucher la situation de l'artère, afin de s'en éloigner; puis on applique la ligature à deux travers de doigt au-dessus du pli du bras, et on serre de manière que les veines puissent se gonfler sans que les artères cessent de battre, ce que l'on constate en tâtant le pouls. En général, quelque soit, le bras, on peut et l'on doit préférer pour la saignée la main droite à la gauche. Pour la pratiquer, le chirurgien applique la main du malade sous son aisselle, à droite, s'il opère sur le bras gauche, et réciproquement, puis, avec la main correspondante, il embrasse le membre au niveau du point où la saignée doit être faite, le pouce étant appliqué sur la veine qu'il veut ouvrir et les autres doigts derrière le coude. Alors, saisissant avec la main opposée la lancette qu'il avait placée tout ouverte a sa bouche, l'extrémité de la chasse serrée entre ses dents, il la tient par le talon de la lame, entre le pouce et l'indicateur, et la plonge dans le point qu'il a déterminé à l'avance, en prenant un appui bien fixe sur l'un des côtés du coude avec l'extrémité des trois derniers doigts. Le sentiment d'une ré-

sistance vaincue, le jet du sang lui annoncent qu'il a pénétré dans le vaisseau; il retire alors l'instrument en agrandissant légèrement, au besoin, l'ouverture. En même temps, il appuie le pouce (delà main qui embrassait le coude) au-dessous de la piqûre, afin d'empêcher le sang de jaillir de suite et de donner a l'aide le temps de présenter le vase. On lève le pouce sans quitter le coude, et le sang s'élance en jet elliptique et d'une manière continue. Pour favoriser l'écoulement du sang, ou fait exécuter au malade des mouvements avec sa main, par exemple en lui faisant tourner le lancetier, une bande roulée ou tout autre corps cylindrique. Alors le sang, exprimé, pour ainsi dire, des muscles qui se contractent, passe dans les veines superficielles et s'échappe librement par la plaie. Quand on a retiré la quantité de sang jugée nécessaire, on ferme l'ouverture avec le pouce de la main qui embrasse le coude, on enlève la ligature et on fait fléchir l'avant-bras sur le bras pendant quelques instants. Le sang s'arrête alors ordinairement de lui-même. On lave les alentours de la piqûre avec un peu d'eau fraîche, on essuie soigneusement, puis on applique sur la petite plaie un morceau de taffetas d'Angleterre, ou tout simplement une petite compresse mouillée d'eau fraîche de 3 à 4 cent., et on la maintient à l'aide du bandage du coude en 8 de chiffres. Enfin on ordonne au malade de maintenir Favant-bras immobile dans une écharpe, fléchi sur le bras jusqu'au lendemain.

Parfois le sang coule mal de la veine, parce que l'ouverture est trop étroite, parce que les ouvertures delapeauetdelaveine ne sontpasparallèles,etc. Dans ces cas, en écartant un peu les lèvres de la plaie, en les tirant en sens opposés, en fléchissant un peu l'avant bras, en lui imprimant quelques mouvements de

rotation, etc., on finit par trouver une position plus favorable à l'écoulement du sang.

Saignée du pied. — Ici l'opération se pratique sur la veine saphène interne, immédiatement au-dessus de la malléole interne, où elle est bien plus apparente que la saphène externe. On fait asseoir le malade sur son lit ou sur un siège ordinaire, et on lui fait mettre les pieds dans un vase rempli d'eau chaude. Quand les veines sont, bien distendues , on fait choix du membre sur lequel on veut opérer, et on applique la ligature à deux travers de doigt au-dessus des malléoles, puis on pique la veine comme dans les cas précédents, et on remet le pied dans l'eau, qui doit être seulement tiède. On laisse couler le sang jusqu'à ce que la teinte plus ou moins foncée de l'eau ait appris au chirurgien si la quantité sortie est suffisante. La ligature est alors enlevée-, une compresse et un bandage en 8 de chiffres (Yêtrier. Voy. mon Traité des bandages, t. I, p. I 36), servent à fermer la petite plaie. La saignée du pied donne moins de sang que celle du bras.

Saignée du cou. — La jugulaire externe est la veine qui doit être ouverte dans cette région. On applique au-dessus de la clavicule et sur le trajet de la veine une compresse épaisse pliée en plusieurs doubles, et qui, ainsi pliée, doit offrir deux centimètres environ de large sur quatre ou cinq de long, ou une bande roulée en cylindre ferme 5 l'une ou l'autre est fixée avec une bande qui, passant sur le côté du cou, là où la saignée doit être faite, est nouée sous l'aisselle, du côté opposé. On fixe la veine entre le pouce et l'indicateur, et on l'ouvre avec une lancette, en ayant soin d'inciser en travers les fibres du muscle peaucier. Le sang s'écoule souvent en bavant ; on facilite son arrivée dans le bassin en le recueillant dans une

carte pliée en gouttière, et en pressant avec le doigt sur la veine au-dessous de la plaie. La quantité de sang voulue étant retirée, on défait la ligature, et l'on ferme la plaie avec un petit morceau de taffetas d'Angleterre ou de diachylon gommé ; puis on applique le bandage oblique du cou et de l'aisselle.

Saignée artérielle ou artéréotomie. — > Elle est avec raison très-rarement usitée. Une seule artère, la temporale ou une de ses divisions, est ouverte dans cette saignée. Ici, il n'est pas besoin de ligature préalable. Le vaisseau, reconnu à ses battements, est ouvert transversalement avec la pointe du bistouri tenu comme une plume à écrire. Le sang est recueilli. Puis, pour arrêter l'écoulement, on couvre la plaie de compresses graduées, serrées un peu fortement au moyen d'un bandage circulaire du crâne, de préférence au nœud d'emballeur. (V. Traité des bandages, 1. 1, p. 142.)

A. Quelques accidents peuvent compliquer la saignée; ce sont la syncope, le thrombus, la phlébite, la piqûre de l'artère sous-jacente, d'où résulte un anévrisme, etc. ïl en sera question dans la pathologie, à l'occasion des hémorragies traumatiques.

Les sangsues sont des annélides de la famille des hirudinées, qui sont employées depuis l'antiquité pour tirer du sang de la partie sur laquelle on les applique. Mais jamais, à aucune époque, on n'en avait usé ou plutôt abusé comme on l'a fait dans ces derniers temps, sous le règne de la médecine dite physiologique. Au reste, leur utilité est incontestable, et elles rendent tous les jours de grands services dans le traitement des maladies.

On évite, en général, de placer les sangsues sur la peau iine, lâche ou mobile des paupières, du scrotum, par exemple, parce qu'il survient, clit-on, des

ulcérations, des pustules, une infiltration sanguine. Tout cela est inexact. J'applique, par an, mille sangsues, au moins, sur les paupières et sur le scrotum; il n'en résulte pas plus d'inconvénients qu'ailleurs, car les accidents sigualés s'observent partout ; mais nulle part ils n'ont de gravité, et ils sont rares. On a dit qu'il ne fallait jamais placer les sangsues sur la partie enflammée elle-même, quand celle-ci était superficielle. Établir de pareils préceptes, c'est prendre les bornes de son esprit pour les limites de l'art. J'ai fait cent fois le contraire avec succès, et sans inconvénient aucun. Une fois j'ai fait appliquer avec succès une centainedesangsuessur une jambe fracturée prise d'un phlegmon diffus. Le lendemain, au pansement, la jambe se montre toute noire, comme si elle était frappée de gangrène; les élèves, inquiets, me regardent et m'interrogent des yeux ; je m'approche, c'était une nappe de sang écoulée des piqûres, épanchée entre le derme et l'épiderme, détaché par le retrait des parties dégonflées. — On peut, dans quelques cas de phlegmasie opiniâtre, porter des sangsues au fond de la bouche et du vagin, au moyen d'un tube de verre, où on les pousse avec une tige cylindrique engagée dans le tube.

Si la partie sur laquelle on va appliquer les sangsues est couverte de poils, on aura soin de la raser préalablement; puis on les pose à l'aide d'un verre ou d'une compresse maintenue avec la main en appuyant sur les bords du linge, pour empêcher les sangsues de s'échapper. Les sangsues, une fois fixées, se gonflent avec plus ou moins de lenteur, et quand elles restent trop longtemps attachées , cm les force à se détacher, en leur mettant un peu -de sel ou de tabac sur le corps. On favorise ensuite l'écoulement du sang par des lotions chaudes, des cataplasmes de

farine de gruau, de lin, au besoin à l'aide de ventouses ou d'un verre employé comme une ventouse.

La quantité de sang qui s'écoule par les morsures des sangsues ne peut être bien appréciée; mais lorsque le malade pâlit et que le pouls faiblit, recourez aux moyens hémostatiques : agaric, compression, etc. (voy. mon Traité de pansement, p. 343.)

Ventouses scarifiées. — Ce procédé consiste dans l'application de ventouses (voy. p. 592) sur une partie dont on a moucheté superficiellement la peau, au moyen d'un instrument particulier nommé scarificateur, ou simplement d'une lancette, ou bien sur laquelle on a pratiqué avec le bistouri de très-légères incisions parallèles et entrecroisées. Ces incisions ne doivent qu'à peine entamer le tissu du derme ; on les fait les unes à côté des autres, à quelques millimètres de distance, dans une étendue marquée par l'embouchure d'une ventouse préalablement appliquée pour faire rougir la peau et appeler le sang dans les capillaires. L'emploi de ce moyen exige que la peau sur laquelle on le met en usage soit sensiblement plane ou légèrement convexe; autrement les ventouses ne pourraient s'y adapter convenablement.

Les évacuations de sang par ces diverses méthodes peuvent aller de 100 grammes à 2 kilogrammes chez les hommes robustes et vigoureux ; mais les effets sont plus prononcés et plus prompts par la phlébotomie que par les sangsues ou les ventouses.

Les réfrigérants et les émollients en particulier, sont mentionnés plus bas à l'article des Topiques.

La compressions pour objet d'expulser d'une partie le sang qui.y afflue avec trop d'abondance pendant le cours d'une 'inflammation. Cette compression, pour être pratiquée d'une manière méthodique, doit être faite avec un bandage spiral appliqué par dessus une

couche d'ouate; on devra serrer modérément et faire en sorte que le bandage étreigne partout le membre bien également. L'appareil sera surveillé bien exactement, dans la crainte que, le gonflement du membre venant à augmenter, il n'en résulte de l'étranglement. Si cet accident se présentait, on délierait immédiatement le bandage, afin de le réappliquer de nouveau en le serrant moins. D'un autre côté, s'il détermine un prompt dégorgement du membre, il devient alors trop lâche, et il faut le réappliquer plus étroitement.

La situation est, à mes yeux, un des moyens les plus actifs que possède la chirurgie pour obtenir une résolution rapide des phlegmasies des membres. Pour les membres inférieurs, je la pratique au moyen d'une chaise renversée sur le lit du malade, le dos en l'air, couvert d'un coussin, et les pieds tournés vers le bas du lit; pour les membres supérieurs, au moyen d'un coussin qui soutienne f avant-bras verticalement ou d'un plan incliné, ou de lacs ou d'écharpes qui tiennent la main sur l'épaule opposée (v. aussi p. 272). Boissons rafraîchissantes . — On les prend d'ordinaire modérément froides. Ce sont les limonades, au citron: un citron coupé par tranches dans 500 grammes d'eau, sucrée à volonté; — tartrique : 60 grammes de sirop tartrique pour 500 grammes d'eau; — sutfurique : acide sulfurique, 8 à 1 0 gouttes dans 500 grammes d'eau, etc. ; les solutions de sirop de groseille, de framboise, de limon, de vinaigre, d'orgeat, 65 grammes de sirop pour 500 grammes d'eau. Le petit- lait seul ou additionné de nitrate de potasse : 2 à 4 grammes de sel dans un litre de petit lait. — Parmi les boissons délayantes, se rangent les bouillons de veau, de poulet, d'herbes, etc.; on les prend chauds. — Enfin, les boissons émollientes proprement dites se prennent éga-

ment chaudes; ce sont les infusions de mauves ou de guimauve, de violette, de bouillon-blanc, les décoctions d'orge, de gruau. Ces différentes tisanes peuvent être édulcorées avec le sucre, le miel ou la racine de réglisse, que l'on fait bouillir ou macérer avec les substances qui servent à faire ces boissons. Ces substances sont si innocentes qu'on les emploie le plus possible, sans mesure, ni dosage.

II. Médicaments propres à calmer les irritations nerveuses. — Ce sont d'abord !a plupart de ceux dont nous venons de parler à propos de l'inflammation, et plus particulièrement les émollients et les calmants généraux ou locaux. Il y a, en outre, une série de médicaments spéciaux connus sous les noms d'antispasmodiques, de narcotiques, et qui s'emploient, soit extérieurement, en topiques dans les affections nerveuses locales, les douleurs, etc., soit intérieurement sous différentes formes.

1° Narcotiques proprement dits. — Ils comprennent l'opium et ses préparations, les extraits de stramoine, de belladone, de jusquiame, de ciguë, d'aconit, de digitale. Quant aux préparations narcotiques extérieures, elles sont indiquées plus loin, aux topiques de ce genre.

Narcotiques administrés à l'intérieur. — Les préparations narcotiques étant douées de propriétés trèsactives, sedonnent à très-faible dose; ce sont des médicaments centigrammatiques. On les fait prendre dans des pilules, des potions, des juleps, etc., trèsrarement en tisanes comme boissonshabituelles; il faut excepter la tête de pavot et le coquelicot, que l'on ordonne quelquefois de cette manière.

Opium. — On emploie le plus ordinairement l'extrait aqueux, de 2 à 5 centigrammes en pilules; de 5 à 10 centigrammes en potion; en sirop qui contient

SÏÂTIÈRÈ MÉDICALE. 589

5 oentigr. d'opium pour 30 gram. de sirop en vingtquatre heures. — La morphine et ses composés salins sont milligrammatiques; le chlorhydrate de morphine s'ordonne par milligrammes, 2, 3 d'abord. — La codéine, qui paraît être le principe réellement somnifère de l'opium, et qui endort sans fatiguer, comme la morphine, se donne à la dose de 3 à 3 centigrammes. En lavements, c'est le plus ordinairement le laudanum qui est prescrit, à la dose de 8, 10, 15 gouttes.

Le mode d'administration des extraits de belladone, de jusquiame, d'aconit, ne diffère pas sensiblement de celui de l'opium, etc'est encore sous forme de pilules que les malades les prennent. On les associe fréquemment 5 c'est un excellent moyen pour en obscurcir l'action et ne pas savoir ce que l'on fait. — La digitale entre ordinairement dans les potions, sous forme de teinture éthérée, à la dose de 10 à 15 gouttes. On en fait un sirop qui contient 2 grammes d'extrait par 30 grammes de sirop. Dans ces derniers temps, MM. Homolle et Quévenne sont parvenus à en extraire le principe actif, la digitaline. On ne peut la donner que par J milligramme d'abord. — Les fleurs de coquelicot agissent très-faiblement. Je les prends moi-même en infusion, par poignées.

2° Antispasmodiques. — On désigne sous ce nom un certain nombre de médicaments auxquels on attribue la propriété de calmer l'irritation nerveuse , sans donner lieu aux phénomènes d'engourdissement et de torpeur que produisent les narcotiques; les principaux sont : la valériane, leslleursd'oranger, l'assafœtida, le camphre, l'éther, le musc, le castoreum, l'ambre gris, etc. — La plupart s'emploient seulement à l'intérieur, mais ils sont très-infidèles.

l° Emploi des antispasmodiques à l'extérieur. — L'étlier pur sert quelquefois à faire des lotions dans le cas de

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névralgie. Le camphre est. peut-être plus souvent administré en topique que par tout autre voie : il entre dans la composition d'une foule de médicaments topiques. L'alcool camphré en contient 1/7. et Veau-devie camphrée 1/40. Dans les liniments, il entre pour 1 sur 8 parties d'huile, et en même proportion dans les pommades, le cérat, etc. On s'en sert très-souvent pour saupoudrer les vésicatoires, afin de prévenir les effets irritants spéciaux que la cantharide exerce si souvent sur la vessie.

2° A l'intérieur. — Les antispasmodiques sont habituellement prescrits sous forme de pilules, 'de potions ou de lavements. Les pilules peuvent se faire avec 8 ou 10 centigrammes d'assa-fœtida ou de gomme ammoniaque, de camphre, de valérianate de zinc, de iîîusc,decastoreum, que l'on peut augmenter un peu, et graduellement.

En potion, les mêmes substances, chacune séparément, sont administrées daus les proportions suivantes : pour 1 hectogramme de véhicule, l à 4 grammes d'assa-fœtida, en poudre ou en teinture élhérée, ou 10 de valériane, ou 10 d'eau de lauriercerise, ou 1 à 2 de camphre-, ou bien 1 à 2 décigrarames. de valérinate de zinc, ou encore 10 à 20 ou 30 gouttes de teinture éthérée de musc ou de castoreum, etc.

On n'emploie guère en lavements que celles de ces diverses substances dont l'administration par la bouche offre quelque difficulté à cause, de leur goût désagréable. Ainsi, pour l'assa-fœtida, on dissout 1 a "S ou 4 grammes de ce médicament dans, uu jaune d'œuf. Le camphre se donne à la dose de o décigrammes à 1 ou 2 grammes, également, en suspension dans un jaune d'œuf 5 l'extrait de valériane , de 4 à 8 grammes, etc.

III. Médicaments perturbateur*. — La majeure partie des médicaments agit en déterminant dans l'économie un trouble secret inconnu et un trouble secondaire appréciable qui prouve le premier, et ils sont suivis, plus ou moins fréquemment, du retour à la santé. L'organisme malade tend presque toujours à y revenir spontanément; on conçoit qu'il peut y avoir alors chances d'obtenir ce résultat avantageux, en imprimant une perturbation plus ou moins énergique à l'économie. L'expérience justifie cette conception par des succès. Pour nous, c'est ainsi qu'agissent la plupart des médicaments que nous appelons perturbateurs. lis ont été l'objet d'explications diverses de la part des auteurs de matière médicale, qui les ont désignés par des dénominations génériques, fondées sur l'idée qu'ils se faisaient de leur action. C'est ainsi qu'ils les ont appelés révulsifs, évacuants, sudoriliques, diurétiques, purgatifs, vomitifs, sialagogues, résolutifs, toniques, spécifiques, astringents, etc. Ces dénominations générales, établies sur le trouble secondaire manifeste que produisent les perturbateurs, doivent généralement être conservées, pour la plupart; je les associerai donc au nom plus général de perturbateurs dans ce que je vais en dire. .

1° Perturbateurs irritants. — Ce sont les rubéfiants, les vésicants et les caustiques. Nous en reparlerons aux médicaments topiques; ils consistent dans les vésicatoires, les cautères, les exutoires, etc. On les a désignés d'abord sous le nom de révulsifs, parce qu'on les croyait susceptibles d'appeler au dehors les humeurs qui étaient la cause des maladies, puis parce qu'ils paraissent déplacer l'irritation morbide et l'appeler sur le point où on les applique.

2° Perturbateurs congestifs. — J'appelle ainsi ceux qui produisent un appel du sang dans une partie sans y

faire naître d'irritation bien marquée. Ces moyens sont les suivants :

Les cataplasmes que Ton applique très-chauds aux extrémités inférieures, chez les enfants ou chez les personnes très-nerveuses, quand on redoute l'excitation trop vive que déterminent les sinapismes. Les pédiluves, dont la température n'est point trop élevée, mais avec la précaution de les faire prendre debout, dans un vase assez profond pour que les membres y soient plongés jusqu'aux genoux. Les ventouses sèches; ce moyen consiste dans l'application à la surface de la peau de cloches eu verre, dans lesquelles on a raréfié l'air à l'aide d'une lampe à grosse mèche, qu'on y introduit et qu'on en retire brusquement, pour appliquer immédiatement la ventouse. On en fait à piston, et j'ai parlé des ventouses Junod, p. 478.

Les ligatures ; c'est un procédé peu employé et qui pourrait être utile chez des individus affaiblis : il consiste à étreindre un membre au moyen d'un cordon, de manière à y gêner la circulation veineuse sans l'interrompre entièrement. Les fumigations locales, les douches de vapeur agissent à peu près de la même manière 5 mais comme leurs effets sont moins énergiques, leur emploi doit être très-fréquemment répété.

3° Perturbateurs évacuants. — On peut réunir sous ce titre ceux qui ont pour but d'amener une sécrétion abondante. Ce sont les sudorifiques, les diurétiques, les vomitifs et les purgatifs. On pourrait, a la rigueur, y rattacher les vésicatoires ; mais ils appartiennent plus naturellement au premiergroupe de perturbants. 1° Les sudorifiques sont de deux sortes : 1° les uns consistent dans des moyens extérieurs qui excitent la peau ou plutôt y concentrent une grande quantité de calorique; c'est ainsi qu'agissent les baiiis de vapeur,

les fumigations sulfureuses ou aromatiques, Y enveloppement des hydrosudopathes. les bains d'eau chaude, les/Wctions, etc.; 2° les autres s'administrent à l'intérieur; ce sont des substances végétales et minérales que Ton regarde comme douées de la propriété de provoquer la transpiration ; ce sont les sudorifiques ou diaphoniques proprement dits, les eaux minérales sulfureuses d'Aix, de Bonnes, de Baréges, de Bagnères, d'Enghien, d'Uriage , etc.; l'ammoniaque à la dose de 5 à 6 gouttes dans un verre d'eau sucrée; l'acétate d'ammoniaque, 20 à 30 gouttes dans la même quantité d'eau; le gayac, la squine, le sassafras, la salsepareille, en infusion ou en décoction, 30 à 40 grammes pour 1 kilogramme d'eau ; les infusions chaudes de plantes aromatiques, telles que la menthe, la sauge, le thé, etc. ; l'infusion de bourrache, de canne de Provence, de fleurs de sureau ; les préparations opiacées, les antimoniaux, tels que l'émétique, etc. Comme l'eau chaude, qui sert de véhicule à toutes ces dissolutions, est à elle seule un excellent sudorifique, il est probable qu'elle seule fait suer. Il y a pourtant des substances solides qui font suer sans l'intermédiaire de l'eau : par exemple, des pilules de morphine ou de son radical, l'opium.

2° Diurétiques. — On désigne sous ce nom des médicaments qu'on croit propres à faire uriner; mais comme la plupart s'emploient par l'intermédiaire de tisane, on ne sait pas si la tisane n'est pas l'unique cause de l'augmentation de l'urine. Quoi qu'il en soit, on rattache aux diurétiques l'urée à la dose de 1 à 4 grammes, en potion; la sciiîe, à celle de 10 à 50 centigrammes, en poudre, et de 1 à 4 grammes en teinture ; dans une potion, le nitrate de potasse à la dose de 2 à 4 grammes par litre de tisane.

Vomitifs ou émétiques. — Ils sont peu nombreux, et

d'ailleurs l'efficacité à peu près constante du tartre stibié et de l'ipécacuanha suffit à tous les besoins de la thérapeutique. En général, chez les sujets faibles et délicats, chez les enfants, on préfère l'ipécacuanha, 50 cent, à 100; mais beaucoup de praticiens emploient à peu près exclusivement le tartre stibié, de 5 cent, à 15 en une heure, dans deux verres d'eau ou en lavage dans un litre de bouillon d'herbes. Cependant, il est des personnes chez lesquelles le vomissement est accompagné de douleurs, de secousses gastriques excessivement pénibles qui les jetr tent dans un état de malaise et d'anxiété. Dans ces cas il faut, à moins d'indications bien pressantes, s'abstenir des émétiques. Les hernies sont aussi une contre-indication à respecter.

Le vomissement s'emploie comme évacuant pour expulser de l'estomac un poison, pour chasser de l'œsophage un corps étranger qui s'y est engagé, et que l'on ne peut pas ou que l'on ne veut pas repousser dans l'estomac 5 et même dans des cas de ce genre, alors que la déglutition était impossible, des praticiens ont été assez hardis pour solliciter le vomissement à l'aide d'une injection de tartre stibié dans les veines.

Comme perturbateur et évacuant, le vomissement est très-usité, depuis longtemps dans les migraines, dans certaines amauroses, dans les embarras gastriques, etc. On sait qu'administré à haute dose, de 20 à 40 cent, par cuillerée, d'heure en heure, dans une potion de 100 grammes, le tartre stibié produit des effets spéciaux que les médecins italiens désignent sous le nom tfhyposthénisation. Sans entrer dans la discussion des doctrines du rasorisme, nous devons noter, en nous basant exclusivement, sur les faits, que le tartre stibié amène ainsi réellement un ralentissement de la circulation, de l'affaiblissement, de^

sueurs, souvent sans vomissement, et que ses effets avantageux ont été mis hors de doute, dans la pneumonie, par l'immense majorité des praticiens; enfin que M. Gi nielle paraît avoir retiré de très-bons résultats de cette méthode dans le traitement des hydropysies articulaires.

Purgatifs. — Ils sont excessivement nombreux, et comme leur action n'est pas également énergique, on a jugé à propos de les répartir en trois classes, suivant leur degré d'activité. Ainsi, il y a : 1° les laxatifs, qui se bornent à solliciter l'évacuation des matières fécales, et ne donnent lieu qu'à deux ou trois garderobes; 2° les cathartkjues , qui, en expulsant les matières fécales, donnent lieu à une sécrétion intestinale séro-muqueuse plus ou moins abondante, qui rend les selles plus fréquentes 5 enfin il y a les drastiques, qui irritent assez fortement l'intestin, déterminent de vives coliques suivies de selles ordinairement copieuses, et répétées, de matières stercorales et de fluides muqueux.

Les premiers comprennent la fameuse graine de moutarde blanche, qui se donne de 4 à 12 gram.; le tamarin, de 16 à 60; la manne, l'huile de ricin, de 30 à 60; la magnésie, de 1 k 4. Parmi les seconds, on trouve surtout les purgatifs salins, tels que les sulfates de soude, de potasse et de magnésie; la crème de tartre, k la dose de 30 à 60 gramm., dans du bouillon d'herbes ; le calomel, à îa dose de 3 décigr. à 5, clans un peu de confitures ou de pulpe de fruits ; le séné, en infusion, 8 k 15 gr. dans 200 gr. d'eau, etc. Enfin on donne comme drastiques les résines de jalap et de scammonée, l'aloès, la gomme gutte, en bols ou dans une pulpe, à la dose de 4 k 8 décigr. Le purgatif le plus énergique que l'on connaisse, l'huile de croton-tiglium, k quelques gouttes dans une potion

émulsive, procure des selles abondantes. Il va sans dire que ces médicaments empiètent souvent d'une classe sur l'autre-, les laxatifs à haute dose sont cathartiques , et les dernières à petiles doses laxatifs, etc.

U action évacuante des purgatifs est employée avec beaucoup d'avantages dans les cas de constipation, d'empoisonnements ou de vers tués par les anthelmintiques, et le calomel peut remplir les deux indications. Les purgatifs sont donnés comme perturbateurs et révulsifs dans une foule innombrable de maladies, toutes les fois que les voies digestives ne sont pas trop irritées, par exemple dans la pléthore, la congestion cérébrale, dans les inflammations de différents organes, de la conjonctive, du pharinx, les affections aiguës et chroniques de la peau, les scrofules, etc., etc. On connaît le succès de la médication évacuante dans la colique des peintres, etc. On emploie quelquefois les purgatifs répétés , et surtout ceux qui jouissent d'une certaine énergie, pour favoriser la résorption d'épanchements séreux dans différentes cavités. Les succès de plusieurs remèdes prônés par les charlatans contre Fhydropysie, et qui consistent ordinairement dans les drastiques, prouvent l'efficacité réelle de cette médication. Les sialagogues, qui excitent la salivation, sont maintenant abandonnés généralement.

Perturbateurs résolutifs. — Altérants, fondants, ces différents noms ont été donnés à des substances, qui, administrées intérieurement ou extérieurement , doivent amener la diminution des engorgements des hyperthrophies, mais la déterminent rarement. Les substances que l'on regarde comme douées de ces propriétés sont ordinairement excitantes. Nous avons dans notre Traité des pansements (t. II, p. 256-2yi) donné avec dé-

tails la liste et le mode d'emploi des résolutifs externes; nous dirons ici un mot de ceux qui s'emploient à l'intérieur. Les plus usités sont les mercuriaux, le calomel en particulier, donnés à doses fractionnées; les iodures, les sulfureux, le savon médicinal, de 2 à 4 gr., en pilules. A l'exception des mercuriaux, de Fiodure de potassium, qui ont une efficacité réelle dans les engorgements , les exostoses syphilitiques, l'efficacité de ces drogues est très-incertaine.

Perturbateurs toniques. — Cette expression de toniques, fondée sur l'idée du tonos, et empruntée aux vieilles doctrines méthodiques, est aussi vague que les effets des toniques. On les croit excitants de l'activité des facultés de la vie, parce que, en les administrant à l'intérieur, plusieurs causent en effet une excitation locale et même générale. Ces agents sont assez nombreux; nous citerons particulièrement les alcooliques, et surtout le vin, les ammoniacaux, les ferrugineux, une multitude de plantes aromatiques etamères, le quinquina et ses préparations, le quassia amara, la gentiane, la petite centaurée, la canelle, la vanille, la muscade, le café, le thé, le polygala, les plantes dites antiscorbutiques, le raifort, le cochléaria, le cresson de fontaine, l'absinthe, l'armoise, presque toutes les labiées, menthe, sauge, romarin, les résines, etc.

Dans les cas d'adynamie prononcée, de faiblesse très-grande, surtout sans fièvre, mais même avec fièvre, on ordonne souvent les vins généreux, tels que le malaga, l'alicante, par cuillerées, plusieurs fois par jour; l'ammoniaque liquide, quelques gouttes dans une tasse d'infusion aromatique; le sous-carbonate d'ammoniaque, de 3 à 5 décigr. dans une potion; le fer, en limailles de 5 décigr. à 1 gr. , entre deux soupes ou en bol, à l'état de citrate, de lactate, de 2 à 6 ou 8 décigr. par jour, en pilules, tablettes, pastilles3

sirops, etc., le sous-carbonate en pilules, de 5 décigr. à I gr.«, à l'état d'eau ferrée, et coupée avec du vin, etc., etc.; Mode, dont la teinture (iode, 1, alcool., 12) ou la solution (1 d'iode pour 24 d'eau distillée) est prescrite par gouttes, de 6 à 8 dans un verre d'eau sucrée, deux ou trois fois par jour; le quinquina en décoction, 30 parties pour 1,000 d'eau, en vin et en sirop est très-usité, surtout chez les enfants, de 60 à 125 gr. par jour-, l'extrait sec de kina, de 2 à 4 gr., en potion -, le vin et le sirop de gentiane: les plantes antiscorbutiques; les plantes aromatiques, qui se prennent en infusion tliéiforme, etc. Ces différents moyens, dont l'emploi est autant hygiénique que médical, sont donnés avec confiance pour relever les forces abattues, stimuler l'organisme; mais c'est souvent en vain, et le quinquina lui-même, si héroïque comme antipériodique, est souvent comme tonique un méprisable combattant. Cependant, s'ils ne sont pas curatifs, ils dissipent du moins les inquiétudes du malade et de sa famille en leur conservant de l'espérance, et c'est certainement ce qu'il y a de plus incontestable dans l'efficacité de la droguerie.

Bans cette même classe, on peut ranger la cantharide, dont la teinture alcoolique, quelques gouttes seulement dans une potion, exerce une action stimulante marquée sur la vessie, et qui devient trèsavantageuse dans certains cas de paralysie; le seigle ergoté, dont la poudre, à la dose de 1 à 2 gr., excite les contractions utérines dans l'accouchement. On le prescrit aussi en doses réfractées, 1 décigr. toutes les heures dans les hémorragies utérines. Enfin dans cette même catégorie se placent les substances dites eniménagogues, la rue, qui se prend en infusion (2 de teinture sur 22 de sirop), en poudre, de 5 décigr. à 2 gr., en bols, etc.; la sabine, qui s'administre de la

même manière; les médicaments regardés comme aphrodisiaques, etc.

C'est encore aux toniques et excitants qu'il faut rapporter les ferrugineux employés contre l'anémie, la chlorose, les scrofules, etc., soit à l'état de souscarbonate , de lactate de fer , soit sous forme de pain, de pilules de Blaucl, de Valette, etc., etc.

Perturbateurs spécifiques. — On appelle spécifiques les substances douées de la propriété de guérir presque infailliblement certaines maladies. Tels sont les mercuriaux pour la syphilis, le quinquina pour les fièvres intermittentes, le virus vaccin comme préservatif de la variole. Le soufre employé seul dans les maladies de la peau, l'iode employé seul contre la scrofule, le fer administré seul contre la chlorose, etc., ne sont pas assez efficaces pour prendre le titre de spécifiques. Ce titre de spécifique exige que la guérison soit la règle, et l'insuccès l'exception de l'usage qu'on en fait.

Le mode d'administration des mercuriaux varie, on peut le dire, à l'infini. Le proto et le deuto-chlorure, les proto et deuto-iodure de mercure sont des préparations centigrammatiques très-usitées. Elles se prennent en pilules, en bols, en potions, en sirops, en mixture, etc. 5 le proto-chlorure de mercure (calomel) à la dose de 2 à 4 ou 6 décigrammes par jour en pilules en plusieurs fois -, le proto-iodure de b centigrammes à 1 décigramme, le sublimé et le deuto-iodure de 1 à 2 centigrammes au plus, par jour.

Perturbateurs très-complexes. — Nous croyons devoir faire sous ce titre une catégorie particulière des eaux minérales, et parce que la médication qui résulte de leur emploi est très-complexe et parce qu'elle est beaucoup plus puissante qu'on ne le pense généralement.

Les eaux agissent parla renommée qui en raconte mille merveilles, surtout dans le pays et la contrée où elles répandent l'aisance et quelquefois la richesse ; par les hautes espérances qu'en conçoivent les malades plongés au milieu de ces échos louangeurs qui leur viennent de tous les points de l'horizon-, par les politesses réciproques des gens qui se rassemblent aux eaux, et qui, ne se connaissant pas, font généralement de grands frais d'amabilité pour se plaire; par les réunions gaies et joyeuses des salons ; par les prévenances et les agaceries des deux sexes l'un pour l'autre; par les distractions, les promenades et les exercices en plein air, à pied, à cheval et en voiture. Cependant, quoique ces influences physiques et morales nombreuses soient réelles et fondées, elles ne suffisent pas pour expliquer les effets merveilleux du séjour aux eaux minérales, comme on le croit trop généralement.

Les eaux agissent plus efficacement encore par leur température, par l'action mécanique de la lame dans les eaux de la mer, de la douche dans les douches d'eau ou de vapeur, par les frictions et le massage que les baigneurs y ajoutent, dans les établissements bien organisés , comme ceux des Pyrénées , de Greoulx, d'Uriage, d'Aix en Savoie, de Saint-Sauveur au pied du Mont-Blanc, de Bourbonne-les Bains, d'Aix-la-Chapelle, etc., que j'ai visités et où j'ai même expérimenté quelques eaux sur moi-même; par la durée du temps que l'on passe dans l'eau, comme à Louèche ; par les principes qu'elles contiennent, par l'usage qu'on en fait à l'intérieur, etc. Et l'on n'en sera point étonné si l'on réfléchit qu'en agissant simultanément sur toute l'étendue de la peau et du canal digestif, tous les jours ou tous les deux jours, leur action est multipliée par l'étendue immense de

ces deux surfaces et par la continuité d'une saison de trois semaines, ce qui constitue ce que Ton nomme une saison dans les établissements d'eaux minérales. Mais quelqu'intéressant que puisse être ce sujet, je m'en tiendrai ici à ces remarques générales.

IV. Médicaments astringents. — Ce mot, qui vient de astringere, serrer, emporte avec lui l'idée d'un resserrement des tissus sur lesquels on applique les médicaments ainsi nommés. On les a quelquefois désignés sous Je nom* de toniques, parce que, dit-on, ils augmentent le tonos, la tension des organes. Enfin on appelle styptiques ceux qui sont doués d'une plus grande activité que les autres. Les substances rangées dans la classe des astringents par les auteurs de matière médicale produisent effectivement le resserrement de la peau et des muqueuses des ouvertures naturelles soumises à leur action. Mais jusqu'où s'étend cette action dans l'intérieur du corps lorsque les astringents sont ingérés et mêlés aux liquides qu'ils rencontrent? C'est ce que nous ne savons pas. Ils agissent parfois avec efficacité dans les hémorragies externes des petits vaisseaux, mais agissent-ils de même dans les hémorragies capillaires internes? Cela est plus douteux; néanmoins ils suppriment quelquefois très-bien les écoulements intestinaux et vaginaux.

Les substances astringentes styptiques employées à l'extérieur sont l'acide sulfurique, surtout à l'état d'eau de Rabel, les sulfates d'alumine, de fer, de zinc, le nitrate d'argent, les boules de mars ou de Nancy, le sous-borate de soude. Parmi les astringents proprement dits, je dois citer l'acétate de plomb étendu d'eau, le tannin, le cachou, le ratanhia, le sang-dragon, la tormentille, l'eau froide, etc. Us s'appliquent sous les différentes formes que nous avons indiquées à l'occasion des topiques.

Les astringents en boisson s'ordonnent plus rarement ; on fait cependant quelquefois usage de l'eau de Rabel(l d'acide sulfurique pour 3 d'alcool), dont on donne quelques gouttes dans un verre d'eau sucrée ou 1 à 4 grammes par kilogramme d'eau. On fait prendre aussi quelquefois le cachou de 1 à 4 grammes en bols ou pilules, etc.

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