‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 14 sur 40 · SUR LA PREMIÈRE PROVINCIALE · texte numérisé non relu

SUR LA PREMIÈRE PROVINCIALE

Jacobins nouveaux Thomistes, et qu'eux et lui se séparaient nettement des jésuites Moliaistes. Mais les nouveaux Thomistes consentaient à prononcer avec les Molinistes les mots pouvoir prochain, en faisant abstraction de tout sens, « abstraliendo a sensu Thomistarum et a sensu aliorum Theologorum, » tandis que Arnauld se refusait à un artifice qui lui eût fait dire le contraire de ce qu'il pensait. Toute la querelle est là.

Au reste, il ne faut pas s'y méprendre. Il n'y avait rien de sérieux ni de part ni d'autre dans cette discussion. Pascal, qui raille ici le pouvoir prochain n'attaquait pas la distinction en elle-même, mais seulement l'usage qu'on en faisait en cette circonstance. Ce qui le prouve, c'est que lui-même plus tard, il se servit de ces termes. Nous possédons en effet de lui : 1° une Letb^e touchant la possibilité d'accomplir les commun-^ cléments de Dieu; 2° une Dissertation sur le véritable sens de ces paroles des saints Pères et du Concile de Trente-, les commandements ne sont pas impossibles aux justes; 3° un Discours où l'on fait voir qu'il n'y a pas une relation nécessaire entrée la possibilité et le pouvoir. (Pascal, édition Lefèvre, 1819, tome III.) Là, Pascal reprend la question, et il étabhtavec une grande netteté la véritable doctrine Augustinienne. Ont 1ô pouvoir prochain de prier, tous ceux qui prient effectivement. Car que serait un pouvoir prochain qui ne se traduirait pas en actes? mais ceux qui prient effectivement, prient en vertu d'une Grâce efficace, Il n'y a donc pas de pouvoir p)rochain sans Grâce efficace, ni, ce qui va de soi, de Grâce efficace sans pouvoir prochain. C'est ce qui ressort de ce passage de la Lettre. « Concluons donc que tous ceux qui ont la foi et la prière l'ont par une grâce efficace ; et que tous ceux qui ne l'ont pas, n'ont pas le pouvoir prochain de l'avoir. » (Ed. Lefèvre, m, p. 531.)

De même que Pascal revint un jour au pouvoir prochain, la Sorbonne oublia vite l'abus qu'elle avait fait des mots dans cette censure. Cinq mois après, le 13 juin 1656, on soutint publiquement chez les Pères de l'Oratoire « en présence et avec l'applaudissement du clergé de France, qu'on peut dire dans un sens véritable que sans la Grâce efficace, il n'y a pas de pouvoir prochain ^ . » C'était la thèse même d' Arnauld et de Pascal. Mais la censure était votée, et les alliés reprenaient leur indépendance.

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