Cf. 7« Provinciale, où les passages sont indiqués
ceux qui ont un véritable amour pour l'Eglise, de voir qu'en une iuQnité d'occasions où vous n'avez eu que la Religion à cond^altre, comme ce n'est pas ici Je lieu oii Dieu exerce visiblement sa justice («), vous en avez renversé les lois sans aucune crainte, sans réserve et sans distinction (ô), comme il se voit dans vos opinions si hardies contre la pénitence et l'amour de Dieu {c).
Mais, dans celles où la Religion et l'Etat ont part, vous avez partagé vos décisions, et formé deux questions sur ces matières (c/) : l'une, que vous appelez de spéculation, dans laquelle en considérant ces crimes en eux-mêmes, sans regarder à l'intérêt de l'Etat, mais seulement à la loi de Dieu qui les défend, vous les avez permis sans hésiter, en renversant ainsi la loi de Dieu qui les condamne ; l'autre, que vous appelez de pratique, dans laquelle, en considérant le dommage que l'Etat en recevrait, et la présence des Magistrats qui maintiennent la sûreté publique, vous n'approuvez pas toujours dans la pratique ces meurtres et ces crimes que vous trouvez permis dans la spéculation, pour (e) vous mettre par là à couvert du côté des Juges. C'est ainsi par exemple que sur cette question, s'il est permis de tuer pour des médisances, vos Auteurs Filiutius *, tr. 29, c. 3, n. 52; Reginaldus% 1.21, c. 5, n. 63, et les autres, répondent : Cela est permis dans la spéculation : Ex probabili opmione licet ; mais je nen approuve pas la pratique, à cause du grand nombre de meurtres qui en arriveraient, et qui feraient tort à l'Etat si on tuait tous les médisants ; et qu'aussi on serait puni
(fl) Ed. in-S» de 1659 supprime: comme ce n'est pns ici le lieu, etc.
[b] Ed. in-S" de 1659: Sans réserve, sans distinction et sans crainte.
[c] Ed. in- 8° de 1659 : Parce que vous saviez que ce n'est pas ici le lieu où Dieu exerce visiblement sa justice.
yd) Ed. in-S" de 1639 : supprime l'alinéa, et continue : Mais dans celles où l'Etat est intéressé aussi bien que la Religion, l'appréhension que vous avez eue de la justice des hommes, vous a fait partager vos décisions, et former deux questions sur ces matières : l'une...
(e) Ed. in-S» de 1659 : afin de...
1. Filiucci (Vincent), lb6G-lG24, d'abord professeur de théologie morale, puis (I Casuiste en chef du Saint- Office. 1) C'est à iiropos d'une citation de Filiutius, que Sainte-Beuve a
trouvé, pour une fois, Pascal inexact.
2. llaynauld (latiniséen Reg-inaldus) 15i3- 16-23, jésuite français, enseigna à Paris, puis à Dole.
en justice en tuant pour ce sujet. Voilà de quelle sorte vos opinions commencent à paraître sous cette distinction, par le moyen de laquelle vous ne ruinez que la Religion, sans blesser encore sensiblement l'Etat. Par là vous croyez être en assurance. Car vous vous imaginez que le crédit que vous avez dans l'Eglise empêchera qu'on ne punisse vos attentats contre la vérité, et que les précautions que vous apportez pour ne mettre pas facilement ces permissions en pratique vous mettront à couvert de la part des Magistrats, qui, n'étant pas juges des cas de conscience, n'ont proprement intérêt qu'à la pratique extérieure. Ainsi une opinion qui serait condamnée sous le nom de pratique se produit en sûreté sous le nom de spéculation. Mais cette base étant affermie, il n'est pas difficile d'y élever le reste de vos maximes. Il y avait une distance infinie entre la défense que Dieu a faite de tuer, et la permission spéculative que vos Auteurs en ont donnée. Mais la distance est bien petite de cette (^«) permission à la pratique. Il ne reste seulement qu'à montrer que ce qui est permis dans la spéculative l'est bien aussi dans la pratique. On (^) ne manquera pas de raisons pour cela. Vous en avez bien trouvé en des cas plus difficiles. Voulez-vous voir, mes Pères, par 011 l'on y arrive? Suivez ce raisonnement d'Escobar, qui l'a décidé nettement dans le premier des six tomes de sa grande Théologie Morale, dont je vous ai parlé, où il est tout autrement éclairé que dans ce recueil qu'il avait fait de vos 24 Vieillards ^ : car, au lieu qu'il avait pensé en ce temps-là qu'il pouvait y avoir des opinions probables dans la spéculation qui ne fussent pas sûres dans la pratique, il a connu le contraire depuis, et l'a fort bien établi dans ce dernier ouvrage ; tant la doctrine de la probabilité en général reçoit d'accroissement par le temps, aussi bien que chaque opinion probable en particulier. Ecoutez-le donc m P?'œloq., n° 15 : Je ne vois pas, dit-il^ comment il se pourrait faire que ce quiparaît permis dans la spéculation
{a) Quelques exemplaires in-4'> : de la. {h) Ed. in-8» de 1659 : Or on.