‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 40 sur 40 · Virgile. (Note de M"" de J · texte numérisé non relu

Virgile. (Note de M"" de J

abusaient de l'indulgence des pasteurs pour perdre le troupeau; qu'ils ôtaient aux pasteurs imprudents, qu'ils pouvaient prévenir, la liberté de parler, et que découverts par les vérita])les pasteurs ils étaient saisis de crainte et se cacbaient; qu'ils ne s'étaient point laissés fléchir par les oracles des Souverains Pontifes, ni par les censures des Evoques : qu'ils continuaient au contraire à répandre partout leur mauvaise doctrine, qu'ils tachaient de gagner les peuples non seulement par leurs discours et par leurs écrits, mais encore parleur argent; qu'il savait très certainement qu'ils avaient un confident à Bordeaux, à qui on avait envoyé de Port-Royal cinquante mille louis d'or pour s'en servir à attirer dans le parti ceux qu'il jugerait à propos : qu'il y avait à la vérité de bons Religieux dans la ville, mais qu'il y en avait aussi qui s'étaient laissés infecter de cette hérésie ; qu'ils parlaient mal de ses sermons et qu'ils ^lisaient qu'on n'en pouvait retirer aucun fruit; mais que, pour les convaincre de mensonge, il en appelait au témoignage de son auditoire : n'est-il pas vrai, s'écriaitil, que je vous prêche des choses tout à fait utiles et nécessaires. Il employa ainsi près de deux heures cà débiter de pareilles extravagances.

Je n'ai garde de m 'arrêter ici à réfuter toutes ces calomnies. Cela a été fait ailleurs par divers auteurs, et surtout parMontalte dans la seizième lettre. Je prie seulement les lecteurs d'apprendre ici à connaître les Jésuites, de considérer quel est leur esprit, d'admirer leur impudence et leur malignité, et d'en avoir toute l'horreur qu'elles méritent. Combien de fois lesa-t-on convaincus de mensonge sur leur fable de l'assemblée de Bourg-Fontaine? Combien de fois les a-t-on confondus, et réduits à ne pouvoir rien répondi'e sur les circonstances de ce conte insensé? Cependant, voilfà qu'ils recommencent tout de nouveau à débiter ce roman détestable et extravagant, et à le débiter non pas en secret, et devant une ou deux personnes, mais en pubhc, aux yeux d'une grande ville, dans leurs sermons et dans la chaire même de la vérité : et ils sont prêts à répéter cent fois la môme impertinence, dès que l'occasion

s'en présentera, semblables à ceux dont le prophète dit : Ils ont été confus^ parce quih ont fait des choses abominables, ou plutôt la confusion même n'a pu les confondre, et ils n'ont su ce que c'était que de rougir.

Pour moi, j'avoue qu'en considérant cette étrange hardiesse avec laquelle ils répandent la calomnie et la médisance, j'y trouve une malice qui surpasse la corruption ordinaire du cœur humain. Les anciens Pères ont reconnu dans ces cruautés inouïes que les Romains faisaient souffrir aux chrétiens, une impression particuhère du diable qui les inspirait. 11 me semble qu'on peut aussi attribuer cette fureur, et cette obstination que nous voyons dans les Jésuites à une semblable instigation de l'ennemi de tout bien. Une passion purement humaine n'éteindrait pas ainsi tout sentiment d'humanité : elle ne se rendrait pas ainsi maîtresse du cœur de tant d'hommes. J'en appelle ici à leur conscience. Je leur demande s'ils sont convaincus sincèrement et de bonne foi que le livre de Jansénius, qui n'a eu pour but que d'y expliquer et de relever la grâce de J.-C, qui y répète sans cesse qu'on ne peut faire aucun bien sans cette grâce, qui rejette les vertus morales des infidèles, à cause de cela seul qu'elles ne sont point produites par l'esprit de J.-C, et qu'elles ne viennent point de la foi en J.-C, cà qui enfin ils ne reprochent rien euxmêmes, que d'avoir trop donné à la grâce de J.-C, à sa force et à son efficace; si, dis-je, ils sont convaincus qu'im tel auteur n'a consommé vingt années entières cà cet ouvrage pénible, que dans le dessein de persuader à tout le monde, qu'il n'y a point de grâce de J.-C et point de Sauveur ; je leur demande de môme s'ils sont convaincus du livre de la Fréquente Communion^ dont tout le dessein est d'imprimer aux fidèles un profond respect pour J.-C, résidant dans l'Eucharistie, 'de les exhorter à régler leur conduite sur les maximes de l'Evangile, afin d'être en état de s'approcher plus purement de ce sacrement auguste, que ce livre, dis-je, n'a été fait que pour prouver qu'il n'y a point d'Eucharistie, point de Transubstantiation, que J.-C n'est pas même le Fils de Dieu; en un mot que tout

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l'Evangile n'est qu'une fable inventée à plaisir; serait-il donc possilile, mes Pères, que vous crussiez sérieusement des choses si absurdes, et si éloignées du bon sens? Mais si vous ne les croyez pas, comment pouvez-vous avoir le front de les répandre dans le pul)lic? Si vous les croyez, votre folie est incompréhensible. Et si vous ne les croyez pas, vous êtes les plus scélérats de tous les hommes. Quel parti que vous preniez, vous ne faites que trop connaître par l'un et par l'autre l'esprit qui vous anime. Si votre aveuglement vous le cache à vous-mêmes, tous ceux qiù ne sont pas infectés de vos maximes le reconnaissent, et toute la postérité le reconnaîtra de même, à moins que l'excès de votre malice ne la lui rende incroyable.

Je ne dirai rien d'un autre sermon que le Père Gallicier fit quelques jours après, où il n'eut point de honte de renouveler cette ancienne calomnie, que Montalte avait réfutée au commencement de sa seizième Lettre, touchant l'argent d'un collège, dont ils prétendent que Jansénius disposait comme d'un bien qui lui aurait appartenu. Après la fable de l'assemblée de Bourg-Fontaine, tout le reste me paraît en quelque sorte supportable.

J'ajouterai seulement qu'ils ne se contentèrent pas de déclamer contre Wendrock et les Professeurs dans leurs sermons et dans leurs entretiens : Ils le firent encore par des écrits, tant particuliers que publics. Car s'étant aperçus lorsque le Roi passa par Bordeaux • qu'ils ne devaient pas espérer du côté de la Cour tout l'appui dont ils s'étaient flattés, ils se résolurent de se venger eux-mêmes, et de satisfaire toute la violence de leur passion. Dans ce dessein ils publièrent un écrit contre Wendrock, et contre les Professeurs qui avaient refusé de le condamner. Ils y accusaient ouvertement le premier d'hérésie, parce qu'il osait, disaient-ils, révoquer en doute le fait de Jansénius, contre cette maxime générale qu'ils tâchaient d'établir dans cet écrit; que l'Eglise et le Pape ne sont pas moins

1. En revenant de Saint-Jean de Luz, où il avait épousé la Reine. 'Note de Mil» deJ.)

infaillibles dans les faits non relevés par l'Écriture ou par la tradition, que dans les dogmes nxêmes. Une erreur si nouvelle et si pernicieuse fut bientôt réfutée. Un savant Théologien en fit voir la fausseté avec tant de solidité et de force dans un petit écrit qu'il publia, que je ne crois pas qae personne s'avise de la vouloir soutenir à l'avenir.

Cependant leur Professeur de théologie du collège de Glermont à Paris traita la môme matière avec assez d'étendue dans les cahiers qu'il dictait h ses écoliers. Mais il fut un peu plus réservé. Il ne soutenait pas généralement comme ceux-là, que le Pape fût infaillible dans tous les faits. 11 voulait seulement que cette maxime eût lieu dans les faits qui étaient joints inséparablement avec le droit^ car c'est ainsi qu'il parlait : Cum factinn simul cum dogmate inextricabiUter cohœret^ et il prétendait que le fait de Jansénius était de cette nature, mais sans aucune ombre de raison. Car qui est le Théologien, quelque stupide qu'on le propose, qui ne sépare très aisément ce fait de Jansénius d'avec le droit ? Le droit consiste dans les dogmes condamnés par le Pape, ou dans les cinq propositions prises dans le sens naturel des paroles. La question de fait consiste à savoir, si ces cinq propositions et ces dogmes condamnés sont effectivement contenus dans le livre de Jansénius. Or il est certain qu'on ne peut dire, sans renverser la foi même, que cette dernière question appartienne à la foi. C'est donc une erreur extravagante et ridicule, que de prétendre que ces questions ^o\ii jointes inséparahlenient avec les dogmes. Comment après avoir été séparées pendant seize cents ans seraient-elles devenues tout d'un coup inséparables? Car il est clair que l'Eglise a rejeté dès sa naissance les dogmes qui viennent d'être condamnés. Et cependant, elle ne savait point encore qu'il dût naître un Jansénius, ni qu'il dût faire un livre. Il n'y a donc rien de plus absurde que de vouloir qu'on ne puisse maintenant rejeter ces mômes propositions, si on ne croit pas en môme temps qu'elles ont été enseignées par Jansénius. Mais quelque grande que soit cette absurdité, les Jésuites aiment mieux l'admettre, que de faire cesser

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l'unique prétexte qu'ils aient d'accuser leurs ennemis d'hérésie.

Voilà en peu de mots l'histoire de ce qui s'est passé au Parlement de Bordeaux. On voit assez que je ne me suis pas attaché à rapporter scrupuleusement une infinité de petites circonstances. J'ai tâché seulement de n'en point oublier de considérables. J'aurais souhaité de pouvoir rendre à plusieurs personnes de mérite, qui ont l'ait paraître dans cette affaire un zèle et une fermeté admirable, les louanges qui leur sont dues, et leur donner des marques de ma juste reconnaissance. Mais j'ai cru qu'il était plus prudent de taire ce qu'ils ont fait pour la vérité, que de les exposer, en le publiant, à la vengeance et au ressentiment des Jésuites. Il viendra peut-être un temps où la vérité sera moins captive et le vice moins insolent, et où il nous sera permis de faire connaître ce qu'une crainte discrète nous oblige présentement de cacher. Je dois désirer cet heureux temps, afin de pouvoir m'acquitter de ce que je dois à toutes ces personnes. Ce qui me console, c'est que rien ne leur peut ravir leur récompense, puisqu'ils n'ont eu en vue, en prenant ma défense, que de satisfaire à ce qu'ils devaient à Dieu, qui est la souveraine justice, et à leur conscience, qui ne leur permettait pas de laisser opprimer l'innocence

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