Observ. 3, cb. xv. (Note do M'i^deJ
en chaire le vingtième juin, tout transporté de fureur, et déplora d'une manière tragique le malheur de la ville de Bordeaux. Il dit qu'elle était tout infectée de Fhérésie jansénienne : qu'on y vendait publiquement le livre de Wendrock : qu'il y avait des Docteurs qui avaient osé le déclarer exempt d'hérésie : que tôt ou tard ces ennemis de l'Eglise éprouveraient que les Jésuites avaient partout des yeux, des oreilles, des langues et un zèle ardent pour observer, reprendre, et punir ceux qui avaient la hardiesse de rien entreprendre contre la foi de l'Eglise. Ensuite, s'étant jeté sur ces lieux communs contre les Jansénistes, qu'ils ne se lassent point de répéter,- il les accusa d'erreur et d'impiété. Il leur reprocha qu'ils détruisent la bonté et la miséricorde de Dieu, et qu'ils le faisaient auteur du péché. Et à la fin, apostrophant effrontément ses auditeurs, il exhorta tous ceux qui avaient quelque chose à objecter, de se lever, et de dire publiquement en présence de tout le monde tout ce qu'ils avaient à dire contre les Jésuites, comme si c'eût été la coutume à Bordeaux de disputer contre les prédicateurs.
Le vingt-septième du môme mois il recommença ces mêmes déclamations. Il accusa encore les Jansénistes de rendre Dieu cruel et de mettre des bornes à la miséricorde du Sauveur et se jeta sur les autres calomnies qu'ils ont cent fois rebattues, et qu'il répéta jusqu'à ennuyer son auditoire. Enfin il assura, d'un ton de prophète, qu'on ne devait point attribuer à une autre cause qu'à l'hérésie du Jansénisme un tremblement de terre qui était arrivé depuis peu, et qu'on avait beaucoup moins senti à Bordeaux que dans les autres villes de Guyenne.
Mais, le second juillet, il déchargea entièrement sa bile. 11 épuisa tout ce que les Jésuites ont jamais inventé de calomnies et d'impostures. Il ne se contenta pas d'accuser les Jansénistes en général : il attaqua nommément plusieurs personnes illustres, tehes que sont M. d'Andilly, M. Arnauld, et M. l'abbé de Saint-Cyran, qu'il appela plusieurs fois les chefs de la nouvelle hérésie. Il dit que Jansénius était né de parents hérétiques : ce qui est un men-
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songe dont la fausseté est connue de tous les Pays-Bas. Il ajouta que ses parents lui avaient inspiré dès son enfance une aversion pour l'Eglise catholique, qu'il avait toujours conservée : qu'il était venu en France, et qu'il avait formé avec Du Verger de Hauranne (c'était le célèbre M. de Saint- Cyran) le dessein impie de détruire la Religion chrétienne, d'abohr les mystères de l'Incarnation et de la Transubstantiation, les Sacrements et particulièrement celui de l'Eucharistie et celui de la Pénitence. Il apporta pour preuve de ce qu'il avançait la fable de l'assemblée de Bourg-Fontaine, publiée par le sieur Fileau, et prenant le livre qu'il avait apporté avec lui, illalutpubhquementen chaire. Ensuite, il dit que c'était par un juste jugement de Dieu que l'abbé de Saint-Gyran était mort subitement, privé des sacrements de l'Eucharistie et de la pénitence, qu'il avait voulu détruire pendant sa vie : quoiqu'on eût réfuté plus d'une fois cette calomnie par l'atteatation du Curé qui lui administra le Viatique. Mais les preuves les plus claires n'embarrassent pas des gens qui ont pris leur parti, et qui sont résolus de ne point renoncer à leurs calomnies, non plus qu'à leurs opinions erronées. Ce prédicateur passa ensuite à M. Arnauld, et déclama contre lui avec le même emportement. Il dit qu'il avait surpassé l'Abbé de Saint-Cyran en impiété, qu'il avait détourné tout le monde d'approcher des sacrements de l'Eucharistie et de la Pénitence, par toutes les difficultés dont il les avait environnés. Alors il appliqua aux Jansénistes en général toutes les qualités qu'on donne aux loups, qui dans l'Ecriture sont la figure des faux prophètes. Ils rôdent, disait-il, autour de la bergerie, ils épient le temps que le pasteur est absent ou endormi, ils rendent enroués et muets ceux qu'ils aperçoivent les premiers^ : lupi Mœrim vider e priores; et ils fuient au contraire devant ceux par qui ils sont d'abord aperçus. Ils ont enfin le cou raide et inflexible. Il fit voir que tout cela convenait aux Jansénistes ; qu'ils dressaient des embûches aux brebis de Jésus-Christ; qu'ils