‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 8 sur 40 · Pascal écrit le 23 janvier · texte numérisé non relu

Pascal écrit le 23 janvier

Les assemblées avaient commencé le i'r décembre i6o5. La censure tut achevée seulement le 29 du même mois, lue et confirmée le 1" février, signée le 18. {Histoire générale de P.-IL,[ome m, p. 324 et 326.)

3. Cf. Rncine, Abrégé de l'Histoire de P.-R. « Il n'y eut jamais de jugement moins jui-idique, et tous ies statuts de la Faculté de Théologie furent violés. On donna pour commissaires à M. Arnauld ses ennemis déclarés, et l'on n'eut égnrd ni à si'S récusations ni à ses défenses. On lui refusa même de venir en personne dire ses raisons. Quoique, par les statuts, les moines ne dussent pas se trouver dans les assemblées au nom-

bre de plus de huit, il s'y en trouva toujouis plus de quarante. Et pour empêcher ceux du parti delNL Arnauld de dire tout ce qu'ils avaient préparé pour sa défense, le temps que chaque docteur devait dire son avis fut limité à une demi-heure. On mit pour cela sur la table une clepsydre, c'est-àdire une horloge de sable, qui était

la mesure de ce temps

Enfin, dans le dessein d'ôtor entièrement la liberté des suffrages, le chancelier Séguier, malgré son grand âge et ses incommodités, eut ordre d'assister à toutes ces assemblées... »

Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, nr, p. 33 et suivantes. Nous empruntons toutes nos citations de Sainte-Beuve à la 3"' édition de Touvrage, la seule qui soit vraiment complète.

font concevoir une si haute idée, qu'on ne peut croire qu'il n'y en ait un sujet bien extraordinaire.

Cependant vous serez bien surpris quand vous apprendrez par ce récit à quoi se termine un si grand éclat ; et c'est ce que je vous dirai en peu de mots après m'en être parfaitement instruit.

On examine deux questions, l'une de Fait (a), l'autre de Droit ^

Celle de fait consiste à savoir si M. Arnauld est téméraire pour avoir dit, dans sa seconde lettre, quil a lu exactement le livre de Jansénius, et qu'il n'y a point trouvé les propositions condamnées par le feu Pape; et néanmoins que comme il condamne ces propositions en quelque lieu quelles se rencontrent^ il les condamne dans Jansénius, si elles y sont.

[a] Edd: l'une de fait et Tautre de droit.

1. La question de droit est de savoir ce qu'il faut penser de la doctrine attribuée à Jansénius. La question de fait est de savoir si cette doctrine se trouve vraiment dans Jansénius. Port- Royal se soumet pour la question de droit, et condamne avec l'Eglise les propositions hérétiques. Mais il résiste pour la question de fait einie que les propositions soient dans Jansénius.

Pascal fait dans la 17« Provinciale la théorie de cette distinction. « ...l'Eglise décide les points de foi avec une autorité divine, et elle retranche de son corps tous ceux qui refusent de les recevoir; mais elle n'en use pas de même pour les choses de fait. Et la raison en est que notre salut est attaché à la foi, qui nous a été révélée, et qui se conserve dans l'Eglise par la tradition, mais qu'il ne dépend point des autres faits particuliers, qui n'ont point été révélés de Dieu. Ainsi on est obligé de croire que les Commandements de Dieu ne sont pas impossibles, mais on n'est pas obligé de savoir ce que Jansénius a enseigné

sur ce sujet Il n'y a

que Dieu qui ait pu instruire l'Eglise de la foi, mais il n'y a qu'à lire Jansénius pour savoir si des propositions sont dans son livre. El de là vient que c'est une hérésie de résister aux décisions de foi, parce que c'est opposer son esprit. propre à l'esprit do Oieu.

Mais ce n'est pas une hérésie, quoique ce puisse être une témérité, que de ne pas croire certains faits particuliers; parce que ce n'est qu'opposer la raison, qui peut être claire, à une autorité qui est grande, mais qui en cela n'est pas infaillible. » (17<= Provinciale). Cf. la i8« Provinciale. — C'est sur ce point que Pascal a changé d'oi)inion plus tard. Lorsqu'en 1661 le y''orm;<Za;Ve (qui permettait de séparer, dans une certaine mesure, la question de fait et la question de droit, et de se soumettre à l'Eglise sans condamner Jansénius et saint Augustin avec lui), fut présenté à la signature des religieuses de P.-R., Arnauld, Nicole, furent d'avis de signer : Pascal s'y opposa. On a de lui un écrit très fort contre la. Séparahilité du fait et du droit. (Pascal, Œuvres, édition Lefèvre, tome m, p. 007.) Les raisons morales qui expliquent cette conversion de Pascal, sont très délicatement indiquées par Sainte-Beuve (m, p. 85 et suivantes). Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'Arnauld entreprit de le combattre ; il essaya de montrer que les Papes qui condamnaient Jansénius ne condamnaient que la lettre, non l'esprit; et qu'ainsi la doctrine de saint Augustin sur la Grâce demeurait orthodoxe. (Cf. ['Introduction.) Arnauld défendait ainsi le Pape contre Pascal.

La question est de savoir {a) s'il a pu sans témérité témoigner par Va qu'il doute que ces propositions soient de Jansénius, après que Messieurs les Evoques ont déclaré qu'elles y sont (ô) K

On propose l'affaire en Sorbonne. Soixante et onze Docteurs entreprennent sa défense, et soutiennent qu'il n'a pu répondre autre chose à ceux qui par tant d'écrits - lui demandaient s'il tenait que ces propositions fussent dans ce livre, sinon qu'il ne les y a pas vues, et que néanmoins il les y condamne, si elles y sont.

Quelques-uns môme passant plus avant ^ , ont déclaré que, quelque recherche qu'ils en aient faite, ils ne les y ont jamais trouvées, et que même ils y en ont trouvé de toutes contraires, en demandant avec instance que (c), s'il y avait quelque Docteur qui les y eût vues, il voulût les montrer, que c'était une chose si facile qu'elle ne pouvait être refusée, puis que c'était un moyen sûr de les réduire tous, et Monsieur Arnauld même; mais oi^ le leur a toujours refusé. Voilà ce qui se passa de ce côté-là {d) *.

(a) 2e éd. in-12 de 1657, et suivantes : la question sur cela est de savoir. (6) Ed. postérieures à 1662 : qu'elles sont de lui.

{r) 2« éd. )n-12 de 1657 et suivantes : ils ont demandé ensuite avec instance. \d) 2* éd. in-12 de 1657 et suivantes : ce qui s'est passé de ce côté-là.

1. Le 6» Entretien de Cléandre et d'Eudoxe ou de la Réponse aux Lettres Provinciales du P. Daniel, est consacré à la critique du style de la !■•« Provinciale. Parmi beaucoup de remarques subtiles ou pédantes, je relève celle-ci, qui a de l'intérêt, parce qu'elle explique la variante des éditions postérieures à 1662. « Est-ce parler correctement, à votre avis, que de dire : il doute que ces propositions soient de Jansénius après que AJM. les Evêques ont déclaré qu'elles y sont Il me semble qu'il fallait dire « // doute que ces propositions soient dans Jansénius après que MM. les Evêques ont déclaré qu'elles y sont... » Votre doute est bien fondé, répondit Cléandre, et Pascal aurait eu besoin d'étudier sa Grammaire Française sur (;ette particule y : il n'en entend point au tout l'usage. » Et le P. Daniel renvoie aux premières lignes de la4« Provinciale où il reprend cette phrase :

« J'en ai donc vu un des plus habiles, et

j'y étais accompagné de mon fidèle Janséniste. » Celte fois les correcteurs de Pascal n'oot pas devancé la critique du P. Daniel. (L'ouvrage du P. Daniel est de 1094.) L'incorrection subsiste. En 1698, on imprima une « Apologie des Lettres Provinciales contre la dernière réponse des PP.

Jésuites, intitulée Entretiçjis de Cléandre et d'Eudoxe (1 vol. in-12).

2. La Première Lettre à une personne de condition, d'Arnauld, avait seule provoqué neuf réponses, tant du P. Annat que d'autres adversaires.

3. Passer plus avant, « passer outre, aller au-delà. y. [Dictionnaire deV Académie, 1694.) « L'Italie passa encore plus avant; l'impiété de l'empereur fut cause, etc.. v Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, I, it.

4. Cf. Prov. XVII. « ... On vous défia de citer les pages de Jansénius où vous aviez trouvé ces propositions mot à mot, sans que vous l'ayez ja-

De l'autre part(fl) se sont trouvés quatre-vingts Docteurs séculiers, et quelque quarante* Moines mencliants(^) qui ont condamné la proposition de Monsieur Arnauld sans vouloir examiner si ce qu'il avait dit était vrai ou faux, et ayant même déclaré qu'il ne s'agissait pas de la vérité, mais seulement de la témérité de sa Proposition ^ .

Il s'en est trouvé de plus quinze (c) qui n'ont point été pour la censure, et qu'on appelle indifférents^

Voilcà comment s'est terminée la Question de Fait, dont je ne me mets guère en peine ; car que Monsieur Arnauld soit téméraire ou non, ma conscience n'y est pas intéressée. Et si la curiosité me prenait de savoir si ces propositions sont dans Jansénius, son livre n'est pas si rare, ni si gros'^ que je ne le pusse lire tout entier pour m'en éclaircir % sans en consulter la Sorhonne.

Mais si je ne craignais aussi d'être téméraire, je crois qae je suivrais l'avis de la plupart des gens que je vois,

{a) Ed. in-80 de 1659 : de rautre.

(b) 2« éd. in-J2 de 16rj7 et suivantes: Religieux mendiants.

(cj Ed. modernes : il s'en est déplus trouvé quinze.

mais pu fiiire. » Oa a relevé souvent cotte assertion de Pascal, notamment le P. Daniel (6« entretien, page 206).

Les adversaires des jansénistes ne cessaient d'écrire sur les propositions, et de citer, sinon le mot à mot, du moins l'équivalent de la rédaction de M. Cornet. Arnauld lui-même [Réponse au P. Annat touchant les cinq propositions, œuvres complètes, tome XIX) discute sur les textes de Jansénius.

En outre la huile d'Alexo.ndre VII, trancha la difficulté en déclarant que c'était un grand scandale de dire que les propositions n'étiient pas dans le livre de Jansénius. Cette huile, il est vrai, est postérieure d'une dizaine de mois à la Première Provinciale. Mais la xvii" (23 janvier 16b7) est elle-même postérieure à la bulle.

(17 octobre 1636). La phrase de la XVH« /VoDi/icm/e ne s'explique que par l'entraînement et l'ardeur de la hilte.

1. Régulièrement, il ne devait y en avoir que huit, c'est à-dire deux pour chacun des quatre ordres mendiants.

(Franciscains, Dominicains, Augustins, Carmes).

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