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CHAPITRE PREMIER LA FRANCE A LA VEILLE DE LA GUERRE

§ 1. — But de ce chapitre.

Les années qui ont précédé la guerre représentent assurément une des moins brillantes périodes de notre évolution. Toute l'armature sociale se désagrégeait visiblement. Les haines de classes, les persécutions religieuses, les violences parlementaires, les menées des socialistes semblaient des maux sans remède. Le bruit de nos discordes retentissait dans le monde, et ce n'étaient pas seulement des ennemis qui parlaient de notre décadence.

Les héroïsmes et la continuité d'efforts révélés par la guerre ont prouvé combien était superficielle cette décadence. L'âme ancestrale n'avait pas été atteinte, et l'univers voit aujourd'hui que, malgré ses défaillances, la France demeure une grande nation digne de sa glorieuse histoire.

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C'est donc d'un esprit rassuré que nous pouvons parler maintenant de nos anciennes erreurs. Cette réminiscence de souvenirs bien récents encore n'a pas seulement un intérêt historique. Rappeler de quelles conceptions funestes nous avons failli être victimes, montre les dangers qui nous menaceraient à nouveau si nous laissions renaître les mêmes influences.

§ 3. — Les influences socialistes.

Toute la politique française d'avant la guerre fut orientée par les théories socialistes. C'est à elles surtout qu'il faut faire remonter les causes de notre désorganisation générale et les défaites entraînées par rinsuffîsance de notre préparation militaire.

Le mot « socialisme » est un de ces termes à sens multiple, variant de signification suivant la mentalité des hommes qui les emploient. En France, en Allemagne et en Amérique, il désigne des choses extrêmement différentes.

En France, la théorie socialiste synthétisait principalement des aspirations et des haines. Aspirations vers le partage des richesses, haines contre la fortune et l'intelligence. L'amélioration du sort des travailleurs ne constituait guère qu'une formule servant de parure à ces sentiments.

Les idées dont s'alimentaient les discours socialistes étaient à peu près celles que prêchait leur grand chef Jaurès. On peut les résumer comme il suit: établissement de l'égalité et de la concorde entre les hommes, par la distribution à tous d'une même portion de richesses. Pour y arriver,^ supprimer,

par voie d'expropriation, le régime de la propriété capitaliste, en retirant à la minorité qui les détient, et en répartissant entre tous les travailleurs, les capitaux et les instruments de travail.

Dès que la propriété, au lieu d'être individuelle serait devenue collective, les opprimés recouvreraient leur indépendance et pourraient se développer librement. Il n'y aurait plus alors de luttes de classes puisque les classes auraient disparu. Tous les hommes seraient égaux et heureux. Le paradis régnerait icibas.

En attendant l'apparition du paradis rêvé, les socialistes livraient à l'organisation -sociale de furieux combats. C'était sans cesse des lois nouvelles contre les industriels, des encouragements aux grèves, des tentatives répétées, et qui réussirent plus d'une fois, notamment pour le rachat de TOuest, de faire passer dans les mains de l'État nos grandes entreprises privées de façon à pouvoir y placer fructueusement une clientèle électorale chaque jour plus avide.

A côté du socialisme unifié étatiste grandissait un autre groupe, le syndicalisme, considéré souvent comme un frère du socialisme, mais qui en est au contraire l'ennemi. Il repoussait, en effet, l'intervention de l'État, au lieu d'y avoir constamment recours comme les socialistes unifiés. Parti révolutionnaire, sans doute, il reposait, cependant, sur des bases moins chimériques que le socialisme.

Ayant constaté que l'ancien bourgeois capitaliste perdait graduellement son pouvoir dirigeant, que les grandes entreprises industrielles n'avaient guère à leur tête que des salariés, le syndicalisme prétendait éliminer l'élément bourgeois au profit de

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