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LE GOUVERNEMENT DE LA FRANCE S

me«t, il est du moins possible d'étudier quelquesuns des enseignements psychologiques fournis par ses actes.

Les critiques ne manqueront sûrement pas de s'exercer sur cette époque. Beaucoup seront fondées, mais si, suivant la méthode pragmatique, on juge les choses d'après leurs résultats, l'historien de l'avenir dira sans doute que la France eut pendant la guerre le meilleur gouvernement qu'elle pouvait avoir en pareilles circonstances. Elle vit à sa tête de très braves gens n'ayant d'autre ambition que celle de sauver leur pays. Ils se sont trompés quelquefois, ont été mal secondés souvent; mais où sont les hommes pouvant prétendre qu'ils auraient mieux agi?

Jen'aipas d'ailleurs à insister sur ce point. Le rôle d'un philosophe n'est nullement de critiquer ou de louer, mais de constater, et dégager d'utiles leçons des faits observés. Jamais pareille mine d'études psychologiques n'aura été offerte aux méditations des penseurs.

En aucun temps, par exemple, la valeur des diverses formes de gouvernement : personnel, parlementaire, etc., ne pourra mieux être appréciée. Jamais n'apparaîtront aussi clairement les avantages ou les inconvénients de l'autocratie militaire et civile, les conditions qui donnent naissance à de tels modes de gouvernement ou déterminent leur évolution.

On pourra étudier surt^Dut le mécanisme de la formation d'un pouvoir dictatorial et de sa disparition. C'est dans les autocraties que les démocraties cherchent souvent un remède à leurs maux, comme elles firent jadis en choisissant Napoléon III pour

maître. Mais la guerre a montré, une fois de plus encore, que Taulocratisme est une fiction. L'autocrate théorique se trouve obligé, en effet, de déléguer ses pouvoirs à des milliers de sous-ordres qui, se sentant irresponsables, deviennent vite d'intolérables despotes. L'autocrate lui-même perd bientôt son action sur eux et en est réduit, pour limiter leurs méfaits, à convoquer des assemblées, ce qui, du môme coup, transforme son pouvoir personnel en pouvoir collectif. Ce phénomène a été observé pendant la guerre, non seulement en France, mais encore en Russie.

§ 2. — Désagrégation de la vie nationale

au début de la^ guerre

et formation spontanée d'un gouvernement autocratique.

La première conséquence de la déclaration de guerre, au commencement d'août 1914, fut une désagrégation instantanée de l'existence nationale. En quelques jours, et même en quelques heures, la vie sociale se trouva interrompue. Circulation, industrie, commerce, tout fut arrêté, les banques et les usines fermées. L'un après l'autre les éléments de la vie nationale disparaissaient, comme les lumières d'une grande avenue successivement éteintes.

Le seul service qui continua à fonctionner fut celui des chemins de fer. Il fonctionna même très bien, puisque du 1" au 20 août dix mille ti'ains transportèrent près de deux millions d'hommes à la frontière.

Les Chambres ayant été ajournées, le pouvoir fut exercé par un conseil de ministres qui se montrèrent

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