LE GOUVERNEMENT DE LA FRANCE
très hésitants et incapables de prendre aucune mesure. Dès les premières défaites, se sentant complètement au-dessous de leur tâche, ils demandèrent eux-mêmes à être remplacés.
La tâche du nouveau ministère était peu facile. Le rôle le plus lourd incomba au ministre de la Guerre. Dès son entrée en fonction, il fut bien obligé de reconnaître que rien n'avait été préparé pour la défense. Voici comment il s'exprima sur ce sujet :
Il n'y avait pas trois semaines que j'étais au ministère de la Guerre que surgissait devant moi, avec une intensité aiguë, la nécessité immédiate, impérieuse, de mobiliser toute l'industrie et d'employer tout ce que nous pouvions avoir d'industriels disponibles, quelles qu'eussent été jusque-là leurs occupations, en les invitant à se joindre aux établissements de l'Etat pour fabriquer à force, des munitions d'abord, du matériel ensuite.
Rien, en réalité, ou bien peu de chose n'avait été prévu par notre état-major. Ce furent les efforts de l'industrie privée qui sauvèrent la France.
Son œuvre fut très compliquée, car 80 % du territoire fournissant le fer et le charbon se trouvait occupé par l'ennemi.
Pendant cette première période de la guerre, le gouvernement devint à peu près absolu. Le conseil des ministres se bornait à ratifier les mesures prises par chacun d'eux. Il forma vite un pouvoir complètement autocratique dégagé de tout contrôle et ..rappelant le fameux Conseil des Dix à Venise.
Je crois même que ce fut l'unique exemple dans l'histoire d'un régime parlementaire remplacé instantanément, sans révolution, par un régime autocratique absolu.
Chaque ministre était souverain dans son dépar-
tement. Il imposait à coups de décrels, et sans même consulter le Conseil d'État, toute une législation commerciale, industrielle, civile, financière, administrative. Les mesures prises étaient tellement hâtives, qu'il fallait les remanier sans cesse quand leurs inconvénients devenaient trop visibles.
Le pouvoir nouveau ne subissait aucune contestation, puisque les Chambres ne siégeaient pas et qu'une censure rigoureuse empêchait les journaux de publier les réclamations qui pouvaient déplaire. Par ce fait seul, le gouvernement prit des allures de plus en plus despotiques et s'attribua tous les droits, entre auires celui de réquisitionner ce dont il croyait avoir besoin : marchandises, automobiles, châteaux, hôtels, magasins, etc., sans autres limites que sa Tolonté.
Alors, apparurent bientôt les inconvénients de l'autocratie que je signalais plus haut. Les pouvoirs absolus des ministres furent nécessairement délégués à d'innombrables petits autocrates devenus vite odieux. C'étaient des employés subalternes qui, n'ayant jamais connu dans la vie civile que l'omnibus et l'hôtel borgne, mettaient une persistante obstination à réquisitionner, sous les plus futiles prétextes, des automobiles luxueuses et des demeures somptueuses destinées, en réalité, à leur seul usage. Ils se conduisaient à l'égard des citoyens comme des satrapes asiatiques et en avaient les insolentes allures.
§ 3. — Conséquences finales de l'abus de l'autocratie. Les désordres et le gaspillage.
Les abus de l'autocratie ministérielle devinrent