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ÉVOLUTION DU GOÛVEBNEMENT DE LA FRANCE

interruptions, dès lors, se succèdent jusqu'à ce que le ministre de la Guerre, écœuré, descende de la tribune et quitte la salle. Quel triomphe pour les adversaires de notre régime pailementaire, qui montrent dans le marchand de vins l'homme intangible, le grand électeur de la démocratie.

Je doute fort que beaucoup des socialistes actuels reparaissent dans la prochaine Chambre. S'ils reparaissaient ce serait le symptôme d'une décadence sans espoir.

§ 2. -T- Gomment se recrutèrent les Directeurs de services. Faible valeur des spécialistes.

La guerre a prouvé, ce qu'aurait pu prévoir, d'ailleurs, une psychologie clairvoyante que, si les spécialistes sont nécessaires pour exécuter un travail, il n'en faut jamais mettre à la tête d'un service. Ils demeurent, surtout ceux sortis des Écoles, trop stabilisés dans de vieilles théories pour pouvoir en sortir.

Des faits innombrables viennent à l'appui de cette théorie.

Le Journal de Genève (31-9-16), a très bien marqué avec quelle peine le gouvernement surmonta l'opposition des techniciens contre les nouvelles méthodes de guerre. Leur incapacité à s'adapter à ces nouvelles méthodes nous a coûté plusieurs centaines de milliers d'hommes.

C'est à un directeur de l'Artillerie qu'on attribue la mauvaise volonté du ministère de la Guerre, pendant une grande partie de l'année 1915, à l'égard de la fabrication du matériel. On prête à un officier d'artillerie, de l'entourage du ministre, ce mot : « Nos canons sont si bons que nous en aurons toujours assez ». Et un autre aurait émis cet aphorisme, digne du maréchal Lebœuf ; « Ce ne sont pas les fusils qui nous manquent, mais nous avons tron d'hommes ' »

Dans ceflG question technique, les techniciens ont eu tor contre les laïques. Mais, heureusement, la campagne de M. Charles Humbert et des commissions parlementaires, appuyée par les initiatives hardies et révélatrices d'industriels de génie, a fini par avoir raison des bureaux. Sur l'Aisne, les Français furentarrêtés par le manque de moyens matériels. La même raison limita leurs offensives de 1915. Chacune d'elles fut une sur prise quant à la dépense d'obus; jamais les prévisions n'at teignirent à la réalité. Le même motif obligea les Russes à la retraite et empêcha le salut des Serbes, auxquels la France aurait pu envoyer des soldats, mais non des armes.

A l'heure actuelle, cette situation est profondément modifiée. Devant l'évidence des expériences, l'unanimité des esprits s'est faite. Tout le monde convient aujourd'hui que si la victoire contient un élément humain et moral « on ne prend pas, selon le mot d'un général, l'ascendant moral sur des fils de fer » .

L'expérience prouva vite l'impossibilité de maintenir des spécialistes à la tête des services, qu'il s'agît de l'artillerie, de l'aviation ou de la santé. Tant qu'ils y demeurèrent, ce fut un complet désordre. Leur insuffisance devint si manifeste, qu'il fallut les remplacer par des non-spécialistes dégagés d'idées préconçues. Alors seulement, nous eûmes des canons, des munitions, des avions et un service sanitaire fonctionnant régulièrement.

Les idées fixes des spécialistes sont redoutables. On sait quels avantages les Allemands ont retirés de leurs grands dirigeables. Seuls, ils peuvent s'orienter sûrement dans la nuit à des hauteurs inaccessibles aux avions et sont peu vulnérables. Nous n'en avons pas eu parce que nos spécialistes militaires déclaraient, comme ils le firent d'ailleurs pour Fartillerie lourde, que le dirigeable représentait une arme sans valeur militaire pouvant, en toute occasion, être remplacée par l'aéroplane. Quand on constata que grâce uniquement aux dirigeables les Allemands avaient pu entreprendre les bombardeaaeHts lointains

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